08/08/2015

Un « temple de l’écriture »…

Le songe d’Empédocle.jpg

Publié pour la première fois en 2003 aux Éditions L’Âge d’Homme à Lausanne, Le songe d’Empédocle de Christopher Gérard vient de reparaître chez le même éditeur, et c’est un pur bonheur de lecture !

D’abord parce que le style de l’auteur est magnifique, et que la qualité de la langue dont il use s’avère d’une immense perfection.

Ensuite, parce que le thème et la trame de l’ouvrage sont époustouflants de culture et de profondeur.

En voici un résumé, que nous avons élaboré en piochant dans un texte rédigé par l’un des meilleurs connaisseurs de l’ouvrage, texte mis en ligne sur un site dont nous ne partageons toutefois pas l’orientation politique [1], ce qui n’a en l’occurrence aucune importance :

« Le Songe d’Empédocle désigne un tableau, quadriptyque “éparpillé” dans différents centres sacrés des civilisations indo-européennes où vivent les membres d’une confrérie polythéiste, la phratrie des Hellènes.

Padraig, le héros du roman, suit tout au long du livre une initiation en quatre étapes dont chaque volet du tableau est en quelque sorte le vecteur. Chaque étape de l’initiation lui permet de découvrir les facettes du sage grec Empédocle, figure emblématique de la confrérie, mais aussi et surtout de dépasser ses contradictions internes et d’assumer la mission que lui a assignée le Destin : œuvrer au retour des Dieux. […]

Seul polythéisme encore apparent depuis l’Antiquité, l’Hindouisme est expérimenté par le héros à la fin de son initiation. […]

Le pèlerinage indien révèle aussi à Padraig (devenu Oribase) l’extraordinaire harmonie de la civilisation traditionnelle hindoue, fruit d’un polythéisme intégrateur. […]

En Bretagne, Italie et Grèce, Oribase aura “expérimenté” plus intellectuellement que physiquement ce même polythéisme qui n’est plus vécu qu’au sein de la Phratrie. Mais la conception de l’homme et du vivant est la même : “L’Hellène n’a rien du serf écrasé par le péché, prosterné devant un dieu infiniment bon qui cause son malheur. Nous sommes autonomes, même si nous respectons le destin imparti par les Puissances. Là est notre grandeur, dans la quête perpétuelle d’un équilibre instable, comme l’exprima jadis l’immense Sophocle” (p. 123).

Dans sa retraite bretonne, Oribase avance dans sa compréhension d’Empédocle en suivant les leçons quotidiennes du maître Ollathir. Le sage voit à l’origine du mouvement cosmique quatre racines – feu rouge, air blanc, terre noire, eau ocre – dont le mélange et la dissociation, la transformation inlassable sous l’action de deux puissances motrices – Philotès (l’Amour) et Neikos (la Discorde) produit toutes choses. Cet antagonisme nourrit le mouvement cosmique. L’éternel devenir est constitué schématiquement de quatre phases allant de l’harmonie parfaite au chaos tout aussi parfait, qui provoque le retour de l’Amour, du Tout, du Sphairos. Les triomphes de l’Amour et de la Haine sont temporaires. Le processus est cyclique.

À travers la figure de Ganesha, le dieu indien au corps d’homme et à la tête d’éléphant, Oribase retrouve cette notion d’union des contraires, l’infiniment petit et l’infiniment grand, l’humain et le divin. Cette créature en apparence absurde démontre que la vérité est au-delà des apparences. Autre enseignement : l’homme est l’image du cosmos. Il y a identité entre microcosme (l’homme) et macrocosme (l’éléphant). […]

Empédocle, chez qui pensée mythique et pensée scientifique avancent côte à côte, mais aussi l’Empereur Julien, dernière digue du Destin contre le monothéisme, imprègnent le roman comme autant de “vigiles de pierre” animés par une force et une volonté sereines et que rien ne semble pouvoir dévier de leur grande œuvre. […]

Le roman de Christopher Gérard fait immanquablement penser au réalisme magique, ce courant notamment cinématographique et littéraire typiquement belge, illustré parfaitement par André Delvaux. »

Le fameux roman Ulysse de James Joyce fut qualifié jadis de « cathédrale de prose » par ses admirateurs aussi ébahis qu’enthousiastes.

Nul doute que Le songe d’Empédocle sera, quant à lui, érigé en « temple de l’écriture » !

Bernard DELCORD

Le songe d’Empédocle par Christopher Gérard, Lausanne, Éditions L’Âge d’Homme, collection « Contemporains », mars 2015, 240 pp. en noir et blanc au format 13 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 25 € (prix France)

20:30 Écrit par Bernard dans Littérature belge, Romans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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