10/02/2018

« Il pleuvait encore, ce matin-là ; une pluie douce, morne, résignée comme un veuvage. » (Georges Simenon in "Cécile est morte")

Le Paris de Simenon.jpg

Membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises à Bruxelles, juré du Prix Nocturne à Paris, collaborateur du Magazine littéraire et auteur prolifique, Jean-Baptiste Baronian (°1942) est l'auteur d'une soixantaine de livres. Il a publié des romans, des essais, des biographies (Baudelaire, Verlaine et Rimbaud), ainsi que le Dictionnaire amoureux de la Belgique. Il est le président de l'association internationale « Les Amis de Georges Simenon », auquel il a consacré une centaine d'articles et plusieurs ouvrages.

Parmi ceux-ci, relevons Le Paris de Simenon (Paris, Éditions Alexandrines), dans lequel Jean-Baptiste Baronian met en avant les rapports qu’entretenait le créateur du commissaire Maigret avec la Ville Lumière.

Voici ce qu’il nous en dit :

« Simenon découvre Paris lors de son service militaire. Il écrit à Tigy, sa femme : “Paris ne m'a pas étonné. Dès la première minute, je m'y suis trouvé comme chez moi. Pas une hésitation – pas la moindre curiosité. J'étais bien, j'étais content d'être là et pas ailleurs –, je me demandais et je ne demande encore qu'à y rester toujours.” Il s'installe à Paris en 1919 et au printemps 1924, il publie Le Roman d'une dactylo.

Ses publications se vendant fort bien, au début du mois de novembre 1924, Tigy et lui louent un appartement de deux pièces sur cour au 21, place des Vosges, dans le cœur du Marais. On les voit alors partout : à La Rotonde, à La Coupole, “aussi peu bourgeois que possible”, au Select, ouvert jour et nuit, à la terrasse du Dôme... Il mène une vie trépidante et emmagasine une multitude d'expériences, d'impressions, de sensations et d'émotions. Il a d'ailleurs situé à Paris l'intrigue de cent sept romans sur les quelque deux cents qu'il a signés de son patronyme, et il l'a toujours longuement évoquée dans ses œuvres autobiographiques, en particulier dans ses vingt et une dictées.

De 1931 à 1934, ce sont donc dix-neuf aventures du commissaire Maigret, Jules de son prénom, qui paraissent à l'enseigne d'Arthème Fayard. On voit le héros se balader sur les pas de son créateur, du quai des Orfèvres au boulevard Richard Lenoir et au carrefour Montparnasse où il s'arrête à La Coupole, au milieu d'une populeuse clientèle internationale. »

Ajoutons que la plupart des romans de Simenon qui parlent de Paris ont été écrits aux États-Unis ou en Suisse.

Une histoire bien belge…

Bernard DELCORD

Le Paris de Simenon par Jean-Baptiste Baronian, Paris, Éditions Alexandrines, collection « Le Paris des écrivains », octobre 2016, 102 pp. en noir et blanc au format 10,5 x 15,2 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 8,90 € (prix France)

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01/02/2018

Un abécédaire à tribord toute…

L'imposture du vivre-ensemble de A à Z .jpg

Chroniqueur au Figaro-littéraire, Paul-François Paoli (°1959) est un journaliste et essayiste très droitier. [1]

Il publie L'imposture du vivre-ensemble de A à Z – Quelques points de repères (aux Éditions de l’Artilleur à Paris), un essai fortement étayé dont, écrit-il, « l'ambition est de présenter un panorama non exhaustif de la vie intellectuelle française et de ses enjeux idéologiques à travers un certain nombre d'éléments de langage et de noms propres couramment utilisés par les hommes politiques, les journalistes et les citoyens. Il s'agit notamment de démontrer que moult personnalités de renom (écrivains, philosophes, personnages historiques...) auxquels nous faisons spontanément référence, loin d'exprimer ce que l'on veut leur faire dire, témoigneraient plutôt de l'inconsistance de l'idéologie à la fois lénifiante et contraignante du "vivre ensemble" à laquelle on nous exhorte ».

Et d’ajouter :

« Au-delà de ce constat, comment une société où l'idée de Vérité a disparu du champ philosophique et politique pourrait-elle absolutiser des valeurs, fussent-elles républicaines ? Et comment donner du sens à ce fameux "vivre ensemble" si ces "valeurs" fonctionnent sur un mode qui exclut du champ de la normalité ceux qui n'y adhèrent pas ? »

D’Afrique à Zemmour (Éric), en passant par Antimodernisme, Arendt (Hannah), Aron (Raymond), Badiou (Alain), Bataille (Georges), Baudrillard (Jean), Bobo, Bourdieu (Pierre), Butler (Judith), Clemenceau (Georges), Cohn-Bendit (Daniel), De Gaulle, Droits de l’homme, Égalité, Féminisme, Fourest (Caroline), Gallo (Max), Heidegger (Martin), Levinas (Emmanuel), Lévi-Strauss (Claude), Mai 68, Mondialisation, Nietzsche, Ricoeur (Paul), Rousseauisme, Sade, Sélection, Shoah, Sollers (Philippe), Voltaire ou Weil (Simone), l’auteur livre des considérations tranchées qui ont le mérite d’être claires, même quand elles sont – très – contestables.

À nos yeux, le réel intérêt de l’ouvrage – en dépit de sa médiocre qualité éditoriale [2] – tient dans le fait qu’il constitue un Who’s Who de la droite française d’aujourd’hui et de ses maîtres à penser, avec des notices nombreuses (rien que pour la lettre B, par exemple, sur Elisabeth Badinter, Maurice Barrès, François-Xavier Bellamy, Alain Besançon, Léon Bloy, Raymond Boudon, Pierre Boutang, Rémi Brague, Jean-Paul Brighelli, Pascal Bruckner, Jean-Louis Brunaux et Patrick Buisson), fournissant des informations de premier plan sur leurs courants de pensée respectifs et sur leurs publications.

En cela, il devrait éveiller l’intérêt de lecteurs de tout bord…

Bernard DELCORD

L'imposture du vivre-ensemble de A à Z – Quelques points de repères par Paul-François Paoli, Paris, Éditions de l’Artilleur, janvier 2018, 361 pp. en noir et blanc au format 13,8 x 22 cm sous couverture brochée en couleurs, 20 € (prix France)

[1] Il est notamment l’auteur de Les Impostures de l'égalité (Max Milo, 2003), Je suis corse et je n'en suis plus fier (Max Milo 2005), Pour en finir avec l'idéologie antiraciste (Bourin Éditeur, 2012), Malaise de l'Occident - Vers une révolution conservatrice ? (Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2014) ou encore Quand la gauche agonise - La république des bons sentiments (Éditions du Rocher, 2016).

[2] Les fautes sont nombreuses, par exemple « sensé » pour « censé » (à maintes reprises), Simon Leys alias Pierre Ryckmans devenant Pierre Ryckman, « épigone » pour « parangon » dans la notice sur Michel Foucault, « nos ancêtres les gaulois » pour « nos ancêtres les Gaulois », et même sur la couverture où l’on trouve « vivre-ensemble » alors que les deux notices consacrées à cette entrée sont intitulées « vivre ensemble », et « points de repères » pour « points de repère »...

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20/01/2018

Guerres et Lettres...

Histoire, Forme et Sens en Littérature – La Belgique francophone – Tome 2 – L'Ébranlement (1914-1944).jpg

Véritable Pic de la Mirandole des littératures belge et congolaise de langue française, l’universitaire [1], poète, écrivain, essayiste et critique Marc Quaghebeur (°1947) dirige les Archives & Musée de la Littérature à Bruxelles tout en présidant l’Association européenne des Études francophones.

Poursuivant les recherches qu’il avait entreprises dans Histoire, Forme et Sens en Littérature. La Belgique francophone. Tome 1 : L'engendrement (1815/1914) publié en 2015 chez PIE Peter Lang et aux Archives & Musée de la Littérature à Bruxelles, il vient de faire paraître, chez les mêmes éditeurs, Histoire, Forme et Sens en Littérature. La Belgique francophone. Tome 2 : L'Ébranlement (1914-1944), un brillantissime essai remarquablement documenté sur les transformations opérées chez les grands auteurs de l'époque léopoldienne par le viol de la neutralité belge et l’invasion allemande d’août 1914 ainsi que par la résistance imprévue de l’armée belge et les violences de la soldatesque du Reich, puis, à l’issue du conflit mondial, par l’adoption du suffrage universel.

Ensuite, il s’attache, à travers le prisme de la nouvelle génération d’écrivains, à l’affirmation du fantastique réel chez Franz Hellens (1881-1972), Marcel Thiry (1897-1977) ou Robert Poulet (1893-1989), ainsi qu’aux novations langagières et formelles des Henri Michaux (1899-1984), Paul Nougé (1895-1967), Charles Plisnier (1896-1952) et autres Fernand Crommelynck (1886-1970) ainsi qu’aux rapports pour le moins complexes entretenus par les écrivains belges avec la langue française et la France, à travers le prisme du « Manifeste du Groupe du Lundi » [2] publié à Bruxelles le 1er mars 1937 à l’initiative de Robert Poulet et, dans une moindre mesure selon nous [3], de Franz Hellens. Il rend également compte de la mise en place d’une historiographie littéraire bien plus complexe que les simplifications de ce « Manifeste ».

La seconde invasion allemande, la défaite de mai 1940 et l’Occupation qui s’ensuivit entraînèrent la reviviscence du mythique chez Maurice Maeterlinck (1862-1949), Michel de Ghelderode (1898-1962), Hergé (1907-1983) ou Pierre Nothomb (1887-1966) [4], qui surgit alors comme une réponse très belge à la faillite du réel, ce que les contrepoints de Victor Serge (1890-1947) à l’égard des deux conflits mondiaux ont confirmé à leur manière [5].

Une formidable synthèse !

Bernard DELCORD

Histoire, Forme et Sens en Littérature. La Belgique francophone. Tome 2 : L'Ébranlement (1914-1944) par Marc Quaghebeur, Bruxelles, coédition PIE Peter Lang et Archives & Musée de la Littérature, collection « Documents pour l’Histoire des Francophonies/Théorie », janvier 2018, 414 pp. en noir et blanc au format 15 x 22 cm sous couverture brochée en couleurs, 44 €

 

[1] Sa thèse de doctorat en Philosophie et Lettres, intitulée L'œuvre nommée Arthur Rimbaud, défendue à l’Université catholique de Louvain en 1975, avait fait grande sensation.

[2] Signé par Charles Bernard, Hermann Closson, Hubert Dubois, Paul Fierens, Marie Gevers, Michel de Ghelderode, Éric de Haulleville, Franz Hellens, Pierre Hubermont, Arnold de Kerchove, Grégoire le Roy, Georges Marlow, Charles Plisnier, Robert Poulet, Camille Poupeye, Gaston Pulings, Marcel Thiry, Henri Vandeputte, Horace van Offel, René Verboom et Robert Vivier.

[3] Cf. Bernard Delcord, « À propos de quelques “chapelles” politico-littéraires en Belgique (1919-1945) », Bruxelles, Cahiers du Centre de Recherches et d’Études historiques de la Seconde Guette mondiale, n° 10, novembre 1986, pp 153-205.

[4] Et, d’une certaine façon, Paul Willems (1912-1997) dans Tout est réel ici (1941) et L'herbe qui tremble (1942).

[5] Sources : dossier de presse.

17/01/2018

Les mots pour le lire...

Les 100 mots du roman.jpg

Agrégé de lettres modernes et docteur d'État ès lettres [1], Yves Stalloni (°1944) a en charge certaines classes préparatoires à Toulon, dont les « prépas-HEC’ (culture générale) et la classe de Première supérieure (khâgne). Dans cette fonction, il est nommé professeur de chaire supérieure. Parallèlement, il est chargé de cours à l'université de cette ville dans diverses sections. Auteur de plusieurs dizaines d'ouvrages de méthodologie et de critique littéraire [2], il a aussi écrit trois romans [3]. Depuis 2004, membre titulaire de l'Académie du Var. Il exerce désormais une activité de conférencier, essentiellement dans la région sud-est. [4]

Il a publié récemment Les 100 mots du roman, un petit essai paru aux Presses Universitaires de France dans la célèbre collection « Que sais-je ? », qui s’adresse à un très vaste public, celui des lecteurs, des étudiants, des enseignants, des apprentis écrivains et des auteurs confirmés au moyen d’un abécédaire qui passe en revue les grandes notions permettant de circonscrire ce genre protéiforme qu’est la forme littéraire la plus répandue, d'en raconter les origines et d'interroger ses problèmes spécifiques.

Grâce à lui, vous saurez quelles différences il y a entre le roman policier, le roman épistolaire et le roman de science-fiction, quelles sont les recettes du best-seller ou encore comment remporter un prix littéraire…

Bernard DELCORD

Les 100 mots du roman par Yves Stalloni, Paris, Presses Universitaires de France, collection « Que sais-je ? », novembre 2017, 128 pp. en noir et blanc au format 11,5 x 17,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 9 €

Liste des 100 mots :

À thèse (roman) - Actant - Anachronies narratives - Analepse - Antihéros - Antiroman - Apprentissage (roman d’) - Autobiographique (roman) - Autofiction - Aventures (roman d’) - Bande dessinée - Best-seller - Chronique - Cinéma - Composition - Conte - Courtois - Défauts du roman - Description - Détail - Dialogue - Diégèse - Ellipse - Énonciation - Épistolaire (roman) - Épopée - Érotique (roman) - Espionnage (roman d’) - Existentialiste (roman) - Exotique (roman) - Fait divers - Fantastique (roman) - Féminin (roman) - Fin - Focalisation - Héros - Historique (roman) - Horizon d’attente - Illusion romanesque - In medias res - Incipit - Initiation (roman d’) - Intrigue - Intrusion d’auteur - Journal intime - Libertin (roman) - Mémoires - Métatexte - Météo - Mise en abyme - Mœurs (roman de) - Monologue intérieur - Morale - Mouvements narratifs - Mythe - Narrateur - Narration - Naturaliste (roman) - Noir (roman) - Nom d’auteur - Nom propre - Nouveau roman - Nouvelle - Novel - Pacte romanesque - Paratexte - Passé simple - Pastorale - Pause - Personnage - Picaresque (roman) - Poétique (roman) - Policier (roman) - Populaire (roman) - Portrait - Préface - Première personne (roman à la) - Prix littéraires - Prolepse - Psychologique (roman) - Réaliste (roman) - Récit - Réel - Robinsonnade - Roman - Roman-feuilleton - Roman-fleuve - Romancier - Romanesque - Rustique (roman) - Scène - Science-fiction - Sentimental (roman) - Sommaire - Témoignage - Temps - Tiroir - Titre - Troisième personne (roman à la) - Utopique (roman).

 

[1] Sa thèse défendue en 1996 à l'université de Nice s’intitule Des formes au sens parcours critique de Prévost a Perec.

[2] Parmi lesquels Précis de littérature française, (en collaboration), Armand Colin, 1995 (rééditions 2009, 2013), Les Romans-clés de la littérature française, Éditions du Seuil, 1998, La Contraction de texte, Ellipses, 1998, Écoles et courants littéraires, Armand Colin, 2002 (rééditions 2009, 2015), Dictionnaire du roman, Armand Colin, 2006 (réédition 2013), 365 éponymes expliqués (avec Paul Desalmand), Chêne, 2015.

[3] Les Nuages de Magellan, L'Harmattan, 1998, Eudoxe ou une initiation toulonnaise, Géhess, 2010, réédition Sudarènes, 2015, L'homme des phares –  La vie très riche et très romanesque de Michel Pacha, Sudarènes, 2017.

[4] Sources : https://fr.wikipedia.org/wiki/Yves_Stalloni

15:16 Écrit par Bernard dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/01/2018

Tous en scène !

Une histoire du théâtre belge de langue française (1830-2000).jpg

Saluons la parution, aux Impressions nouvelles à Bruxelles, dans la collection « Espace Nord », d’Une histoire du théâtre belge de langue française (1830-2000) de Paul Aron (°1956, professeur de littérature et de théorie littéraire à l'Université Libre de Bruxelles), un essai particulièrement brillant traitant d’un sujet qui ne l’est pas moins.

Il s’agit de la reprise d’un ouvrage publié en 1995 [1] dont les éléments biographiques et bibliographiques ont été mises à jour et dont le propos général a été remis en perspective dans une préface et une postface de Nancy Delhalle.

En quatre chapitres, Paul Aron y retrace « près de deux siècles d’activités : réalisations des auteurs et des metteurs en scène, histoire des genres et des formes, mais aussi des interventions des pouvoirs publics, [des] enjeux et [des] contextes du monde théâtral », ainsi que le résume fort bien la quatrième de couverture.

Un vaste domaine où les noms d’Émile Verhaeren, Maurice Maeterlinck, Camille Lemonnier, Charles Van Lerberghe, Fernand Crommelynck, Michel de Ghelderode… côtoient notamment ceux d’Alexis Curvers, Franz Hellens, Paul Willems, Félicien Marceau, Jean Louvet, René Kalisky, Henry Bauchau, Gaston Compère, Paul Émond, Jean-Marie Piemme, Patrick Roegiers, Philippe Blasband, ou encore de Raymond Rouleau, Claude Étienne, Armand Delcampe, et des titres comme Le Mariage de Mademoiselle Beulemans (de Fernand Wicheler et Frantz Fonson), Le Mari sarcastique (d’Ernst Moerman) La Salle des profs (de Liliane Wauters)…

Une profusion telle qu’un index eût été le bienvenu !

Bernard DELCORD

Une histoire du théâtre belge de langue française (1830-2000) par Paul Aron, postface de Nancy Delhalle, Bruxelles, Éditions Les Impressions nouvelles, collection « Espace Nord », janvier 2018, 365 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 11 €

 

[1] La Mémoire en jeu. Une histoire du théâtre de langue française en Belgique, préface et postface de Nancy Delhalle, Bruxelles, La Lettre volée-Théâtre National de la Communauté française, 1995.

12:56 Écrit par Bernard dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

29/11/2017

« Si la merde valait de l’argent, les pauvres naîtraient sans cul. » (En-tête du papier à lettres de Henry Miller)

1 semaine avec Henry Miller.jpg

Auteur dramatique réputé, écrivain talentueux (Le fouille-merde, 1987, rédigé avec Gaston Compère, L’homme caramel, 1995 et 2017), artiste conceptuel et journaliste politique belge, Pascal Vrebos (°1952) est l’auteur d’une trentaine de pièces de théâtre (Tête de Truc, 1973, Entre-chats, 1978, Crime magistral ou L’homme descend du songe, 1999, Viol d'une cerise noire, 2008, L’Accusateur, 2014…) jouées en France, en Allemagne et aux États-Unis, traduites en néerlandais, en tchèque, en allemand et en anglais. Il a remporté de nombreux prix littéraires, dont celui de la Société des Auteurs et Compositeurs dramatiques pour l’ensemble de son œuvre.

Il a fait paraître, chez Genèse Édition à Bruxelles et sous le titre 1 semaine avec Henry Miller – Ultime rencontre avec l’écrivain et sa muse, Brenda Venus, une version revue et augmentée d’Une folle semaine avec Henry Miller (1983, Éditions Le Cri), son stupéfiant reportage littéraire dans lequel il relate sa rencontre en février 1979 à Pacific Palisades en Californie avec Henry Miller (1891-1980), l’auteur génial et sulfureux de Tropique du Cancer (1934), de Tropique du Capricorne (1939), du Colosse de Maroussi (1941), de la trilogie de La Crucifixion en rose (Sexus, 1949, Plexus, 1952, Nexus, 1960) ou encore de Jours tranquilles à Clichy (1956), de Big Sur et les Oranges de Jérôme Bosch (1957) et de Jours tranquilles à Brooklyn (1978).

On y entre dans l’intimité du géant, sa simplicité, son humour, son désespoir, sa hauteur d’esprit, ses souvenirs, sa conception de la littérature, ses frasques mémorables et son amour pas du tout platonique pour sa dernière muse [1], la jeune actrice américaine Brenda Venus (°1957), de 66 ans sa cadette, à qui il écrivit près de 1 500 lettres torrides jusque sur son lit de mort et que Pascal Vrebos a revue en juin 2017, une rencontre qui donne la postface de son ouvrage.

Un texte remarquablement écrit et scandaleusement riche de passions humaines, avouables ou pas, sur un formidable écrivain dans le cœur de qui Éros et Thanatos se sont affrontés dans un combat homérique permanent !

Bernard DELCORD

1 semaine avec Henry Miller – Ultime rencontre avec l’écrivain et sa muse, Brenda Venus par Pascal Vrebos, Bruxelles, Genèse Édition, novembre 2017, 159 pp. + 1 cahier photos de 8 pp. en noir et blanc au format 13,5 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 19,50 

[1] Il y en avait eu d’autres, parmi lesquelles la danseuse June Edith Smith (1902-1979), qui devint sa deuxième épouse et dont Miller parle longuement dans Sexus, ainsi que l’écrivaine et diariste américaine d’origine franco-cubaine Anaïs Nin (1903-1977), auteure de Vénus erotica (1977, posthume), qui entretint une relation amoureuse avec Henry et June.

21:02 Écrit par Bernard dans Essais, Récits de voyage | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

01/11/2017

Résurrection d’un géant de la pensée…

Esthétique de la création verbale.jpg

Grandissime théoricien de la littérature et de l’esthétique, historien de la langue et de la culture, philosophe, linguiste et précurseur de la sociolinguistique, le soviétique Mikhaïl Bakhtine (1895-1975) aura, notamment par ses remarquables travaux sur le roman, marqué de son sceau les approches formalistes russes, marxistes et structuralistes du XXe siècle.
 
On lui doit trois opus majeurs, dont le retentissement se prolonge de nos jours : Esthétique et théorie du roman (1924-1941, revu en 1970), Problèmes de la poétique de Dostoïevski (1929) ainsi que L’Œuvre de François Rabelais et la culture populaire du Moyen Âge et de la Renaissance (1964, sur une thèse de 1946).
 
Les Éditions Gallimard ont eu ces jours-ci l’excellente idée de ressortir dans leur fameuse collection « Tel » la compilation d’essais et d’articles de Bakhtine parue en 1984 dans la « Bibliothèque des idées » sous le titre Esthétique de la création verbale – un compendium alors préfacé par le sémiologue, historien des idées et essayiste français Tzvetan Todorov (1939-2017) – qui réunissait « L’auteur et le héros » (il s’agit du texte partiel – long de 201 pages tout de même– d’un ouvrage interrompu en 1922 faisant la description phénoménologique de l'acte de création), « Le roman d’apprentissage dans l’histoire du réalisme » (1936-1938, au moment où l'auteur travaillait à un livre sur Goethe, ouvrage qui a disparu), « Les genres du discours » (1952-1953), « Le problème du texte » (1959-1961), « Les études littéraires aujourd’hui » (1970), « Les carnets » (1970-1971) et « Remarques sur l’épistémologie des sciences humaines » (1974), des thèmes demeurés particulièrement intéressants pour les chercheurs contemporains qui ignorent parfois le nom même de Bakhtine.
 
Voici la présentation de l’ouvrage par son éditeur :
 
« Au fil des publications, la figure de Mikhaïl Bakhtine apparaît comme l'une des plus fascinantes et des plus énigmatiques de la culture européenne du milieu du XXe siècle. On peut en effet distinguer, comme Tzvetan Todorov dans sa présentation, plusieurs Bakhtine : après le critique du formalisme régnant, le Bakhtine phénoménologue, auteur d'un tout premier livre sur la relation entre l'auteur et son héros ; le Bakhtine sociologue et marxiste de la fin des années vingt, qui apparaît dans les complexes Problèmes de la poétique de Dostoïevski ; le Bakhtine des années trente, marquées par le Rabelais et les grandes explorations culturelles dans le domaine des fêtes populaires, du carnaval, de l'histoire du rire ; le Bakhtine "synthétique" des derniers écrits, sans parler de bien d'autres possibles. »
 
Un must pour les thésards et les forts en thème !
 
Bernard DELCORD
 
Esthétique de la création verbale par Mikhaïl Bakhtine, traduit du russe par Alfreda Aucouturier, préface de Tzvetan Todorov, Paris, Éditions Gallimard, collection « Tel », octobre 2017, 446 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 13,50 € (prix France)

18:28 Écrit par Bernard dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |