29/11/2015

« L'argent, ah ! Fléau des humains ! » (Sophocle dans Antigone)

Essai sur la criminalité financière – Le club des Cassandre.jpg

Après avoir été avocat durant vingt ans, le Belge Michel Claise est aujourd’hui juge d’instruction en matière financière dans la capitale de l’Europe. Maître de conférences à l’Université d’Aix-en-Provence, il est également chroniqueur et romancier.

Il vient de publier aux Éditions Racine à Bruxelles un brillant ouvrage intitulé Essai sur la criminalité financière – Le club des Cassandre dans lequel il s’en prend à la délinquance des très nantis – entreprises comme particuliers – dont il dresse le portrait sans concession en vue de contrer cette métastase qui a envahi le monde.

« Cassandre, dit-il, fille du roi Priam, avait reçu d’Apollon le don de prophétie. Mais comme elle s’était refusée à lui, le dieu courroucé la frappa d’une terrible malédiction : jamais elle ne serait crue.

Il en va de même de ceux qui dénoncent l’explosion de la criminalité financière dans le monde et se battent contre ce phénomène, qui détruit les démocraties : on ne les croit pas !

Pourtant, les chiffres sont là : les entreprises pirates se sont introduites dans les économies saines, l’argent sale circule sans difficulté, la corruption gangrène les États, la cybercriminalité bouleverse les comportements, les organisations criminelles développent leurs activités par une ingénierie sans cesse en développement et par le recours à la violence.

Le tout sur fond de crise financière, dont les conséquences renforcent la puissance des mafias, et de menaces terroristes tout aussi déstabilisantes. Alors que les institutions internationales ne cessent de marteler l’urgence d’une prise de conscience du phénomène et du combat qu’il nécessite, au niveau national, les gouvernements paraissent en ignorer les messages. »

Une fameuse déclaration de guerre !

Bernard DELCORD

Essai sur la criminalité financière – Le club des Cassandre par Michel Claise, Bruxelles, Éditions Racine, novembre 2015, 208 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,95 €.

 

Table des matières :

Avant-propos

Appel de Genève

Première partie : L'approche du concept dans la société mondiale actuelle

Un regard sur le passé et son présent héritage

C'est l'histoire d'un escalier

Première marche

Deuxième marche

Troisième marche

Quatrième marche

Tiens, un palier !

Cinquième marche

Sixième marche

Septième marche

Vous en pensez quoi, de la criminalité financière ?

Le désarroi des entrepreneurs

Pour 650 dollars seulement, entrez au paradis des sociétés offshore

Des chiffres et des lettres

Les belligérants

L'Organisation de Coopération et de Développement économiques (OCDE)

Le Groupe d'Action financière (GAFI)

FMI & Banque mondiale

Groupe Egmont

Union européenne

Conseil de l'Europe

ONU

Europol (European Police Office)

Eurojust

Eurofisc

Transparency International

Administration fiscale

La détection des infractions financières

Forces et faiblesses de la répression

Les acteurs de l'enquête

L'enquête

Le procès

« Selon que vous serez… »

Les aspects positifs

Les aspects négatifs

Deuxième partie : Galerie de portraits des infractions financières

Début de l'exposition

La corruption

La corruption publique

La corruption privée

Le blanchiment d'argent

Étendue des comportements illicites

L'infraction est principale et non accessoire

L’auteur de l’infraction en amont peut être son propre blanchisseur

L'implication des coauteurs et complices et ses conséquences dans leur patrimoine en termes de confiscation

Le délit d’initié

L’information privilégiée

L’information privilégiée doit être connue d’un « initié »

Les « initiés » se rendent coupables d'actes déterminés, achat-vente, recommandation de cette opération, dévoilement de l'information

Les organisations criminelles

La fraude sociale

Accès aux droits sociaux

Régularisation du séjour

Accès à des prêts bancaires

Regroupement familial

La fraude fiscale

Le choix de la voie le moins imposée

La fraude fiscale en général

La criminalité fiscale

Évasion fiscale

Paradis fiscaux

La cybercriminalité

Le faux informatique et le skimming

Le phishing

Le hacking

Le cyberespace

Bitcoin

Melting pot

L'escroquerie

Faux et usage de faux

La contrefaçon

Troisième partie : Le complexe du brahmane Sissa

Échec et math

Allô la terre ?

Belgium, no point!

Sur le plan législatif et judiciaire

L'appareil de l'État

Que fait la police ?

Et l'administration ?

Conclusion

Opération CTIF (Caïman Target International Fight)

Index

21:17 Écrit par Bernard dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/11/2015

Le secret des affaires…

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Collaboratrice scientifique à HEC-ULg, Nathalie Marly publie des romans, des nouvelles et des ouvrages économiques aux allures de fiction. Spécialisée dans les entreprises familiales et en communication d’entreprise, elle dirige sa propre société qu’elle a créée après dix années de journalisme en télévision à la RTBf où elle a notamment présenté l'émission de recherche judiciaire Appel à Témoins.

Dans son dernier ouvrage intitulé Le Tabouquin ou quels sont les petits secrets des entrepreneurs familiaux ? paru à Liège aux Éditions Dricot [1], elle dévoile les tabous des entreprises familiales.

Ce roman économique, commandé par l’Institut de l’Entreprise Familiale (IEF), est basé sur une étude scientifique réalisée par Nathalie Crutzen, professeure à HEC-ULg. À contre-courant des ouvrages classiques de management, il s’agit d’un subtil mélange de divertissement et d’étude scientifique.

En voici le pitch :

« L’histoire commence par un SMS énigmatique que reçoit une journaliste – un peu fantasque – en charge d’orchestrer un colloque aux allures d’émission de télévision. Projecteurs, caméras et une dizaine de techniciens sont mobilisés pour proposer un show multimédia à un public d’entrepreneurs familiaux.

Sur la scène défilent, interrogés par cette journaliste – étrangement très attachée à son sac qui caquette –,des experts et des patrons d’entreprises qui donnent vie à la problématique des tabous des entreprises familiales.

Ils y répondent à 100 questions qui les empêchent bien souvent de dormir, comme : “Quand faut-il parler pour la première fois aux enfants de l’entreprise familiale ? Faut-il privilégier à tout prix l’entente familiale ? Parents, enfants, frères et sœurs parlent-ils des salaires ? Reconnaissent-ils leurs (in)compétences ? Discutent-ils de la transmission de l’entreprise ? Pourquoi les pères ne parviennent-ils pas à recueillir les états d’âme de leurs enfants ?”

Derrière les confessions sur les secrets de famille ou les solutions pour venir à bout des tabous, Nathalie Marly – en lutte interne permanente avec un étrange personnage nommé Nombril du Monde –confie, au sein de cet ouvrage, ses idées incongrues… »

Une approche particulièrement originale !

Bernard DELCORD

Le Tabouquin ou quels sont les petits secrets des entrepreneurs familiaux ? par Nathalie Marly, Liège, Éditions Dricot, collection « Entreprise familiale », novembre 2015, 194 pp. en quadrichromie au format 13,5 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 20 €

 

[1] www.dricot.be

19:24 Écrit par Bernard dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

19/10/2015

« Notre personnalité sociale est une création de la pensée des autres. » (Marcel Proust)

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Issu d'une famille aisée et cultivée – son père est professeur de médecine à Paris–, Marcel Proust (1871-1922) fut un enfant de santé fragile et toute sa vie il aura des difficultés respiratoires graves causées par l'asthme.

Très jeune, il fréquente des salons aristocratiques où il rencontre artistes et écrivains, ce qui lui vaut une réputation de dilettante mondain. Profitant de sa fortune, il n'a pas d'emploi et il entreprend en 1895 un roman qui reste à l'état de fragments (publiés en 1952, à titre posthume, sous le titre Jean Santeuil).

En 1907, il commence l'écriture de son grand œuvre, À la recherche du temps perdu, dont les sept tomes sont publiés entre 1913 (Du côté de chez Swann) et 1927, c'est-à-dire en partie après sa mort ; le deuxième volume, À l'ombre des jeunes filles en fleurs, obtient le prix Goncourt en 1919. Marcel Proust meurt épuisé, le 18 novembre 1922, d'une bronchite mal soignée. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise à Paris, accompagné par une assistance nombreuse qui salue un écrivain d'importance que les générations suivantes placeront au plus haut en faisant de lui un véritable mythe littéraire. [1]

Les Éditions Gallimard à Paris ont réédité ces jours-ci dans la collection « L’imaginaire », ses Chroniques parues pour la première fois en 1927, et donc cinq ans après son décès, à l’instigation de son frère Robert.

Voici la présentation qu’il en donna à l’époque :

« M. Gallimard et moi avons réuni dans ce volume, sous le titre de Chroniques, un ensemble d’articles de mon bien-aimé frère Marcel Proust, articles parus au cours d’une période de trente années qui va de 1892 à 1921. La plupart de ces articles ont été publiés dans Le Figaro avec la direction duquel mon frère entretint toujours les plus amicaux rapports. Dès 1900, Gaston Calmette lui avait témoigné la sympathie la plus affectueuse en lui offrant la plus large hospitalité dans son journal, ce dont Marcel lui fut toujours très reconnaissant et le remercia plus tard en lui dédiant Du côté de chez Swann, et avec Robert de Flers, Marcel noua dès le collège les liens d’une amitié profonde qui ne s’est jamais démentie.

En dehors de ces articles publiés dans Le Figaro, les autres articles que contient ce volume ont paru dans Le Banquet, dans Littérature et critique, dans La Revue Blanche, dans La Nouvelle Revue Française. C’est dans La N.R.F. dirigée alors par le cher Jacques Rivière et qui était pour Marcel comme son foyer, qu’ont été publiés en 1920 et 1921 ses derniers articles.

Pour classer ces diverses études, nous les avons groupées sous quatre rubriques : Les salons. La vie de Paris – Paysages et réflexions – Notes et souvenirs – Critique littéraire.

Nous avons pensé que les lecteurs d’À la recherche du temps perdu seraient heureux de connaître de Marcel Proust jusqu’aux plus reculées de ses œuvres de jeunesse et de pouvoir ensuite suivre pas à pas l’évolution de sa pensée. »

Robert Proust, septembre 1927.

Des choses vues, donc, et par un témoin de la trempe de Victor Hugo ! [2]

Bernard DELCORD

Chroniques par Marcel Proust, Paris, Éditions Gallimard, collection « L’imaginaire », septembre 2015, 263 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 8,50 € (prix France)


[2] Choses vues est un recueil de notes et de mémoires de Victor Hugo, publié à titre posthume sous la forme de deux séries, en 1887 et en 1900.

20:45 Écrit par Bernard dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/09/2015

« La musique peut rendre les hommes libres. » (Bob Marley)

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Les Éditions Mardaga à Bruxelles ont lancé en septembre 2015 une nouvelle collection de psychologie, « In psycho veritas », dont l’un des premiers titres publiés est 60 questions étonnantes sur la musique et les réponses qu’y apporte la science, un amusant – et passionnant – petit essai paru sous la plume de Valentine Vanootighem, docteure en psychologie et chercheuse à l'Université de Liège.

Très active dans le domaine de la vulgarisation scientifique, l’auteure est aussi chroniqueuse pour Psychologies Magazine Belgique et elle collabore au projet Psychopium.com, qui diffuse la psychologie scientifique au plus grand nombre. Elle est également passionnée par la musique, qu'elle pratique depuis sa plus tendre enfance.

Dans son ouvrage, elle répond, sur une double page et dans un langage accessible, en se basant sur des recherches scientifiques récentes, à des questions comme :

Comment se débarrasser d'un air qui vous trotte en tête ? Chante-t-on faux parce que l’on entend mal ? Les bébés préfèrent-ils les chants a capella ? Est-il dangereux de chanter au volant ? À quel âge faut-il commencer la musique ? Jouer d’un instrument améliore-t-il la mémoire ? La musique du restaurant peut-elle faire grimper l’addition ? Pourquoi la musique des films d’horreur nous angoisse-t-elle ? Faut-il écouter de la musique dans un bus bondé ? La virtuosité est-elle un don du ciel ? Étudier en musique mène-t-il à la réussite ? Faut-il écouter de la musique au travail ? Les émotions musicales sont-elles universelles ? Jouer d'un instrument rend-il plus intelligent ? La musique aide-t-elle à bien dormir ? Faut-il écouter de la musique après une attaque cérébrale ? La musicothérapie est-elle utile face à l’autisme ?

Si on se le demandait… Eh bien, maintenant on le sait !

Bernard DELCORD

60 questions étonnantes sur la musique et les réponses qu’y apporte la sciencepar Valentine Vanootighem, illustrations de Philippe de Kemmeter, Bruxelles, Éditions Mardaga, collection « In psycho veritas », septembre 2015, 144 pp. en bichromie au format 13,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 14,90 €

19:33 Écrit par Bernard dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

21/09/2015

« Willy Bal, l’Africain »…

Enjeux et atouts du français en Afrique noire.jpg

Introduit par le grand écrivain et universitaire congolais Valentin-Yves Mudimbe [1] et édité par le professeur Jean Germain de l’Université Catholique de Louvain-la-Neuve chez L’Harmattan à Paris sous le titre Enjeux et atouts du français en Afrique noire, un recueil d'articles rédigés entre 1966 et 2006 par feu le grand linguiste belge Willy Bal fait un exposé passionnant des caractéristiques du français tel qu’on le parlait et le parle encore en Afrique centrale.

Voici la présentation de l’ouvrage par Jean Germain :

« Willy Bal (1916-2013), nommé professeur en 1956 à l'Université de Lovanium (Kinshasa), est chargé d'y fonder une section de philologie romane, la première en Afrique. Parachuté dans un continent dont il avoue ignorer presque tout à l'époque, il va s'initier à la linguistique africaine et ouvrir des domaines nouveaux pour la recherche : le sort du français en Afrique et le contact des langues sur ce même continent.

Wallon "wallonnant" et "tiers-mondialiste", selon ses propres termes, il aime expliquer que cette paysannerie dont il est issu lui a fait découvrir bien des vérités en Afrique. Francophone militant, respectueux des langues et des spécificités africaines, il milite non pas pour défendre un français de puristes, mais avant tout pour que le monde de la francophonie devienne un monde de solidarités. "Solidarité par le français pour le développement", tel est son credo.

À travers une douzaine de ses articles gravitant autour du français en Afrique noire, publiés au lendemain de la décolonisation et s'échelonnant sur 40 années (1966-2006), c'est toute l'histoire et la conception de l'enseignement de la langue française en Afrique subsaharienne qui sont rappelées ici, ainsi que la cohabitation tout aussi essentielle avec les langues africaines indigènes et l'apport indéniable du français d'Afrique au français universel.

Un témoignage de premier plan sur la francophonie africaine, par celui qui présida le conseil scientifique de l'Inventaire des particularités lexicales du français en Afrique noire. »

 

Table des matières :

Préface de Valentin-Yves Mudimbe

Introduction au recueil et à l’homme par Jean-Germain

Articles de Willy Bal :

Politique linguistique en Afrique noire (1966)

L'enseignement du français en Afrique (1967)

Contribution à l'étude des opinions exprimées par l'élite africaine au sujet des rapports entre les langues nationales et le français (1979)

Quelques données et réflexions à propos du français en Afrique noire (1981)

Sur l'acceptabilité de particularités lexicales du français en Afrique noire (1984)

À propos des particularités lexicales du français en Afrique noire (1984)

Présentation de l'Inventaire des particularités lexicales du français en Afrique noire (1984)

Coopération au développement, la chance du français (1985)

Frontières politiques et variations du français en Afrique subsaharienne (1986)

Crise en francophonie africaine ? (l987)

Néologie et africanité (2006)

Confidences d'un Wallon « wallonnant » et « tiers mondialiste » (l990)

De la dialectologie wallonne aux problèmes linguistiques du Tiers-Monde (1991)

Bibliographie sélective de Willy Bal

 

Un ouvrage de référence !

Bernard DELCORD

Enjeux et atouts du français en Afrique noire par Willy Bal, préface de Valentin-Yves Mudimbe, Paris, Éditions L’Harmattan, mars 2014, 265 pp. en noir et blanc au format 13 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 27 € (prix France)


[1] Né en 1941 à Likasi, il a enseigné à l’université de Lubumbashi puis aux États-Unis, au Haverford College en Pennsylvanie et à l’université Stanford de San Francisco. Il enseigne actuellement à l’université Duke en Caroline du Nord.

21:54 Écrit par Bernard dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/08/2015

Clercs obscurs...

Les anti-Lumières – Une tradition du XVIIIe siècle à la guerre froide.gif

Diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, Zeev Sternhell (né en 1935) est professeur de science politique à l'université hébraïque de Jérusalem. Il est connu notamment comme spécialiste de la question de la montée et de la naissance du fascisme, en particulier de ses racines françaises. Selon lui, Georges Sorel et le cercle Proudhon sont à l'origine du corpus idéologique fasciste.

Zeev Sternhell est aussi l'un des membres fondateurs du mouvement israélien Shalom Akhchav, et il participe activement au débat politique en Israël, entre autres par ses contributions à la page « Opinions » du quotidien israélien Haaretz. Il a pris position contre le camp ultra-nationaliste en Israël et la colonisation et il prône un compromis de paix avec les Palestiniens.

Zeev Sternhell est lauréat – d'histoire générale et de sciences politiques – du prix Israël (le prix de l'État) pour ses travaux en sciences politiques.

En 2010, il a été élu à l'Académie israélienne des sciences et lettres.

Il est l’auteur de nombreux essais, parmi lesquels un ouvrage volumineux intitulé Les anti-Lumières – Une tradition du XVIIIe siècle à la guerre froide publié en version princeps chez Fayard en 2006 et en poche par Gallimard en 2010, dans la collection « Folio » où il est toujours disponible.

Voici le résumé qu’il en a donné :

« Contre les Lumières et leurs valeurs universelles qui régissent encore les sociétés démocratiques, s'est dressée, du XVIIIe siècle à aujourd'hui, une autre tradition.

Cette modernité se veut alternative et mène la guerre grâce à une argumentation rendue cohérente par le fait que tous ses partisans se lisent les uns les autres avec une grande attention et constituent son corpus.

Taine écrit sur Burke et Carlyle, Meinecke sur Burke et Herder, lequel, pour Renan, est le “penseur-roi”, Maistre suit Burke et il est lui-même suivi par Maurras, Sorel attaque les Lumières avec une hargne égale à celle de Maurras. Développant la pensée de Herder, Spengler forge le concept de l'imperméabilité des cultures ; poursuivant les analyses de Herder, Isaiah Berlin écrit sur Vico avec un ravissement semblable à celui de Croce. Subissant l'influence de Meinecke, il ajoute dans la seconde moitié du XXe siècle un maillon à la culture politique des anti-Lumières.

Preuve est donc faite que les maux contre lesquels ont combattu les Lumières sont de toutes les époques : pour éviter à l'homme du XXIe siècle de sombrer dans un nouvel âge glacé du conformisme, la vision prospective d'un individu maître de son présent, sinon de son avenir, demeure irremplaçable. »

Un fameux pavé… dans la mare des conservatismes !

Sommaire :

– Le choc des traditions

– Les fondements d'une autre modernité

– La révolte contre la raison et les droits naturels

– La culture politique des préjugés

– La loi de l'inégalité et la guerre a la démocratie

– Les fondements intellectuels du nationalisme

– Crise de civilisation, relativisme généralisé & mort des valeurs universelles au début du XXe siècle

– Les anti-Lumières de la guerre froide

Bernard DELCORD

Les anti-Lumières – Une tradition du XVIIIe siècle à la guerre froide par Zeev Sternhell, édition revue et augmentée, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio Histoire », avril 2010, 944 pp. en noir et blanc au format 10,7 x 17,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 13,90 € (prix France)

10:00 Écrit par Bernard dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04/08/2015

Un texte éblouissant !

La Shoah de Monsieur Durand.jpg

Née en 1973 à Bruxelles, Nathalie Skowronek a raconté dans Max, en apparence (Éditions Arléa, 2013) le parcours de son grand-père rescapé du camp de Jawischowitz, à dix kilomètres d’Auschwitz.

Elle élargit sa quête autour du dramatique passé familial avec la publication de La Shoah de Monsieur Durand paru chez Gallimard, une courte compilation – remarquablement rédigée – de réflexions personnelles sur les séquelles psychologiques ayant marqué et frappant encore les victimes de l’Holocauste jusqu’à la quatrième génération, une tentative de mise au point d’une intelligence insigne assortie d’une très grande sensibilité.

C’est que, comme le souligne l’auteure, si « la première génération s'est refermée sur ses horribles secrets, la deuxième a vécu dans le silence obligé (on ne devait pas “en parler”), la troisième génération a tenté de façon parfois maladroite et excessive de déterrer ces secrets en mettant la Shoah au centre de tout. La quatrième génération est en train de tenter une rupture avec ces attitudes. Après le temps de l'oubli, puis le temps du souvenir obsessionnel, désormais il faut vivre : bientôt les derniers rescapés des camps auront disparu ».

Le temps passant et les témoins directs disparaissant, la Shoah se « désacralise », entraînant le risque – de plus en plus perceptible en Europe occidentale – d’une résurgence de l’antisémitisme et de son cortège d’horreurs et de crimes.

L’immense intérêt de La Shoah de Monsieur Durand réside dans l’intériorisation par l’auteure des séquelles du plus grand crime de l’humanité jamais commis en raison des moyens mis en œuvre pour le perpétrer et du nombre de victimes qu’il a entraîné.

On attend avec intérêt une suite de l’ouvrage dans laquelle Nathalie Skowronek livrerait ses idées sur des thèmes absents ou à peine abordés dans son texte : l’identité et la religion juives, les réparations de l’Holocauste, le sionisme, l’État d’Israël – voire la question palestinienne et des territoires, prétexte commode à la résurgence de l’antisémitisme, mais aussi du racisme anti-arabe un peu partout sur la planète.

Nul doute qu’elle aurait des choses passionnantes à en dire !

Bernard DELCORD

La Shoah de Monsieur Durand par Nathalie Skowronek, Paris, Éditions Gallimard, avril 2015, 56 pp. en noir et blanc au format 20,5 x 1 cm sous couverture brochée en couleurs, 7,50 € (Prix France)

Pour vous, nous avons recopié ces quelques lignes éclairant sur le titre du livre :

L'oubli puis la mémoire. La mémoire puis l'oubli. Or, qu'est-ce oublier, si ce n'est éviter le « je me souviens » ? Et qu'est-ce se souvenir, si la nécessité de vivre demande l'oubli ? On enlève la couche de surface, peut­ être même se défait-elle toute seule, et voilà que réapparaît, juste dessous, ce qu'on pensait recouvert. Les marques sont toujours là. Rien ne s'est effacé. Il n'y aurait pas d'issue, alors ? À moins que ? Sauf si ?

C'est l'histoire de Maurice Dupont qui se rend aux services d'administration de sa ville pour demander à changer de nom. Il voudrait qu'on l'appelle désormais Maurice Durand. Le fonctionnaire consulte le dossier puis l'interroge : « Monsieur Dupont, je ne comprends pas, vous avez fait la même démarche l'année dernière, vous vous appeliez alors Maurice Shmulewicz et vous vouliez transformer votre nom en Maurice Dupont. Pourquoi, maintenant que vous vous appelez Maurice Dupont, voulez-vous vous faire appeler Maurice Durand ? »

Alors, Maurice Shmulewicz, qui se nomme à présent Maurice Dupont comme l'attestent ses papiers d'état civil, répond avec l'accent yiddish qui caractérise les Juifs de l'Est : « Monsieur de l'Administration, c'est très simple. Quand on me demande mon nom et que je réponds que je m'appelle Maurice Dupont, la personne en face de moi me dit : D'accord, monsieur Dupont, mais avant, monsieur Dupont, comment vous appeliez-vous avant ? C'est très gênant. Alors, comme ça, monsieur de l'Administration, comme ça, la prochaine fois, je pourrai répondre : Cher monsieur, je m'appelle Maurice Durand, et avant ? Avant, monsieur, je m'appelais Maurice Dupont ».

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