21/07/2015

Flops en stock…

Les petites bêtises du marketing .jpg

Dans Les petites bêtises du marketing publié à Paris chez François Bourin Éditeur, un livre instructif à bien des égards, Catherine Heurtebise, une journaliste spécialisée en marketing et communication, rapporte une soixantaine d’exemples de « plantages » commerciaux des plus grandes marques mondiales.

 Parmi ceux-ci : les échecs cuisants du cola transparent de Pepsi et de l’eau fluo de Perrier, le flop des parfums Bic vendus dans les bureaux de tabac, la lessive Persil Power qui troue les vêtements, la bière Kronenbourg sans goût destinée au public féminin, la pièce de 10 francs de la Monnaie de Paris qui valait 50 centimes, le yaourt bio « Vrai » sans fruits bio, la recherche du « chômeur de l’année » par Benetton, la Renault 14 dont la marque met en avant sa forme de poire, le choix du nom « Première Classe » pour des hôtels d’une seule étoile, la Rolex à 50 ans de Séguéla…

 Business communication as usual

 Bernard DELCORD

 Les petites bêtises du marketing par Catherine Heurtebise, Paris, Éditions François Bourin, collection « Économie », mai 2015, 160 pp. en noir et blanc au format 13 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,99 € (prix France)

11:42 Écrit par Bernard dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/07/2015

Contre la rage verte !

Petit traité d’anti-écologie à l’usage des lecteurs méchants.jpg

Il est toujours surprenant de constater que d’aucuns s’essaient à débattre avec sérieux des épouvantails catastrophistes que les intégristes de l’écologie politique brandissent en conclusion de leur prêchi-prêcha mêlant trouille et diabolisation du contradicteur sous un vernis de démonstrations pseudo-scientifiques…

Heureusement, certains esprits éclairés évitent ce travers.

Ayant déjà fait paraître coup sur coup en 2013 aux Belles Lettres à Paris un hilarant Égalité, taxes, bisous ainsi qu’un désopilant Petit dictionnaire incorrect mais vaillamment illustré (avec Olivier Vitri), H 16 – dont on se régale de la prose assassine sur le blog H16free.com – a lancé chez le même éditeur un nouveau brûlot encore plus politiquement incorrect, intitulé Petit traité d’anti-écologie à l’usage des lecteurs méchants qui fera grincer des dents les ayatollahs du réchauffisme, les tartuffes de la décroissance et les adorateurs bigots de la Planète – qui n’est, rappelons-le au passage, qu’une simple planète, sans majuscule déifiante…

Cognant dur là où cela fait mal, l’auteur, après avoir tordu le cou de quelques lieux communs erronés colportés par les salafistes verts, explique avec gouaille pourquoi le réchauffement climatique, dont on nous assure la voix tremblante qu’il est à nos portes, n’en finit pas d’arriver – l’apocalypse climatique ayant été annoncée successivement pour 2010, puis 2012, puis 2016, pour le plus grand profit de ses prédicateurs, comme le bug de l’an 2000 (qui n’eut pas lieu, bien entendu) a rempli les poches des pythonisses de l’informatique…

H 16 explique ensuite pourquoi on ne manquera jamais d’énergie bon marché, avant de dresser avec une joyeuse férocité la typologie des fluffies, « ces gentils petits altermondialistes duveteux toujours à la pointe du combat pour la nature et contre l’humanité ».

Un livre à savourer, ligne après ligne, en pleine nature et sous le soleil !

Bernard DELCORD

Petit traité d’anti-écologie à l’usage des lecteurs méchants par H 16, Paris, Éditions Les Belles Lettres, collection « Les insoumis », mai 2015, 110 pp. en noir et blanc au format 9 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 9 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié les quelques lignes suivantes, joyeusement provocatrices :

En réalité, le réchauffement climatique est en panne

Vous n'en entendrez probablement parler ni dans les jolies pages « Planète » d'un journal Le Monde transi d'amour pour les thèses réchauffistes, ni dans celles consacrées à la terre d'un Libération en phase terminale, ni même, soyons honnête, dans le reste d'une presse tout acquise aux escrocs de la climatologie politique, mais pourtant cette nouvelle mériterait de faire les gros titres : le réchauffement climatique est en panne depuis plus de seize ans.

Oh, ce n'est pas moi qui le dis.

Ce n 'est pas non plus l'une de ces misérables sectes crypta-négationnistes du climat qui osent publier pamphlets sur articles séditieux, décrivant en détail les magouilles et abominations scientifiques auxquelles se livrent certains chercheurs subventionnés pour tenter d'apeurer une population en lui prédisant un futur à base de rôtisserie planétaire, d'inondations bibliques et d'ouragans cyclopéens. Bien sûr, ces sectes n'hésiteront pas à relayer la nouvelle […], sans prendre la peine de ménager les tristes existences de tous ceux qui dépendent de façon cruciale d'une croyance ferme et résolue dans le dogme climatique.

Ce n'est pas non plus le résultat du travail d'un étudiant boutonneux dans le garage parental, fruit laborieux de bricolages statistiques douteux visant à prouver des choses incroyables à la face du monde.

Non.

La nouvelle est en fait sortie très discrètement du Met Office britannique en octobre 2012, sans le moindre battage médiatique, ni le moindre relais de la presse.

C'est intéressant puisque le Met Office est celui-là même qui, dans des précédents rapports, annonçait – en fanfare cette fois-ci – que la terre se réchauffait ou que l'année 2010 était la plus chaude jamais enregistrée.

Du reste, si l'on faisait les petits calculs en arrêtant les données à fin 2010, on observe bien un très léger réchauffement depuis 1997. Réchauffement qui s'évapore si l'on tient compte des dernières données collectées et qui permettent, de surcroît, de boucler une période de seize ans.

Cette période de seize ans n’est pas anodine, puisque c'est à partir d'une même période de seize ans, cette fois-ci de 1980 à 1996, qu'un réchauffement climatique a été observé et massivement médiatisé par toute une troupe de politiciens dont l'agenda collectiviste et interventionniste a pu ainsi se nourrir pendant les années qui suivirent.

Évidemment, à l'époque, cette accumulation de données sur une telle période était pertinente et permettait de prouver que le réchauffement déboulait, avec toute une cohorte de catastrophes au bout si, « tous ensemble », on ne mettait pas un terme rapide à notre méchante existence.

À présent, ces mêmes seize années sont – bien sûr – insuffisantes pour déduire quoi que ce soit. Tout juste le maintenant célèbre Phil Jones, directeur de recherche en climatologie à East Anglia, et mouillé jusqu'au cou dans les histoires de Climategate, accepte-t-il d'admettre que tout cela montre qu'on ne comprend pas encore assez les variabilités naturelles.

D'autres chercheurs (pas soupçonnés de corruption ou de magouilles antiscientifiques) sont, eux, obligés d'arriver à la conclusion logique que les modèles climatiques utilisés jusqu'à présent sont profondément viciés : après tout, ils prédisaient un furieux réchauffement pour la période en question, certainement pas une stagnation.

Caramba, donc, encore raté…

18:00 Écrit par Bernard dans Essais, Humour | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/01/2015

Une bibliothèque de rêve…

L'Internationale des francs-tireurs.jpg

Bruno de Cessole a été notamment journaliste au Figaro, à L'Express et au Point, et critique littéraire des Lettres françaises et des Nouvelles Littéraires. Il a dirigé La Revue des Deux Mondes et est actuellement rédacteur en chef du service culture de Valeurs actuelles. Il collabore également au journal Service littéraire.

Après son Défilé des réfractaires [1] en 2011, dans lequel il passait en revue les écrivains français véritablement anticonformistes et libres, la maison parisienne L’Éditeur a publié en 2014 son Internationale des francs-tireurs [2] qui le complète, puisqu’il y « convoque le panthéon mondial des écrivains libertaires ou contestataires », pour « acquitter une dette, celle contractée envers les auteurs qui l'ont nourri, éclairé ou encouragé ».

De Jane Austen à Stefan Zweig en passant par Karen Blixen, Giacomo Casanova, Franz Kafka, Anaïs Nin, Ezra Pound ou Virginia Woolf, l’auteur brosse 46 portraits d’écrivains connus ou méconnus du XVIIIe siècle à nos jours [3] dans un bel exercice d'invitation à la découverte ou à la relecture.

Car c’est un indéniable vent d’indépendance qui souffle dans les pages et les esprits de ces femmes et de ces hommes pour qui la plume crée le monde et le transforme, en dépit des pesanteurs contemporaines, du jugement de la société ou des bien-pensances de toutes obédiences.

Et pour être de bonne mesure, suggérons à Bruno de Cessole d’ajouter à sa liste déjà longue et fort pertinente les noms d’Hugo Claus, de John Flanders, d’Aldous Huxley, de Níkos Kazantzákis, de David Herbert Lawrence, de Boris Pasternak, de Chuck Palahniuk ou d’Alexandre Soljenitsyne pour garnir encore davantage les rayons de sa passionnante bibliothèque d’honnête homme vraiment libre…

Bernard DELCORD

L'Internationale des francs-tireurspar Bruno de Cessole, Paris, L’Éditeur, octobre 2014, 607 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 22 € (prix France)


[1] « D’Aymé à Houellebecq, de Berl à Camus, de Colette à Kundera, de Suarès à Modiano, de Queneau à Muray, une cinquantaine de portraits d’écrivains français du XIXe siècle à nos jours figurent dans cette anthologie subjective, partiale, voire de mauvaise foi, et dessinent une certaine idée de la littérature, que l’auteur a défendue et défend toujours dans la presse. » (Babelio)

[2] « Franc-tireur : soldat qui ne fait pas partie de l'armée régulière. »

[3] Jane AUSTEN, Thomas BERNHARD, Karen BLIXEN, Jorge Luis BORGES, Anthony BURGESS, Lewis CARROLL, Giacomo CASANOVA, Cyril CONNOLLY, Joseph CONRAD, Gabriele D’ANNUNZIO, Lawrence DURRELL, Nicolás Gómez DÁVILA, Knut HAMSUN, Jim HARRISON, Ernest HEMINGWAY, Samuel JOHNSON, Ernst JÜNGER, Ismail KADARÉ, Franz KAFKA, Rudyard KIPLING, Giuseppe Tomasi di LAMPEDUSA,, Giacomo LEOPARDI, Jack LONDON, Malcolm LOWRY, Norman MAILER, Henry MILLER, Yukio MISHIMA, Vladimir NABOKOV, Vidiadhar Surajprasad NAIPAUL, Friedrich NIETZSCHE, Anaïs NIN, Paul NIZON, George ORWELL, Fernando PESSOA, Ezra POUND, Gregor VON REZZORI, Ernst VON SALOMON, James SALTER, Arthur SCHOPENHAUER, Italo SVEVO, Henry David THOREAU, Robert WALSER, Oscar WILDE, Virginia WOOLF, Alexandre ZINOVIEV et Stefan ZWEIG.

20:30 Écrit par Bernard dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04/01/2015

Un texte « dérangeant »…

L'affaire Simenon.jpg

Alain De Preter est juriste de formation et il a exercé le métier d’avocat à Bruxelles pendant dix-sept ans. Depuis une dizaine d’années, il travaille en tant qu’éducateur dans un hôpital de jour pour adultes présentant des difficultés psychologiques. Il a également fait partie pendant plusieurs années de la Société belge de psychologie analytique C.G. Jung.

C’est dans le cadre de sa réorientation professionnelle (licence en sciences de la famille et de la sexualité à l’UCL) qu’il a rédigé L’affaire Simenon, un essai abondamment documenté paru aux Éditions Avant-propos à Waterloo, dans lequel il « se propose de répondre aux questions que la fille du romancier pose au sujet de son mal-être dans des écrits que son père a fait publier après son décès – Marie-Jo s’est suicidée le 20 mai 1978 à l’âge de 25 ans.

Dans ses Mémoires intimes, Georges Simenon [1] accuse sa seconde femme Denyse d’être responsable de la mort de leur fille et il prétend également que Marie-Jo lui aurait proposé d’avoir des rapports incestueux avec lui. Selon Alain De Preter, ces accusations ne résistent pas à un examen sommaire des faits qui révèle que Simenon entretenait une relation pour le moins ambiguë avec sa fille.

L’enquête change alors d’orientation et se focalise sur l’homme qui avait fait profession de raconter des histoires.

Qui était “Dad” ? À partir du concept de nécrophilie développé par Erich Fromm [2], l’auteur met au jour certains aspects de la personnalité de l’écrivain et donne sens à différents événements de la vie familiale qui, sans cela, restent incompréhensibles. La psychologie humaniste de Fromm permettrait également de comprendre comment – et selon quel processus – Simenon se serait rendu coupable de maltraitance envers les femmes de son entourage. »

La thèse se fonde donc sur les concepts de biophilie et de nécrophilie élaborés par Erich Fromm pour qui ils sont voisins des notions freudiennes de pulsion de vie et de pulsion de mort.

Mais de quoi s’agit-il exactement ?

Voici ce qu’en a dit le professeur Yvon Pesqueux dans un cours donné en 2003 à l’Université Paris-IX Dauphine :

« En traitant le problème de la nécrophilie, Erich Fromm affirme que “la plupart des hommes possèdent en eux les deux types de tendances (biophilie et nécrophilie) à la fois, mais dans des proportions variées” [3], encore qu’il y ait des gens qui se vouent entièrement à la mort ou à la vie.

Littéralement, “nécrophilie” veut dire “amour des morts”, mais dans le cas de la perversion manifeste d’une tendance de l’amour de la mort, de détestation de la vie qui se rencontre chez un grand nombre de gens. Dans cette catégorie sont également rangées les personnes qui aiment raconter des histoires de maladie, de funérailles, etc.

Les traits distincts des personnes nécrophiles sont les suivants :

– Elles sont tournées vers le passé,

– Elles sont froides, distantes, fanatiques de la “loi et  de l’ordre”,

– Elles voient la force comme un moyen de détruire les autres.

Pour le biophile, l’humanité se divise en deux groupes contraires, le masculin et le féminin, tandis que pour le nécrophile, l’humanité se partage en deux “sexes”, les puissants et les impuissants. Le désir de manger un cadavre se rencontre chez ce type de gens en état inconscient, à savoir dans leurs rêves.

Dans la société moderne, l’individu porté à la nécrophilie aime tout ce qui est figé et mécanique. »

Une façon plutôt polémique, on en conviendra, de se pencher sur Georges Simenon à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de son décès et de fournir des clés d’interprétation de son œuvre…

Bernard DELCORD

L’affaire Simenon par Alain De Preter, Waterloo, Éditions Avant-propos, octobre 2014, 383 pp. en noir et blanc au format 15 x 23,5 cm sous couverture brochée bicolore, 29,95 €


[1] 1903-1989.

[2] Erich Fromm (1900-1980) est un psychanalyste humaniste américain d'origine allemande. Il est, avec Theodor Adorno et Herbert Marcuse, entre autres, un des premiers représentants de l'École de Francfort. Il est également connu comme un sociologue marxiste ayant fait la conjonction de Karl Marx avec Sigmund Freud. Il a enseigné au Bennington College, à l'Université Columbia, puis à l'université du Michigan et à Yale. Il fut le chef de file de l'école culturaliste à Chicago avant de rejoindre le MRI (Mental Research Institute) de l'École de Palo Alto puis de fonder et diriger la Société Mexicaine de Psychanalyse en 1956 tout en enseignant à l'Université Nationale Autonome du Mexique. (Source : Wikipédia.)

[3] Erich Fromm, Le cœur de l’homme, Paris, Éditions Payot & Rivages, collection « Petite Bibliothèque Payot », 2002, p. 47.

13:55 Écrit par Bernard dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/09/2014

Du devoir moral

Les Devoirs (Cicéron).jpg

Le texte ci-dessous a paru dans la livraison du 05/09/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

Dernière œuvre philosophique de Cicéron (106-43 avant J-C), le traité Les Devoirs, adressé à son fils à la fin de l'année 44, se penche sur la question de l'action appropriée en tentant de déterminer les formes de l'action morale, parfaite chez le sage.

Pour ce faire, le grand avocat romain explore successivement les concepts d'action morale, d'utile et d'honnête pour défendre la thèse selon laquelle on ne doit jamais tenir pour utile ce qui n'est pas honnête, car c'est en vérité l'honnête seul qui, tout bien considéré, est véritablement utile.

Cicéron a composé ce testament philosophique au moment où il entreprenait son dernier combat pour la République romaine contre les ambitions tyranniques de Marc-Antoine, qui s’appropriait alors l'héritage de César, mort quelques mois plus tôt.

Cet ouvrage, qui reparaît aux Belles Lettres à Paris dans une édition bilingue au texte latin établi par Maurice Testard et traduit en français par Stéphane Mercier, deux éminents latinistes belges de l’UCL, a connu un retentissement considérable dans l’histoire, marquant de son empreinte la pensée d’hommes aussi divers que Pline l’Ancien, Ambroise de Milan, Érasme, Kant, Montesquieu ou Frédéric II de Prusse.

Mais pas celle des politiciens, c’est sûr…

Bernard DELCORD

Les Devoirs par Cicéron, édition bilingue français-latin dirigée par Maurice Testard et traduite par Stéphane Mercier, Paris, Éditions Les Belles Lettres, collection « Classiques en poche », mars 2014, 495 pp. en noir et blanc au format 11 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 14,50 € (prix France)

19:40 Écrit par Bernard dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

31/08/2014

« L'école enseigne la prose, non la poésie. » (Benedetto Croce)

Moi, ministre de l'Enseignement.jpg

Un an après la publication de son brûlot intitulé Les profs au feu et l’école au milieu, Frank Andriat remet un ouvrage sur le métier avec Moi, ministre de l’Enseignement, un essai paru aux Éditions de La Renaissance du livre dans lequel il dresse la liste des dix propositions dont l’application permettrait, assure-t-il, de renflouer le Titanic qu’est devenu selon nous l’enseignement en Belgique francophone, à savoir :

– défendre une école de l’excellence pour tous ;

– partir des besoins des élèves et des profs ;

– s’inspirer du bas pour aller vers le haut ;

– publier des programmes clairs et précis ;

– créer de l’espoir ;

– donner la primauté à l’éducation et à la culture ;

– être rassembleur plutôt que diviseur ;

– ne pas avoir de certitudes ;

– garantir une école du sens et de la liberté ;

– oublier les sondages et les statistiques.

De belles et bonnes idées, assurément, frappées au coin du bon sens et auxquelles nous ajouterions le retour aux fondamentaux de l’orthographe et du calcul, mais leur application dans un futur proche – il n’est pas interdit de rêver…– assainirait-elle les écuries d’Augias ?

 Moi, ministre de l'Enseignement (Milquet).jpg

Rien n’est moins sûr, à notre avis, la situation de déréliction dans nombre de bahuts étant ce qu’elle est devenue en raison de l’incurie des politiques (un tweet récent de la nouvelle ministre de l’Éducation, contenant une grossière faute d’orthographe en est la preuve administrée), en raison de l’ignorance de pédagogues autoproclamés ou cooptés par des pairs insanes faisant des ravages parmi les futurs profs (ainsi, dans l’une nos universités les plus réputées, un des responsables essentiels de l’agrégation d’une importante section de la Faculté des Lettres sait à peine parler le français, et encore moins l’écrire… tandis que la dernière leçon donnée par plus d’un inspecteur tatillon remonte à des lustres), en raison de la médiocrité crasse de certains enseignants (prof moi-même, j’ai connu des collègues pour qui le préfet établissait à l’avance le calendrier de leurs absences « pour maladie », aussi prévisibles qu’injustifiées), en raison de la démission d’innombrables parents face à la consommation de shit et d’Internet jusqu’à point d’heure par leur progéniture, mais qui, en bons consommateurs brandissant leurs droits, exigent que leurs enfants « aient leurs points » à tout prix, y compris celui de la menace ou du chantage et, last but not least, en raison du manque d’intérêt d’innombrables jeunes pour qui, l’ascenseur social étant désormais hors d’usage et le chômage frappant dans tous les azimuts, la vraie vie est ailleurs qu’en classe…

Les métastases de ce cancer ne cessant de proliférer, faut-il craindre que la thérapie préconisée par Frank Andriat ne se voie appliquée au patient qu’après le décès de celui-ci ?

Non ! Car comme le village gaulois d’Astérix, des établissements scolaires et des profs résistent encore çà et là avec un succès indéniable, en se fondant sur un espoir jamais déçu : celui de l’incommensurable capacité de cœur – plutôt que de savoir, celui-ci venant alors par surcroît – d’une jeunesse de plus en plus métissée se débattant dans un monde que l’on dit globalisé, mais qui s’ingénie à lui fermer toutes les portes…

Bernard DELCORD

Moi, ministre de l'Enseignement par Frank Andriat, Waterloo, Éditions de La Renaissance du livre, août 2014, 156 pp. en noir et blanc au format 13 x 22 cm sous couverture brochée en couleurs, 9,90 €

16:57 Écrit par Bernard dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

31/07/2014

Envolées lyriques et diatribes profondes...

Les plus beaux discours (Jean Jaurès).jpg

Né à Castres (Tarn) le 3 septembre 1859, agrégé de philosophie et docteur, homme politique issu du monde rural, chrétien convaincu, dreyfusard, penseur et orateur hors pair, Jean Jaurès est l'un des pères fondateurs du parti socialiste français en 1902 et de la SFIO [1] en 1905 ainsi que du quotidien L’Humanité en 1904, auquel collaborent alors Anatole France, Octave Mirbeau et Jules Renard.

Pacifiste, Jaurès fut assassiné le 31 juillet 1914 par le nationaliste Raoul Villain [2] au Café du Croissant, 146, rue Montmartre à Paris (2e arrondissement), ce qui précipita le déclenchement de la Première Guerre mondiale par le ralliement de la gauche française, y compris de certains socialistes qui hésitaient, à l’« Union sacrée ».

Sa dépouille a été transférée au Panthéon en 1924 et ses idées métaphysiques ont fait l’objet d’une remarquable étude de feu Henri Guillemin (1903-1992), L’arrière-pensée de Jaurès parue chez Gallimard en 1966, dans laquelle sont exposés, avec la fougue qui était coutumière à l’historien bourguignon, les tenants et les aboutissants de l’engagement spirituel et politique du martyr de la paix qui avait aussi été député de Carmaux.

Pour commémorer le centenaire de son assassinat, les Éditions Librio à Paris ont rassemblé dans Les plus beaux discours les prises de parole les plus importantes de Jean Jaurès, notamment le discours des deux méthodes, le discours à la jeunesse et le discours de Vaise, prononcé la veille de sa mort.

Dans ces textes, il aborde de nombreuses questions :

Le socialisme est-il compatible avec la République ? Que propose le parti face à la crise du monde paysan ? Réformisme ou « classe contre classe » ? Quel rôle les prolétaires ont-ils joué dans l'histoire de France ? Que penser de la laïcité ? Peut-on vraiment être pacifiste en 1914 ?

Homme de valeur et de valeurs, notre tribun fut un protagoniste majeur du passage à la modernité de la République française au tournant du XXe siècle, et ses convictions généreuses n’ont pas pris une ride, si ce n’est que les socialistes d’aujourd’hui ne les partagent plus, tout occupés qu’ils sont par leurs jeux politiciens, leur ambition personnelle, leur course aux bonnes places et leurs affaires d’argent.

De quoi s’écrier : « Jaurès, reviens, ils sont devenus fous ! »

Bernard DELCORD

Les plus beaux discours de Jean Jaurès, Paris, Éditions Librio, collection « Idées »,  mai 2014, 127 pp. en noir et blanc au format 13 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 3 € (prix France)


[1] Section française de l'Internationale ouvrière.

[2] Qui fut acquitté pour ce crime le 29 mars 1919 après avoir passé la grande Guerre en prison, devint par la suite un délinquant de droit commun, perdit plus ou moins la raison et fut exécuté par des anarchistes le 17 septembre 1936, durant la guerre civile espagnole, à Ibiza où il s’était finalement réfugié.

19:14 Écrit par Bernard dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |