23/11/2013

Un texte iconoclaste

Les 10 plus gros mensonges sur l'économie.gif

L'article ci-dessous a paru dans la livraison du 23/11/2013 de l'édition belge du magazine MARIANNE :

Rédigé par deux tenants d'un modèle économique alternatif au système capitaliste, Philippe Derudder & André-Jacques Holbecq, qui assurent que « tant que le citoyen ne reprendra pas le pouvoir sur l'économie, il en restera l'esclave », l'essai décoiffant intitulé Les 10 plus gros mensonges sur l'économie remporte un succès qui ne se dément pas depuis sa parution en 2007 – il en est à sa troisième refonte.

C'est que l'ouvrage se gausse allègrement de bien des théories assénées en vérités absolues, que les auteurs tiennent pour des idées toutes faites et de fausses croyances, comme « baisser les prix, c'est défendre le pouvoir d'achat », « la dette de l'État appauvrit la Nation, il faut la rembourser », « il faut soutenir la croissance pour dynamiser l'emploi », « les banques prêtent l'argent des épargnants », « on vivrait beaucoup mieux si on payait moins d'impôts », « il faut lutter contre l'inflation pour sauvegarder l'emploi », « toute production ne se justifie que si elle est rentable » et, cerise sur le gâteau, « la mondialisation est une promesse de prospérité pour tous les peuples »...

On pourra, bien entendu, émettre quelques doutes sur les préconisations de nos deux compères, mais, par les temps qui courent de crise post-subprimes et d'affairisme rapace généralisé, leur dynamitage en règle n'en demeure pas moins parfaitement réjouissant !

Bernard DELCORD

Les 10 plus gros mensonges de l'économie par Philippe Derudder & André-Jacques Holbecq, Paris, Éditions Dangles, mai 2012, 288 pp. en noir et blanc au format 15 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 16 € (prix France)

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19/10/2013

Les parlers de chez nous…

Les langues régionales de Wallonie.jpg

Se penchant dans Les langues régionales de Wallonie sur l'histoire, la sociologie et le sort actuel du wallon, du picard, du gaumais et du champenois, Michel Francard qui enseigne la linguistique à l'UCL, y démontre non seulement l'enracinement latin mâtiné de gaulois et de francique de ces langues romanes qui eurent jadis leur heure de gloire – avant que la bourgeoisie des débuts du siècle dernier eût sottement signé leur arrêt de mort pour imposer le français –, mais aussi la qualité et l'ampleur de leur production littéraire, qui va de la Cantilène de Sainte-Eulalie (début du IXe siècle) aux textes de son collègue Willy Bal (né en 1916), lui aussi linguiste de l'UCL, en passant par ceux de Géo Libbrecht, d'Auguste Laloux ou de Gabrielle Bernard.

On sait, bien entendu, le poids du folklore dans la survivance actuelle de ces idiomes, à Mons, à Namur, à Liège, à Bastogne, à Malmedy ou à Arlon, à travers des associations culturelles qui se repassent joyeusement le flambeau pour susciter la liesse populaire.

Et ce, sans le moindre complexe, à l'inverse des Calimeros flamingants n'ayant de cesse d'enquiquiner la terre entière pour assurer la contre-publicité de leurs idiomes qui, par leur faute, ont d'ores et déjà acquis en Europe le peu enviable statut de baragouin d'emmerdeurs…

Bernard DELCORD

Les langues régionales de Wallonie par Michel Francard, Louvain-la-Neuve, Éditions De Boeck, septembre 2013, 215 pp. en quadrichromie au format 13 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,50 €

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05/10/2013

Quand la boutique brûle...

Les profs au feu et l'école au milieu.jpg

L'article ci-dessous a paru dans la livraison du 05/10/2013 de l'édition belge du magazine MARIANNE :

Vingt-trois ans après le constat amer de Roland Soyeurt dans Le chagrin des profs, un pamphlet paru en 1990 en pleine grève des enseignants contre les inepties alors prônées par Yvan Ylieff, et dix-huit ans après la publication par le même auteur de Mes points dans la figure qui s'en prenait, au cours de nouvelles grèves enseignantes, aux âneries imposées par Laurette Onkelinx et son chef de cabinet, un autre prof de base, Frank Andriat, lui aussi vieux routier du métier et par ailleurs écrivain à succès, sonne le tocsin dans Les profs au feu et l'école au milieu, et démontre avec un humour tout aussi amer qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil.

Ou plutôt si : qu'en près d'un quart de siècle, notre système d'enseignement, par l'incurie des politiques, par la nullité des pédagogues en chambre et avec la complicité de leurs bras armés (la commission des programmes, le corps d'inspection, les associations de parents-électeurs, on en passe et des plus cuistres) a tourné en eau de boudin, à la plus grande insatisfaction des acteurs de terrain, dont beaucoup fuient désormais l'école comme la peste après avoir brûlé leurs ailes aux flammes d'un fonctionnement institutionnel délirant...

Car le constat de Frank Andriat est complet et sans appel. On va droit dans le mur.

Aussi la réaction de la ministre actuelle (qui s'appelle comment, déjà ?) ne s'est-elle pas fait attendre : « Comme c'est dommage d'écrire de telles choses, l'école vaut mieux qu'un pamphlet ! »

Certes, Madame Trucmuche...

Mais, comme le disait dans son langage pittoresque votre lointain prédécesseur Paul Vanden Boeynants, quand les dégoûtés seront tous partis, il ne restera plus que les dégoûtants...

Bernard DELCORD

Les profs au feu et l'école au milieu par Frank Andriat, Waterloo, Éditions de la Renaissance du Livre, août 2013, 144 pp. en noir et blanc au format 13 x 22 cm sous couverture brochée en couleurs, 9,90 €

 

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13/02/2013

À la guerre comme à la guerre...

 Penser la guerre Clausewitz, volume 1.gif

Après avoir participé à la campagne de Waterloo en tant que chef d'état-major du 3e corps d'armée prussien du général Thielmann, le stratège prussien Carl von Clausewitz (1780-1831), dans son essai De la guerre rédigé entre 1816 et 1830 (un texte fortement inspiré par les idées hégéliennes compilé puis publié par son épouse en 1832 après sa mort), a donné une définition novatrice des conflits armés, qu'il compare à un duel : « La guerre est un acte de violence dont l'objectif est de contraindre l'adversaire à exécuter notre volonté ». Cette thèse une fois posée, il analyse son antithèse selon la méthode dialectique, en écrivant : « La guerre n'est qu'un prolongement de la politique par d'autres moyens ».

L'interprétation qui a été faite en France de cet ouvrage, notamment par Ferdinand Foch, a conduit à la stratégie de l'offensive à outrance en 1914, mais d'autres guerriers du XXe siècle s'en sont inspirés, notamment le général nord-vietnamien Giap qui n'était pas militaire mais historien et infligea aux États-Unis –et de quelle manière – la seule défaite de leur histoire...

Le texte de Clausewitz fit l'objet d'une étude monumentale par Raymond Aron (1905-1983) parue en 1976 sous le titre Penser la guerre, Clausewitz, dont les Éditions Gallimard à Paris ont ressorti en 2009, dans la fameuse collection « Tel », les deux volumes magistraux (L'âge européen et L'âge planétaire) toujours disponibles en librairie.

Disciple (à l'École normale supérieure) de Jean-Paul Sartre dont il fut l'exégète très averti et très critique, Raymond Aron qui était philosophe, sociologue, politologue et journaliste français (dans les colonnes du Figaro pendant trente ans, puis à L'Express), fut autant un chantre du libéralisme qu'un spécialiste incontesté de l'œuvre de Karl Marx et d'Alexandre Kojève, et ses cours au Collège de France attiraient les foules autant qu'elles déchaînaient les passions.

Sous la plume de Raymond Aron, la pensée de Clausewitz retrouve sa dimension essentielle : être une théorie en devenir, qui jamais ne trouva sa forme définitive. Dans le premier volume, l'auteur reconstruit, avec une rigueur exemplaire, le système intellectuel de celui qui voulut mettre à jour l'esprit, c'est-à-dire la nature et l'essence, de la guerre. Formation du système, tendances divergentes, synthèse finale, équivoque irréductible, rapports à Montesquieu, à Kant ou à Hegel – sur tous ces sujets, Aron formule des analyses qu'il confronte aux jugements des critiques allemands.

Le second volume prend l'exacte mesure de la place de Clausewitz dans le monde contemporain. Les grandes écoles d'état-major l'enseignent, Moltke comme Foch, Lénine comme Mao Tsé Toung l'ont lu, étudié ou appliqué. Qui d'entre tous s'y montre le plus fidèle ? Clausewitz peut-il lui-même être tenu pour responsable des massacres militaires et civils de la Première Guerre mondiale ou bien pour le plus farouche procureur contre la guerre d'anéantissement menée par Hitler ? Grâce à son échec dans l'action (il est mort du choléra et n'a pas pu appliquer ses théories), Clausewitz, tel Machiavel, a trouvé le loisir et la résolution d'achever au niveau de la conscience claire la théorie d'un art qu'il a imparfaitement pratiqué. Son héritage consiste en deux idées maîtresses : le principe d'anéantissement et la suprématie de l'intelligence politique sur l'instrument militaire. Pour Aron, l'arme nucléaire confirme la deuxième et modifie le sens de la première.

Du concentré d'intelligence, applicable aujourd'hui à la compréhension de la guerre d'Afghanistan et peut-être demain de celle du Mali...

Bernard DELCORD

Penser la guerre, Clausewitz (L'âge européen et L'âge planétaire) par Raymond Aron, Paris, Éditions Gallimard, collection « Tel », novembre 2009, 472 + 365 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 9,15 € et 8,15 € (prix France)

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26/06/2012

Wallonie, terre d'accueil

Nous ne saurions trop recommander la lecture ô combien instructive d'un remarquable essai traduit du néerlandais et intitulé Migrants flamands en Wallonie, 1850-2000. Il a paru aux Éditions Racine à Bruxelles à l'occasion de l'exposition éponyme conçue par le KADOC (Centre de documentation et de recherche : religion - culture - société de la KU Leuven), placée sous la houlette des historiens Idesbald Goddeeris et Roeland Hermans et présentée au Grand-Hornu Images du 18 mars au 27 mai 2012, à la demande du Président et des membres du Collège de la Province du Hainaut.

La version originale de l'ouvrage constitue quant à elle le numéro 26 de la série « Bijdragen Museum van de Vlaamse Sociale Strijd » de la Province de Flandre-Orientale, publié à l'occasion de l'exposition « Vlaamse migranten in Wallonië, 1850-2000 » organisée par le même KADOC-KU Leuven au Provinciaal Cultuurcentrum Caermersklooster de Gand entre avril et juin 2011.

On y apprend qu'au cours des cent cinquante dernières années, poussés par la pauvreté voire la misère, des centaines de milliers de Flamands ont émigré en Wallonie et y ont fait souche.

C'étaient des agriculteurs, des mineurs ou des ouvriers... Si certains rentraient chaque semaine chez eux et si d'autres séjournaient en Wallonie pour la saison des récoltes, beaucoup se sont établis définitivement – et souvent avec bien des difficultés – dans la partie méridionale de la Belgique.

Écoutons Claude Durieux, actuel gouverneur de la Province du Hainaut :

« Les traces laissées depuis la moitié du XIXe siècle par l'immigration flamande en Wallonie sont si nombreuses que nous ne les relevons même plus. Elles se sont fondues dans le paysage et ont coloré nos patronymes. De la même manière, nous avons tendance à oublier les réalités – souvent douloureuses – auxquelles elles renvoient. Si nous avons encore conscience du quotidien pénible, par exemple, des milliers d'immigrés italiens ou polonais qui fuirent la misère pour grossir les contingents d'hommes et de femmes engagés dans l'industrie alors prospère du sud de notre pays, il est peut-être judicieux de nous rappeler que nos voisins du nord connurent parfois un destin semblable. À l'heure où la Belgique traverse l'un des moments les plus difficiles de son histoire, la Province de Hainaut, en collaboration avec la Province de Flandre-Orientale, a choisi de faire œuvre de mémoire et d'éclairer ce temps où les Flamands quittaient les campagnes du plat pays, non pour rechercher la richesse, mais pour échapper à la pauvreté.

Ayant travaillé au fond des mines, dans la métallurgie, l'industrie verrière et l'agriculture, ils ont participé à la vie culturelle et associative wallonne, ont créé des associations, de petits commerces et ont formé de véritables quartiers au sein de communes telles que La Louvière, Liège ou Gilly. Certains sont repartis, d'autres sont restés, ont fondé une famille. Leurs descendants ne se souviennent pas toujours du destin hors du commun de leurs aïeux, des sacrifices auxquels ils ont consenti et de leur apport à la fois tangible et symbolique au cœur de la réalité wallonne. »

Dans cet ouvrage, des historiens et des spécialistes comme Guido Fonteyn, Henk Byls, Franck Caestecker, Luc Vandeweyer, Mathias Cheyns, Yves Segers, Koen Verbruggen, Yves Quairiaux ou Anne Morelli, entre autres, se sont penchés sur ce phénomène, ont déchiffré les mouvements migratoires et analysé les processus d'établissement. Ils ont étudié le rôle mobilisateur de l'Église et du mouvement flamand ou encore envisagé la migration flamande en Wallonie dans un contexte plus large. Outre des analyses scientifiques, le livre présente des témoignages d'émigrés flamands et l'ensemble est illustré par de nombreuses photographies inédites.

Un livre à méditer longuement, de part et d'autre de la frontière linguistique !

Bernard DELCORD

Migrants flamands en Wallonie 1850-2000 sous la direction d'Idesbald Goodderis & Roeland Hermans, photographies de Layla Aerts, Bruxelles, Éditions Racine, collection « Campus », mars 2012, 248 pp. en quadrichromie au format 21 x 26 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 29,99 €

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29/05/2012

Où vous dégustez, Messieurs !

Dans son ouvrage aux accents de pamphlet féministe paru aux Presses universitaires de France à Paris sous le titre Le goût des femmes à table, la journaliste Vanessa Postec  répond aux questions qu'elle se pose : « Et si la transmission, l'apprentissage du goût étaient affaires de femmes ? Et si les préférences gustatives étaient sexuées ? Et si les femmes, à l'origine de tout ou presque, étaient aussi à l'origine de la cuisine ? » dans un essai qui se veut « un panorama historique, sociologique et culturel d'un XXe siècle assez mouvementé pour assister à la libération des ménagères, voir les femmes devenir des "as de la débrouille" et faire fleurir une poignée de "cheffes" sous un ciel étoilé. Un billet d'humeur au long cours, pensé pour dénouer les liens tissés serrés entre les femmes et la gastronomie... quand les hommes ne leur compliquent pas la tâche à plaisir ! »

Si le ton est donné et bien que les arguments ne soient pas toujours très étayés (par exemple, à propos de la production littéraire de Georges Simenon, l'auteure affirme –avec Wikipédia–que l'écrivain liégeois a rédigé 75 romans et 28 nouvelles ayant le commissaire Maigret pour personnage principal, alors que les Éditions Omnibus à Paris, qui ont rassemblé l'intégrale de son œuvre, ont fait paraître 118 enquêtes de l'homme à la pipe, soit 15 de plus qu'annoncé...), la lecture de ce petit essai s'avère souvent plaisante et les anecdotes relatées ne manquent généralement pas de sel.

Vive les femmes, donc !

Bernard DELCORD

Le goût des femmes à table par Vanessa Postec, Paris, Presses universitaires de France, collection « Le manger vrai », mars 2012, 142 pp. en noir et blanc au format 13 x 20 cm sous couverture brochée en bichromie, 14 € (prix France)


Pour vous, nous avons recopié dans cet ouvrage enflammé les quelques lignes suivantes :

LES GOÛTS CULINAIRES DU COMMISSAIRE MAIGRET

En vrac et dans le désordre, parmi les vingt-cinq recettes imputables directement à Mme Maigret et citées par Courtine [1], on sélectionnera, à la manière d'un inventaire sans Prévert, ces quelques plats de haute tradition : « la soupe aux tomates » « la quiche lorraine », « l'omelette aux fines herbes », « les maquereaux au four », « le canard à 1'orange », « le coq au vin blanc », « le sauté de lapin de garenne », « les rognons d'agneau au madère », « le foie de veau en papillotes », « le fricandeau à l'oseille », « la choucroute » et « le cassoulet », « la blanquette de veau », « le haricot de mouton », « la tarte aux abricots et à la frangipane », « la crème au citron » ou sa petite sœur « au caramel ».

À ces immarcescibles recettes que l'on pourra rechercher dans les soixante-quinze romans et vingt-huit nouvelles où la répartition traditionnelle des rôles est parfaitement respectée (la femme cuisine, initie au goût, quand l'homme cherche à deviner au fumet qui s'échappe des casseroles, le menu du dîner), Jacques Sacré, dans son Bon appétit, commissaire Maigret [2]. en ajoute onze, que nous livrons en partie à votre sagacité gourmande : « la raie au beurre noir », péché mignon de Jules, « la tanche à la poulette », « le pot-au-feu », « le foie de veau à la bourgeoise » que le commissaire se défend d'aimer, « le macaroni au gratin », ou « le ragoût de mouton aux asperges nouvelles ».

Plats de ménage, plats de famille et plats oubliés sur le coin du feu pour longtemps mijoter, plats simples et pourtant si goûteux, préparés à partir du marché du jour (après avoir bouté hors de la cuisine conserves et surgelés), plats de racines – Mme Maigret est alsacienne et la choucroute son grand œuvre –, plats de brasserie, abats et consorts pour ne pas grever le budget. Du sûr, du solide, du classique : la cuisine est celle de qui a le temps, beaucoup d'amour à donner et envie de le partager.

Le partage, justement, encore un truc de femmes et les secrets de s'échanger autour de la table ou des marmites, comme autant de petits détails qui font la différence et qui changent tout.

Les rendez-vous mensuels pour dîner avec le docteur Pardon et madame, ce couple d'amis des Maigret, est une vraie aubaine en la matière : « C'était l'occasion, pour les deux femmes, de se livrer à un amical concours de cuisine mijotée ».[3] Et d'échanger recettes, trucs, astuces et tours de main comme ce fameux coq au vin servi par Mme Maigret, dont le léger arrière-goût intrigue tant son amie : un petit verre de cognac ou d'armagnac en fin de cuisson, peut-être ? À moins que Louise l'Alsacienne ne soit partie chercher l'inspiration sur ses terres d'origine... et ne remplace l'alcool du Sud-Ouest par une lampée de prunelle.

Pour illustrer ce qu'une femme, un peu d'amour, un zeste de technique, de bons produits et du temps peuvent produire de merveilles, une recette de coq au vin (blanc !) – le choix aurait indifféremment pu se porter sur un navarin d'agneau, par exemple, à faire longuement mijoter en relisant les aventures de Jules – made in Louise Maigret, que même les internautes de la nouvelle génération n'hésitent pas à s'échanger sous le manteau, à commenter et à amender : découper à cru un coq (ou mieux encore, s'acoquiner avec son volailler). En faire rissoler les morceaux dans un mélange d'huile et de beurre, et les retirer une fois colorés. Faire revenir deux carottes émincées, quelques échalotes hachées, deux gousses d'ail écrasées, puis les découpes de volaille. Fariner légèrement. Faire brunir et flamber à l'eau-de-vie (de prunelle, évidemment) avant de mouiller avec du bouillon de volaille et du riesling à parts égales. Adjoindre à la préparation un bouquet garni, du sel, du poivre et de la muscade râpée. Porter à ébullition. Poursuivre la cuisson une quarantaine de minutes à couvert et à feu doux. Retirer les morceaux, passer le bouillon au chinois, le lier avec un jaune d'œuf et de la crème fraîche, chauffer sans faire bouillir, ajouter un jus de citron. Plonger les morceaux de coq dans cette sauce et les réchauffer au bain-marie

La lampée finale de prunelle fera toute la différence, mais cela, vous le savez déjà.



[1] Robert Julien Courtine (1910-1998), journaliste gastronomique et écrivain français.

[2Jacques Sacré, Bon appétit, commissaire Maigret, Éditions du Céfal, 2004, Liège.

[3] Georges Simenon, Maigret se défend, Le Livre de poche, 2007, Paris.

 

Le goût des femmes à table.gif



[1] Robert Julien Courtine (1910-1998), journaliste gastronomique et écrivain français.

[2] Jacques Sacré, Bon appétit, commissaire Maigret, Éditions du Céfal, 2004, Liège.

[3] Georges Simenon, Maigret se défend, Le Livre de poche, 2007, Paris.

 

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08/06/2011

Le credo d’un militant…

Le texte ci-dessous a été mis en ligne le 06/06/2011 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

Le comte Bertrand Russell (1872-1870) est le plus éminent philosophe britannique du XXsiècle, doublé d’un mathématicien et d’un moraliste, qui apporta des contributions décisives dans les domaines de la logique et de l'épistémologie. Son ouvrage majeur, écrit avec Alfred North Whitehead, a pour titre Principia Mathematica. Par ailleurs, ses principes éthiques, qu’il incarna à travers ses engagements politiques et ses prises de position tranchées, lui valurent deux fois la prison.

On peut se forger une opinion claire de la morale russellienne dans ses Essais sceptiques que Jean-Claude Zylberstein a eu l’heur d’intégrer à la collection « Le goût des idées » qu’il dirige aux Éditions Les Belles Lettres à Paris.

Écoutons-le :

« “Ces propositions pourront paraître légères, mais, si elles étaient suivies, elles révolutionneraient totalement l'existence humaine.” C’est avec ces mots que Bertrand Russell ouvre ce qui est en effet un livre révolutionnaire. Prenant pour point de départ l’irrationalité du monde, il offre par contraste un point de vue “violemment paradoxal et subversif” : la croyance en la capacité de la raison à déterminer les actions humaines. Parce qu’ils pressentirent les horreurs qui résultèrent, dans les années suivant leur première publication en 1928, des passions irrationnelles issues des convictions religieuses et politiques, ces Essais sceptiques furent constamment réimprimés. Aujourd’hui, harcelés que nous sommes par les assauts violents du capitalisme, la défense russellienne du scepticisme et de l’indépendance d’esprit est plus que jamais d’actualité. Par sa prose engagée, Russel nous guide à travers les problèmes philosophiques fondamentaux qui concernent notre vie quotidienne – la liberté, le bonheur, les émotions, l’éthique et les croyances – et nous offre des conseils avisés. “Quels pourraient être les effets, demande-t-il ironiquement à ses lecteurs, d’une extension du rationalisme sceptique ?” »

On n’ose l’imaginer, en ces temps de « politiquement correct » !

PÉTRONE

Essais sceptiques par Bertrand Russel, Paris, Éditions Les Belles Lettres, collection « Le goût des idées » dirigée par Jean-Claude Zylberstein, 2011, 280 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 13 € (prix France)

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