23/05/2010

Homo homini lupus…

Dans Les assassins et leurs mobiles qu’il a fait paraître aux Éditions Racine à Bruxelles, l’avocat pénaliste flamand Jef Vermassen qui officie dans les prétoires depuis plus de trois décennies soutient la thèse que dans chaque être humain se cache un assassin potentiel. Pour ce faire, il part du constat que seuls les humains et certains primates sont capables de cet acte bestial qu’est le meurtre, et que « plus on s’apparente à l’homme, plus on est violent ». Il y voit une corrélation avec la maîtrise du langage, et donc la capacité de conceptualisation et de préméditation. Il établit ensuite une typologie des meurtres isolés (du conjoint, d’un membre de la famille, d’un voisin ou d’une connaissance, commis par vengeance, pour faciliter le vol ou pour rendre service à une tierce personne, en ce compris ceux perpétrés par des tueurs en série ou de masse) et des attentats collectifs à la vie (consécutifs de la recherche de boucs émissaires ou provoqués par la haine raciale et des peuples, dont l’Holocauste constitue l’un des exemples les plus effarants), avant de conclure par quelques « conseils pour une société plus sûre ». Émaillée de nombreux exemples, cette démonstration philosophico-judiciaire ne manque ni d’intérêt ni de souffle (plus de 650 pages de texte serré) et ouvre sur un abîme de réflexions sur celui dans lequel notre monde est en train de sombrer…

Bernard DELCORD

Les assassins et leurs mobiles
par Jef Vermassen, Bruxelles, Éditions Racine, novembre 2009, 656 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleur, 29,95 € (prix Belgique)

Les assassins et leurs mobiles

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21/01/2010

Un grand « dealer »

Bernard Gazier, professeur d’économie à l’Université Paris I, vient de faire paraître, aux Presses universitaires de France dans la fameuse collection « Que sais-je ? », une biographie de l’Anglais John Maynard Keynes (1883-1946), l’un des plus grands économistes du siècle dernier. Ce passionnant petit ouvrage, qui éclaire sur la pensée du fondateur de la macroéconomie moderne et de l’artisan du « New Deal » qui permit en 1933 à Franklin Delano Roosevelt de redresser spectaculairement son pays (jusqu’en 1937) après le krach de Wall Street d’octobre 1929, fut admiré dans les années 1960-70 pour son pragmatisme, avant de faire l’objet d’un rejet total des économistes ultralibéraux des quarante dernières années. Une bonne raison pour le ramener aujourd’hui sur le devant de la scène et rappeler quelques vérités historiques dérangeantes : le krach de 1929 était consécutif à une bulle spéculative, dont la genèse remonte à 1927 et qui avait été amplifiée par un nouveau système d'achat à crédit d'actions, instauré en 1926. Les investisseurs purent ainsi acheter des titres avec une couverture de seulement 10 %, à des taux d'emprunt dépendant du taux d'intérêt à court terme la pérennité du système dépendait donc de la différence entre le taux d'appréciation des actions et ce taux d'emprunt. Entre mars 1926 et octobre 1929, le cours des actions augmenta de 120%. Le 3 septembre, l'indice Dow Jones atteignit 381,17, son plus haut niveau avant 1954. Le 16 octobre, l'économiste Irving Fisher déclara : « Les cours ont atteint ce qui semble être un plateau perpétuellement élevé ». Les prises de bénéfices, massives, entraînèrent des ventes tout aussi massives, qui provoquèrent la panique. On connaît la suite : parmi les effondrements spectaculaires, Goldman Sachs passa de 104 dollars en 1929 à 1,75 en 1932 et J. P. Morgan perdit entre 20 et 60 millions de dollars, la déconfiture de ces banques entraînant tout le système dans leur chute. Il fallut attendre l’entrée en guerre des USA en 1941 pour voir la sortie du tunnel. Le système de sauvetage imaginé par Keynes impliquait des interventions massives de l’État, tant sur le plan financier que social, et l’on vit naître sous son impulsion d’innombrables formes d’emplois subsidiés qui évitèrent bien des drames. Un honnête homme, donc. Et un visionnaire, puisque sa recette a parfaitement fonctionné en 2009 !

Bernard DELCORD

John Maynard Keynes
par Bernard Gazier, Paris, Presses universitaires de France, collection « Que sais-je ? », 2009,
128 pp. en noir et blanc au format 11,5 x 17,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 9 €

John Maynard Keynes

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29/12/2009

La paix maintenant ?

Plaidant pour « une paix américaine au Proche-Orient », l’historien Élie Barnavi propose, dans un intelligent et courageux petit essai paru chez André Versaille à Bruxelles et intitulé Aujourd’hui, ou peut-être jamais, une sorte de feuille de route actualisée pour aboutir à la naissance d’un État palestinien et à une paix définitive entre Israël et ses voisins. Estimant qu’une opportunité réelle s’offre actuellement au Président Obama de mettre fin au plus vieux conflit contemporain, l’auteur (professeur émérite de l’université de Tel-Aviv, ambassadeur d’Israël en France de 2000 à 2002 et membre du mouvement La Paix Maintenant), après avoir éclairci les causes des échecs successifs du « processus de paix », exposé avec une grande impartialité les responsabilités de tous les protagonistes et mis en lumière les enjeux géopolitiques et stratégiques qui président aux décisions des uns et des autres, développe sept principes d’action susceptibles d’amener (enfin) une solution générale aux problèmes posés. Il propose donc : la proclamation immédiate de l’État palestinien la création d’une task force internationale, militaire et civile, destinée à appuyer cet État palestinien durant les trois à cinq premières années de son existence le partage territorial entre Israël et la Palestine sur base des « paramètres » du Président Clinton, déjà acceptés par les deux parties la partition de la Ville Sainte, capitale des deux États sous les noms respectifs de Jérusalem et al-Quds, selon la règle « ce qui est juif à Israël, ce qui est arabe à la Palestine » l’offre aux réfugiés palestiniens d’une possibilité de choisir librement entre l’immigration en Palestine, l’intégration dans leurs pays de résidence ou l’émigration vers des pays tiers, offre soutenue par la création d’un fonds international de soutien financier la souveraineté pleine et entière de l’État palestinien, sans possibilité de restriction de celle-ci par Israël et la reconnaissance pleine et complète du droit d’Israël à la sécurité. L’ouvrage se conclut par une lettre ouverte à Barack Obama dont on aimerait, puisqu’il sait lire (ce qui n’était pas le cas, semble-t-il, de son ineffable prédécesseur…) qu’il en fasse son livre de chevet !

Bernard DELCORD

Aujourd’hui, ou peut-être jamais
par Élie Barnavi, Bruxelles, André Versaille éditeur, septembre 2009, 192 pp. en noir et blanc au format 12,3 x 21,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 16,90 €

Aujourd'hui ou peut-être jamais

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08/09/2009

Quel bazar !

Cet article a paru à Bruxelles dans la livraison du 09/09/09 de l'hebdomadaire satirique PAN :

Frère de Naïm Khader, le premier représentant (chrétien) de l’OLP auprès des autorités belges et européennes, lâchement assassiné en 1981 à Bruxelles, probablement par des séides israéliens, le professeur Bichara Khader enseigne à l’UCL où il dirige le CERMAC, Centre de recherches et d’études sur le monde arabe contemporain. Ce brillant intellectuel aux opinions modérées est un scientifique reconnu sur le plan international pour ses compétences en matière d’analyse des relations entre l’Europe, le monde arabe et les pays de la Méditerranée, c’est pourquoi il siège en tant que « Haut Expert » de la PESC (« Politique étrangère et de sécurité commune »), le deuxième des trois piliers instaurés dans l’Union européenne par le traité de Maastricht. Il vient de faire paraître, dans une coédition d’Academia-Bruylant à Louvain-la-Neuve et de L’Harmattan à Paris, un passionnant essai intitulé Le monde arabe expliqué à l’Europe, dans lequel il dresse un état des lieux complet de l’histoire, de l’imaginaire, de la culture, de la politique, de l’économie et de la géopolitique du monde arabe tel qu’il existe aujourd’hui. Il n’évite aucun des sujets qui fâchent, et traite par exemple du terrorisme islamiste avec beaucoup de subtilité, donnant du phénomène une vue panoramique mais aussi projective particulièrement éclairante. Un ouvrage indispensable pour qui veut comprendre les véritables enjeux de notre temps et décrypter les rapports de force qui sous-tendent le devenir de notre bon vieux continent.

Panthotal

Le monde arabe expliqué à l’Europe
par Bichara Khader, Louvain-la-Neuve, Academia-Bruylant & Paris, L’Harmattan, 2009, 534 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture souple en quadrichromie, 40 €

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17:18 Écrit par Bernard dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ucl, monde arabe, khader, cermac, pesc |  Facebook |

29/08/2009

La philosophie dans le foutoir

En ces jours de commémoration de la chute du mur de Berlin, on relira avec intérêt le texte bref qui ouvre Les philosophes amateurs, petit recueil de réflexions échangées entre deux amis sur le monde comme il va, rédigé par Jacques De Decker il y a cinq ans déjà mais toujours disponible aux Éditions du grand miroir à Bruxelles. Ce texte, qui en précède d’autres sur le 11 septembre, l’affaire Dutroux ou l’épidémie de sida, s’intitule « Les dissidences de la conversation » et il y est question d’Alexandre Soljenitsyne et de son œuvre, magnifiée et instrumentalisée en Occident pour mieux lutter contre l’ours soviétique, sans que l’on prît garde au caractère profondément réactionnaire de l’homme et de ses idées, caractère pourtant omniprésent dans ses écrits nostalgiques de la grande Russie et prônant un retour au tsarisme ; la conclusion de Jacques De Decker fait mouche : la Russie d’après les soviets ne vaut pas mieux que celle d’avant, sauf sans doute pour les oligarques et leurs affidés, et l’engagement des intellectuels n’est pas toujours aussi limpide qu’on le croit de prime abord… Le ton est caustique et enlevé, la réflexion profonde avec des airs de ne pas y toucher et l’on se surprend à hocher la tête durant la lecture, question sûrement de se remettre de l’ordre dans les idées !

Bernard DELCORD

Les philosophes amateurs
par Jacques De Decker, Bruxelles, Le grand miroir, coll. « La petite littéraire », 2004, 67 pp. au format
10 x 18,9 cm sous couverture en quadrichromie, 7,50 €

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22:40 Écrit par Bernard dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : urss, mur de berlin, sojenistyne |  Facebook |

24/07/2009

Une histoire belge

Sous-titré La plus importante découverte scientifique de tous les temps, le remarquable essai de Simon Singh (un docteur en physique nucléaire de Cambridge, d’origine indienne, par ailleurs auteur chez Hachette du fameux Dernier théorème de Fermat et d’une ébouriffante Histoire des codes secrets) intitulé Le roman du Big Bang paru chez Jean-Claude Lattès relate l’histoire et les conséquences des travaux d’un physicien belge, Mgr Georges Lemaître (1894-1966). Ce prêtre catholique carolorégien, élève du grand physicien Arthur Eddington à Cambridge et auteur, après un passage par Harvard, d’une thèse de doctorat fameuse défendue à Boston au Massachusetts Institute of Technology, développa avec succès la théorie d’un univers en expansion, dite du « Big Bang », aujourd’hui universellement acceptée. Simon Singh se penche sur les prémices de cette conception nouvelle, sur les travaux des prédécesseurs de Lemaître (qui enseigna à Louvain et fut aussi un des inventeurs du cyclotron) comme Hubble, Friedmann ou Sitter et sur ses rapports avec la théorie de la relativité due à un autre de ses maîtres à penser, Albert Einstein. Passionnant de bout en bout et d’une lecture parfaitement accessible dans son approche vulgarisatrice, cet ouvrage se doit de figurer dans la bibliothèque (et dans la tête) de qui veut se pencher sur la question des origines de l’univers, sans se laisser obscurcir l’esprit par des a priori religieux, mais sans pour autant rejeter nécessairement l’idée de Dieu. Un livre qui rend (très) intelligent…

Bernard DELCORD

Le roman du Big Bang
par Simon Singh, Paris, Éditions JC Lattès, 2005, 505 pp., 24,50 €, réédité au format de poche chez Hachette Littérature en 2007 dans la collection « Pluriel ».

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23:42 Écrit par Bernard dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : einstein, eddington, hubble, friedmann, sitter, lemaitre |  Facebook |

13/05/2009

Pour secouer le prunier…

Dans Ex utero, sous-titré « Pour en finir avec le féminisme » et paru aux Éditions
La Musardine à Paris, la jeune (elle est née en 1981) philosophe des sciences Peggy Sastre règle quelques comptes avec le discours moralisateur des féministes contemporaines et avec celui, complaisant et tout aussi convenu, de certains hommes pétris de leurs certitudes phalliques actuelles. Partant du principe que les femmes sont probablement les premières responsables des injustices dont elles sont encore aujourd’hui les victimes, l’auteure se penche sur diverses questions (désir d’enfant dans le couple, grossesse, histoire de l’évolution féminine, biologie, mythologie, pornographie, sado-masochisme, libertinage et prostitution) avec autant de profondeur que de liberté, pour en dégager, dans l’opposition procréation vs sexualité, quelques lignes de force surprenantes et provocatrices, certes, mais dont la sagacité ne laisse pas d’impressionner. Car pour Peggy Sastre, tenante d’une certaine forme de féminitude, la question est posée : « Les femmes feront-elles quelque chose de leur vie tant qu’elles auront un utérus ? » Et tant que les féministes se targueront de les défendre…

Bernard DELCORD

Ex utero par Peggy Sastre
, Paris, Éditions La Musardine, collection
« L’attrape-corps », novembre 2008, 182 pp., 14 €

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22:53 Écrit par Bernard dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |