29/12/2009

La paix maintenant ?

Plaidant pour « une paix américaine au Proche-Orient », l’historien Élie Barnavi propose, dans un intelligent et courageux petit essai paru chez André Versaille à Bruxelles et intitulé Aujourd’hui, ou peut-être jamais, une sorte de feuille de route actualisée pour aboutir à la naissance d’un État palestinien et à une paix définitive entre Israël et ses voisins. Estimant qu’une opportunité réelle s’offre actuellement au Président Obama de mettre fin au plus vieux conflit contemporain, l’auteur (professeur émérite de l’université de Tel-Aviv, ambassadeur d’Israël en France de 2000 à 2002 et membre du mouvement La Paix Maintenant), après avoir éclairci les causes des échecs successifs du « processus de paix », exposé avec une grande impartialité les responsabilités de tous les protagonistes et mis en lumière les enjeux géopolitiques et stratégiques qui président aux décisions des uns et des autres, développe sept principes d’action susceptibles d’amener (enfin) une solution générale aux problèmes posés. Il propose donc : la proclamation immédiate de l’État palestinien la création d’une task force internationale, militaire et civile, destinée à appuyer cet État palestinien durant les trois à cinq premières années de son existence le partage territorial entre Israël et la Palestine sur base des « paramètres » du Président Clinton, déjà acceptés par les deux parties la partition de la Ville Sainte, capitale des deux États sous les noms respectifs de Jérusalem et al-Quds, selon la règle « ce qui est juif à Israël, ce qui est arabe à la Palestine » l’offre aux réfugiés palestiniens d’une possibilité de choisir librement entre l’immigration en Palestine, l’intégration dans leurs pays de résidence ou l’émigration vers des pays tiers, offre soutenue par la création d’un fonds international de soutien financier la souveraineté pleine et entière de l’État palestinien, sans possibilité de restriction de celle-ci par Israël et la reconnaissance pleine et complète du droit d’Israël à la sécurité. L’ouvrage se conclut par une lettre ouverte à Barack Obama dont on aimerait, puisqu’il sait lire (ce qui n’était pas le cas, semble-t-il, de son ineffable prédécesseur…) qu’il en fasse son livre de chevet !

Bernard DELCORD

Aujourd’hui, ou peut-être jamais
par Élie Barnavi, Bruxelles, André Versaille éditeur, septembre 2009, 192 pp. en noir et blanc au format 12,3 x 21,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 16,90 €

Aujourd'hui ou peut-être jamais

16:28 Écrit par Bernard dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

08/09/2009

Quel bazar !

Cet article a paru à Bruxelles dans la livraison du 09/09/09 de l'hebdomadaire satirique PAN :

Frère de Naïm Khader, le premier représentant (chrétien) de l’OLP auprès des autorités belges et européennes, lâchement assassiné en 1981 à Bruxelles, probablement par des séides israéliens, le professeur Bichara Khader enseigne à l’UCL où il dirige le CERMAC, Centre de recherches et d’études sur le monde arabe contemporain. Ce brillant intellectuel aux opinions modérées est un scientifique reconnu sur le plan international pour ses compétences en matière d’analyse des relations entre l’Europe, le monde arabe et les pays de la Méditerranée, c’est pourquoi il siège en tant que « Haut Expert » de la PESC (« Politique étrangère et de sécurité commune »), le deuxième des trois piliers instaurés dans l’Union européenne par le traité de Maastricht. Il vient de faire paraître, dans une coédition d’Academia-Bruylant à Louvain-la-Neuve et de L’Harmattan à Paris, un passionnant essai intitulé Le monde arabe expliqué à l’Europe, dans lequel il dresse un état des lieux complet de l’histoire, de l’imaginaire, de la culture, de la politique, de l’économie et de la géopolitique du monde arabe tel qu’il existe aujourd’hui. Il n’évite aucun des sujets qui fâchent, et traite par exemple du terrorisme islamiste avec beaucoup de subtilité, donnant du phénomène une vue panoramique mais aussi projective particulièrement éclairante. Un ouvrage indispensable pour qui veut comprendre les véritables enjeux de notre temps et décrypter les rapports de force qui sous-tendent le devenir de notre bon vieux continent.

Panthotal

Le monde arabe expliqué à l’Europe
par Bichara Khader, Louvain-la-Neuve, Academia-Bruylant & Paris, L’Harmattan, 2009, 534 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture souple en quadrichromie, 40 €

decoration

17:18 Écrit par Bernard dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ucl, monde arabe, khader, cermac, pesc |  Facebook |

29/08/2009

La philosophie dans le foutoir

En ces jours de commémoration de la chute du mur de Berlin, on relira avec intérêt le texte bref qui ouvre Les philosophes amateurs, petit recueil de réflexions échangées entre deux amis sur le monde comme il va, rédigé par Jacques De Decker il y a cinq ans déjà mais toujours disponible aux Éditions du grand miroir à Bruxelles. Ce texte, qui en précède d’autres sur le 11 septembre, l’affaire Dutroux ou l’épidémie de sida, s’intitule « Les dissidences de la conversation » et il y est question d’Alexandre Soljenitsyne et de son œuvre, magnifiée et instrumentalisée en Occident pour mieux lutter contre l’ours soviétique, sans que l’on prît garde au caractère profondément réactionnaire de l’homme et de ses idées, caractère pourtant omniprésent dans ses écrits nostalgiques de la grande Russie et prônant un retour au tsarisme ; la conclusion de Jacques De Decker fait mouche : la Russie d’après les soviets ne vaut pas mieux que celle d’avant, sauf sans doute pour les oligarques et leurs affidés, et l’engagement des intellectuels n’est pas toujours aussi limpide qu’on le croit de prime abord… Le ton est caustique et enlevé, la réflexion profonde avec des airs de ne pas y toucher et l’on se surprend à hocher la tête durant la lecture, question sûrement de se remettre de l’ordre dans les idées !

Bernard DELCORD

Les philosophes amateurs
par Jacques De Decker, Bruxelles, Le grand miroir, coll. « La petite littéraire », 2004, 67 pp. au format
10 x 18,9 cm sous couverture en quadrichromie, 7,50 €

decoration

22:40 Écrit par Bernard dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : urss, mur de berlin, sojenistyne |  Facebook |

24/07/2009

Une histoire belge

Sous-titré La plus importante découverte scientifique de tous les temps, le remarquable essai de Simon Singh (un docteur en physique nucléaire de Cambridge, d’origine indienne, par ailleurs auteur chez Hachette du fameux Dernier théorème de Fermat et d’une ébouriffante Histoire des codes secrets) intitulé Le roman du Big Bang paru chez Jean-Claude Lattès relate l’histoire et les conséquences des travaux d’un physicien belge, Mgr Georges Lemaître (1894-1966). Ce prêtre catholique carolorégien, élève du grand physicien Arthur Eddington à Cambridge et auteur, après un passage par Harvard, d’une thèse de doctorat fameuse défendue à Boston au Massachusetts Institute of Technology, développa avec succès la théorie d’un univers en expansion, dite du « Big Bang », aujourd’hui universellement acceptée. Simon Singh se penche sur les prémices de cette conception nouvelle, sur les travaux des prédécesseurs de Lemaître (qui enseigna à Louvain et fut aussi un des inventeurs du cyclotron) comme Hubble, Friedmann ou Sitter et sur ses rapports avec la théorie de la relativité due à un autre de ses maîtres à penser, Albert Einstein. Passionnant de bout en bout et d’une lecture parfaitement accessible dans son approche vulgarisatrice, cet ouvrage se doit de figurer dans la bibliothèque (et dans la tête) de qui veut se pencher sur la question des origines de l’univers, sans se laisser obscurcir l’esprit par des a priori religieux, mais sans pour autant rejeter nécessairement l’idée de Dieu. Un livre qui rend (très) intelligent…

Bernard DELCORD

Le roman du Big Bang
par Simon Singh, Paris, Éditions JC Lattès, 2005, 505 pp., 24,50 €, réédité au format de poche chez Hachette Littérature en 2007 dans la collection « Pluriel ».

decoration

23:42 Écrit par Bernard dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : einstein, eddington, hubble, friedmann, sitter, lemaitre |  Facebook |

13/05/2009

Pour secouer le prunier…

Dans Ex utero, sous-titré « Pour en finir avec le féminisme » et paru aux Éditions
La Musardine à Paris, la jeune (elle est née en 1981) philosophe des sciences Peggy Sastre règle quelques comptes avec le discours moralisateur des féministes contemporaines et avec celui, complaisant et tout aussi convenu, de certains hommes pétris de leurs certitudes phalliques actuelles. Partant du principe que les femmes sont probablement les premières responsables des injustices dont elles sont encore aujourd’hui les victimes, l’auteure se penche sur diverses questions (désir d’enfant dans le couple, grossesse, histoire de l’évolution féminine, biologie, mythologie, pornographie, sado-masochisme, libertinage et prostitution) avec autant de profondeur que de liberté, pour en dégager, dans l’opposition procréation vs sexualité, quelques lignes de force surprenantes et provocatrices, certes, mais dont la sagacité ne laisse pas d’impressionner. Car pour Peggy Sastre, tenante d’une certaine forme de féminitude, la question est posée : « Les femmes feront-elles quelque chose de leur vie tant qu’elles auront un utérus ? » Et tant que les féministes se targueront de les défendre…

Bernard DELCORD

Ex utero par Peggy Sastre
, Paris, Éditions La Musardine, collection
« L’attrape-corps », novembre 2008, 182 pp., 14 €

decoration

22:53 Écrit par Bernard dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |