19/09/2017

Un chef-d’œuvre classique… mais pas seulement !

Le Massacre des Innocents – Poussin, Picasso, Bacon (cover).jpg

Pierre Rosenberg est membre de l'Académie française. Ancien directeur du Louvre, il a organisé de nombreuses expositions. Spécialiste de l'art français et italien des XVIIe et XVIIIe siècles, il a fait de Nicolas Poussin l'un de ses sujets de prédilection.
 
Il est par ailleurs l’un des commissaires de l’exposition Le Massacre des Innocents – Poussin, Picasso, Bacon qui se tient jusqu’au 7 janvier 2018 au Jeu de Paume du château de Chantilly – riche de la deuxième plus importante collection de peintures anciennes après le musée du Louvre – et il a dirigé la publication de son catalogue paru sous le même titre aux Éditions Flammarion à Paris, un superbe ouvrage fort de 180 belles illustrations.
 
Nicolas Poussin (1594-1665) est un peintre français du XVIIe siècle, représentant majeur du classicisme pictural. Formé à Paris, il est surtout actif à Rome à partir de 1624. Il a peint aussi bien des scènes d'histoire que religieuses ou mythologiques, mais aussi des paysages animés. Sa renommée lui permet de devenir peintre du roi et de revenir en France entre 1640 et 1642. Il préfère finalement repartir à Rome où il réside jusqu'à sa mort. Il est l'un des plus grands maîtres classiques de la peinture française et son influence est considérable, de son vivant et jusqu'à nos jours.
 
Outre 400 dessins, entre 220 et 260 tableaux lui sont attribués, parmi lesquels Le Massacre des Innocents (circa 1627-1628)(1). 
 
Cette œuvre représente une scène du massacre des Innocents, issue du Nouveau testament et citée dans l'Évangile selon Matthieu, chapitre 2, versets 16-18. Il s’agit du meurtre de tous les enfants de moins de deux ans dans la région de Bethléem, ordonné par Hérode, craignant la concurrence d'un roi des Juifs dont la venue lui avait été annoncée par les Mages, peu après la naissance de Jésus.

Le Massacre des Innocents – Poussin, Picasso, Bacon (tableau).jpg

 Le Massacre des Innocents
Huile sur toile, 147 × 171 cm
 
Pablo Picasso (1881-1973) étudiera la composition de l'œuvre lors de sa période méditerranéenne de 1920-1922, et il reprendra le personnage à l'étoffe bleue à droite dans plusieurs de ses dessins. L'attitude et la posture des femmes du tableau se retrouvent notamment dans divers personnages féminins de Guernica (2).
 
L’exposition se concentre sur le chef-d’œuvre de Nicolas Poussin. À travers les prêts prestigieux d’une cinquantaine d’œuvres, elle met en lumière sa postérité en accordant une large place à l’art moderne et contemporain.
 
Le visiteur y découvre tout d’abord l’histoire du tableau et de ses propriétaires, de son commanditaire italien, le marquis Vincenzo Giustiniani (1564-1637) au duc d’Aumale (1822-1897), de Rome à Chantilly en passant par Londres.
 
Puis le chef-d’œuvre est confronté à des grands maîtres du XVIIe siècle (Guido Reni, Pietro Testa), à une version antérieure du tableau provenant du Petit Palais et à un dessin préparatoire.
 
Le parcours se poursuit par différentes interprétations allant du XVIIIe au début du XIXe siècle (Jean-Baptiste-Marie-Pierre, Léon Cogniet).
 
Les dernières salles montrent les relectures modernes et contemporaines du Massacre des Innocents. Le Charnier (1945) de Pablo Picasso y côtoie Head II (1949) de Francis Bacon ainsi que des œuvres d’artistes contemporains (Henri Cueco, Jean-Michel Alberola…)
 
Enfin, des propositions inédites d’Annette Messager, Pierre Buraglio ou Jérôme Zonder démontrent toute la force et l’actualité du chef-d’œuvre de Chantilly.
 
Un événement à ne pas manquer !
 
Bernard DELCORD
 
Le Massacre des Innocents – Poussin, Picasso, Bacon sous la direction dr Pierre Rosenberg, Paris, Éditions Flammarion, septembre 2017, 192 pp. en quadrichromie au format 22 x 28 cm sous couverture brochée en couleurs, 45,00 € (prix France)
 
Informations pratiques :
 
Lieu : Salle du Jeu de Paume du Domaine de Chantilly
 
Coordonnées : en voiture, le Domaine de Chantilly est à 20 min de l’aéroport Paris Charles de Gaulle et 40 km de Paris centre.
Depuis Paris : autoroutes A3 et/ou A1 sortie Chantilly ou D316 et D317
Depuis Lille et Bruxelles : autoroute A1 sortie Senlis
 
Coordonnées GPS (DD) :
Latitude : 49.193854
Longitude : 2.485316
 
Horaires :
Jusqu’au 1er novembre inclus :
Ouvert 7J/7
10h-18h / 20h pour le parc
 
Du 2 novembre au 7 janvier inclus :
Tous les jours sauf le mardi
10h30-17h / 18h pour le parc
 
Billets et tarifs :
Exposition incluse sans supplément dans le billet Domaine.
Billet Domaine (château, parc, grandes écuries + exposition) : 17€ Plein tarif / 10€ Tarif réduit
Billet Exposition + Parc : 10€ Plein tarif / 6€ Tarif réduit
 
Visite guidée de l'exposition : 3€ en supplément du billet d'entrée
Tous les week-ends et jours fériés à 11h, 15h et 16h
Inscription sur place dans la limite de 20 personnes par créneau horaire
Aucune visite guidée le 25 décembre
 
Parking (à régler sur place) : 4€
 
 
(1) Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Poussin
 
(2) Guernica : capitale historique et spirituelle du Pays basque, elle est particulièrement connue pour sa destruction, le 26 avril 1937, par les aviateurs de la légion Condor, envoyés par Hitler afin de soutenir le général Franco durant la guerre civile d’Espagne (1936-1939). Guernica est aussi le titre d’une célébrissime huile sur toile monumentale de style cubiste réalisée entre le 1er mai et le 4 juin 1937, à Paris, par Pablo Picasso pour dénoncer le bombardement de la ville, qui fit de nombreuses victimes civiles.

11:40 Écrit par Bernard dans Arts, Expositions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/06/2017

À la soupe ! Manger en 14-18

À la soupe.jpg

Présentée au Memorial Museum de Mons, l’exposition À la soupe ! Manger en 14-18 propose de partir à la découverte des habitudes alimentaires de la Première Guerre mondiale. Que mangent les soldats sur le front ? Quels aliments les civils en zone occupée peuvent-ils se mettre sous la dent ?

En ces temps troublés, se nourrir devient une préoccupation de tous les instants. Des ersatz plus ou moins savoureux remplacent les aliments rationnés, l’aide alimentaire nationale et internationale se développe, tandis que les Montois se mettent à cultiver fruits et légumes dans leur jardin.

Photographies d’époque, témoignages, archives et objets historiques lèvent le voile sur la nourriture pendant la Grande Guerre.

Une fois n’est pas coutume, cette expo s’adresse aux plus jeunes. Une réelle approche didactique permettra aux enfants, dès 6 ans, de comprendre, tout en s’amusant, l’enjeu que représentait l’alimentation durant la Première Guerre mondiale. Vous pourrez aussi visiter un jardin potager de légumes anciens ou profiter d’un moment de détente sur la terrasse du musée. [1]

Bernard DELCORD

Informations pratiques :

Du 03/06/2017 à 10h00 au 15/04/2018 à 18h00.

Adresse :

Mons Memorial Museum

Boulevard Dolez, 51

7000 Mons

Téléphone : 065/40.53.25

Mail : polemuseal@ville.mons.be

Site Web : www.monsmemorialmuseum.mons.be

Tarifs :

6€ et 4€ uniquement pour l’exposition – 12€ et 8€ le ticket combiné avec les collections permanentes.

 

[1] Source : dossier de presse de l’exposition.

17:08 Écrit par Bernard dans Expositions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/06/2017

« Donnez-moi un musée et je le remplirai. » (Pablo Picasso)

Musée d'Ixelles – Les collections.jpg

Riche de plus de 10 000 (chefs-d’) œuvres accumulé(e)s depuis son ouverture en 1892, le musée d’Ixelles [1], l’une des dix-neuf communes de Bruxelles, vaut incontestablement une et même plusieurs visites, et la consultation de son beau catalogue (Musée d'Ixelles – Les collections) ne pourra que vous en convaincre !

Les œuvres phares des collections du musée d'Ixelles se répartissent en cinq catégories [2] :

– Art ancien (XVIe au XVIIIe siècle)

La collection d’art ancien se compose essentiellement d’œuvres d’artistes d’Europe du Nord. Paysages, natures mortes et portraits en sont les thématiques principales. Les portraits, avec leurs étoffes somptueuses et leurs regards pénétrants, témoignent de la vie des habitants. Les tables chargées de victuailles, les trophées de chasse évoquent les mœurs d’antan. De La Cigogne d’Albrecht Dürer à la Vue du Meir d’Erasmus de Bie en passant par des tableaux de Jan Fyt, Godfried Schalcken, Jan-Albrtus Rootius, Bernaert De Rijckere, Anthony De Lorme, Ludolf Backhuyzen ou Jean-Honoré Fragonard, c’est le riche passé de ces régions qui soudain resurgit.

– Affiches

C’est l’une des collections les plus emblématiques du musée – avec notamment la totalité de la production lithographique de Toulouse-Lautrec. Quelque 700 affiches d’artistes belges ou européens, de la Belle Époque aux années 1950 (Pierre Bonnard, Alfons Mucha, Privat Livemont, Armand Rassenfosse, Auguste Donnay…), témoignent des premiers usages publicitaires, vantant les voyages ou les cabarets de Paris. Ce n’en est pas moins un art à part entière. Avec leurs couleurs vives, leurs compositions novatrices, leurs femmes typiques de l’Art nouveau, les affiches ont révolutionné l’art de l’image.

– XIXe siècle

L’art du XIXe siècle occupe une place prépondérante dans les collections du musée d’Ixelles. Du réalisme au symbolisme, en passant par l’impressionnisme, le néo-impressionnisme et l’orientalisme, le parcours révèle les richesses de ce siècle épris de modernité et de liberté créatrice, avec des œuvres de Jacques-Louis David, Gustave Courbet, Théo Van Rysselberghe, Berthe Morisot, Émile Claus, Georges Lemmen, Maurice Denis, Constantin Meunier, William Degouve de, Nuncques, Léon Spilliaert, Fernand Khnopff, Félicien Rops, Henri Evenepoel... Au gré de votre visite, vous serez captés par le déferlement de couleurs, éblouis par le jaillissement de la lumière, étonnés par les jeux de matières picturales audacieuses, mais aussi interpellés par les interrogations sociales ou envoûtés par les atmosphères énigmatiques et veloutées des symbolistes.

– XXe siècle

Le XXe siècle se caractérise comme le siècle des révolutions artistiques et marque l’essor de la modernité. Les collections du musée d’Ixelles révèlent le bouillonnement si particulier de ce siècle, tant au niveau des recherches esthétiques que conceptuelles. Qu’il s’agisse des expériences abstraites ou des explorations des multiples possibilités de la figuration, toutes les tendances dialoguent aux cimaises du musée d’Ixelles : fauvisme, futurisme, constructivisme, expressionnisme, surréalisme, CoBrA jusqu’au Pop Art et à la nouvelle figuration, autour des noms de Maurice de Vlaminck, Rk Wouters, Pablo Picasso, Francis Picabia, René Magritte, Paul Delvaux, Paul Alechinsky, Christian Dotremont, Paul Bury, Marcel Broodthaers, Joan Miro, Jan Fabre…

– Art actuel

Depuis sa constitution, le musée d’Ixelles se consacre à la création contemporaine. Outre les expositions temporaires qui lui sont régulièrement dédiées, de nombreuses acquisitions représentatives des développements de l’art contemporain viennent compléter les collections permanentes. Ainsi, une commission d’experts sélectionne les œuvres d’aujourd’hui estimées devenir les valeurs sûres de demain.

Une mine d’or !

Bernard DELCORD

Musée d'Ixelles – Les collections, ouvrage collectif sous la direction de Claire Leblanc, Milans, Silvana Editoriale, novembre 2010, 192 pp. en quadrichromie au format 17 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 20 €

 

[1] 71, rue Jean Van Volsem à 1050 Bruxelles. Tél. +32 (0)2 515 64 21. Du mardi au dimanche, de 9h30 à 17h00 (derniers tickets à 16h45). Fermé le lundi et les jours fériés. Prix d’entrée : 8 € (5 € pour les étudiants, seniors, groupes de 10 personnes ou plus, Amis du Musée, Ixellois, détenteurs d'un billet Thalys et d'un billet SNCB en cours de validation). Site Web : http://www.museedixelles.irisnet.be/

[2] Source : http://www.museedixelles.irisnet.be/presentation/collecti...

20:47 Écrit par Bernard dans Arts, Beaux Livres, Expositions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27/05/2017

Un grand artiste haut en couleurs…

Rik Wouters – Rétrospective (cover).jpg

Figure de proue du fauvisme brabançon et maître incontournable de l’Art moderne belge, Rick Wouters (Malines, 1882 - Amsterdam, 1916) a dominé à la fois la peinture, la sculpture et le dessin.

La rétrospective de son œuvre présentée jusqu’au 2 juillet 2017 aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique à Bruxelles, en partenariat avec le Musée royal des Beaux-Arts d’Anvers, est tout à fait exceptionnelle, dans la mesure où elle rassemble pour la première fois la plus importante collection d’œuvres de l’artiste (200 peintures, sculptures et œuvres sur papier, prêtées par plus de 30 musées, institutions et collectionneurs privés belges et étrangers – dont certaines n’ont jamais été montrées au public).

Rik Wouters laisse une œuvre éclatante et colorée, chatoyante et spontanée, entre fauvisme et avant-garde, loin des drames qui ont marqué son existence jusqu’à sa disparition prématurée en 1916, à l’âge de 33 ans, des suites d’un cancer de la face.

Voici ce qu’écrivent les commissaires de l’exposition :

« L’art de Rik Wouters, c’est avant tout une abondance de couleurs. Il n’a pas représenté de scènes mythologiques ou religieuses ni de sujets politiques ou sociaux. Il a puisé son inspiration dans son entourage immédiat : intérieurs de maison, natures mortes, son épouse Nel, paysages de son environnement, portraits d’amis…

Par son langage visuel, la construction de ses sujets et la richesse lumineuse de sa palette, il a développé un style d’avant-garde, tout en ayant été associé à Ensor et à Cézanne.

Rik Wouters – Rétrospective (La Vierge folle).jpg 

La Vierge folle (sculpture inspirée par la danseuse Isadora Duncan, 1877 ou 1878-1927), 1912, Bruxelles, Musée d’Ixelles — © photo : Mixed Media

Rik Wouters fut rapidement apprécié par ses contemporains ; son talent fulgurant, fauché dans sa jeunesse par la Grande Guerre [1] puis la maladie, nous lègue un héritage artistique fascinant et magnifique. »

Rik Wouters – Rétrospective (Reflets).jpg

Reflets (1912), collection privée © Olivier Bertrand

Incontestablement !

Bernard DELCORD

Rik Wouters – Rétrospective, catalogue d’exposition, préface de Michel Draguet, Paris-Bruxelles, coédition Somogy & Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, mai 2017, 304 pp. en quadrichromie au format 25,4 x 28,8 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 39 € (prix France)

Informations pratiques :

Jusqu’au 2 juillet 2017.

Adresse : Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique : 3, rue de la Régence - 1000 Bruxelles.

Horaires : ouvert du mardi au dimanche, de 10 h à 17 h en semaine, de 11 h à 18 h le week-end. Fermé le lundi.

Tarifs : 8 € plein tarif, 6 € tarif réduit, 2 € : étudiants (-26 ans), groupes scolaires.

 

[1] Contraint, avec son régiment, de se replier sur les Pays-Bas en 1914, il y sera emprisonné jusqu’au printemps 1915, alors qu’il souffre déjà de la maladie qui l’emportera.

18:05 Écrit par Bernard dans Arts, Beaux Livres, Expositions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/05/2017

Actes de foi...

Du Jourdain au Congo.jpeg

Si, passionné comme nous de culture du Continent noir, vous avez manqué l’exposition éponyme qui s’est tenue jusqu’au 2 avril 2017 au Musée du quai Branly-Jacques Chirac à Paris et dont le commissaire, Julien Volper, officie en tant que conservateur au Musée royal de l’Afrique centrale à Tervuren, son catalogue intitulé Du Jourdain au Congo, art et christianisme en Afrique centrale est un grand must !

Car, écrit-il, « il illustre la singulière histoire par laquelle, sur plus de cinq siècles, les traditions religieuses et politiques de différentes populations d'Afrique centrale ont incorporé la rencontre avec le christianisme par une réinterprétation d'éléments qui leur étaient étrangers, qu'il s'agisse de croyances, de rituels et/ou d'objets.

Ces œuvres (crucifix, statuettes de saint Antoine, figures inspirées du culte marial...) dévoilent ainsi tout le foisonnement artistique et culturel dans la région ».

L’ouvrage abonde d’illustrations, de cartes et d’explications permettant de comprendre le caractère métissé de la religion catholique pratiquée par les Congolais déjà à l’époque précoloniale et ensuite, mais aussi la grandeur du talent d’artistes inspirés et la profonde humanité d’œuvres en prise avec la vie comme elle allait jadis dans les villages et dans la brousse.

C’est que, comme l’écrit John K. Thornton dans un des textes du catalogue, « la conversion du royaume de Kongo fut remarquable à plusieurs égards. Il est en effet inhabituel, dans l'histoire des premiers temps de la colonisation européenne, qu'une région se convertisse en dehors d'un contexte de conquête comme celle des Amériques et des Philippines par l'Espagne, ou celle du Brésil par le Portugal.

Lorsque la conversion n'allait pas de pair avec la conquête, comme en Chine, au Japon ou en Inde, par exemple, il s'agissait en général d'une religion minoritaire tolérée à laquelle ne se convertissaient pas les élites et qui n'était pas encouragée par l'État. Ailleurs, les convertis pouvaient éventuellement se rassembler autour de forteresses ou de comptoirs, à l'écart des grandes conquêtes ou des conversions massives de pays entiers.

Le royaume de Kongo, en revanche, se christianisa par sa propre volonté. Quelques années à peine après le premier contact [avec l’explorateur portugais Diego Cão (vers 1450 - vers 1486) qui fit deux voyages le long de la côte atlantique de l'Afrique au XVe siècle.], Nzinga a Nkuwu décida de se faire chrétien et d'entraîner son pays tout entier derrière lui. C'est donc en 1491 que Nzinga a Nkuwu devint chrétien, se choisissant pour nom de baptême João 1er. Et dès 1530, la nouvelle religion, soutenue par l'État, s'était implantée dans l'ensemble du pays et possédait tout un réseau d'écoles et d'enseignants, et même son propre évêque à partir de 1518.

 

Du Jourdain au Congo (statuette).jpg

Pendentif de Denis Malau,

culture kongo, XVIIIe siècle, ivoire, 13 x 4 cm,

Donald & Adele Hall collection

Si l'essor du christianisme fut si rapide dans cette région, c'est justement que la conversion ne découlait pas d'une conquête et que les dirigeants politiques de Kongo décidèrent eux-mêmes d'embrasser cette religion, usant de leur autorité et de leur pouvoir pour l'imposer.

De plus, ces dirigeants étant à l'origine de sa diffusion, les élites de Kongo purent jouer un rôle beaucoup plus important, au moment de déterminer comment la nouvelle religion allait se développer et quels aspects de l'ancienne lui seraient incorporés, que cela n'aurait été le cas s'il s'était agi d'une minorité religieuse ou d'un contexte de conquête.

En réalité, les prêtres portugais qui le connaissaient par son implication dans la mise en forme de la nouvelle foi appelaient Afonso 1er dont le règne commença en 1509, fils et successeur de João 1er, « l 'apôtre du Congo ».

Afin de soutenir cet effort théologique, un certain nombre de jeunes issus de l'élite du royaume furent, à partir de 1483, choisis et envoyés au Portugal pour y étudier ; ils revinrent ensuite au pays pour aider à imaginer comment les concepts théologiques kongo pouvaient être associés aux concepts chrétiens.

À Lisbonne, un établissement éducatif financé par les dominicains répondait aux besoins des étudiants africains ; dans les années 1530, il était dirigé par l'un des cousins d'Afonso qui portait le même prénom ».

Surprenant, n’est-il pas ?

Bernard DELCORD

Du Jourdain au Congo – Art et christianisme en Afrique centrale, catalogue d’exposition bilingue français-anglais, Paris, coédition Flammarion & Musée du quai Branly-Jacques Chirac, novembre 2016, 216 pp. en quadrichromie au format 20,4 x 26,2 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 39 € (prix France)

05/04/2017

« Je n'invente rien, je redécouvre. » (Auguste Rodin)

Rodin – L'invention permanente.jpg

Auguste Rodin (1840-1917) est considéré comme le père de la sculpture moderne.

A l’occasion du centenaire de sa mort, la Réunion des musées nationaux – Grand Palais et le musée Rodin à Paris présentent jusqu’au 31 juillet 2017 « Rodin. L'exposition du centenaire » où l’on peut voir ses plus grands chefs-d'œuvre (Le Penseur, Le Baiser, Les Bourgeois de Calais…)

Le parcours retrace les rêves et les gloires de ce poète de la passion, maître incontesté et monstre sacré. Entre scandales et coups d’éclat, il révolutionne la création artistique avant Braque, Picasso ou Matisse, et la fait à jamais basculer dans la modernité.

L’exposition revient enfin sur son extraordinaire postérité auprès de générations d’artistes, de Carpeaux à Richier, en passant par Bourdelle, Claudel, Brancusi ou Picasso, donnant ainsi à voir et à comprendre la puissance de son génie. [1]

Parallèlement, les Éditions Gallimard et celles de la Réunion des Musées nationaux – Grand Palais ont publié, dans la fameuse collection « Découvertes Gallimard », rédigé par Catherine Chevillot [2], un bien joli petit livre-objet intitulé Rodin – L'invention permanente qui va à l’essentiel avec un texte limpide et des photographies qui se déplient pour comparer les œuvres de Rodin à celles de ses épigones.

Les Bourgeois de Calais au Musée de Mariemont (Belgique).jpg

Les Bourgeois de Calais au Musée de Mariemont (Belgique)

Écoutons l’auteure :

« Géant de la sculpture moderne, dont Le Penseur et Le Baiser sont des icônes, Auguste Rodin a tout osé : assemblage de formes préexistantes, utilisation de l'"accident", figures partielles, collages, dessin très libre, travail sur la photographie...

(…)

Des générations d'artistes ont redécouvert un Rodin moderne, insolite, expérimental.

De sa sensibilité esthétique est issue une sculpture dont le naturalisme expressif conserve un attachement à la figure humaine : visages ardents, expressions exacerbées, épidermes frémissants, corps où la chair palpite.

Rodin reste le "maître inépuisable". »

Et incontestable !

Bernard DELCORD

Rodin – L'invention permanente par Catherine Chevillot, Paris, Éditions Gallimard & Rmn-Grand Palais, collection « Découvertes Gallimard », mars 2017, 32 pp. en quadrichromie au format 12,4 x 17,6 cm sous couverture Integra en couleurs, 9,20 € (prix France)

Informations pratiques :

GRAND PALAIS, GALERIES NATIONALES

3, avenue du Général Eisenhower

F-75008 Paris

Serveur vocal : 00 33 (0)1 44 13 17 17

ENTRÉE DU PUBLIC

Entrée Clemenceau, place Clemenceau, 75008 Paris

Entrée Square Jean Perrin, Champs-Élysées, avenue du Général Eisenhower, 75008 Paris

Entrée Winston Churchill, avenue Winston Churchill, 75008 Paris

ACCÈS DES PERSONNES À MOBILITÉ RÉDUITE

Avenue du Général Eisenhower – Porte B

HORAIRES

Jusqu’au 31 juillet 2017

Tous les jours de 10 heures à 20 heures

Nocturne le mercredi, le vendredi et le samedi de 10 heures à 22 heures

Fermé le mardi

Fermé le lundi 1er mai et le vendredi 14 juillet

L’exposition participe à la Nuit européenne des musées le 20 mai : entrée gratuite de 20 heures à minuit

Dernier accès à l’exposition : 45 minutes avant la fermeture

Fermeture des salles : à partir de 15 minutes avant la fermeture

TARIFS

Plein tarif : 13 €

Tarif réduit : 9 €

Tarif tribu (4 personnes dont 2 jeunes entre 16 et 25 ans) : 35 €

 

[1] Source : http://www.grandpalais.fr/fr/evenement/rodin-lexposition-...

[2] Conservateur du patrimoine depuis 1987, Catherine Chevillot a été successivement adjointe au directeur du musée de Grenoble (1988-1990), conservateur au musée d’Orsay (section sculptures, 1990-1996), chef de la filière Sculpture au Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (1999-2003), chef du service de la recherche du musée d’Orsay (2003-2008), conservateur en chef au musée d’Orsay pour la Sculpture (2008-2012). Elle dirige le musée Rodin depuis 2012, et a conduit une très importante campagne de rénovation de l’hôtel Biron, qui présente les collections léguées par Rodin à l’État français en 1916. Docteur en histoire de l’art, elle a soutenu en 2013 (Université de Paris-Ouest Nanterre La Défense) une thèse intitulée « Paris, creuset pour la sculpture (1900-1914) ». (https://www.franceculture.fr/personne-catherine-chevillot...)

19:43 Écrit par Bernard dans Arts, Expositions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

01/02/2017

Un riche patrimoine…

Les Pauvres Sœurs de Mons.jpg

Les Pauvres Sœurs de Mons et la Maison de la Mémoire de Mons organisent aux Ateliers des FUCaM [1] une passionnante exposition – en 4 jalons historiques et 7 modules patrimoniaux présentant de nombreux manuscrits et objets d’art religieux – intitulée PSM - Les Pauvres Sœurs de Mons.

Les Pauvres Sœurs de Mons sont les vivantes héritières du béguinage de Cantimpret [2].

Leur histoire, d'une particulière richesse, est donc liée à celle de la ville depuis le XIIIe siècle.

Car leur congrégation, née à Mons en 1350, a fortement marqué l'histoire du quartier de Messine et de la Ville tout entière.

Cette exposition se double de la publication d’un fort beau livre, Les Pauvres Sœurs de Mons depuis 1350, un charisme, une histoire, un patrimoine, un ouvrage collectif tiré à 1 000 exemplaires [3] dans lequel les textes d’historiens voisinent avec 190 illustrations somptueuses. 

Détail d'une chasuble.jpg

Détail d’une chasuble

La maison des Pauvres Sœurs de Mons, entre la rue de Bertaimont et la place Nervienne, apparaît ainsi dans ses murs, ses œuvres d'art, ses meubles et ses archives, comme une pièce non négligeable du patrimoine local et régional.

Aujourd'hui, il reste très peu de religieuses, mais les activités autour du couvent sont en pleine expansion avec une maison de repos, des résidences services ou encore la distribution de vivres aux plus démunis.

Et le lieu demeure, encore et toujours, le périmètre d'épanouissement d'un charisme alimenté par la spiritualité de saint Augustin.

Il est enfin l'outil d'une mission de service qui plonge ses racines jusqu'au Moyen Âge.

Bernard DELCORD

Les Pauvres Sœurs de Mons depuis 1350, un charisme, une histoire, un patrimoine, ouvrage collectif, Mons, Les Pauvres Sœurs de Mons et la Maison de la Mémoire de Mons, décembre 2016, 208 pp. en quadrichromie au format 22 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 25 €

Sommaire

Partie I : Au fil de l’Histoire

  1. La traversée des siècles
  2. Patrimoine et pauvreté
  3. Pauvres Sœurs contre Chanoinesses
  4. Réponses à des appels

Partie II : Une vie consacrée

  1. La spiritualité augustinienne
  2. La Règle et les Constitutions
  3. Aime et dis-le par ta vie
  4. Portraits de religieuses
  5. Notre charisme
  6. Face aux grandes épidémies

Partie III : À la découverte d’un patrimoine

  1. Topographie de la mémoire
  2. La nature au cœur du couvent
  3. Objets de célébration
  4. Le patrimoine artistique
  5. Au détour des couloirs

Partie IV : Une œuvre en expansion

  1. Trente années de croissance
  2. Vivre au quotidien avec les personnes âgées
  3. « Vivre le reste de son âge »

Archiver le présent ?

Informations pratiques :

L’exposition est accessible jusqu’au 25 février 2017 en semaine de 9h à 12h et de 13h30 à 16h30, le samedi de 14 h à 17 h.

La totalité de l'exposition n'est visible que les mercredis et samedis de 14 à 17 h et sur demande.

Visite guidée chaque samedi à 14h30 et sur demande pour les groupes au 065/66.69.14.

 

[1] Facultés Universitaires Catholiques de Mons, rue des Sœurs Noires, 2 (entrée rue du Grand Trou Oudart) à 7000 Mons.

[2] Le béguinage de Cantimpret était sous la direction de l'église Sainte-Waudru et se trouvait sur le territoire de Cuesmes. En 1295, Jean d'Avesnes incorpore le béguinage de Cantimpret dans l'enceinte de Mons. 

En novembre 1792, les révolutionnaires français envahissent la Belgique et exigent une somme de 18 140 livres aux chanoinesses à titre d'impôt. Le 2 mars 1793, après la victoire de l'armée autrichienne, les chanoinesses retrouvent leur statut, mais, en juin 1794, après la bataille de Fleurus gagnée par les Français, le chapitre cesse d'exister.

Après le rétablissement du culte sous le règne de Napoléon Ier, quelques chanoinesses reviennent à Mons, entre autres Henriette-Bernardine-Josèphe, comtesse de Spangen, qui meurt le 15 août 1855. Elle était la dernière survivante du chapitre. (Source : http://home.scarlet.be/heraldus/Chanoinessehistorique.htm)

[3] Il peut être commandé à ladresse suivante : http://www.mmemoire.be/les-pauvres-soeurs-de-mons-depuis-...