09/08/2017

« Un gros crachat de 664 pages produit d’un cacographe maniaque, nabot impulsif et malsain. » (Charles Maurras à propos des Décombres)

Le dossier Rebatet.jpg

Fils d’un notaire de province républicain et d’une mère très catholique, le Français Lucien Rebatet (1903-1972), un critique musical et cinématographique, écrivain et journaliste fasciste, athée, anticommuniste, collaborationniste et antisémite extrêmement virulent (1), est l’auteur d’un livre maudit qui fut le best-seller de l’Occupation : Les Décombres, ouvrage qui lui a valu, entre autres raisons, d’être condamné à mort en 1946.
 
En 2015, ce texte est ressorti dans son intégralité pour la première fois depuis 1942 dans Le dossier Rebatet – Les Décombres – L’Inédit de Clairvaux, une publication critique établie et annotée par l’historienne Bénédicte Vergez-Chaignon (2) accompagnée d’une préface de Pascal Ory (3) et du journal de prison de Rebatet (L’Inédit de Clairvaux, un plaidoyer pro domo, bien entendu, mais qui constitue aussi un intéressant témoignage sur le système répressif et carcéral français de l’époque…), à Paris, aux Éditions Robert Laffont, dans la collection « Bouquins », après avoir reparu en 1976 chez Jean-Jacques Pauvert, amputé de ses chapitres les plus délirants, notamment celui intitulé « Le ghetto ».
 
Pour la première fois aussi, alors que l’ouvrage est en libre accès sur le Net, il est accompagné d’un appareil critique important, qui permet de le lire en connaissance de cause, de le resituer dans le climat de l’époque, avec ses outrances, ses haines et ses préjugés dont Rebatet fut l’un des plus véhéments porte-parole.
 
Ce livre, empreint d’un antisémitisme viscéral et obsessionnel, apparaît aujourd’hui comme un document historique édifiant sur l’état d’esprit, les phobies et les dérives de toute une génération d’intellectuels se réclamant du fascisme.
 
L’auteur n’étant pas dénué de talent d’écriture, comme l’a prouvé son roman Les Deux Étendards, publié par la NRF en 1951 à l’instigation de Jean Paulhan, et son Histoire de la musique (1969), Les Décombres constituent également une œuvre littéraire à part entière, reconnue comme telle, y compris par nombre de ses détracteurs les plus résolus.
 
Pascal Ory, qui a soutenu dès l’origine l’idée d’une réédition intégrale, mais encadrée et commentée, fournit dans une préface très éclairante les explications qui la justifient.
 
Bernard DELCORD
 
Le dossier Rebatet – Les Décombres – L’Inédit de Clairvaux, édition établie et annotée par Bénédicte Vergez-Chaignon, préface de Pascal Ory, Paris, Éditions Robert Laffont, collection « Bouquins », octobre 2015, 1152 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 30 € (prix France)
 
(1) En avril 1929, Lucien Rebatet est engagé comme critique musical au journal nationaliste et monarchiste L'Action française dirigé par Charles Maurras, dans lequel il écrit sous le pseudonyme de François Vinneuil. Le 30 avril 1932, il devient journaliste à Je suis partout. Mobilisé en janvier 1940, est libéré le 15 juillet 1940, il rejoint Vichy où il travaille à la radio. De retour à Paris, après un passage au journal Le Cri du peuple de Jacques Doriot, il revient à Je suis partout qui devient, à partir de 1941, le principal journal collaborationniste et antisémite français sous l'occupation nazie. En juillet 1944, avec Louis-Ferdinand Céline, Rebatet se réfugie à Sigmaringen en Allemagne avant d’être arrêté Feldkirch le 8 mai 1945 et d’être jugé à Paris le 18 novembre 1946. Grâce à une pétition d'écrivains comprenant notamment les noms de Camus, Mauriac, Paulhan, Martin du Gard, Bernanos, Aymé et Anouilh, le président de la République Vincent Auriol le gracie le 12 avril 1947, et sa condamnation à mort est commuée en peine de travaux forcés à perpétuité, à la prison de Clairvaux. Libéré le 16 juillet 1952 et d'abord assigné à résidence, Lucien Rebatet revient à Paris en 1954, où il reprend son activité de journaliste, travaillant pour l’hebdomadaire d’extrême droite Rivarol à partir de 1958. Lors de l'élection présidentielle de 1965, Rebatet soutient François Mitterrand et, en 1967, il glorifie la guerre israélienne contre les États arabes : « La cause d’Israël est là-bas celle de tous les Occidentaux. On m’eût bien étonné si l’on m’eût prophétisé en 1939 que je ferais un jour des vœux pour la victoire d’une armée sioniste. Mais c’est la solution que je trouve raisonnable aujourd’hui. » (in Michaël Bloch, L'extrême-droite française face à la question israélienne, mémoire IEP Aix en Provence, p. 33). 
(Sources : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucien_Rebatet et https://fr.wikipedia.org/wiki/Je_suis_partout)
 
(2) Bénédicte Vergez-Chaignon est docteure en histoire. Elle est l'auteur de plusieurs livres sur la Résistance, Vichy et l'épuration et elle a publié une biographie du maréchal Pétain (chez Perrin en 2014).
 
(3) Pascal Ory est professeur d'histoire contemporaine à la Sorbonne et l'auteur d'ouvrages sur la collaboration qui font autorité. Il a dirigé le Dictionnaire des étrangers qui ont fait la France, paru dans  la collection « Bouquins ».

03/07/2017

Sic transit gloria mundi…

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Descendante de Boghos Nubar Pacha [1], Amélie d'Arschot Schoonhoven [2] est historienne et conférencière, notamment à la Villa Empain.

Elle a fait paraître chez Avant-Propos à Waterloo Le Roman d'Héliopolis, un ouvrage dans lequel elle retrace l’histoire de la ville égyptienne qui fut érigée à partir de 1905 et jusqu’en 1912 sur une grande parcelle de désert au nord-ouest du Caire par le baron [3] et industriel belge Édouard Louis Joseph Empain (1852-1929) et son associé Boghos Nubar Pacha, une cité ultramoderne avec ses bâtiments inspirés de diverses architectures du monde entier, son système de distribution d’eau, sa ligne de chemin de fer, ses routes, ses plantations et son réseau de tramways électriques.

Héliopolis, qui fut au départ peuplée d'étrangers et de coptes (Égyptiens chrétiens) puis par les classes moyennes du Caire, est aujourd’hui un quartier de la capitale égyptienne dont la surpopulation a conduit à la disparition des nombreux jardins.

Fondé sur les archives familiales de l’auteure et brillamment rédigé, ce roman historique retraçant une formidable saga urbaine s’avère en tout point passionnant !

Bernard DELCORD

Le Roman d'Héliopolis par Amélie d’Arschot Schoonhoven, Waterloo, Éditions Avant-Propos, juin 2017, 204 pp. en noir et blanc au format 15,2 x 23,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 20,00 €

 

[1] Fils de Nubar Pacha (1825-1899), régent d'Égypte, Boghos Nubar Pacha (1851-1930) a épousé Marie Dadian en 1879. Leur fille Eva Zarouhi se maria en 1907 avec le comte Guillaume d'Arschot-Schoonhoven (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Boghos_Nubar_Pacha).

[2] Elle est administrateur de l'Association Royale des Demeures Historiques de Belgique.

[3] Général et aide de camp du roi des Belges, il a été anobli par Léopold II en 1907.

12:06 Écrit par Bernard dans Histoire, Romans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

19/06/2017

« La littérature est une affaire sérieuse, pour un pays, elle est, au bout du compte, son visage… » (Louis Aragon)

De la Révolution à la Belle Époque.jpg

Alain Viala est historien et sociologue de la littérature française. Professeur émérite à la Sorbonne, il enseigne à l'université d'Oxford. Il est l'auteur de Naissance de l'écrivain. Sociologie de la littérature à l'Age classique (Éditions de Minuit), du Dictionnaire du littéraire et de La France galante (Presses universitaires de France). Paul Aron est professeur de littérature à l'Université libre de Bruxelles. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont, aux Presses universitaires de France, Histoire du pastiche. Ensemble, ils ont publié Sociologie de la littérature (Presses universitaires de France) et Les 100 mots du littéraire (Presses universitaires de France).

Ces deux spécialistes se sont associés une nouvelle fois pour faire paraître chez cet éditeur le troisième volume de la collection « Une histoire brève de la littérature française », intitulé De la Révolution à la Belle Époque dans lequel ils passent au peigne fin le contexte (historique, sociologique, politique, culturel…) et l’histoire de la production foisonnante des œuvres littéraires et artistiques françaises entre 1789 et 1914, issues d’auteurs et d’artistes innombrables qui ont marqué et marquent encore l’histoire de la pensée mondiale.

C’est qu’à cette époque, comme l’écrit Alain Viala : « Avec la Révolution française, triomphe de la liberté comme idéal, nous entrons dans une longue période faite de turbulences politiques et de bouleversements sociaux, durant laquelle le littéraire est, plus que jamais, investi dans les débats. Les romantiques crient leur “mal du siècle”, les réalistes dressent le portrait d'une société inégale, les naturalistes dénoncent et accusent. Les poètes établissent des canons qu'ils s'empressent de transgresser et les dramaturges expérimentent ».

Un essai passionnant qui mène le lecteur à (re)découvrir l’impact des Maximilien Robespierre, Jacques-Louis David, André Chénier, Madame de Staël, Alphonse de Lamartine, François-René de Chateaubriand, Charles Fourier, Victor Hugo, Stendhal, Honoré de Balzac, Alfred de Vigny, George Sand, Alfred de Musset, Alexandre Dumas fils, Théophile Gautier, Gérard de Nerval, Gustave Flaubert, Émile Zola, Gustave Courbet, Guy de Maupassant, Joris-Karl Huysmans, Jules Vallès, Charles Baudelaire, Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Ernest Renan, Lautréamont, Maurice Maeterlinck, Claude Debussy, Léon Bloy, Stéphane Mallarmé, Maurice Barrès, Marcel Proust, Charles Péguy, Pierre Loti, Francis Jammes, Georges Rodenbach, Guillaume Apollinaire, Paul Claudel, Alfred Jarry, Blaise Cendrars, et bien d’autres encore…

Une synthèse éclairante et éclairée !

Bernard DELCORD

De la Révolution à la Belle Époque par Alain Viala avec la collaboration de Paul Aron, Paris, Presses universitaire de France, collection « Une histoire brève de la littérature française », mai 2017, 397 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 22,00 € (prix France)

17:30 Écrit par Bernard dans Essais, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/06/2017

Criminels de guerre...

La Division Das Reich.jpg

Le 8 juin 1944, commandée par le général Heinz Lammerding, pur produit du système nazi, la 2e division blindée SS Das Reich, forte de 15 000 hommes [1] ainsi que de 209 chars et pièces d'artillerie, quitte Montauban en direction de la Normandie.

Entravée dans sa progression par la Résistance française, par des opérations de commando et les bombardements de l'aviation alliée, elle mettra quinze jours – au lieu des trois initialement prévus – pour arriver sur les lieux du débarquement.

Mais cette légendaire action de guérilla restera marquée par des représailles sanglantes : la pendaison de 99 habitants de Tulle (9 juin 1944) par des SS de Lammerding et par des séides du Sipo-SD, et le massacre d'Oradour-sur-Glane (10 juin 1944), qui fit 642 victimes civiles, lâchement exécutées par un détachement du 1er bataillon du 4e régiment de Panzergrenadier Der Führer appartenant à la Panzerdivision Das Reich.

Ces exactions barbares, perpétrées lors d'une phase critique des hostilités, allaient avoir indirectement d'importantes conséquences au niveau stratégique.

En effet, si la division Das Reich était arrivée à temps en Normandie, elle aurait, selon toute vraisemblance, sinon permis aux forces allemandes de rejeter les Alliés à la mer, du moins contribué à différer l'issue de la bataille, retardant du même coup la libération rapide de la France.

Dans La Division Das Reich – Tulle, Oradour-sur-Glane, Normandie, 8 juin - 20 juin 1944, (Paris, Éditions Tallandier, collection « Texto » dirigée par Jean-Claude Zylberstein), Max Hastings, qui fut journaliste à l'Evening Standard de Londres et grand reporter à la BBC, fait le récit détaillé de l'une des pages les plus douloureuses et les plus extraordinaires de la guerre secrète sur le territoire français durant la Seconde Guerre mondiale, dont certains épisodes n'avaient encore jamais été racontés.

L’ouvrage se complète par un index des noms, un glossaire, des notes et des références, tous instruments des plus utiles à la lecture et à la compréhension des événements relatés.

Bernard DELCORD

La Division Das Reich – Tulle, Oradour-sur-Glane, Normandie, 8 juin - 20 juin 1944 par Max Hastings, traduit de l’anglais par René Brest, Paris, Éditions Tallandier, collection « Texto » dirigée par Jean-Claude Zylberstein, avril 2014, 382 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 11 € (prix France)

Sommaire :

– IIe Division Panzer SS, Montauban, mai 1944

– SOE : Baker Street

– SOE : Sud de la France

– La route

– Tulle : « La Libération »

– Tulle : le prix

– Les Jedburgh

– « Les Panzer sont trop bons pour ça »

– Oradour-sur-Glane : « Un nettoyage rapide et durable »

– Excès de zèle

– Opération Bulbasket

– La Normandie

– Désormais…

 

[1] Elle était composée de Waffen-SS volontaires et de Volksdeutsche, notamment des Alsaciens-Mosellans.

17:48 Écrit par Bernard dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

26/05/2017

Approche bilantaire...

Congo – Ambitions et désenchantement (1880-1960) .jpg

Jean-Luc Vellut a enseigné aux universités de Kinshasa et de Lubumbashi en République démocratique du Congo. En Belgique, il est professeur émérite de l'Université catholique de Louvain-la-Neuve et membre de l'Académie royale des Sciences d'Outre-Mer.

Ce grand spécialiste de l’histoire de l’Afrique centrale a fait paraître récemment chez Karthala à Paris un volumineux essai (une compilation d’articles très documentés rédigés à partir des années 1970) intitulé Congo – Ambitions et désenchantement (1880-1960) dans lequel il se penche sur le passé colonial congolais de la Belgique.

Voici ce qu’il en dit :

« C’est un livre consacré au déroulement d'une étape, à la fois courte et décisive, dans le long passé de cette région. Au point de départ, les années 1880. Elles virent la concrétisation de vieux rêves de découpage de l'Afrique en grands ensembles transcontinentaux. Rien n'annonçait toutefois que le fleuve Congo devienne un marqueur géopolitique. Ce coup de crayon sur la carte porte la griffe de Léopold II, personnalité hors-norme, grand rêveur et maître-manoeuvrier au sein de différents mondes, ceux de la diplomatie, du capital et des "affaires", mais qui fut aussi porté par les grandes inspirations de l'époque, le mouvement scientifique, le réveil chrétien, la vague antiesclavagiste tout comme par les recompositions alors en cours en Afrique même.

Sans lui, il n'y aurait eu ni "Congo belge" ni page congolaise dans l'histoire de Belgique. Le livre rassemble un bouquet d'essais et de questions. Quels furent les grands seuils de la période ? Quelles ambitions économiques, technocratiques, scientifiques, morales, mais aussi quels itinéraires, plus humbles ? Quelle place de la région sur l'échiquier mondial des puissances et du mouvement des idées ? Quid de l'insubmersible Afrique, de son économie de production et de trafics, mais aussi de sa pauvreté ? Quid de sa vie spirituelle toujours renouvelée, mais jamais contrôlée, de sa vie artistique, elle aussi toujours novatrice ? Autant de coups de projecteur portés sur trois générations, avec d'occasionnelles excursions dans leurs passés et dans les représentations portées par le présent.

En 1960, au sortir de l'épisode colonial, une semaine d'indépendance en 1960 confirma que le "Congo belge" avait été conquis, mais non soumis. On ne trouvera ici ni complaisances ni ressentiments, mais le sillage d'une génération d'historiens dont l'engagement fut d'inscrire le passé de l'Afrique dans les grands chapitres de l'histoire universelle. De nouveaux chantiers s'ouvrent désormais, ceux des sensibilités, des mémoires.

Le défi reste de repérer les ruptures, mais aussi le long fil des généalogies qui, en Afrique comme ailleurs, relient le présent au passé. »

Bernard DELCORD

Congo – Ambitions et désenchantement (1880-1960) par Jean-Luc Vellut, Paris, Éditions Karthala, mars 2017, 509 pp. en noir et blanc + un cahier photo de 8 pp. en quadrichromie au format 16 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 30 € (prix France)

 

TABLE DES MATIÈRES

 

PREMIÈRE PARTIE

ÉTAT DU CONGO. ÉTAT CONQUÉRANT, ÉTAT DE TRANSITION

 

  1. L'État indépendant du Congo dans l'histoire des géopolitiques du centre de l'Afrique

Le centre de l'Afrique aux marges des économies mondiales.

Antennes du capital marchand et amorces géopolitiques

Une « boîte à outils » pour un formatage géopolitique nouveau.

Léopold II s'insinue dans l'histoire de l'Afrique

Enthousiasmes et désenchantements de la génération Stanley

 

  1. Épisodes d'un « grand désordre », 1880-1910

 

Guerres africaines dans l'État du Congo

Deux grandes offensives : de l'Uele au Nil, et du Lomami aux Grands Lacs

Ngongo Leteta, Francis Dhanis : seigneurs de la guerre

Sentinelles, auxiliaires, « mutins » : chefs locaux

Violence et construction : le double visage de l'Histoire

 

DEUXIÈME PARTIE

CONGO, COLONIE BELGE : VOLETS D'UN ORDRE COLONIAL

 

  1. Hégémonies en construction. Articulations entre État et entreprises dans un « bloc colonial »

L'autonomie du bloc colonial belge dans le contexte politique de la métropole

La structure du bloc colonial, en Belgique et au Congo belge

La pratique de l'hégémonie coloniale : la conjoncture et les hommes

Conclusion. Un itinéraire de l'autosatisfaction technocratique au doute existentiel

 

  1. Matériaux d'Europe et d'Afrique pour une image du Blanc en colonie

Le peuplement européen au Congo belge

L'image du Blanc au Congo : le point de vue des conquérants

L'image du Blanc au Congo : la vision des vaincus

Liste des sources citées

 

  1. La communauté portugaise du Congo belge. Une minorité ethnique

 

À l'aube de l'entreprise léopoldienne : présences portugaises dans le bas-fleuve Congo

L'immigration portugaise au Congo belge : quelques points de repère (1885-1940)

Réseaux portugais au Congo (env. 1910-1940)

Le poids de l'entreprise portugaise dans le Congo colonial

Clivages

L’affirmation d’une identité

 

TROISIÈME PARTIE

MALAISES COLONIAUX

 

  1. Résistances et espaces de liberté dans l'histoire coloniale du Congo (env. 1876-1945)

 

Les résistances dans l'histoire de l'État conquérant (env. 1876-1910)

Anachronismes : les résistances primaires dans la période de normalisation (env. 1910-1925)

En ordre dispersé :  résistances dans l'État fragmenté

Conscience du phénomène colonial : la vue globale

La colonisation à son apogée, le nationalisme en veilleuse (1920-1940).

 

  1. Détresse matérielle et découvertes de la misère dans les territoires belges d'Afrique

L'histoire devant la pauvreté et devant les pauvres

La pauvreté de masse dans le monde rural : crises de subsistance et misère quotidienne

La misère rurale dans la perspective coloniale : économie morale des colonisateurs

Fléaux et crises de misère : épidémies, dépeuplement, disettes (1900-1930)

Sous-alimentation, mauvaise santé : inventaires de la misère rurale (1930-1945)

Les visages de la misère dans la société coloniale de croissance (1946-1960)

Pour conclure. La pauvreté des « basenji »

 

  1. La peine de mort au Congo colonial. À propos de l'exécution de Bwana François, 1922

Congo belge : la peine capitale au fil de la mise en place d'un appareil de Justice

Peine de mort et compromis colonial : le poids des cultures

Le pouvoir de la couleur au sein du compromis colonial

La mort de Musafiri Bwana, François, Élisabethville, 22 septembre 1922

Vers une procédure précipitée

La grâce refusée. Lectures divergentes, européennes et africaines

Le supplice, les acteurs, le spectacle, les réflexions d'après

 

QUATRIÈME PARTIE

COMMENT RÊVER L'ÂME DU CONGO

 

Le Congo dans les esthétiques de l'Occident, l'Occident dans les esthétiques du Congo

Itinéraires et vies des objets dans les rencontres Congo-Europe

Récoltes et collections

Problèmes de sens

L'entrée des peintres congolais sur la scène européenne et la recherche de l'Afrique innocente

 

  1. Un charisme du XVIe au XXe siècle : présences de la Vierge Marie au Congo

Itinéraires du catholicisme au Congo. Premiers points de repère

Christianismes d'Europe et d'Afrique : entre religion savante et religion populaire

Facteurs extérieurs, facteurs endogènes : ambitions universelles et expériences hybrides

 

  1. Simon Kimbangu dans le « roman national » congolais. À propos du contrôle des représentations

Simon Kimbangu dans la pensée radicale : de la cooptation à l'éclipse et à l'échec

Le « Simon Kimbangu » de Serge Diantantu: un « roman national » prend forme

La ligne claire dans la forme et le fond

Matériaux pour un récit (1) : chroniques écrites des acteurs et des témoins

Matériaux pour un récit (2) : voix populaires

Matériaux pour un récit (3) : histoires savantes

Fusions, coexistences, tensions, silences autour du récit national

 

CINQUIÈME PARTIE

RIDEAUX SUR UN TEMPS COLONIAL

 

  1. 1920-1939 : avancées, anxiétés et replâtrages dans la construction du Congo

Années 1920 : avancées du capital aux marges des secteurs africains autonomes

Le Congo belge sous l'impact de la crise mondiale et des crises locales

Rencontres et convergences entre fronts conservateurs de l'extérieur et de l'intérieur

Une refondation coloniale aux yeux de l’Histoire : quel bilan ? quels bilans ?

 

  1. 1920-1940 : incertitudes internationales. Les deux Congo, pions sur l'échiquier de la Realpolitik

L'Afrique dans le sillage de la Première Guerre mondiale : incertitudes idéologiques et géopolitiques, 1919-1939

L'Afrique coloniale dans la « drôle de guerre »

À l'ombre des armistices de mai-juin 1940

Congo belge et AEF : le cap des hésitations, juin-septembre 1940

Parallèles et divergences : les entrées en guerre de I' AEF et du Congo belge, octobre-décembre 1940

En guise de conclusion : les jeux de la « mémoire historique »

 

  1. 1944-1960 : la marche vers l'indépendance du Congo belge

Le Congo belge sort de la guerre. Ancrages anciens, regards vers l'avenir

Réflexions autour d'une économie africaine autonome

Géant aux pieds d'argile : derrière la façade Potemkine, d'autres réalités se laissent deviner

Premières fissures dans une construction coloniale

Vers l'indépendance, 1958-1960

22:09 Écrit par Bernard dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/05/2017

Actes de foi...

Du Jourdain au Congo.jpeg

Si, passionné comme nous de culture du Continent noir, vous avez manqué l’exposition éponyme qui s’est tenue jusqu’au 2 avril 2017 au Musée du quai Branly-Jacques Chirac à Paris et dont le commissaire, Julien Volper, officie en tant que conservateur au Musée royal de l’Afrique centrale à Tervuren, son catalogue intitulé Du Jourdain au Congo, art et christianisme en Afrique centrale est un grand must !

Car, écrit-il, « il illustre la singulière histoire par laquelle, sur plus de cinq siècles, les traditions religieuses et politiques de différentes populations d'Afrique centrale ont incorporé la rencontre avec le christianisme par une réinterprétation d'éléments qui leur étaient étrangers, qu'il s'agisse de croyances, de rituels et/ou d'objets.

Ces œuvres (crucifix, statuettes de saint Antoine, figures inspirées du culte marial...) dévoilent ainsi tout le foisonnement artistique et culturel dans la région ».

L’ouvrage abonde d’illustrations, de cartes et d’explications permettant de comprendre le caractère métissé de la religion catholique pratiquée par les Congolais déjà à l’époque précoloniale et ensuite, mais aussi la grandeur du talent d’artistes inspirés et la profonde humanité d’œuvres en prise avec la vie comme elle allait jadis dans les villages et dans la brousse.

C’est que, comme l’écrit John K. Thornton dans un des textes du catalogue, « la conversion du royaume de Kongo fut remarquable à plusieurs égards. Il est en effet inhabituel, dans l'histoire des premiers temps de la colonisation européenne, qu'une région se convertisse en dehors d'un contexte de conquête comme celle des Amériques et des Philippines par l'Espagne, ou celle du Brésil par le Portugal.

Lorsque la conversion n'allait pas de pair avec la conquête, comme en Chine, au Japon ou en Inde, par exemple, il s'agissait en général d'une religion minoritaire tolérée à laquelle ne se convertissaient pas les élites et qui n'était pas encouragée par l'État. Ailleurs, les convertis pouvaient éventuellement se rassembler autour de forteresses ou de comptoirs, à l'écart des grandes conquêtes ou des conversions massives de pays entiers.

Le royaume de Kongo, en revanche, se christianisa par sa propre volonté. Quelques années à peine après le premier contact [avec l’explorateur portugais Diego Cão (vers 1450 - vers 1486) qui fit deux voyages le long de la côte atlantique de l'Afrique au XVe siècle.], Nzinga a Nkuwu décida de se faire chrétien et d'entraîner son pays tout entier derrière lui. C'est donc en 1491 que Nzinga a Nkuwu devint chrétien, se choisissant pour nom de baptême João 1er. Et dès 1530, la nouvelle religion, soutenue par l'État, s'était implantée dans l'ensemble du pays et possédait tout un réseau d'écoles et d'enseignants, et même son propre évêque à partir de 1518.

 

Du Jourdain au Congo (statuette).jpg

Pendentif de Denis Malau,

culture kongo, XVIIIe siècle, ivoire, 13 x 4 cm,

Donald & Adele Hall collection

Si l'essor du christianisme fut si rapide dans cette région, c'est justement que la conversion ne découlait pas d'une conquête et que les dirigeants politiques de Kongo décidèrent eux-mêmes d'embrasser cette religion, usant de leur autorité et de leur pouvoir pour l'imposer.

De plus, ces dirigeants étant à l'origine de sa diffusion, les élites de Kongo purent jouer un rôle beaucoup plus important, au moment de déterminer comment la nouvelle religion allait se développer et quels aspects de l'ancienne lui seraient incorporés, que cela n'aurait été le cas s'il s'était agi d'une minorité religieuse ou d'un contexte de conquête.

En réalité, les prêtres portugais qui le connaissaient par son implication dans la mise en forme de la nouvelle foi appelaient Afonso 1er dont le règne commença en 1509, fils et successeur de João 1er, « l 'apôtre du Congo ».

Afin de soutenir cet effort théologique, un certain nombre de jeunes issus de l'élite du royaume furent, à partir de 1483, choisis et envoyés au Portugal pour y étudier ; ils revinrent ensuite au pays pour aider à imaginer comment les concepts théologiques kongo pouvaient être associés aux concepts chrétiens.

À Lisbonne, un établissement éducatif financé par les dominicains répondait aux besoins des étudiants africains ; dans les années 1530, il était dirigé par l'un des cousins d'Afonso qui portait le même prénom ».

Surprenant, n’est-il pas ?

Bernard DELCORD

Du Jourdain au Congo – Art et christianisme en Afrique centrale, catalogue d’exposition bilingue français-anglais, Paris, coédition Flammarion & Musée du quai Branly-Jacques Chirac, novembre 2016, 216 pp. en quadrichromie au format 20,4 x 26,2 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 39 € (prix France)

17/05/2017

Traîtres mous et traîtres durs…

Entre Collaboration et Kollaboration.jpg

C’est cette fois dans la collection « Histoire » dirigée par votre serviteur aux Éditions de la Province de Liège que l’historien spécialiste de la Collaboration Eddy De Bruyne [1] a publié un nouvel essai intitulé Entre Collaboration et Kollaboration – Particularismes, reflets et aspects en région liégeoise et ailleurs, une compilation de 26 articles traitant de sujets pour le moins dérangeants.

Écoutons l’auteur :

« Si aujourd’hui le grand public connaît l’action et la portée de la Collaboration en Belgique francophone, quelques aspects moins connus, voire méconnus, n’ont guère été traités, si ce n’est, pour certains d’entre eux, dans le cadre d’études académiques ou d’autres travaux dont l’accès est généralement restreint, voire confidentiel. Ce sont précisément ces sources et autres archives enfouies depuis des décennies qui ont été utilisées pour rédiger le corps de cet ouvrage.

Articulé en plusieurs exposés embrassant des sujets aussi variés que les démêlés de la magistrature avec l’occupant, l’attitude des wallingants germanophiles face aux partisans de la chimère vichyste, l’univers collaborationniste wallon, les tenants et aboutissants de la collaboration militaire, les effets et contre-effets de la Résistance, sans oublier quelques facettes propres à la région liégeoise, l’ensemble jette une lumière crue sur une époque particulièrement trouble mettant en scène victimes et protagonistes.

Et, en filigrane, on notera l’omniprésence de l’occupant et de ses polices répressives, ces dernières épaulées par les “Tueurs de Rex”, nom populaire donné à leurs auxiliaires. »

Un ouvrage où l’on retrouve cités, parmi des milliers d’autres [ 2], des noms inattendus comme ceux de Wallonie libre et de Fernand Dehousse, mais où l’on apprend aussi, entre autres choses, que divers séides de la Gestapo liégeoise s’étaient illustrés auparavant dans les Brigades internationales communistes durant la Guerre d’Espagne…

Bernard DELCORD

Entre Collaboration et Kollaboration – Particularismes, reflets et aspects en région liégeoise et ailleurs par Eddy De Bruyne, Liège, Éditions de la Province de Liège, collection « Histoire » dirigée par Bernard Delcord, avril 2017, 428 pp. en noir et blanc au format 16 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 24 €

TABLE DES MATIÈRES

– 1. La croisière s’amuse… La randonnée-meeting de Léon Degrelle en bateau-mouche à Seraing le 15 septembre 1936

– 2. Le parti communiste et les arrestations du 22 juin 1941 dans la région liégeoise

– 3. Le Grand-Liège (octobre 1942 - septembre 1944)

– 4. Une certaine Wallonie… un certain wallingantisme… vus d’en face – wallingants francophiles, germanophiles, hitlérophiles et germanolâtres...

– 5. La politique Nossent au sein de la Sipo-Sd liégeoise

– 6. À verser au dossier Wallonie libre – Sur le fil du rasoir : Fernand Dehousse face à la Sipo-Sd liégeoise (1942-1944)

– 7. Le bureau liégeois de l’Office du Travail, la Werbestelle et le Fahndungsdienst

– 8. Les liaisons hasardeuses – La magistrature liégeoise et la Brigade judiciaire antiterroriste 1942-1943

– 9. Le corps des officiers belges pendant la Seconde Guerre mondiale – Le cas Lucien Lippert : Kommandeur de la Légion Wallonie, de la 5.SS-Freiw.Sturmbrigade Wallonien et SS-Sturmbannführer malgré lui ?

– 10. Le recrutement dans les stalags et oflags en faveur de la Légion Wallonie

– 11. Pur et pur ! – Le contingent du 10 mars 1942, dit de la jeunesse, en faveur de la Légion Wallonie

– 12. Comment se meurt un réseau – La section sérésienne du Front wallon ou… cherchez la femme

– 13. le Mouvement national populaire wallon – MNPW, prélude à la formation en Wallonie d’un parti unique d’Ordre nouveau

– 14. La Maison wallonne rexiste liégeoise

– 15. L’Außenstelle der Sipo-Sd Lüttich

– 16. Les apprentis policiers de Rex

– 17. Le cas Andreas Folmer

– 18. Les anciens établissements Pieper 1940-1944

– 19. Le Conseil culturel d’Expression française

– 20. Le comité liégeois de la Société Dante Alighieri

– 21. Les fascistes italiens à Liège

– 22. La grève des magistrats liégeois

– 23. La dissolution du Cercle littéraire de Malmedy

– 24. Note en marge de la reparution du Pays Réel le 25 août 1940

– 25. Les auxiliaires de la Gestapo à l’œuvre

– 26. Les tribulations d’un agent double liégeois – La mission Violet-Dalimier

 

[1] Eddy De Bruyne a consacré plus de vingt-cinq années à l’étude de la Collaboration en Belgique francophone durant la Seconde Guerre mondiale. Il s’est plus particulièrement penché sur le rexisme de guerre et le parcours de Léon Degrelle pendant cette période. Ces années de recherches intensives se sont concrétisées par la publication de plusieurs livres parmi lesquels, édités par votre serviteur, Léon Degrelle et la Légion Wallonie – La fin d’une légende (Éditions Luc Pire, 2011), Les Commandos wallons d'Hitler septembre 1944 - mai 1945 (Éditions Luc Pire, 2013) et Moi, Führer des Wallons – Léon Degrelle et la Collaboration outre-Rhin septembre 1944 - mai 1945 (Éditions Luc Pire, 2014). Par ailleurs, Eddy De Bruyne a fait partie de l’équipe des correspondants du Centre de Recherches et d’Études historiques sur la Deuxième Guerre mondiale (‘actuel CEGES) et, comme tel, est intervenu dans les mémorables débats télévisés organisés par Maurice De Wilde (L’Ordre nouveau) et Jacques Cogniaux (Léon Degrelle – Face et Revers).

[2] Nul doute que bien des dents grinceront et que bien des yeux s’écarquilleront dans la Cité ardente et ses alentours…

16:02 Écrit par Bernard dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |