18/08/2017

« Tout l'art de la guerre est basé sur la duperie. » (Sun Tzu)

Sun Tzu Qui suis-je.jpg

Saint-cyrien, breveté de l'École de guerre, le lieutenant-colonel Yann Couderc a servi sur plusieurs théâtres d'opération. Son intérêt pour l'Asie l'a conduit à entreprendre une étude approfondie de L'Art de la guerre de Sun Tzu et à développer sa propre réflexion sur la pensée du stratège chinois. Créateur et animateur d'un blog de référence, Sun Tzu France (http://suntzufrance.fr/), il est l'auteur de plusieurs publications sur le sujet. (1)
 
Sun Tzu est un général chinois du VIe siècle av. J.-C. (544-496 av. J.-C.). Il est surtout célèbre en tant qu'auteur de l'ouvrage de stratégie militaire le plus ancien connu : L'Art de la guerre.
 
L'idée principale de son œuvre est que l’objectif de la guerre est de contraindre l’ennemi à abandonner la lutte, y compris sans combat, grâce à la ruse, l'espionnage, une grande mobilité et l'adaptation à la stratégie de l'adversaire. Tous ces moyens doivent ainsi être employés afin de s'assurer une victoire au moindre coût (humain, matériel).
 
Les idées de L'Art de la guerre ont été reprises et adaptées par différents auteurs pour la stratégie, et notamment la stratégie d'entreprise.
 
Dans un sens plus large, L'Art de la guerre peut être interprété comme une méthode de résolution des conflits. (2)
 
Chez Pardès à Grez-sur-Loing, Yann Couderc a publié Sun Tzu Qui suis-je ?, un passionnant petit ouvrage très accessible et abondamment illustré dans lequel il se penche sur la destinée personnelle et sur la pérennité de l’œuvre de cet orfèvre de la stratégie guerrière.
 
Voici la présentation qu’il a faite de son ouvrage :
 
« Il y a encore cinquante ans, en dehors de quelques orientalistes, personne n'avait entendu parler de Sun Tzu. C'est là un paradoxe : alors que l'humanité s'est montrée peu avare en conflits et a toujours cherché à accroître son niveau de compétence dans le domaine militaire, la reconnaissance de Sun Tzu et de son traité, L'Art de la guerre, est assez récente. De ce personnage, dont la tradition situe la vie au VIe siècle avant Jésus-Christ, le peu que l'on sait est d'une origine tardive et d'une authenticité douteuse.
 
Sa première biographie a été rédigée quatre siècles après sa mort officielle et, curieusement, on ne trouve que très peu de traces de lui dans les annales. Une seule chose est certaine : nous possédons aujourd'hui un traité, intitulé L'Art de la guerre, dont l'existence est attestée depuis au moins 2 200 ans, dans lequel sont étudiés le caractère politique et psychologique de la guerre, le rôle du commandement, l'exploitation des dissensions chez l'ennemi, l'importance du renseignement, etc.
 
Nos connaissances sur Sun Tzu ont évolué depuis 1971, date de la première traduction française de L'Art de la guerre. Sun Tzu Qui suis-je ? se donne pour ambition de présenter une synthèse de ce que nous savons actuellement sur cet exceptionnel stratège, dont la parfaite connaissance du traité était au programme du recrutement de tous les officiers chinois jusqu'en 1905. »
 
Si vis pacem, para bellum (3), disaient nos anciens.
 
Une excellente raison pour se plonger dans la lecture de l’essai de Yann Couderc !
 
Bernard DELCORD
 
Sun Tzu Qui suis-je ? par Yann Couderc, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », mai 2017, 128 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)
 
SOMMAIRE
 
INTRODUCTION - Références au texte de Sun Tzu
 
I. SUN TZU
1. Avant de commencer : Sun Tzu, Sun Wu ou Sun Zi ?
2. Ce que dit la tradition
3. Sun Tzu et les concubines du roi
4. Une histoire de Sun Tzu
5. Sun Tzu : un mythe ?
 
II. LE MONDE DE SUN TZU
1. L’époque des Royaumes combattants
2. Un environnement philosophique en pleine effervescence
3. La descendance de Sun Tzu
4. Wu Zixu, compagnon de Sun Tzu et auteur avant lui d’un Art de la guerre
5. Les personnages historiques de L’Art de la guerre
 
III. L’ART DE LA GUERRE
1. Le plus ancien traité de stratégie connu ?
2. Sun Tzu a-t-il écrit L’Art de la guerre ?
3. Comment a émergé le texte de L’Art de la guerre ?
4. Un texte qui ne se fige que plus de 500 ans après la mort de Sun Tzu
5. Le manuscrit du Yinqueshan : une lucarne ouverte sur le processus de composition
 
IV. L’HÉRITAGE DE SUN TZU
1. Sun Tzu en Chine
2. Sun Tzu en Occident
3. Sun Tzu aujourd’hui
4. Les raisons du succès
 
CONCLUSION
 
ANNEXES
I. Les grands lecteurs de Sun Tzu, une mystification
II. Repères chronologiques
III. Bibliographie
 
 
 (1) Comme sa thèse de doctorat : Sun Tzu en France, Nuvis, Paris, 2012.
 (2) Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Sun_Tzu
 (3) « Si tu veux la paix, prépare la guerre. » (Phrase attribuée à l’auteur latin Végèce, fin du IVe siècle.)

21:01 Écrit par Bernard dans Essais, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

15/08/2017

« L'élection encourage le charlatanisme. » (Ernest Renan)

Petit manuel de la campagne électorale.jpg

Grand spécialiste de la vie et des œuvres du célèbre orateur romain Marcus Cicéron, le professeur François Prost, ancien élève de l'École Normale Supérieure, est maître de conférences habilité à diriger les recherches à l'Université Paris-Sorbonne et membre de l'équipe de recherche E.A. 4081 « Rome et ses renaissances ».
 
Marcus Cicéron (né le 3 janvier 106 av J.-C. à Arpinum en Italie et assassiné le 7 décembre 43 av. J.-C. (1) par le Second triumvirat, sur ordre de Marc-Antoine)  et son frère cadet le militaire Quintus (né en 102 av. J.-C. à Arpinum et exécuté lui aussi en 43 av.  J.-C.) furent des hommes politiques romains influents.
 
Le tribun Marcus Cicéron réussit grâce à ses talents d’avocat à se constituer suffisamment d’appuis pour parvenir, en 63 av. J.-C., à la magistrature suprême, le consulat. Dans une République en crise menacée par les ambitieux, il déjoue la conjuration de Catilina par la seule force de ses discours, les Catilinaires. Ce succès qui fait sa fierté cause ensuite son exil en 58 av. J.-C., pour avoir exécuté des conjurés sans procès. Revenu à Rome en 57 av. J.-C., il ne joue plus de rôle important sur la scène politique, dominée par Pompée et César. Durant la guerre civile qui débute en 49 av.  J.-C., il rallie Pompée avec hésitation, puis est forcé de s'accommoder du pouvoir de César, avant de s’allier à Octave contre Marc-Antoine. Sa franche opposition à ce dernier lui coûte la vie en 43 av. J.-C. (2)
 
Quintus Cicéron fut édile en 66 av. J.-C. et préteur en 62 av. J.-C., puis, à sa sortie de charge, gouverneur de la province d'Asie pendant 3 ans et légat de la XIVe légion de Jules César pendant la guerre des Gaules, de 54 à 52 av. J.-C. En 51 av. J.-C., il quitte la Gaule et va rejoindre son frère, proconsul de Cilicie. Pendant les Guerres civiles, il embrasse le parti de Pompée, et obtient par la suite le pardon de Jules César. Ensuite, il est déclaré ennemi d’Antoine et fuit de Tusculum pour échapper à la colère de celui-ci. Il retourne chez lui à Arpinum ; un paysan le dénonce et il se rend alors pour sauver son fils qui se fait torturer. Ils sont tous deux mis à mort en 43 av. J.-C. (3)
 
François Prost a fait paraître aux Éditions Les Belles Lettres à Paris le Petit manuel de la campagne électorale de Quintus Cicéron et les Lettres à son frère Quintus (I, 1 et 2) de Marcus Cicéron, des textes latins révisés traduits, et commentés par ses soins.
 
En voici la synthèse :
 
« En 64 avant J.-C., Marcus Cicéron est candidat au consulat. Son frère cadet Quintus rédige pour lui un Petit manuel de la campagne électorale qui expose les rouages d'une élection à haut risque, et détaille les démarches attendues du candidat, offrant ainsi un tableau saisissant du système politique romain. Chemin faisant, il pose des questions toujours d'actualité : comment concilier séduction électorale et fidélité à soi-même et à ses principes ? Comment rassembler le plus grand nombre autour de sa candidature, et ménager les intérêts des diverses classes sociales ?
 
Quelques années plus tard, Quintus dirige la province d'Asie : Marcus lui adresse alors deux longues lettres qui examinent son exercice et brossent le portrait du gouverneur idéal, autour d'autres questions fondamentales : comment exercer un pouvoir absolu sans verser dans la tyrannie ? L'éducation intellectuelle peut-elle garantir la moralité du dirigeant et lui imposer le souci des valeurs humaines ? »
 
Du texte de Quintus, particulièrement actuel, il ressort que le principe d'une campagne électorale reste le même que de nos jours : s'assurer le soutien des personnages influents et se concilier la masse des électeurs en les manipulant subtilement.
 
Et l’auteur indique la marche à suivre pour obtenir ce résultat, par des conseils précis et méthodiques…

Bernard DELCORD
 
Petit manuel de la campagne électorale par Quintus Cicéron & Lettres à son frère Quintus (I, 1 et 2) par Marcus Cicéron, édition bilingue des textes latins traduits, révisés et commentés par François Prost, Paris, Éditions Les Belles Lettres, collection « Commentario », mars 2017, CLXXV +253 pp. en noir et blanc au format 13,5 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 27 € (prix France)
 
(1) Calendrier julien.
(2) Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cic%C3%A9ron
(3) Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Quintus_Tullius_Cicero

13:15 Écrit par Bernard dans Documents, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/08/2017

« Un gros crachat de 664 pages produit d’un cacographe maniaque, nabot impulsif et malsain. » (Charles Maurras à propos des Décombres)

Le dossier Rebatet.jpg

Fils d’un notaire de province républicain et d’une mère très catholique, le Français Lucien Rebatet (1903-1972), un critique musical et cinématographique, écrivain et journaliste fasciste, athée, anticommuniste, collaborationniste et antisémite extrêmement virulent (1), est l’auteur d’un livre maudit qui fut le best-seller de l’Occupation : Les Décombres, ouvrage qui lui a valu, entre autres raisons, d’être condamné à mort en 1946.
 
En 2015, ce texte est ressorti dans son intégralité pour la première fois depuis 1942 dans Le dossier Rebatet – Les Décombres – L’Inédit de Clairvaux, une publication critique établie et annotée par l’historienne Bénédicte Vergez-Chaignon (2) accompagnée d’une préface de Pascal Ory (3) et du journal de prison de Rebatet (L’Inédit de Clairvaux, un plaidoyer pro domo, bien entendu, mais qui constitue aussi un intéressant témoignage sur le système répressif et carcéral français de l’époque…), à Paris, aux Éditions Robert Laffont, dans la collection « Bouquins », après avoir reparu en 1976 chez Jean-Jacques Pauvert, amputé de ses chapitres les plus délirants, notamment celui intitulé « Le ghetto ».
 
Pour la première fois aussi, alors que l’ouvrage est en libre accès sur le Net, il est accompagné d’un appareil critique important, qui permet de le lire en connaissance de cause, de le resituer dans le climat de l’époque, avec ses outrances, ses haines et ses préjugés dont Rebatet fut l’un des plus véhéments porte-parole.
 
Ce livre, empreint d’un antisémitisme viscéral et obsessionnel, apparaît aujourd’hui comme un document historique édifiant sur l’état d’esprit, les phobies et les dérives de toute une génération d’intellectuels se réclamant du fascisme.
 
L’auteur n’étant pas dénué de talent d’écriture, comme l’a prouvé son roman Les Deux Étendards, publié par la NRF en 1951 à l’instigation de Jean Paulhan, et son Histoire de la musique (1969), Les Décombres constituent également une œuvre littéraire à part entière, reconnue comme telle, y compris par nombre de ses détracteurs les plus résolus.
 
Pascal Ory, qui a soutenu dès l’origine l’idée d’une réédition intégrale, mais encadrée et commentée, fournit dans une préface très éclairante les explications qui la justifient.
 
Bernard DELCORD
 
Le dossier Rebatet – Les Décombres – L’Inédit de Clairvaux, édition établie et annotée par Bénédicte Vergez-Chaignon, préface de Pascal Ory, Paris, Éditions Robert Laffont, collection « Bouquins », octobre 2015, 1152 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 30 € (prix France)
 
(1) En avril 1929, Lucien Rebatet est engagé comme critique musical au journal nationaliste et monarchiste L'Action française dirigé par Charles Maurras, dans lequel il écrit sous le pseudonyme de François Vinneuil. Le 30 avril 1932, il devient journaliste à Je suis partout. Mobilisé en janvier 1940, est libéré le 15 juillet 1940, il rejoint Vichy où il travaille à la radio. De retour à Paris, après un passage au journal Le Cri du peuple de Jacques Doriot, il revient à Je suis partout qui devient, à partir de 1941, le principal journal collaborationniste et antisémite français sous l'occupation nazie. En juillet 1944, avec Louis-Ferdinand Céline, Rebatet se réfugie à Sigmaringen en Allemagne avant d’être arrêté Feldkirch le 8 mai 1945 et d’être jugé à Paris le 18 novembre 1946. Grâce à une pétition d'écrivains comprenant notamment les noms de Camus, Mauriac, Paulhan, Martin du Gard, Bernanos, Aymé et Anouilh, le président de la République Vincent Auriol le gracie le 12 avril 1947, et sa condamnation à mort est commuée en peine de travaux forcés à perpétuité, à la prison de Clairvaux. Libéré le 16 juillet 1952 et d'abord assigné à résidence, Lucien Rebatet revient à Paris en 1954, où il reprend son activité de journaliste, travaillant pour l’hebdomadaire d’extrême droite Rivarol à partir de 1958. Lors de l'élection présidentielle de 1965, Rebatet soutient François Mitterrand et, en 1967, il glorifie la guerre israélienne contre les États arabes : « La cause d’Israël est là-bas celle de tous les Occidentaux. On m’eût bien étonné si l’on m’eût prophétisé en 1939 que je ferais un jour des vœux pour la victoire d’une armée sioniste. Mais c’est la solution que je trouve raisonnable aujourd’hui. » (in Michaël Bloch, L'extrême-droite française face à la question israélienne, mémoire IEP Aix en Provence, p. 33). 
(Sources : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucien_Rebatet et https://fr.wikipedia.org/wiki/Je_suis_partout)
 
(2) Bénédicte Vergez-Chaignon est docteure en histoire. Elle est l'auteur de plusieurs livres sur la Résistance, Vichy et l'épuration et elle a publié une biographie du maréchal Pétain (chez Perrin en 2014).
 
(3) Pascal Ory est professeur d'histoire contemporaine à la Sorbonne et l'auteur d'ouvrages sur la collaboration qui font autorité. Il a dirigé le Dictionnaire des étrangers qui ont fait la France, paru dans  la collection « Bouquins ».

03/07/2017

Sic transit gloria mundi…

Le Roman d'Héliopolis.jpg

Descendante de Boghos Nubar Pacha [1], Amélie d'Arschot Schoonhoven [2] est historienne et conférencière, notamment à la Villa Empain.

Elle a fait paraître chez Avant-Propos à Waterloo Le Roman d'Héliopolis, un ouvrage dans lequel elle retrace l’histoire de la ville égyptienne qui fut érigée à partir de 1905 et jusqu’en 1912 sur une grande parcelle de désert au nord-ouest du Caire par le baron [3] et industriel belge Édouard Louis Joseph Empain (1852-1929) et son associé Boghos Nubar Pacha, une cité ultramoderne avec ses bâtiments inspirés de diverses architectures du monde entier, son système de distribution d’eau, sa ligne de chemin de fer, ses routes, ses plantations et son réseau de tramways électriques.

Héliopolis, qui fut au départ peuplée d'étrangers et de coptes (Égyptiens chrétiens) puis par les classes moyennes du Caire, est aujourd’hui un quartier de la capitale égyptienne dont la surpopulation a conduit à la disparition des nombreux jardins.

Fondé sur les archives familiales de l’auteure et brillamment rédigé, ce roman historique retraçant une formidable saga urbaine s’avère en tout point passionnant !

Bernard DELCORD

Le Roman d'Héliopolis par Amélie d’Arschot Schoonhoven, Waterloo, Éditions Avant-Propos, juin 2017, 204 pp. en noir et blanc au format 15,2 x 23,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 20,00 €

 

[1] Fils de Nubar Pacha (1825-1899), régent d'Égypte, Boghos Nubar Pacha (1851-1930) a épousé Marie Dadian en 1879. Leur fille Eva Zarouhi se maria en 1907 avec le comte Guillaume d'Arschot-Schoonhoven (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Boghos_Nubar_Pacha).

[2] Elle est administrateur de l'Association Royale des Demeures Historiques de Belgique.

[3] Général et aide de camp du roi des Belges, il a été anobli par Léopold II en 1907.

12:06 Écrit par Bernard dans Histoire, Romans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

19/06/2017

« La littérature est une affaire sérieuse, pour un pays, elle est, au bout du compte, son visage… » (Louis Aragon)

De la Révolution à la Belle Époque.jpg

Alain Viala est historien et sociologue de la littérature française. Professeur émérite à la Sorbonne, il enseigne à l'université d'Oxford. Il est l'auteur de Naissance de l'écrivain. Sociologie de la littérature à l'Age classique (Éditions de Minuit), du Dictionnaire du littéraire et de La France galante (Presses universitaires de France). Paul Aron est professeur de littérature à l'Université libre de Bruxelles. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont, aux Presses universitaires de France, Histoire du pastiche. Ensemble, ils ont publié Sociologie de la littérature (Presses universitaires de France) et Les 100 mots du littéraire (Presses universitaires de France).

Ces deux spécialistes se sont associés une nouvelle fois pour faire paraître chez cet éditeur le troisième volume de la collection « Une histoire brève de la littérature française », intitulé De la Révolution à la Belle Époque dans lequel ils passent au peigne fin le contexte (historique, sociologique, politique, culturel…) et l’histoire de la production foisonnante des œuvres littéraires et artistiques françaises entre 1789 et 1914, issues d’auteurs et d’artistes innombrables qui ont marqué et marquent encore l’histoire de la pensée mondiale.

C’est qu’à cette époque, comme l’écrit Alain Viala : « Avec la Révolution française, triomphe de la liberté comme idéal, nous entrons dans une longue période faite de turbulences politiques et de bouleversements sociaux, durant laquelle le littéraire est, plus que jamais, investi dans les débats. Les romantiques crient leur “mal du siècle”, les réalistes dressent le portrait d'une société inégale, les naturalistes dénoncent et accusent. Les poètes établissent des canons qu'ils s'empressent de transgresser et les dramaturges expérimentent ».

Un essai passionnant qui mène le lecteur à (re)découvrir l’impact des Maximilien Robespierre, Jacques-Louis David, André Chénier, Madame de Staël, Alphonse de Lamartine, François-René de Chateaubriand, Charles Fourier, Victor Hugo, Stendhal, Honoré de Balzac, Alfred de Vigny, George Sand, Alfred de Musset, Alexandre Dumas fils, Théophile Gautier, Gérard de Nerval, Gustave Flaubert, Émile Zola, Gustave Courbet, Guy de Maupassant, Joris-Karl Huysmans, Jules Vallès, Charles Baudelaire, Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Ernest Renan, Lautréamont, Maurice Maeterlinck, Claude Debussy, Léon Bloy, Stéphane Mallarmé, Maurice Barrès, Marcel Proust, Charles Péguy, Pierre Loti, Francis Jammes, Georges Rodenbach, Guillaume Apollinaire, Paul Claudel, Alfred Jarry, Blaise Cendrars, et bien d’autres encore…

Une synthèse éclairante et éclairée !

Bernard DELCORD

De la Révolution à la Belle Époque par Alain Viala avec la collaboration de Paul Aron, Paris, Presses universitaire de France, collection « Une histoire brève de la littérature française », mai 2017, 397 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 22,00 € (prix France)

17:30 Écrit par Bernard dans Essais, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/06/2017

Criminels de guerre...

La Division Das Reich.jpg

Le 8 juin 1944, commandée par le général Heinz Lammerding, pur produit du système nazi, la 2e division blindée SS Das Reich, forte de 15 000 hommes [1] ainsi que de 209 chars et pièces d'artillerie, quitte Montauban en direction de la Normandie.

Entravée dans sa progression par la Résistance française, par des opérations de commando et les bombardements de l'aviation alliée, elle mettra quinze jours – au lieu des trois initialement prévus – pour arriver sur les lieux du débarquement.

Mais cette légendaire action de guérilla restera marquée par des représailles sanglantes : la pendaison de 99 habitants de Tulle (9 juin 1944) par des SS de Lammerding et par des séides du Sipo-SD, et le massacre d'Oradour-sur-Glane (10 juin 1944), qui fit 642 victimes civiles, lâchement exécutées par un détachement du 1er bataillon du 4e régiment de Panzergrenadier Der Führer appartenant à la Panzerdivision Das Reich.

Ces exactions barbares, perpétrées lors d'une phase critique des hostilités, allaient avoir indirectement d'importantes conséquences au niveau stratégique.

En effet, si la division Das Reich était arrivée à temps en Normandie, elle aurait, selon toute vraisemblance, sinon permis aux forces allemandes de rejeter les Alliés à la mer, du moins contribué à différer l'issue de la bataille, retardant du même coup la libération rapide de la France.

Dans La Division Das Reich – Tulle, Oradour-sur-Glane, Normandie, 8 juin - 20 juin 1944, (Paris, Éditions Tallandier, collection « Texto » dirigée par Jean-Claude Zylberstein), Max Hastings, qui fut journaliste à l'Evening Standard de Londres et grand reporter à la BBC, fait le récit détaillé de l'une des pages les plus douloureuses et les plus extraordinaires de la guerre secrète sur le territoire français durant la Seconde Guerre mondiale, dont certains épisodes n'avaient encore jamais été racontés.

L’ouvrage se complète par un index des noms, un glossaire, des notes et des références, tous instruments des plus utiles à la lecture et à la compréhension des événements relatés.

Bernard DELCORD

La Division Das Reich – Tulle, Oradour-sur-Glane, Normandie, 8 juin - 20 juin 1944 par Max Hastings, traduit de l’anglais par René Brest, Paris, Éditions Tallandier, collection « Texto » dirigée par Jean-Claude Zylberstein, avril 2014, 382 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 11 € (prix France)

Sommaire :

– IIe Division Panzer SS, Montauban, mai 1944

– SOE : Baker Street

– SOE : Sud de la France

– La route

– Tulle : « La Libération »

– Tulle : le prix

– Les Jedburgh

– « Les Panzer sont trop bons pour ça »

– Oradour-sur-Glane : « Un nettoyage rapide et durable »

– Excès de zèle

– Opération Bulbasket

– La Normandie

– Désormais…

 

[1] Elle était composée de Waffen-SS volontaires et de Volksdeutsche, notamment des Alsaciens-Mosellans.

17:48 Écrit par Bernard dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

26/05/2017

Approche bilantaire...

Congo – Ambitions et désenchantement (1880-1960) .jpg

Jean-Luc Vellut a enseigné aux universités de Kinshasa et de Lubumbashi en République démocratique du Congo. En Belgique, il est professeur émérite de l'Université catholique de Louvain-la-Neuve et membre de l'Académie royale des Sciences d'Outre-Mer.

Ce grand spécialiste de l’histoire de l’Afrique centrale a fait paraître récemment chez Karthala à Paris un volumineux essai (une compilation d’articles très documentés rédigés à partir des années 1970) intitulé Congo – Ambitions et désenchantement (1880-1960) dans lequel il se penche sur le passé colonial congolais de la Belgique.

Voici ce qu’il en dit :

« C’est un livre consacré au déroulement d'une étape, à la fois courte et décisive, dans le long passé de cette région. Au point de départ, les années 1880. Elles virent la concrétisation de vieux rêves de découpage de l'Afrique en grands ensembles transcontinentaux. Rien n'annonçait toutefois que le fleuve Congo devienne un marqueur géopolitique. Ce coup de crayon sur la carte porte la griffe de Léopold II, personnalité hors-norme, grand rêveur et maître-manoeuvrier au sein de différents mondes, ceux de la diplomatie, du capital et des "affaires", mais qui fut aussi porté par les grandes inspirations de l'époque, le mouvement scientifique, le réveil chrétien, la vague antiesclavagiste tout comme par les recompositions alors en cours en Afrique même.

Sans lui, il n'y aurait eu ni "Congo belge" ni page congolaise dans l'histoire de Belgique. Le livre rassemble un bouquet d'essais et de questions. Quels furent les grands seuils de la période ? Quelles ambitions économiques, technocratiques, scientifiques, morales, mais aussi quels itinéraires, plus humbles ? Quelle place de la région sur l'échiquier mondial des puissances et du mouvement des idées ? Quid de l'insubmersible Afrique, de son économie de production et de trafics, mais aussi de sa pauvreté ? Quid de sa vie spirituelle toujours renouvelée, mais jamais contrôlée, de sa vie artistique, elle aussi toujours novatrice ? Autant de coups de projecteur portés sur trois générations, avec d'occasionnelles excursions dans leurs passés et dans les représentations portées par le présent.

En 1960, au sortir de l'épisode colonial, une semaine d'indépendance en 1960 confirma que le "Congo belge" avait été conquis, mais non soumis. On ne trouvera ici ni complaisances ni ressentiments, mais le sillage d'une génération d'historiens dont l'engagement fut d'inscrire le passé de l'Afrique dans les grands chapitres de l'histoire universelle. De nouveaux chantiers s'ouvrent désormais, ceux des sensibilités, des mémoires.

Le défi reste de repérer les ruptures, mais aussi le long fil des généalogies qui, en Afrique comme ailleurs, relient le présent au passé. »

Bernard DELCORD

Congo – Ambitions et désenchantement (1880-1960) par Jean-Luc Vellut, Paris, Éditions Karthala, mars 2017, 509 pp. en noir et blanc + un cahier photo de 8 pp. en quadrichromie au format 16 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 30 € (prix France)

 

TABLE DES MATIÈRES

 

PREMIÈRE PARTIE

ÉTAT DU CONGO. ÉTAT CONQUÉRANT, ÉTAT DE TRANSITION

 

  1. L'État indépendant du Congo dans l'histoire des géopolitiques du centre de l'Afrique

Le centre de l'Afrique aux marges des économies mondiales.

Antennes du capital marchand et amorces géopolitiques

Une « boîte à outils » pour un formatage géopolitique nouveau.

Léopold II s'insinue dans l'histoire de l'Afrique

Enthousiasmes et désenchantements de la génération Stanley

 

  1. Épisodes d'un « grand désordre », 1880-1910

 

Guerres africaines dans l'État du Congo

Deux grandes offensives : de l'Uele au Nil, et du Lomami aux Grands Lacs

Ngongo Leteta, Francis Dhanis : seigneurs de la guerre

Sentinelles, auxiliaires, « mutins » : chefs locaux

Violence et construction : le double visage de l'Histoire

 

DEUXIÈME PARTIE

CONGO, COLONIE BELGE : VOLETS D'UN ORDRE COLONIAL

 

  1. Hégémonies en construction. Articulations entre État et entreprises dans un « bloc colonial »

L'autonomie du bloc colonial belge dans le contexte politique de la métropole

La structure du bloc colonial, en Belgique et au Congo belge

La pratique de l'hégémonie coloniale : la conjoncture et les hommes

Conclusion. Un itinéraire de l'autosatisfaction technocratique au doute existentiel

 

  1. Matériaux d'Europe et d'Afrique pour une image du Blanc en colonie

Le peuplement européen au Congo belge

L'image du Blanc au Congo : le point de vue des conquérants

L'image du Blanc au Congo : la vision des vaincus

Liste des sources citées

 

  1. La communauté portugaise du Congo belge. Une minorité ethnique

 

À l'aube de l'entreprise léopoldienne : présences portugaises dans le bas-fleuve Congo

L'immigration portugaise au Congo belge : quelques points de repère (1885-1940)

Réseaux portugais au Congo (env. 1910-1940)

Le poids de l'entreprise portugaise dans le Congo colonial

Clivages

L’affirmation d’une identité

 

TROISIÈME PARTIE

MALAISES COLONIAUX

 

  1. Résistances et espaces de liberté dans l'histoire coloniale du Congo (env. 1876-1945)

 

Les résistances dans l'histoire de l'État conquérant (env. 1876-1910)

Anachronismes : les résistances primaires dans la période de normalisation (env. 1910-1925)

En ordre dispersé :  résistances dans l'État fragmenté

Conscience du phénomène colonial : la vue globale

La colonisation à son apogée, le nationalisme en veilleuse (1920-1940).

 

  1. Détresse matérielle et découvertes de la misère dans les territoires belges d'Afrique

L'histoire devant la pauvreté et devant les pauvres

La pauvreté de masse dans le monde rural : crises de subsistance et misère quotidienne

La misère rurale dans la perspective coloniale : économie morale des colonisateurs

Fléaux et crises de misère : épidémies, dépeuplement, disettes (1900-1930)

Sous-alimentation, mauvaise santé : inventaires de la misère rurale (1930-1945)

Les visages de la misère dans la société coloniale de croissance (1946-1960)

Pour conclure. La pauvreté des « basenji »

 

  1. La peine de mort au Congo colonial. À propos de l'exécution de Bwana François, 1922

Congo belge : la peine capitale au fil de la mise en place d'un appareil de Justice

Peine de mort et compromis colonial : le poids des cultures

Le pouvoir de la couleur au sein du compromis colonial

La mort de Musafiri Bwana, François, Élisabethville, 22 septembre 1922

Vers une procédure précipitée

La grâce refusée. Lectures divergentes, européennes et africaines

Le supplice, les acteurs, le spectacle, les réflexions d'après

 

QUATRIÈME PARTIE

COMMENT RÊVER L'ÂME DU CONGO

 

Le Congo dans les esthétiques de l'Occident, l'Occident dans les esthétiques du Congo

Itinéraires et vies des objets dans les rencontres Congo-Europe

Récoltes et collections

Problèmes de sens

L'entrée des peintres congolais sur la scène européenne et la recherche de l'Afrique innocente

 

  1. Un charisme du XVIe au XXe siècle : présences de la Vierge Marie au Congo

Itinéraires du catholicisme au Congo. Premiers points de repère

Christianismes d'Europe et d'Afrique : entre religion savante et religion populaire

Facteurs extérieurs, facteurs endogènes : ambitions universelles et expériences hybrides

 

  1. Simon Kimbangu dans le « roman national » congolais. À propos du contrôle des représentations

Simon Kimbangu dans la pensée radicale : de la cooptation à l'éclipse et à l'échec

Le « Simon Kimbangu » de Serge Diantantu: un « roman national » prend forme

La ligne claire dans la forme et le fond

Matériaux pour un récit (1) : chroniques écrites des acteurs et des témoins

Matériaux pour un récit (2) : voix populaires

Matériaux pour un récit (3) : histoires savantes

Fusions, coexistences, tensions, silences autour du récit national

 

CINQUIÈME PARTIE

RIDEAUX SUR UN TEMPS COLONIAL

 

  1. 1920-1939 : avancées, anxiétés et replâtrages dans la construction du Congo

Années 1920 : avancées du capital aux marges des secteurs africains autonomes

Le Congo belge sous l'impact de la crise mondiale et des crises locales

Rencontres et convergences entre fronts conservateurs de l'extérieur et de l'intérieur

Une refondation coloniale aux yeux de l’Histoire : quel bilan ? quels bilans ?

 

  1. 1920-1940 : incertitudes internationales. Les deux Congo, pions sur l'échiquier de la Realpolitik

L'Afrique dans le sillage de la Première Guerre mondiale : incertitudes idéologiques et géopolitiques, 1919-1939

L'Afrique coloniale dans la « drôle de guerre »

À l'ombre des armistices de mai-juin 1940

Congo belge et AEF : le cap des hésitations, juin-septembre 1940

Parallèles et divergences : les entrées en guerre de I' AEF et du Congo belge, octobre-décembre 1940

En guise de conclusion : les jeux de la « mémoire historique »

 

  1. 1944-1960 : la marche vers l'indépendance du Congo belge

Le Congo belge sort de la guerre. Ancrages anciens, regards vers l'avenir

Réflexions autour d'une économie africaine autonome

Géant aux pieds d'argile : derrière la façade Potemkine, d'autres réalités se laissent deviner

Premières fissures dans une construction coloniale

Vers l'indépendance, 1958-1960

22:09 Écrit par Bernard dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |