19/10/2016

Traître, et fier de l’être…

Degrelle 1906-1994.jpg

Philosophe de formation, ancien éditeur [1] et enseignant [2], Arnaud de la Croix qui est déjà l'auteur, aux Éditions Racine à Bruxelles, d'Hitler et la franc-maçonnerie, des Illuminati et de La Religion d'Hitler, vient de faire paraître dans la même maison et sous un titre laconique, Degrelle 1906-1994, la première biographie politique d’importance du « beau Léon », l’archétype en Belgique de la trahison sous toutes ses formes (idéologique, militaire, raciste, opportuniste et crapuleuse) durant la Seconde Guerre mondiale.

Voici la présentation de l’ouvrage fournie par les Éditions Racine :

« Cette première biographie complète explique comment un jeune catholique, doué pour l'écriture comme pour la parole, finit dans la peau du dernier grand chef nazi.

Arnaud de la Croix a mené une enquête approfondie sur l'attirance précoce de Léon Degrelle pour la poésie et son intérêt, dès l'adolescence, pour l'autoritarisme (D'Annunzio, Mussolini) comme pour le nationalisme (Maurras), et sur sa véritable fascination pour le Führer jusqu'à son exil en Espagne.

Il met également au jour nombre de détails inédits, fait la part des choses et décrit avec précision les relations de Degrelle avec des personnages hors du commun comme monseigneur Picard, Hergé, l'abbé Wallez, le cardinal Van Roey, le roi Léopold III, Paul Van Zeeland ou Paul-Henri Spaak. Mais aussi Goebbels, Himmler et Hitler. »

On pourrait y ajouter le nom du publiciste et romancier Robert Poulet, homme du roi cité à diverses reprises, sans qu’il soit fait mention de leur clash fameux consécutif du discours de Degrelle sur la germanité des Wallons (Liège, 17 janvier 1943), ouvrant la voie à l’éclatement de la Belgique en deux Gaue, États satellites du Reich, Degrelle se voyant ipso facto futur Gauleiter de Wallonie, mais le cas de l’écrivain liégeois est une autre histoire à écrire…

La science d’Arnaud de la Croix est grande, et son exposé ne manque ni d’intelligence, ni de perspicacité, ni de mesure, une jolie performance intellectuelle s’agissant de voir clair dans le jeu brouillé d’un criminel mythomane, roublard et sans vergogne.

Cet essai passionnant , qui se penche aussi longuement sur les magouilles politiques de l'establishment d'avant-guerre, se complète d’un avant-propos de l’historien belge Alain Colignon [3], d’une postface du Français Jean-Louis Vullierme [4], d’un index détaillé et d’une vaste bibliographie – on y regrettera néanmoins l’absence de trois ouvrages de l’historien Eddy De Bruyne, spécialiste s’il en est de la collaboration rexiste, à savoir Léon Degrelle et la Légion Wallonie : la fin d’une légende (Luc Pire, 2013), Les commandos wallons d’Hitler (Luc Pire, 2014), tous deux édités par votre serviteur, ainsi que son Encyclopédie de l’Occupation, de la Collaboration et de l’Ordre Nouveau en Belgique francophone (Cercle Segnia, La Roche, 2016) –, le tout constituant désormais la référence incontournable sur le bouillant Bouillonnais.

Chapeau !

Bernard DELCORD

Degrelle 1906-1994 par Arnaud de la Croix, avant-propos d’Alain Colignon, postface de Jean-Louis Vullierme, Bruxelles, Éditions Racine, septembre 2016, 224 pp. en noir et blanc + 1 cahier photos de 8 pp.  en quadrichromie au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,95 €

 

[1] Aux éditions Le Cri, Duculot, Casterman et Le Lombard.

[2] À l'Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles.

[3] Attaché au Centre d’études et de documentation Guerre et Sociétés contemporaines (Cegesoma) à Bruxelles.

[4] Agrégé de philosophie, docteur d'État en droit et docteur en philosophie politique, ancien professeur à la Sorbonne.

17:19 Écrit par Bernard dans Histoire, Récits de vie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/10/2016

« La vraie maison de l'amour est toujours une cachette. » (Romain Gary)

Petites maisons – Du refuge libertin au pavillon d'habitation.jpg

« On avait alors la fureur des petites maisons. J’en louais une dans le faubourg Oriental, et j’y plaçais successivement quelques-unes de ces filles qu’on voit, qu’on ne voit plus ; à qui l’on parle, à qui l’on ne dit mot, et que l’on renvoie quand on est lasse [sic]. J’y rassemblais des amis et des actrices de l’Opéra : on y faisait de petits soupers… »

Denis Diderot, Les Bijoux indiscrets

 

Claire Ollagnier est docteure en histoire de l'art. Après s'être consacrée pendant plusieurs années à l'étude de l'architecture féminine au XVIIIe siècle, elle a soutenu sa thèse sur les Petites maisons suburbaines au XVIIIe siècle à l'Université Paris I sous la direction de Daniel Rabreau. Actuellement chercheure post-doctorante, elle consacre ses travaux au développement de l'habitat pavillonnaire dans la première moitié du XIXe siècle.

Forte de sa science académique, elle a fait paraître chez Mardaga à Bruxelles un essai très documenté intitulé Petites maisons – Du refuge libertin au pavillon d'habitation en Île-de-France au siècle des Lumières dans lequel elle montre comment l’émergence d’un idéal architectural en France au XVIIIe siècle, celui de la « petite maison » de plaisir, a évolué vers un nouveau modèle, celui de la maison pavillonnaire que nous connaissons encore aujourd’hui.

Voici ce qu’elle en dit :

« Depuis le début du XVIIIe siècle, le concept d’un lieu situé à l’abri de tous les regards et voué aux plaisirs du libertin a envahi la littérature romanesque et théâtrale (Diderot, Sade, Crébillon, etc.). Les rapports de police et les chroniques scandaleuses regorgent également d’anecdotes piquantes à ce sujet, contribuant ainsi à créer le mythe de la “petite maison”.

Cependant, il faut attendre les années 1750 et la construction du pavillon La Bouëxière [1] pour voir émerger un nouveau type architectural dont le programme s’élabore peu à peu. S’initie alors une vague de réflexions sur ce nouveau mode d’habitat et tous les quartiers périphériques de la capitale se couvrent d’édifices aux allures diverses, mais répondant aux mêmes critères architecturaux : renouvellement des dispositifs conventionnels, réduction de la taille des appartements, adoption du plan massé et situation dans un environnement paysager.

La multiplication de ces petites maisons illustre par ailleurs l’émergence d’un nouvel art de vivre et les aspirations d’une société en mutation qui use de toutes les ressources des arts (architecture, jardin, peinture, sculpture…) pour créer de véritables écrins qui ne laisseront pas indifférent le public de l’époque.

Remontant jusqu’aux origines de l’habitat pavillonnaire, cette étude vise à montrer que si le phénomène des périphéries pavillonnaires a jusqu’alors été plutôt attribué aux retombées de la révolution industrielle et à la création de cités ouvrières, les prémices se font sentir dès la fin du XVIIIe siècle. »

Un ouvrage solide, ambitieux, fort technique et richement illustré de gravures et de plans, qui se penche sur l’histoire de l’architecture et des jardins, mais également sur celle des idées, de la littérature et du théâtre, de la politique et de la ville.

Une magnifique construction intellectuelle !

Bernard DELCORD

Petites maisons – Du refuge libertin au pavillon d'habitation en Île-de-France au siècle des Lumières par Claire Ollagnier, avant-propos de Michel Delon, préface de Jean-Philippe Garric, Bruxelles, Éditions Mardaga, collection « Architecture », avril 2016, 350 pp. en quadrichromie au format 20,5 x 22,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 39 €

 

[1] Dans l’actuel IXe arrondissement de Paris. Le Fermier général Charles-François Gaillard de la Bouëxière avait acheté en 1747 cette propriété pour disposer d'un petit hôtel aux portes de Paris destiné « au délassement et pour la retraite des personnes aisées et des hommes du monde ». Dès 1749, les rapports des inspecteurs de police notaient qu'il y recevait la demoiselle Marlet, danseuse à l'Opéra-comique... (https://fr.wikipedia.org/wiki/Rue_Ballu)

21:34 Écrit par Bernard dans Arts, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

17/09/2016

Une efflorescence millénaire de la musique et des arts

1000 ans de rayonnement artistique liégeois.jpg

C’est dans une nouvelle collection dirigée par votre serviteur que les Éditions de la Province de Liège ont publié le dernier opus en date du prolifique historien d’art belge Bernard WODON [1], un beau livre intitulé 1000 ans de rayonnement artistique liégeois, abondamment illustré, dans lequel il fait le tour de l’une des régions les plus riches d’Europe sur le plan de l’histoire de l’art.

Voici le texte de la quatrième de couverture :

« “Cité ardente” ou “Cité aux cent clochers”, Liège, chef-­lieu d'une province de 4 000 km2 et d'un million d'habitants environ, offre aujourd'hui de multiples visages.

De 985 à 1795, elle fut la capitale d'une principauté épiscopale de 6 000 km2 au diocèse trois fois plus étendu.

Ce “flori-Liège”, où l'ancien côtoie le nouveau en générant le futur, actualise et synthétise pour le grand public l'évolution chronologique des formes plastiques (architecture, sculpture, peinture, décor quotidien) et des formes phoniques (musique vocale et instrumentale).

Une abondante illustration permettra aux œuvres jalons d'y scintiller aux côtés de l'énumération de celles de Dame Musique “sans qui les choses ne seraient que ce qu'elles sont”, pour reprendre le dernier vers de l'Hymne au Soleil d'Edmond Rostand. »

L’auteur y rend accessible à tous et dans une langue française admirable– chose ô combien rare de nos jours… – les œuvres du patrimoine largement méconnu et pourtant incroyablement riche de ce qui fut une principauté épiscopale relativement démocratique avant de passer la main, après la Révolution française et ses remous, à une province belge particulièrement riche et dynamique sur de nombreux plans.

Une promenade historique qui mène le lecteur à la découverte des trésors de la cathédrale de Liège jusqu’à la gare de Santiago Calatrava en passant par la collégiale Sainte-Gertrude de Nivelles, le château de Bouillon, la cuve baptismale de la collégiale Saint-Barthélemy (une œuvre majeure du Moyen Âge occidental, fondue par Renier de Huy), l’évangéliaire d’Averbode, les œuvres du Maître de Flémalle, le reliquaire de Charles le Téméraire, le palais des Princes-Évêques, le château de Jehay, les tableaux de Lambert Lombard, le château de Modave, le palais de Jean Curtius, la statue de Louis XIV en empereur romain par Jean Warin (elle est conservée au château de Versailles), le Perron liégeois, la Crucifixion d’Englebert Fiesen, la cage d’escalier du château d’Aigremont, les compositions musicales de Jean-Noël Hamal, d’Antoine-Frédéric Gresnick et d’André-Ernest-Modeste Grétry, le célèbre Portrait de Napoléon Premier Consul peint par Jean-Auguste-Dominique Ingres, la synagogue de Liège, la promenade dite des « Sept Heures » à Spa, le studio d’Eugène Ysaÿe, le Musée des Beaux-Arts de la Boverie et ses collections magnifiques, le Faune mordu de Jef Lambeaux, la tour Schöffer, le Musée de la Vie wallonne, le bâtiment rénové de l’Opéra royal de Wallonie, le Plongeur d’acier, statue d’Idel Ianchelevici, et la très contemporaine tour des Finances…

Et d’innombrables autres merveilles !

Bernard DELCORD

1000 ans de rayonnement artistique liégeois par Bernard Wodon, Liège, Éditions de la Province de Liège, septembre 2016, 285 pp. en quadrichromie au format 21,8 x 26,7 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 39 €

 

[1] Docteur en philosophie et lettres de l’Université catholique de Louvain (Département archéologie, histoire de l'art et musicologie), Bernard Wodon a enseigné à l'Université de Liège et à l'Institut des hautes études des communications sociales de Bruxelles (I.H.E.C.S.). Le Service public de Wallonie l’a requis pour les procédures de classement et la rédaction des notices de divers inventaires du patrimoine monumental.

14:33 Écrit par Bernard dans Arts, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

17/08/2016

Le monde comme il fut et comme il va...

Bescherelle Chronologie de l'histoire du monde contemporain .jpg

Paru sous la direction de Marielle Chevallier et rédigé par une équipe d’agrégés d’histoire comme elle [1], le Bescherelle Chronologie de l'histoire du monde contemporain – De 1914 à nos jours, abondamment illustré, aborde son sujet à travers 142 dates clés particulièrement emblématiques pour mieux en comprendre les enjeux.

Le récit démarre le 28 juin 1914, avec l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand pour se clore le 27 janvier 2015, quand l’organisation État islamique est chassée de Kobané.

C’est un Bescherelle : l’organisation en est donc claire, et la mise en page efficace.

Au début de chacune des six parties (1914-1920 : la Première Guerre mondiale ; 1920-1939 : la montée des totalitarismes ; 1939-1946 : la Seconde Guerre mondiale ; 1947-1972 : la guerre froide et l’émergence du tiers- monde ; 1973-1991 : les « années grises » ; 1992-2015 : vers un nouvel ordre mondial ?), une grande frise chronologique permet de repérer visuellement les dates clés de la période.

Puis, au fil des doubles pages, chaque événement est exposé avec précision, en textes et en images, avec des encadrés pour restituer le contexte et expliquer la portée des faits.

À intervalles réguliers, des dossiers approfondissent des moments ou des tendances clés de la période.

À la fin de l’ouvrage, on trouve une chronologie détaillée, déroulant 800 dates significatives, et un index pour faciliter la recherche d’un événement, d’un personnage ou d’un lieu marquant.

L’histoire pour tous !

Bernard DELCORD

Bescherelle Chronologie de l'histoire du monde contemporain – De 1914 à nos jours, ouvrage collectif sous la direction de Marielle Chevallier, Paris, Éditions Hatier, collection « Bescherelle », août 2015, 434 pp. en couleurs au format 15 x 22,5 cm sous couverture Integra en quadrichromie, 15,99 € (prix France). Existe en version e-book au prix de 10,99 €

 

[1] Axelle Guillausseau, Jean-Philippe Renaud & André Robert.

15:35 Écrit par Bernard dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27/07/2016

« De toutes les passions, la seule vraiment respectable me paraît être la gourmandise. » (Guy de Maupassant)

Les gourmands mémorables.jpg

Le quatrième numéro de la revue « Folle Histoire » dirigée par Bruno Fuligni aux Éditions Prisma à Gennevilliers est consacré aux Gourmands mémorables, 60 personnages historiques qui, depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours, se sont distingués par leur appétit démesuré ou inattendu, leur raffinement ou, au contraire, leurs aberrations alimentaires. Certains se sont même tués, ou ont tué, à coups de bons petits plats.

L’ouvrage est construit en quatre chapitres : Les fins becs, Les expérimentateurs culinaires, Les criminels de la table et Quelques repas inoubliables.

S’y ajoutent les présentations d’un document (« Une invitation chez Grimod »), d’un objet « La trembleuse à chocolat »), d’un mythe « Le miracle des bulles »), d’une caricature (« La Vache qui rit à la conquête du Tonkin ») et d’un film (« Le festin de Babette »).

Le ton est léger, les anecdotes sont passionnantes et éclairantes, le résultat s’avère savoureux en diable…

Une revue qui se dévore des yeux !

Bernard DELCORD

Les gourmands mémorables, ouvrage collectif sous la direction de Bruno Fuligni, illustrations de Daniel Casanave, Gennevilliers, Éditions Prisma, octobre 2015, 183 pp. en noir et blanc au format 15,4 x 23 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 17,95 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié ces quelques lignes écrites par Philippe Di Folco :

Le festin d’Ermolao Barbaro (1488) – Un repas de mariage italien

En 1552, le bon Michel Nostradamus, occupé à rédiger ses fameuses prophéties, fait surtout commerce de toute sorte d'ouvrages pratiques, le livre de cuisine en tête. C'est là un gagne-pain considérable, ce genre d'ouvrages ne restant pas longtemps sur l'étal des librairies. Parmi ses bonnes ventes, Nostradamus compte Un Banquet de mariage italien, qu'il a traduit du latin : une œuvre du Vénitien Ermolao Barbaro, brillant humaniste qui vécut à Bruges, à la cour de Charles le Téméraire, ainsi qu'à Rome auprès du pape Innocent VIII, deux princes réputés pour leur appétit.

Le repas de mariage dont il est question semble irréel tant il accumule les services, pas moins de quinze, tous aussi hauts en couleurs que riches en calories. La scène se déroule le 6 juin 1488 à Rome, dans le jardin d'un certain Trivulce, un Romain « vaillant homme en fait de guerre » qui, en temps de paix, choisit d'épouser une dame napolitaine d'une très noble et honorable famille.

Barbaro raconte qu'il est invité non pas au déjeuner, réservé aux proches, mais au souper qui se déroule toute une partie de la nuit et rassemble les amis. Il constate que les convives sont déjà saouls dès après le quatrième service, celui du premier rôti, et que lui-même commence à sentir grandement les effets de l'ébriété : « Aussi, dit Barbaro, je me retire et fais état plus de spectateur que de convive si je veux décrire les mets et les viandes ». La liste des plats se déroule ainsi : premièrement, on donne à chacun de l'eau de rose pour se rafraîchir, accompagnée de « pignolats » et autres tartes de massepain et de pignons très sucrés appelés « pains martiens ». Ensuite sont servies des asperges nouvelles.

En troisième, une salade mélangée de cœurs, foies, gésiers de divers oiseaux. En quatrième, de la chair de daim rôtie. En cinquième, les têtes de génisse et de veau bouillies avec leur peau. En sixième, une montagne de chapons, poulardes, pigeons, accompagnés de langues de bœuf et de jambon de truie, le tout bouilli et servi avec de la sauce citronnée. En septième, des che­vreaux rôtis accompagnés d'un jus de cerise amère [amaretto]. En huitième, des tourterelles, perdrix, faisans, cailles, grives et autres becfigues « studieusement » rôtis, avec des olives comme condiments. En neuvième, un coq cuit dans le sucre et l'eau de rose à chacun des convives. En dixième, pour chaque invité, un « petit porcelet » entier, cuit dans de la liqueur. En onzième, des paons rôtis à partager entre convives avec leur sauce blanche aux pistaches, fort aromatisée. En douzième, pour chacun, une tourte « un peu recroquevillée » faite d'œufs, de lait, de sauge, de farine et de sucre. En treizième, des quartiers de coing confits dans du sucre, des clous de girofle et de la cannelle. En quatorzième, un mélange de cardons, de pignons et d'artichauts poi­vrade en salade. Au quinzième service, on se lave les mains, puis sont portées toutes sortes de dragées au fenouil, à la muscade, à l'orange ... Le souper se termine avec des danses, des joueurs de farces, des bateleurs, des acrobaties, des musiciens conteurs. Chacun dispose bientôt d'un candélabre surmonté d'une bougie parfumée et tous les convives vont et viennent dans le jardin, au milieu d'une bruyante basse-cour et de quelques quadrupèdes rescapés du souper. Barbaro termine son récit en notant que, durant toute la farandole du banquet, un « silence admiratif et quasi religieux régna, comme jamais l'on en observa ».

13:27 Écrit par Bernard dans Gastronomie, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/07/2016

« La guerre civile est le règne du crime. » (Pierre Corneille)

Encyclopédie de l'Occupation, de la collaboration et de l'ordre nouveau en Belgique francophone 1940 - 1945) par Eddy De Bruyne.jpg

Préfacée par le professeur Francis Balace de l’Université de Liège et publiée à La-Roche-en-Ardenne par le Cercle d’histoire et d’archéologie  Segnia [1], l’Encyclopédie de l'Occupation, de la collaboration et de l'ordre nouveau en Belgique francophone (1940-1945) de l’historien belge Eddy De Bruyne est tout à la fois un monument d’érudition et une gigantesque mine d’informations relatives à l’une des périodes les plus putrides de l’histoire moderne de nos régions, ainsi qu’un who’s who très complet de ceux et celles qui lui conférèrent son odeur pestilentielle.

Il est vrai que cet ouvrage formidable est le fruit de recherches menées durant des décennies par l’un des meilleurs spécialistes non seulement de l’histoire du rexisme – ses nombreuses et volumineuses publications en font foi –, mais aussi de l’organisation et du fonctionnement de l’appareil d’État instauré dans toute la Belgique durant la Seconde Guerre mondiale par l’occupant nazi, de ses sbires, de ses stipendiés et de ses compagnons de route.

D’Abbeville à Wilhelm Zweibäumer en passant par l’administration allemande des Affaires juives, par celle de Bruxelles (avec le nom des dirigeants de tous les services et l’adresse de ceux-ci), Paul Colin, le Comité Belgo-Russe de l’Exposition Antibolcheviste de Bruxelles, Fernand Daumerie, Pierre Daye, Léon Degrelle, bien entendu, le comte Édouard du Val de Beaulieu, la Deutsch-Vlämische Arbeitsgemeinschaft (mieux connue sous le nom de De Vlag si cher aux flamingants), Alexander von Falkenhausen, la Feldkommandantur, la liste des Fusillés pour faits de collaboration 1940-45 (partie francophone du pays), le socialiste et demaniste Paul Garain, la Garde Rurale, Henri Gillemon, Frans Hellebaut, Paul Herten, la Hilfsgendarmerie, les Gouverneurs en fonction pendant la guerre, Max Hodeige, Pierre Hubermont, Léon Jacobs, le Journal de Charleroi, Suzanne Lagneaux, Victor Matthys, le Pays Réel, Joseph Pévenasse, Radio Bruxelles, Rex, Philipp Schmitt de la Sipo-SD de Charleroi, Christian Simenon (frère de Georges), la SS-Brigade d’Assaut Wallonie, Dante Vannuchi, Fritz Wohlher, on en saute beaucoup, et même des pires, les innombrables entrées de cette encyclopédie du crime, du racisme, de la dictature, de l’intimidation et de la spoliation constituent un extraordinaire kaléidoscope sociologique et politique de la trahison en temps de guerre.

Et elles viennent opportunément mettre en lumière un mécanisme que Joseph Staline, l’alter ego d’Adolf Hitler, avait décrit avec le cynisme qui ne faisait pas son charme : « Cette guerre ne ressemble pas à celles du passé : quiconque occupe un territoire lui impose aussi son système social. Tout le monde impose son propre système aussi loin que son armée peut avancer. Il ne saurait en être autrement ».

Ajoutons que cette bible reprend aussi, notamment, l’organisation administrative de nombreuses communes wallonnes (et bruxelloises) ainsi que de quantité d’organisations, celles de la jeunesse, par exemple.

Vivement la publication du pendant de cet ouvrage consacré à la Flandre, dont nous savons qu’Eddy De Bruyne a rassemblé la matière !

Bernard DELCORD

Encyclopédie de l'Occupation, de la collaboration et de l'ordre nouveau en Belgique francophone (1940-1945) par Eddy De Bruyne, préface de Francis Balace, La-Roche-en-Ardenne, Édition du Cercle Segnia, juin 2016, 574 pp. en noir et blanc au format 21,7 x 30,4 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 70 €

 

[1] Siège social : 25, route de La Roche à 6660 Houffalize (asblsegnia@gmail.com)

21:39 Écrit par Bernard dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27/06/2016

On the road again!

La Beat Generation – La révolution hallucinée jpg.jpg

Spécialiste de la « contre-culture » du XXe siècle, Alain Dister, né à Lyon le 25 décembre 1941 et mort le 2 juillet 2008, était un journaliste et photographe français.

Dès 1967, il a travaillé pour le magazine spécialisé Rock & Folk.

Son célèbre ouvrage Oh hippie, days! Carnets américains 1966-1969 paru en 2006 et qui rend compte de l'Amérique de la fin des années 1960 (la libération sexuelle, les drogues, la musique psychédélique, etc.), qu'il a lui-même vécue, tout comme son Ezy Rider : en voyage avec Jimi Hendrix (1995), resté fameux.

Il est aussi l’auteur de La Beat Generation – La révolution hallucinée, un essai remarquablement documenté et illustré paru en 1997 chez Gallimard dans la collection « Découvertes » et qui ressort ces jours-ci à l’occasion de l’exposition éponyme présentée au Centre Pompidou à Paris jusqu’au 15 octobre 2016.

En voici le pitch :

« La Beat Generation, mouvement symbolique de l'Amérique des années 1950 et 1960, est née de l'amitié entre quatre hommes : Jack Kerouac (1922-1969), Allen Ginsberg (1926-1997), Neal Cassady (1926-1968) et William S. Burroughs (1914-1997). Cette amitié tourne au manifeste.

En 1952, John Clellon Holmes officialise, dans un article du New York Times Magazine, et d'après une définition de Jack Kerouac, le terme beat : « Cela signifie être, d'une façon non dramatique, au pied de son propre mur ».

En 1957, Sur la route de Jack Kerouac devient le symbole de la liberté, de la contestation des valeurs bourgeoises et de la révolte face à la cupidité du monde. Un mouvement est né qui revendique ses engagements politiques et son refus de la course à l'argent.

La Beat Generation sera à l'origine de la vague protestataire qui atteindra son apogée en 1968 lors du rassemblement de Woodstock, et elle posera les bases de la culture moderne des années 1970.

Alain Dister, qui a rencontré les protagonistes du mouvement, en retrace ici l'histoire. »

Et quelle histoire !

Bernard DELCORD

La Beat Generation – La révolution hallucinée par Alain Dister, Paris, Éditions Gallimard, collection « Découvertes Littérature », juin 2016, 112 pp. en quadrichromie au format 12,5 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 12,50 € (prix France)

Informations pratiques :

Centre Pompidou

Galerie 1

Place Georges Pompidou

F-75004 Paris

Téléphone : +33 (0)1 44 78 12 33

Prix : 14 €

Horaires d'ouverture :

– De 11 h à 21 h tous les jours sauf le mardi (fermeture des caisses à 20h, sortie des espaces d’exposition à partir de 20h45)

– Nocturnes les jeudis jusqu’à 23h (fermeture des caisses à 22h, sortie des espaces d’exposition à partir de 22h45)

Réservation de visites de groupe par téléphone au + 33 (0)1 44 78 12 57, de 9h30 à 13h du lundi au vendredi

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