30/06/2015

Dives bouteilles…

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Membre de l'Institut, président de l'Académie du vin de France et président de la Société de géographie, Jean-Robert Pitte est un éminent spécialiste de la géographie culturelle. De l'Histoire du paysage français (1983) à Le Vin et le Divin (2004) et à Bordeaux-Bourgogne. Les passions rivales (2007), il mène depuis 30 ans une grande recherche sur la géographie de la gastronomie et du vin.

On lui doit chez Tallandier à Paris un essai passionnant intitulé La bouteille de vin – Histoire d'une révolution qui retrace les grandes étapes du conditionnement du vin (d’abord dans des outres, des dolias, des amphores et des tonneaux, mais aussi dans des pots, des pichets, des cruches, des gourdes et des carafes, jusqu’à l’invention de la bouteille à Chirâz en Perse au XVIIe siècle dont l’usage persiste de nos jours) et en décrit les conséquences économiques, sociales, artistiques et culinaires.

Voici ce qu’il nous dit de son ouvrage :

« Par leurs formes qui varient dans le temps et d'une région à l'autre, les bouteilles de vin racontent une histoire passionnante. (…) Jamais les vins n'auraient pu vieillir à l'abri de l'air et de la lumière et jamais la personnalité des terroirs et des millésimes n'aurait pu se révéler avec autant d'éclat sans l'invention de la bouteille.

La révolution date du Ier siècle de notre ère, c'est la mise au point de la canne à souffler. Au début du XVIIe siècle, les productions européennes, trop fragiles, ne peuvent servir à déplacer des liquides à longue distance. C'est alors qu'un pays importateur, l'Angleterre, réalise la bouteille en verre épais et noir, élaborée dans un four chauffé au charbon. Les mêmes Anglais découvrent au Portugal les vertus du liège qui permet un bouchage hermétique et de confier aux bouteilles du vin de qualité, de les coucher, les transporter et les conserver. Bientôt, ils inventent encore le champagne mousseux que les Français ne confectionneront qu'à partir de la Régence.

Les bouteilles d'outre-Manche sont en oignon, en poire, puis cylindriques à épaules plus carrées. Les françaises, elles, sont plutôt ovoïdes, à épaules tombantes, tant en Champagne et en Bourgogne qu'à Bordeaux où, au XIXe siècle, s'impose la forme cylindrique à épaules carrées. À côté de ces deux grands modèles, certains vignobles en ont imaginé d'autres : la flûte rhénane, la fiasque paillée de Toscane, le bocksbeutel en forme de gourde de Franconie, le clavelin du Jura, la petite bouteille à col allongé du Tokaji ou du constantia sud-africain… »

Soulignons pour conclure que nous avons aussi affaire à une véritable industrie, puisqu’il se produit sur la planète plus de 30 milliards de bouteilles de vin par an !

 Bernard DELCORD

La bouteille de vin – Histoire d'une révolution par Jean-Robert Pitte, Paris, Éditions Tallandier, mai 2013, 311 pp. en noir et blanc + un cahier de 34 pp. en quadrichromie au format 14,7 x 21,4 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 26,80 € (prix France)

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13/06/2015

Naissance d’une épopée…

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La défaite de Waterloo sonne le glas du Premier Empire et marque la fin des guerres qui secouaient l’Europe depuis 1791. C’est aussi le début d’une légende dorée née sous la plume d’auteurs du XIXe siècle comme Victor Hugo, Lamartine, Balzac, Stendhal, Nerval, Chateaubriand, mais aussi Walter Scott, lord Byron, Conan Doyle ou William Thackeray, et d’historiens comme Lenotre, Guizot ou Albert Sorel sans oublier Las Cases ni Napoléon lui-même qui, depuis son exil de Sainte-Hélène, décrivit par le menu la « bataille de Mont-Saint-Jean ».

C’est ce qu’on lit dans la remarquable anthologie Waterloo – Acteurs, historiens, écrivains établie par l’historien Loris Chavanette qui y a compilé, rédigés aussi bien par des vainqueurs que par des vaincus, de nombreux témoignages, extraits biographiques et textes d’histoire militaire ou politique en plus d’extraits des auteurs cités plus haut, d’une chronologie, de notes explicatives et de cartes de la bataille.

Une mine d’informations aux meilleures sources !

Bernard DELCORD

Waterloo – Acteurs, historiens, écrivains, textes choisis et annotés par Loris Chavanette, préface de Patrice Gueniffey, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio classique », avril 2015, 882 pp. en noir et blanc au format 10,8, x 17,8 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 9,50 € (prix France)

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De Charybde en Scylla…

Napoléon – Du soleil d'Austerlitz au crépuscule de Waterloo.jpg

S’adressant aux grands adolescents, mais aussi à un public plus vaste en raison de la qualité de ses illustrations et de la clarté de ses commentaires, l’ouvrage collectif intitulé Napoléon – Du soleil d'Austerlitz au crépuscule de Waterloo, s’il fait la part belle à l’esprit hagiographique en vogue depuis longtemps dans l’Hexagone s’agissant des hauts faits du Petit Caporal – pas un mot, en revanche, sur les sujets qui fâchent comme le pillage de l’Italie, les massacres en Espagne ou le rétablissement de l’esclavage aux Antilles –, trouvera tout naturellement sa place dans la bibliothèque des nombreuses personnes venues assister à la reconstitution de la bataille qui vit la chute de l’Aigle aux griffes acérées…

Bernard DELCORD

Napoléon – Du soleil d'Austerlitz au crépuscule de Waterloo, ouvrage collectif, Paris, Éditions Larousse, collection « Les dossiers de l’histoire », mai 2015, 96 pp. en quadrichromie au format 15,5 x 21,8 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 9,90 € (prix France)

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31/05/2015

Le cours de l'histoire...

Histoire 1re Hatier (2015).jpg

Paru chez Hatier à Paris sous la direction de Marielle Chevallier (qui œuvre au Centre national de documentation pédagogique) et de Xavier Lapray (professeur au Lycée Paul Eluard à Saint-Denis dans le célèbre « 9-3 » aux portes de la capitale française), le manuel scolaire intitulé Histoire 1re L/ES/S – Questions pour comprendre le XXe siècle devrait retenir toute l’attention des enseignants belges des classes de rhétorique, non seulement parce qu’il n’est guère éloigné de leur programme, mais aussi parce qu’ils y trouveront :

– Une mise en valeur de la chronologie pour donner des repères aux élèves.

– Des cartes, des dossiers, des documents concrets et des exposés de cours en très grand nombre.

– La mise en avant des documents majeurs en vue de leur exploitation pédagogique.

– Plus d’une centaine d’exercices et de méthodes pour se préparer aux examens (des mises en activité tout au long des chapitres et des conseils méthodologiques spécifiques à chaque série de documents).

– Une matière répartie en dix chapitres :

• Croissance et mondialisation depuis 1850

• La Première Guerre mondiale sous l’angle de l’expérience combattante dans une guerre totale

• Genèse et affirmation des régimes totalitaires (soviétique, fasciste et nazi)

• La Seconde Guerre mondiale, une guerre d’anéantissement

• Les espoirs d’un ordre mondial au lendemain des conflits

• La guerre froide, conflit idéologique, conflit de puissances

• De nouvelles conflictualités depuis 1991

• La République, trois républiques

• La République et les évolutions de la société française

• La République et la question coloniale

De plus, et nous insistons sur ce point, le manuel se complétera prochainement de deux outils particulièrement dynamiques et intéressants :

♦ Un Manuel numérique interactif standard pour l’élève intégrant :

– un outil d'annotation ;

– un marque-page ;

– un mode d’affichage en plein écran des doubles pages et un « zoom » pour agrandir une zone de la page.

♦ Un Manuel numérique interactif pour le professeur enrichi :

– D'outils pour vidéo-projeter et personnaliser.

– D’un affichage plein écran de chaque document et de la possibilité de zoomer sur celui-ci.

– D’une navigation facilitée (sommaire interactif, recherche par mots-clés, marque-pages).

– D’une personnalisation possible grâce aux annotations et au comparateur de documents.

– D’un outil de création de cours à partir de documents personnels de l’enseignant et de ceux du manuel.

– De vidéos avec des archives pour introduire ou construire des séquences de cours :

• Les combattants de la Grande Guerre.

• L’encadrement des jeunes lors d’un rassemblement à Nuremberg (1934).

• L’ONU à Londres (1946).

• La crise de Cuba (1962)

• Le siège de Sarajevo, 13 juin 1992.

• L’ouverture du procès de Nuremberg (1945).

• La présentation de la Constitution de la Ve République par le général de Gaulle (1958).

• Les usines Renault de Flins en 1952.

• L’immigration polonaise en France.

• Le discours de Simone Weil sur le projet de loi relatif à l’avortement.

• « Si la France perdait l’Algérie » (JT du 11 septembre 1957).

– De séquences animées d'histoire des arts pour l’étude interactive des œuvres du manuel afin d’intégrer l’histoire des arts de manière dynamique :

• Le monde du travail dans l’objectif du photographe.

• Les artistes représentent la société de consommation.

• Un artiste en guerre : Paul Nash.

• Photographier la guerre du Vietnam.

• Dalou sculpte Le Triomphe de la République.

• La sculpture au service de l’imaginaire colonial.

– De cartes et de documents interactifs (en cliquant sur des éléments de légende, les documents se construisent pas à pas pour expliquer des éléments-clés du cours).

– De quiz et résumés sonores :

• Des quiz sur les repères historiques et les notions à retenir.

• Des résumés sonores sur les éléments importants du cours.

– De compléments pédagogiques : livre du professeur...

Tout ce qu’il faut pour dynamiser un cours considéré à tort comme poussiéreux par bien des élèves et leurs parents !

Bernard DELCORD

Histoire 1re L/ES/S – Questions pour comprendre le XXe siècle, ouvrage collectif sous la direction de Marielle Chevallier et de Xavier Lapray, Paris, Éditions Hatier, collection « Histoire Lycée » avril 2015, 366 pp. en quadrichromie au format 19,7 x 28,5 cm sous couverture Integra en couleurs, 29 € (prix France).

Manuel numérique interactif standard pour l’élève disponible en ligne avec téléchargement et version tablette incluse au prix de 5 € (prix France).

Date de parution : 30/06/2015.

Manuel numérique interactif pour le professeur : sous condition d'achat d’au moins 25 manuels papier, pour 1 licence en ligne avec téléchargement et version tablette incluse (1 an : 29 € ; illimité : 69 € – prix France).

Date de parution : 15/07/2015.

28/05/2015

Ingagnable par les Yankees…

La guerre du Viêt Nam (collection Tempus).jpg

Directeur de recherche au National Security Archive de l'université George Washington, John Prados est unanimement reconnu comme l'un des meilleurs spécialistes de l'histoire diplomatique et militaire américaine. Il est l'auteur d'une quinzaine de livres, dont trois figurent sur les listes du prix Pulitzer et deux ont été traduits en français, Les Guerres secrètes de la CIA (aux Éditions du Toucan) et La Guerre du Viêt Nam, une somme parue aux Éditions Perrin à Paris en 2011 et qui vient de ressortir au format de poche dans leur excellente collection « Tempus ».

Voici ce que nous avions écrit dans ces colonnes à propos de l’édition princeps :

« Dans cette œuvre monumentale, l'auteur fournit le récit complet et une analyse globale de la guerre du Viêt Nam depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu'à la chute de Saigon en 1975.

On se rappellera que ce conflit demeure, à ce jour, le seul que perdirent les Yankees depuis l'indépendance de leur pays, et que cette raclée leur fut infligée à l'instigation d'un civil, le “général” Vo Nguyên Giap (né en 1911 [1]), un historien autodidacte n'ayant suivi les cours d'aucune académie militaire, mais fervent lecteur de Jules César, de Napoléon et de Clausewitz,qui avait déjà vaincu l'armée française à Dien Bien Phu en 1954.

S'appuyant sur des documents récemment déclassifiés et un large éventail de sources vietnamiennes et internationales, John Prados peint une fresque magistrale où idéologies et armées s'entrechoquent. Il explique comment et pourquoi les différentes présidences américaines, de Truman à Nixon, en passant par Kennedy et Johnson, ont à la fois mal interprété les réalités nord-vietnamiennes, mal compris leurs alliés sud-vietnamiens, méprisé le mouvement anti-guerre et négligé l'impact croissant des médias sur l'opinion.

Engagés dans un conflit qu'ils ne pouvaient gagner, les républicains comme les démocrates n'ont pas su puis pu sortir du scénario tragique dans lequel sombrait l'Amérique. Tour à tour récit enlevé, essai novateur et témoignage personnel émouvant, cet essai brillantissime dresse le bilan définitif d'une guerre novatrice qui bouleversa les États-Unis et modifia l'équilibre planétaire.

Le tout pour pas grand-chose… »

Racontée par le menu, l’histoire d’une tragédie moderne !

Bernard DELCORD

La guerre du Viêt Nam 1945-1975 par John Prados, traduction de Johan-Frédérik Hel Guedj, Paris, Éditions Perrin, collection « Tempus » n°594, avril 2015, 1079 pp. en noir et blanc au format 13 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 16 € (prix France)


[1] Il est mort le 4 octobre 2013 à Hanoï, à l'âge de 102 ans.

16:14 Écrit par Bernard dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

01/03/2015

Ténèbres et lumière…

Congo – L'autre histoire.jpg

Dans un fort essai remarquablement étayé et intitulé Congo – L'autre histoire. De Léopold II, fer de lance de l'antiesclavagisme à l'esclavagisme des multinationales, notre compatriote Charles Léonard s’est lancé dans l’entreprise ô combien complexe de remettre de nombreux points sur les i de l’histoire du Congo belge et de la RDC.

Il est vrai que notre homme, qui maîtrise parfaitement le lingala et voue une amitié sans bornes au Congo et à son peuple, ne manque pas de biscuit puisqu’il œuvra dans ce pays de 1953 à 1993 et qu’il fut la cheville ouvrière des 26 numéros de Conjoncture Économique du Zaïre, la revue de référence en la matière à l'époque, qu'il rédigea de 1961 à 1987.

« Mais, écrit son éditeur, s’agissant de l’histoire coloniale du Congo, Charles Léonard en a eu un jour assez des écrits orientés ainsi que du mea culpa profondément chrétien et frisant le masochisme de la presse européenne en général et belge en particulier.

Cette pensée anticoloniale politiquement correcte, mais loin de l'être toujours historiquement, est le fruit d'auteurs n'ayant souvent jamais vécu en dehors des frontières belges ni au Congo belge. Elle a, nombre de fois, exaspéré les anciens d'Afrique dont les mises au point et protestations ne furent pratiquement jamais prises en considération par les médias belges.

Alors, à 82 ans, il décide de prendre la plume et de raconter le Congo sous un autre angle : oui, la colonisation belge a fait un travail extraordinaire et fut l'une des plus remarquables en Afrique ; non, les Blancs ne sont pas tous d'infâmes exploiteurs ; oui, le Roi Léopold II fut un homme hors du commun, certes pas un saint, mais bien le reflet de la vision de son époque mise en œuvre avec volonté, persévérance et intelligence.

Parce qu’il fut victime de la calomnie anglaise d'abord, belge et internationale ensuite, ce livre veut lui rendre le mérite auquel il a droit : entre autres exploits, Léopold II mit fin à l'esclavagisme arabe en Afrique centrale et promulgua dès 1885 une ordonnance instaurant les bases d'un remarquable code de procédure civile, prélude du futur “Codes et Lois du Congo belge”, seul en son genre à l'époque, et respectueux du droit coutumier de surcroît. Il donna aux Congolais, qui le reconnaissent eux-mêmes, un véritable empire au cœur de l'Afrique, empire doté d’un sous-sol parmi les plus riches au monde.

Ensuite, Charles Léonard raconte l'évolution d'un pays : de l'indépendance aux Kabila père et fils en passant par Kasavubu, Mobutu, les deux guerres à l'Est et jusqu'aux exploiteurs actuels du pays, les nouveaux maîtres du monde que sont les multinationales. »

Ajoutons que le style est alerte, la réflexion subtile, la documentation abondante et les illustrations remarquablement choisies.

Cet ouvrage aux opinions parfois tranchantes – et que nous ne partageons pas forcément – ne pourra que déplaire aux tenants actuels de la pensée unique, à qui il fera pousser des cris d’orfraie.

Ce qui lui donne un attrait supplémentaire !

Bernard DELCORD

Congo – L'autre histoire. De Léopold II, fer de lance de l'antiesclavagisme à l'esclavagisme des multinationales par Charles Léonard, Bruxelles, Éditions Masoin, septembre 2014, 416 pp. + 32 pp. de photographies en noir et blanc au format 16 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 30 €

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01/02/2015

Horreurs inouïes...

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Sous la direction de Georges Bensoussan, historien et responsable éditorial du Mémorial de la Shoah (Paris), de Jean-Marc Dreyfus, spécialiste de l'aryanisation des biens juifs et maître de conférences à l'Université de Manchester, d’Édouard Husson, spécialiste de l'Allemagne nazie, maître de conférences et directeur de recherches à l'Université Paris-Sorbonne, ainsi que de Joël Kotek, spécialiste d'histoire contemporaine, maître de conférences à l'Université libre de Bruxelles et chargé de cours à l'Institut d'Études politiques de Paris, le Dictionnaire de la Shoah reparu chez Larousse dans une nouvelle version à l’occasion du 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz a rassemblé une équipe de plus de 70 auteurs, dont des spécialistes allemands, américains, anglais et israéliens.

Une publication salutaire dans le contexte actuel où, sous couvert de critiquer la politique  – pour le moins discutable, il est vrai – de l’État d’Israël et de défendre la création – légitime aux yeux de la communauté internationale en général, et aux nôtres en particulier – d’un État palestinien souverain dans les frontières décidées par l’ONU, d’aucuns n’hésitent pas à afficher des prises de position révisionnistes et négationnistes fondées sur des « études » dénuées de crédibilité mettant en doute la réalité de la tentative d’extermination des Juifs et des Tsiganes d’Europe par les nazis.

Car refuser de reconnaître que trois millions de Juifs ont été assassinés en Pologne, deux millions en URSS, six millions en tout, et que des communautés entières ont été rayées de la carte, et ce, dans le seul but de légitimer un combat politique actuel est tout à la fois immoral, indigne et criminel.

Immoral, parce que cela reviendrait à faire croire que les souffrances endurées aujourd’hui par un peuple précis pourraient annihiler celles subies par un autre dans le passé. On ne sache d’ailleurs pas que les victimes des tentatives génocidaires de la seconde moitié du XXe siècle – au Cambodge, au Rwanda, au Soudan… – se soient fourvoyées dans de semblables errements.

Indigne, parce que le mensonge déconsidère non seulement ceux qui le profèrent en raison d’intérêts partisans (la réhabilitation du nazisme par les révisionnistes d’extrême droite, le travail de sape des fondements moraux de l’État d’Israël par les négationnistes d’extrême gauche soutenus par l’Iran), mais aussi ceux qui le partagent sans même s’apercevoir qu’ils dynamitent ainsi les bases de leur propre cause en la justifiant par un travestissement monstrueux de l’histoire humaine.

Criminel, parce que les crachats ignominieux jetés sur la mémoire de morts prolongent leurs souffrances jusque dans le cœur de leurs descendants qui se retrouvent en situation de victimes expiatoires d’un imbroglio politique à mille lieues de l’antisémitisme européen d’avant 1945 et de la volonté nazie d’extermination des Juifs mise en œuvre entre 1933 et 1945.

En dressant un bilan précis des événements, en analysant les processus de décision, les méthodes, le parcours des principaux bourreaux, mais aussi en ressuscitant les victimes à travers l'évocation de l'effervescence de la vie juive d’avant-guerre, le Dictionnaire de la Shoah permet de mieux cerner l'ampleur gigantesque de la tragédie ainsi que ses prolongements.

Et, on peut l’espérer, de remettre en place les idées de certains agités du bocal…

Bernard DELCORD

Dictionnaire de la Shoah, ouvrage collectif sous la direction de Georges Bensoussan, Jean-Marc Dreyfus, Édouard Husson et Joël Kotek, Paris, Éditions Larousse, collection « À présent », janvier 2015, 638 pp. en noir et blanc + un cahier de 16 pp. de cartes en quadrichromie au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 20,90 € (prix France)

Voici une notice éclairant en partie le conflit actuel entre la Fédération de Russie et l’Ukraine :

Auxiliaires supplétifs

Dans les pays occupés par l'Allemagne, des forces locales se mettent au service de la politique de répression et d'extermination. Ainsi en Belgique, en France ou bien encore aux Pays-Bas, des policiers participent aux rafles. Peu à peu, des unités de volontaires se constituent et mènent la lutte contre les résistants ou pratiquent les arrestations massives de Juifs ; en France, la « police aux questions juives » outrepasse ses attributions et procède également à des arrestations et la milice, créée en janvier 1943, est la force principale derrière les arrestations de Juifs dans les derniers mois de l'Occupation. Dans bien des cas, la déportation ou le massacre de masse perpétrés par les SS, les Einsatzgruppen, les bataillons de la police d'ordre (l'Orpo), la Gestapo ou la Wehrmacht n'auraient pas été possibles sans cette aide. Ces auxiliaires se recrutent souvent dans les partis locaux d'extrême droite et fascisants. Un certain nombre de ces volontaires sont intégrés dans la Waffen-SS.

Dans les pays d'Europe de l'Est, des dizaines de milliers d'hommes furent les auxiliaires zélés des massacres en Ukraine et dans les États baltes en particulier. Aux motivations antisémites s'ajoutèrent souvent un violent anticommunisme ainsi qu'un nationalisme exacerbé. Ainsi dans les pays baltes, le Lietuvu Aktvystu Frontas (LAF, Front des activistes lituaniens) prit part aux pogroms de même que des commandos lettons et estoniens. Organisées en sections et commandos, ces forces supplétives servirent également aux escortes des convois de déportations et participèrent aux massacres. Des unités de Lettons participèrent à l'écrasement de l'insurrection du ghetto de Varsovie en avril 1943.

Dans les centres d'extermination, des auxiliaires furent en charge notamment de la surveillance, comme à Treblinka où les supplétifs ukrainiens, particulièrement violents, étaient plus nombreux que les SS. Eu Pologne, ces auxiliaires connus sous le nom de Trawnikis – du nom du camp de concentration où ils étaient « formés » –jouèrent un rôle de soutien au cours de l'Opération Reinhard.

L'extension de la guerre en Union soviétique nécessita aussi un besoin grandissant de supplétifs pour lutter contre les partisans  ou pour participer à la « Solution finale ». En Ukraine, en Biélorussie et dans les pays baltes, ces bataillons de milices prirent part aux côtés des Einsatzgruppen à la « Shoah par balles ».

16:47 Écrit par Bernard dans Dictionnaires, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |