25/08/2013

Les mots du quotidien

Quand votre culotte est devenue pantalon.jpg

L'article ci-dessous a paru dans la livraison du 24 août 2013 de l'édition belge du magazine MARIANNE :

Algorithme, août, barème, boycotter, calepin, catogan, chauvinisme, dahlia, diesel, frangipane, guillotine, lyncher, macadam, macchabée, pantalon, poubelle, salmonelle, saxophone, silhouette, strass, ubuesque, volcan... À l'origine de ces mots, on trouve un être humain à la personnalité peu banale : découvreur, inventeur, savant, artiste. Mais aussi des héros de la mythologie gréco-romaine ou d'œuvres littéraires.

Quant à bermuda, bougie, cachemire, camembert corbillard, cravate, dauphin, jockey, faïence, frigidaire, lycée, pactole, robinet, sardine, satin, tequila..., ils sont issus de noms de choses, de villes, de marques ou de régions.

C'est ce que révèle, entre autres et avec beaucoup de verve, le journaliste et poète Daniel Lacotte dans Quand votre culotte est devenue pantalon, un amusant ouvrage retraçant l'histoire de chacun de ces vocables et la façon dont ils sont entrés dans la langue française.

Un petit bijou d'étymologie !

Bernard DELCORD

Quand votre culotte est devenue pantalon par Daniel Lacotte, Paris, Éditions Pygmalion, mars 2012, 371 pp. en noir et blanc au format 11 x 18 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 14,90 € (prix France)

17/07/2011

Les mots de chez nous…

Le texte ci-dessous a été mis en ligne le 13/07/2011 sur le site des guides gastronomiques belges DELTA (www.deltaweb.be) :

Professeur émérite de l’Université catholique de Louvain, secrétaire perpétuel (1996-2001) de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, président du Conseil international de la langue française (depuis 1991), continuateur depuis 1986 du Bon usage de Maurice Grevisse dont il était le gendre, André Goosse est sans contredit l’un des plus gros calibres de la linguistique française contemporaine.

Il a en outre publié dans le quotidien belge La Libre Belgique, entre 1966 et 1990, plusieurs centaines de chroniques de langage intitulées « Façons de parler », qui ont séduit un large public tant en raison de la richesse de leur documentation que de la précision de leurs raisonnements, mais surtout parce qu’elles étaient rédigées dans un style simple et souriant, accessible à tous.

Bien que devenus inaccessibles (sauf aux chercheurs et aux rats de bibliothèque), ces textes n’ont pas pris une ride, et ils demeurent largement pertinents.

C’est pourquoi deux membres belges du Conseil international de la langue française [1], Christian Delcourt (à qui l’on doit le Dictionnaire du français de Belgique) et Michèle Lenoble-Pinson (co-auteure, avec six autres linguistes – dont André Goosse…– de Belgicismes. Inventaire des particularités lexicales du français en Belgique), en ont rassemblé la quintessence dans un recueil intitulé Façons belges de parler paru récemment aux Éditions Le Cri à Bruxelles.

À titre « exemplatif », on y apprend tout sur les verbes « prester », « stater » et « gréer », sur les origines du mot « estaminet », d’où viennent les « flamingants » (sans que cela empêche pour autant les gens d’« aller promener » « à la côte »), ce que sont une « aubette », un « abribus », un « bac » – éventuellement « à schnick » –, des « crolles », une « dringuelle », un « parastatal », une « plate buse », une « loque », une « clicotte », un « djok », « l’amigo », un « façadeclacher », une « potale », une « chaire de vérité », une « macrale », un « auditoire », une « buse », des « valves », le « régendat » ou un « doctorand », l’origine et l’usage de « septante » et de « nonante », les particularités du parler de Comines et Warneton, les raisons pour lesquelles nous consommons « à la bonne flanquette » (et parfois comme des « goulafs ») des « chiques », des « pralines », des « pistolets », des « « cougnous », de la « maquée », des « vitoulets », du « ramonach » et des « bouquettes » parfois arrosés de « péquet » ou de « faro », quand sonne l’heure du souper ou encore comment nous mélangeons artistement l’usage des verbes « savoir », « pouvoir » et « devoir »…

« Qué n’affaire ! À Lidje et amon nos autes… »

Bernard DELCORD

Façons belges de parler par André Goosse, Bruxelles, Éditions Le Cri, collection « Langue et linguistique », mars 2011, 658 pp. en noir et blanc au format 13 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 25 €

Pour vous, nous avons recopié dans cet ouvrage plaisamment érudit l’explication suivante :

À la bonne franquette

J’ouvre une parenthèse à l’intention d’un lecteur de Jette qui m’interroge sur l’origine de la locution à la bonne franquette. Celle-ci n’est pas dans la liste des régionalismes. Pourtant la question n’est pas si éloignée des observations que nous venons de faire.

Les dictionnaires présentent à la bonne franquette (attesté depuis 1741) comme issu de la formule synonyme à la franquette (depuis 1650 environ), elle-même dérivée de l’adjectif franc « sincère ». À la réflexion, cela n’est pas si évident : pourquoi qu et non ch, puisque les autres dérivés de franc sont, outre franche, franchement et franchise ? Franquette ne viendrait-il pas de régions où le k est normal, soit du Midi, soit de Normandie ou de Picardie ?

À la bonne franquette a une variante à la bonne flanquette (attestée en 1808), que Wartburg considère comme une altération de la première, sous l’influence de flanquer. Mais n’est-il pas surprenant que dans toutes les mentions dialectales (sauf dans la vallée d’Yères, dans la Seine-Maritime), en Picardie, à Nantes, à Langres, dans les Ardennes, en Lorraine, en Franche-Comté ou en Savoie, on ait des formes avec fl- ou fi ? Si l’on ne tient compte que de la géographie, on a l’impression que flanquette est la forme « normale », non pas du point de vue de la correction, naturellement, mais quant à l’origine.

J’espère que mon correspondant ne sera pas choqué que je réponde à sa question par des points d’interrogation. N’est-il pas utile de montrer que les étymologies reçues ne sont pas pour cela hors de conteste ?

Façons belges de parler.jpg



[1] Christian Delcourt est l’auteur du Dictionnaire du français de Belgique (Éditions Le Cri). Michèle Lenoble-Pinson est, avec six autres linguistes (dont André Goosse lui-même), l’auteur de Belgicismes. Inventaire des particularités lexicales du français en Belgique (Éditions Duculot/CILF). Ils ont édité en 2006 un volume d’hommage à André Goosse : Le point sur la langue française (Revue belge de philologie et d’histoire/Le Livre Timperman).

 

07/04/2010

« Cacaille », comme disait Panthotal…

L'article ci-dessous a paru dans la livraison du 07/04/2010 de l'hebdomadaire satirique bruxellois PAN :

Sous-titré « Les gros mots des grands classiques », le petit recueil de Christophe Belzunce intitulé « Racaille ! » comme disait Racine qui vient de paraître aux Éditions du Seuil à Paris ne manque pas de bonnes intentions : relever les termes grossiers dans l’œuvre des écrivains français classiques, question de montrer que la langue verte n’est pas l’apanage de la rue, du peuple, des jeunes ou des ignares. Ce dont il manque, en revanche, c’est d’envergure et de profondeur. Bien sûr, on y “pète” chez Rabelais, Jean Calvin y traite les jésuites de “racaille”, Agrippa d’Aubigné y vilipende des “maquereaux”, Molière y évoque un “coup dans la gueule”, une baronne y est “folichonne” chez Marivaux, Balzac y dénonce un “lascar”, un louveteau y “bâfre” sous la plume de Victor Hugo, on y prend des “torgnoles” chez Zola, George Sand y voit la gauche “fichue”, les Goncourt y évoquent une bonniche aux allures de “poufiasse”, Mérimée s’y dit “patraque”, Marcel Proust y ose un “qui n’est pas foutu de l’être”, Feydeau s’y “marre” et Courteline y moque un “gros plein de soupe”… Mais bon, mais bof… On eût aimé y trouver, à en croire le titre, du solide, des mots gaillards, provocants ou grivois (il y en a, mais de Sade et de l’un ou l’autre pornographe du second rayon, ce qui est sans surprise), plutôt que ceux, de pacotille, qui émoustillent – peut-être – la gentry d’Uccle ou celle du XVIe arrondissement parisien quand elle prétend s’encanailler…

PANTHOTAL

« Racaille ! » comme disait Racine
par Christophe Belzunce, Paris, Éditions du Seuil, mars 2010, 224 pp. en noir et blanc au format 9 x 17 cm sous couverture brochée en couleur, 12 €

Racaille comme disait Racine

18/06/2009

La voix des urnes ?

Dans Tous les chemins mènent à Rome paru aux Éditions Acropole à Paris, Daniel Appriou recense et explique plus de deux cents expressions de la langue française issues de pratiques diverses du passé. En ces temps d’élections régionales et européennes, nous ne saurions trop en recommander la lecture à ceux et celles de nos Chers Compatriotes qui voudraient savoir précisément pourquoi on « graisse la patte » à quelqu’un (au XIIe siècle déjà, les charcutiers du quartier de Notre-Dame à Paris donnaient discrètement un morceau de lard aux commissaires royaux pour ne pas avoir à s’acquitter de l’impôt sur les viandes), ce qu’est au juste une « pétaudière » (du nom d’un personnage imaginaire médiéval, le roi Pétaud, qui régnait sur une assemblée de gueux et de mendiants) ou un
« lèche-bottes » (à l’armée, il s’agissait d’un militaire flagorneur qui s’offrait à cirer celles d’un supérieur en grade), comment on « jette de la poudre aux yeux » (allusion à la poussière des riches carrosses qui impressionnaient le petit peuple flanqué sur les bas-côtés de la route), qui est le « dindon de la farce » (à l’origine, le père Dindon, naïf et dupé par ses enfants, personnage récurrent des comédies bouffonnes du Moyen Âge à la Révolution) ou pourquoi on est « un homme de sac et de corde » (à Rome, et plus tard à Paris, les condamnés à mort étaient enfermés dans un sac puis jetés dans le Tibre ou dans la Seine), ce qu’est un « homme sans aveu » (au Moyen Âge, un vassal sans biens personnels à avouer à son seigneur pour en obtenir la protection, et donc prêt à tout pour en détenir un jour) ou une « mégère » (du nom d’une des trois Érinyes, divinités infernales grecques qui châtiaient les crimes), voire une « Messaline » (du nom de l’épouse nymphomane et impudique de l’empereur romain Claude qui la fit exécuter par crainte qu’elle ne le tue et pour l’avoir tourné en ridicule). Après une pareille lecture, nul doute que c’est d’un œil neuf et amusé que l’électeur pourra désormais considérer la gent politique…

Bernard DELCORD

Tous les chemins mènent à Rome
par Daniel Appriou, Paris, Éditions Acropole, février 2009, 290 pp. au format 14 x 20,5 cm, 14,90 €

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