25/05/2018

Deux millénaires en cent repères...

Les 100 dates de l'histoire de l'Église.jpg

Docteure en histoire (Paris-I Panthéon-Sorbonne) et maître de conférences habilitée à diriger des recherches à l’université de Paris-Ouest Nanterre la Défense, Bénédicte Sère est également coauteure, avec Nelly Labère, des 100 mots du Moyen Âge, un ouvrage paru aux Presses universitaires de France dans la collection « Que sais-je ? ».

Chez le même éditeur et dans la même collection, elle a publié Les 100 dates de l’histoire de l’Église, un brillant essai au sein duquel elle fait montre d’une grande maestria synthétique dans l’exposé et l’interprétation des soubassements historiques, politiques, culturels et religieux de l’Occident et du Moyen-Orient depuis la crucifixion de Jésus-Christ jusqu’à l’élection du pape François, une véritable gageure.

Extrait :

1555

Abdication de Charles Quint

« En ce geste éclatant de la fin de sa vie, Charles Quint, l'empereur d'« un empire sur lequel le soleil ne se couche jamais », renonce librement au pouvoir et se retire quelques mois plus tard, en 1556, à Yuste, dans un couvent d'Estrémadure.

L'abdication a lieu le 25 septembre 1555, à Bruxelles, vers trois heures de l'après-midi, heure de la mort du Christ en croix, racontent les chroniques et les sources du temps. Elle a lieu, surtout, le jour même où fut signée la paix d'Augsbourg, c'est-à-dire la reconnaissance de la confession luthérienne, désormais l'égale juridique de la confession catholique selon le principe cujus regio, ejus religio (« tel prince, telle religion »). Les sujets sont libres de choisir leur religion et doivent émigrer en cas de désaccord avec leur suzerain.

C'est la première reconnaissance officielle de la liberté de religion. Par ce compromis est définitivement abandonnée la longue unité religieuse de l'Empire romain germanique.

Les contemporains sont bouleversés et s'interrogent : grandeur d'âme (Montaigne) ou faiblesse (Brantôme) du caesar abdicans ? L'empereur qui abdique reste un exemplum moral de la fatigue du pouvoir liée à la défaillance des forces, il est vrai. L'homme fut toujours fidèle aux enseignements de son précepteur, Adrien d'Utrecht, devenu pape sous le nom d'Adrien VI, pour qui rien n'était plus malheureux que le pouvoir suprême.

Plus fondamentalement, l'abdication de Charles Quint apparaît d'une certaine manière comme l'échec d'un rêve : rêve d'une unité religieuse, rêve d'un Empire chrétien, rêve du maintien d'un catholicisme contre les protestants et d'une reconquête sur les sujets rebelles. D'un mot : rêve d'un messianisme impérial et d'un triomphe de la chrétienté, dont il faut bien dire que l'essence reste toute médiévale.

Charles Quint, on l’a beaucoup écrit, est le dernier des empereurs médiévaux, hanté par l'autre Charles que fut Charlemagne. Parce que sa sensibilité fut toute médiévale, autant que sa foi et sa piété, le geste du renoncement suprême au pouvoir est à sa manière le terme de la longue tradition spirituelle du mépris du monde et de la retraite. Le geste est religieux, indéniablement, en référence à ce passé médiéval. Mystique même lorsque l'absolu désintéressement de la foi mène à la gloire héroïque par mépris de la gloire.

Ce que signe l'abdication de Charles Quint, c'est aussi la fin de la chrétienté médiévale. »

Bien vu !

Bernard DELCORD

Les 100 dates de l'histoire de l'Église par Bénédicte Sère, Paris, Presses Universitaires de France, collection « Que sais-je ? », mai 2018, 128 pp. en noir et blanc au format 11,5 x 17,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 9 €

Liste des 100 dates :

Vers 30-33 : Crucifixion de Jésus et annonce de sa résurrection

50 : Le « concile de Jérusalem »

70 : Chute de Jérusalem et destruction du Temple

Vers 150 : Le canon de Muratori

177 : Irénée de Lyon élabore la théologie de l’unité contre le dualisme gnostique

250-251 : Persécution de Dèce

313 : L’édit de Milan a-t-il eu lieu ?

325 : Concile de Nicée

386 : Conversion d’Augustin dans le jardin de Milan

405 : La Vulgate

410 : Sac de Rome : drame ou rupture ?

400-410 : Le monastère de Lérins

496 : Remi n’a pas baptisé Clovis à Reims

Vers 550 : La règle de Benoît de Nursie

587 : Conversion de Reccared, roi wisigoth

597 : Augustin, apôtre des Anglais et premier évêque de Cantorbéry

638 : Jérusalem prise par les Arabes ou le défi de l’Islam

Vers 800 : L’Occident invente la chrétienté

830 : Le plan de Saint-Gall ou le monastère idéal

861 : Conversion des Slaves par Cyrille et Méthode

909 ou 910 : Fondation de Cluny

963 : Fondation du monastère de la Grande Laure au mont Athos

1000 : Gerbert d’Aurillac, pape de l’an mil

1033 : Raoul Glaber, entre fin des temps et renouveau du monde

1054 : Le mythe d’un schisme entre Orient et Occident

1095 : L’appel de Clermont par Urbain II et le début des croisades

1113 : Romuald fonde les Camaldules en Toscane

1115 : Bernard, moine cistercien

1122 : Concordat de Worms

1143 : Première traduction du Coran en latin

1170 : Assassinat de Thomas Becket dans sa cathédrale de Cantorbéry

1202-1204 : Les sacs de Zara et de Constantinople

1205 : François se dévêt en place publique et s’en remet à l’évêque d’Assise

1209 : Simon de Montfort en croisade contre les Albigeois

1215 : Le concile de Latran IV

1228 : Frédéric II Hohenstaufen, Antéchrist ou empereur éclairé ?

1252 : L’Inquisition

1270 : Louis IX meurt à Tunis du typhus

1271-1272 : Thomas d’Aquin rédige la Somme théologique

1277 : Étienne Tempier condamne 210 thèses à l’université de Paris

1282 : Kubilai Khan accueille le culte chrétien en Chine

1302 : Boniface VIII fulmine la bulle Unam sanctam

1310 : Marguerite Porete est brûlée à Paris

1317 : Jean XXII condamne les spirituels

1331 : Le débat sur la vision béatifique commence

1352 : L’Église et la peste en Avignon

1378 : Urbain VI élu pape à Rome dans la peur et l’agitation

1398 : L’université de Paris propose de « soustraire l’obéissance » au pape

1438 : La Pragmatique Sanction est rédigée à Bourges

1450 : Nicolas V proclame le jubilé à Rome

1486 : Le Marteau des sorcières

1494 : Savonarole inquiète Florence

1516 : François Ier signe le concordat de Bologne

1517 : Luther placarde ses 95 thèses

1521 : Correspondance spirituelle entre Guillaume Briçonnet et Marguerite d’Angoulême

1534 : Henry VIII, « chef unique et suprême de l’Église d’Angleterre »

1540 : La Compagnie de Jésus est reconnue à Rome

1541 : Calvin fonde l’Église réformée de Genève

1550 : Controverse de Valladolid

1555 : Abdication de Charles Quint

1563 : Baptême d’Ômura Sumitada

1564 : Début de la réception des décrets du concile de Trente

1572 : Gaspard de Coligny est assassiné lors de la nuit de la Saint-Barthélemy

1579 : Diego Valadés publie la Rhetorica christiana

1593 : Henri IV assiste à une messe catholique en abjurant le protestantisme

1601 : Matteo Ricci arrive à Pékin

1615 : Arrivée des Récollets en Nouvelle-France

1648 : Le pape Innocent X proteste contre les articles du traité de Westphalie

1656 : Pascal commence la publication des Provinciales

1697 : Le quiétisme : Fénelon contre Bossuet

1713 : La bulle Unigenitus

1740 : Benoît XIV, pape éclairé ?

1773 : Clément XIV supprime la Compagnie de Jésus

1790 : La Constitution civile du clergé

1801 : Le régime concordataire de Napoléon

1825 : Johann Adam Möhler publie L’Unité de l’Église

1837 : Première messe de Pierre Chanel sur l’île de Futuna (Océanie)

1845 : Le mouvement d’Oxford et John Henry Newman

1858 : Les apparitions à la grotte de Massabielle

1863 : Renan publie la Vie de Jésus

1870 : Le concile du Vatican proclame le dogme de l’infaillibilité pontificale

1886 : Charles Lwanga, martyr ougandais de la foi chrétienne en Afrique

1890 : Fondation du Congrès évangélique social

1891 : Léon XIII accepte-t-il le monde moderne par l’encyclique sociale ?

1902 : Alfred Loisy publie L’Évangile et l’Église

1905 : Loi de séparation de l’Église et de l’État en France

1912 : L’Église devient un idéal-type

1917 : Ordination du premier prêtre africain en Tanzanie

1925 : Canonisation de Thérèse de Lisieux

1937 : Encycliques Mit brennender Sorge contre le nazisme et Divini Redemptoris contre le communisme

1950 : Condamnation de la « nouvelle théologie »

1951 : Premier congrès international pour l’apostolat des laïcs à Rome

1959 : Fondation de la Conférence des Églises européennes

1962 : Messe d’ouverture du concile Vatican II

1968 : Contestation de l’encyclique Humanae vitae

1975 : Traduction œcuménique de la Bible

1979 : Conférence de Puebla

1999 : Déclaration commune à propos de la doctrine de la justification

2013 : Démission de Benoît XVI

13 mars 2013 : Le pape François, pontife d’un style nouveau ?

20:57 Écrit par Bernard dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

21/04/2018

« Le monde de l'édition serait tellement moins compliqué sans les auteurs. » (Dan Brown)

Histoire de l'édition en Belgique – XVe-XXIe siècles.jpg

Pascal Durand est professeur ordinaire à l'Université de Liège, où il dirige le Centre d'Étude du Livre contemporain. Spécialiste de Mallarmé et de la poésie moderne, il est aussi l'auteur d'ouvrages sur l'histoire de l'édition, les rapports presse/littérature et les figures contemporaines de l'orthodoxie politico-médiatique. Tanguy Habrand est assistant au département Médias, Culture et Communication de l'Université de Liège et par ailleurs éditeur associé à la fameuse collection d’auteurs belges « Espace Nord » ; ses recherches et publications portent sur les stratégies éditoriales, les politiques du livre et l'édition indépendante.

Ils ont fait paraître aux Impressions Nouvelles à Bruxelles une monumentale Histoire de l'édition en Belgique – XVe-XXIe siècles retraçant le parcours d’un secteur économique et culturel particulièrement vivant et créatif à travers les âges.

En voici le prière d’insérer :

« Depuis l'Histoire du livre et de l'imprimerie en Belgique publiée dans l'entre-deux-guerres par le Musée du Livre, aucun ouvrage de synthèse n'avait remis en perspective les grandes tendances de l'édition belge. L'ouvrage de Pascal Durand et Tanguy Habrand vient combler cette lacune en entrecroisant histoire de l'édition, histoire des idées et histoire des institutions de la vie littéraire et intellectuelle.

La production du livre belge de langue française correspond à un marché restreint, tributaire de logiques qui lui sont propres – avec un poids particulier des industries graphiques – tout en étant soumis à la force d'attraction exercée par l'édition française sur les genres les plus prestigieux. Quelques-uns, tels Albert Lacroix, éditeur de Victor Hugo et de Charles De Coster dans les années 1860, ou Edmond Deman, éditeur de Verhaeren et Mallarmé, ont brièvement réussi à tirer leur épingle de ce jeu déséquilibré.

Plus nombreux et significatifs sont ceux qui, de Casterman à Marabout, ont dégagé de durables ressources de créativité dans les domaines du livre religieux, de la bande dessinée, du livre pratique et du livre pour la jeunesse.

En six chapitres de longueur croissante, c'est tout un paysage de livres et d'éditeurs qui se trouve reconstruit sous les yeux du lecteur, allant des premiers imprimeurs dans les territoires qui formeront la Belgique jusqu'aux processus de concentration éditoriale actuels, en passant par les industriels de la contrefaçon, les grands éditeurs de bande dessinée et les pionniers du livre de poche francophone.

Sans oublier les maisons de taille souvent modeste qui, vouées au roman, à la poésie, au théâtre, à l'essai lettré, contribuent à la vie du livre comme vecteur de haute culture. »

Un essai où l’on retrouve des marques prestigieuses comme Casterman, Dupuis, Le Lombard, Marabout, Duculot, Desclée de Brouwer, Brepols, De Boeck, La Renaissance du Livre, le Daily-Bul… et des éditeurs novateurs ou créatifs comme Jean-Baptiste Baronian, Jacques Antoine, André De Rache, Pierre Mardaga, Marc Quaghebeur, André Versaille, Luc Pire, Bernard Gilson…

Et où l’on rappelle que Robert Denoël était belge !

Bernard DELCORD

Histoire de l'édition en Belgique – XVe-XXIe siècles par Pascal Durand et Tanguy Habrand, postface d’Yves Winkin, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, mars 2018, 569 pp. en noir et blanc au format 14,5 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 26 €

16:45 Écrit par Bernard dans Essais, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/04/2018

ZAD royale...

Le Hameau de la Reine.jpg

En 1774, Louis XVI (1754-1793) offrait le Petit Trianon à Marie-Antoinette (1755-1793) désireuse de disposer d'un lieu pour échapper à l'étiquette rigide et contraignante de la Cour.

La jeune reine va passionnément aimer ce domaine, bientôt prolongé d'un jardin anglo-chinois à l'opposé de la splendeur géométrique des jardins de Versailles. En 1782, elle y ajoute un nouveau jardin qui abrite, autour d'un étang, des chaumières à colombages formant un véritable village aux façades rustiques.

Il s’agit du Hameau de la Reine, construit entre 1783 et 1787, sur une idée du peintre Hubert Robert (1733-1808), puis réalisé et décoré par l’architecte Richard Mique (1728-1794). Il comprend à l’origine une douzaine de maisons à l’apparence extérieure pittoresque et champêtre en contraste avec un décor intérieur sophistiqué.

Quatre maisons sont réservées à l’usage de la Reine et de ses invités : la Maison de la Reine, le Boudoir, le Moulin et la Laiterie de Propreté, les autres étant dévolues à l’occupation paysanne ou au service.

Le Hameau comprend en outre une ferme et son fermier chargé de l'exploitation, gérant le bétail, les cultures, le moulin et la laiterie.

Non loin de là, la reine fit ériger le théâtre de Trianon dont la finalité était double : il devait offrir un cadre satisfaisant pour accueillir les spectacles commandés aux artistes de l’Académie royale de musique et donc être doté d’un dispositif scénique convenable, mais il devait aussi permettre à la souveraine de satisfaire son goût pour le théâtre de société et lui procurer un moyen commode de jouer la comédie avec son entourage quand bon lui semblerait.

Longtemps abandonné, considéré, à tort, comme une excentricité de Marie-Antoinette qui y avait vécu des moments heureux, mais aussi des heures dramatiques, le Hameau revit aujourd’hui peu à peu.

Hameau de la Reine.jpg

Le Hameau de la Reine

© Château de Versailles

Le programme de restauration actuellement engagé porte à la fois sur un assainissement des ouvrages et une restauration complète des structures maçonnées, des charpentes et des couvertures. Les structures sont consolidées pour permettre des visites guidées ; les sols, menuiseries et peintures sont repris selon leurs dispositions précisées par les mémoires de travaux du XVIIIsiècle, ou selon l’aménagement effectué au début du XIXsiècle pour l’impératrice Marie-Louise, épouse de Napoléon Ier qui occupe alors les lieux.

La restauration des décors intérieurs et le remeublement des pièces principales de la Maison de la Reine représentent un des éléments majeurs de cette opération.

La restauration du Réchauffoir, réalisée en parallèle, abrite une grande cuisine et un ensemble de petites pièces de service (garde-manger, argenterie, dressoir, lavoir). Elle était utilisée pour la préparation des repas servis dans la salle à manger de la Maison de la Reine, attenante. [1]

La restauration de ladite Maison, au cœur du domaine, a inspiré à Jean des Cars, immense spécialiste de l’histoire des dynasties européennes un ouvrage somptueux et érudit–, mais parfaitement accessible à tous –, paru chez Flammarion à Paris sous le titre Le Hameau de la Reine – Le monde rêvé de Marie-Antoinette, un Baedeker abondamment illustré de photographies prises in situ ou à partir d’une riche documentation originale.

Magnifique !

Bernard DELCORD

Le Hameau de la Reine – Le monde rêvé de Marie-Antoinette par Jean des Cars, photographies de Hillel Winograd et Franck Robin, Paris, Éditions Flammarion, avril 2018, 222 pp. en quadrichromie au format 16 x 21 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 23,90 € (prix France)

INFORMATIONS PRATIQUES

Château de Versailles

Domaine de Trianon

Hameau de la Reine

Téléphone : 00 33 1 30 83 78 00

Tarifs :

Le billet Domaine de Trianon (12 €) donne accès :

– au domaine de Trianon

– aux expositions temporaires présentées au Grand Trianon

– aux Jardins (hors jours de Grandes Eaux Musicales ou de Jardins Musicaux) et au Parc

– à la galerie des Carrosses

Gratuit pour :

– les moins de 18 ans (moins de 26 ans si résidents de l’Union Européenne),

– les enseignants affectés dans un établissement français munis de leur Pass éducation,

– les personnes en situation de handicap et leur accompagnateur,

– les demandeurs d’emplois en France et les bénéficiaires des minima sociaux sur présentation d’un justificatif de moins de 6 mois.

Horaires :

Le Domaine de Trianon ouvre uniquement de 12 h à 18 h 30, du mardi au dimanche.

Pour s’y rendre :

Le Domaine de Marie-Antoinette est accessible depuis la ville de Versailles et depuis le domaine du château de Versailles.

Pour vous y rendre depuis la ville, deux possibilités :

– par la Grille de la Reine ou la Porte Saint-Antoine

– en bus (le Bus TRI est accessible des gares Versailles Château Rive Gauche, Versailles Chantiers et Versailles Rive Droite.

 

[1] Source : http://www.chateauversailles.fr/actualites/vie-domaine/re...

13:10 Écrit par Bernard dans Beaux Livres, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/04/2018

« Entre ici, avec Claude-Ambroise Regnier, duc de Massa… »

L'Affreux du Panthéon.jpg

Né en 1968, Bruno Fuligni est haut fonctionnaire, historien et maître de conférences à Sciences Po. Il est l'auteur d'une vingtaine de livres aussi étonnants qu'érudits sur l'histoire politique et littéraire française.

Dans son dernier opus en date, L'Affreux du Panthéon publié à Paris aux Éditions de La Table Ronde, le narrateur, sous l’effet de l’alcool et du haschich, se réfugie un soir dans l'ancienne église Sainte-Geneviève devenue le temple des Grands Hommes de la France et de la République et s’y endort, avant d’être réveillé par un personne aussi ironique qu’énigmatique se présentant comme Claude-Ambroise Regnier, duc de Massa, dont il apparaîtra plus tard qu’il s’agit des mânes d’un politicien parjure et assassin, face noire de l'Histoire et agent de la raison d'État.

Ledit duc fait alors les honneurs de l'austère monument national de dix-sept mille tonnes de pierre et de fer à son visiteur d’une nuit, lui donnant d’assister aux échanges, teintés de vieilles querelles politiques et personnelles, entre les fantômes de certains de ses illustres pensionnaires, mais aussi de croiser quelques ombres… restées dans l’ombre.

L’occasion pour Bruno Fuligni de jeter un regard malicieux – et néanmoins critique – sur des vedettes de l’histoire comme Jean Jaurès, Jacques-Germain Soufflot, le comte de Mirabeau, Jean-Paul Marat, Victor Hugo, Émile Zola, Victor Schœlcher, Marcellin et Sophie Berthelot, Marie et Pierre Curie, Paul Langevin ou André Malraux, ainsi que sur des méconnus comme Michel Ordener, Gabriel Louis de Caulaincourt, Charles Erskine de Kellie ou Girolamo Durazzo, le dernier doge de la république de Gênes, tout en commentant nombre des œuvres d’art qui ornent ce gigantesque tombeau.

Un cicerone éclairé !

Bernard DELCORD

L'Affreux du Panthéon par Bruno Fuligni, Paris, Éditions de La Table Ronde, collection « La petite Vermillon », janvier 2018, 142 pp. en noir et blanc au format 11 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs, 7,10 € (prix France)

21:25 Écrit par Bernard dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04/04/2018

La fin d'un monde...

Qu'est-il arrivé à l'Empire romain.jpg

Né en 1938, Jean-Christian Lambelet est professeur honoraire à l’Université de Lausanne où il a enseigné la macroéconomie, l’histoire économique et les méthodes quantitatives jusqu’en 2004. Il est l’auteur d’une quinzaine de livres et d’environ deux cents études et articles en économie, en histoire et en science politique.

Il a fait paraître chez Slatkine à Genève un essai solidement argumenté intitulé Qu'est-il arrivé à l'Empire romain ? – Essai d'explication par un économiste dans lequel il se penche avec sagacité sur le faisceau de causes qui a provoqué la chute du plus grand État antique d’Occident.

Écoutons-le :

« De récentes données quantitatives conduisent à une nouvelle interprétation de la trajectoire de l’Empire romain, une interprétation qui fait aussi appel à des concepts analytiques modernes tels que la globalisation, le progrès technologique ou la notion de coût fixe.

Au point de départ, la supériorité militaire de Rome lui a permis d’unifier le monde antique. Une première phase d’expansion a été essentiellement prédatrice, mais elle allait céder la place à une période d’intégration économique et politique. Il en est résulté une vaste zone d’échanges économiques, une explosion du commerce à moyenne et longue distance et une forte poussée des activités économiques. La diffusion de divers procédés de production a aussi contribué à cet essor.

Ces diverses sources de croissance se sont taries dès le Ier siècle. On se serait donc attendu à ce que l’essor économique initial soit suivi par une phase de “stagnation séculaire”. Mais c’est alors que l’économie et le monde romains ont été frappés par un choc négatif soudain et brutal : la peste des années 165-185, dont l’impact a été dévastateur.

Cette pandémie allait déclencher un cercle vicieux lié en premier lieu à la sécurité extérieure. Pour faire face aux menaces pesant sur un empire hypertrophié, des forces armées de taille commensurable étaient indispensables. Les légions constituaient donc un très important “coût fixe”, lequel est devenu toujours plus lourd au fur et à mesure que la base économique de l’Empire s’affaiblissait ; avec pour résultat des finances publiques toujours plus déséquilibrées, une inflation toujours plus forte due à la monétisation des déficits, une pression fiscale toujours plus lourde et des taux d’intérêt toujours plus élevés. D’où la phase de déclin dans laquelle une contraction économique continue alliée à un système politique instable a débouché sur la disparition de l’Empire d’Occident.

D’autres explications du déclin de l’Empire, comme un empoisonnement collectif par le plomb, une poussée irrésistible des peuples “barbares” ou l’influence débilitante du christianisme, sont examinées.

La question est enfin discutée de savoir si la trajectoire de l’Empire peut comporter des enseignements pour notre propre époque. »

Et la réponse est : « Oui ! »

Bernard DELCORD

Qu'est-il arrivé à l'Empire romain ? – Essai d'explication par un économiste par Jean-Christian Lambelet, Genève, Éditions Slatkine, collection « Histoire, politique et économie internationale », février 2018, 254 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 23,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 29 € (prix France)

15:44 Écrit par Bernard dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/03/2018

« Trempa-t-elle au complot de ses frères perfides ? » (Jean Racine, Phèdre [1677], I, 1)

13 complots qui ont fait l'histoire.jpg

Auteur de divers essais passionnants parmi lesquels on pointera, aux Éditions Racine à Bruxelles, Treize livres maudits, Les Illuminati, La religion d’Hitler ou encore Hitler et la franc-maçonnerie, le philosophe et historien belge Arnaud de la Croix (°1959) s’est penché, chez le même éditeur, sur 13 complots qui ont fait l’histoire, à savoir :

– 63 avant Jésus-Christ : la conjuration de Catilina

– 44 avant Jésus-Christ : l’assassinat de César

– 64 après Jésus-Christ : le grand incendie de Rome

– 1348 : la peste noire

– XVIe et XVIIe siècles : le pacte diabolique

– 1605 : la Conspiration des poudres

– 1776, 1789 et au-delà : Illuminati, francs-maçons et Skull & Bones

– 1901 : le « complot juif mondial »

– 1939-1945 : la Seconde Guerre mondiale fut-elle un complot nazi ?

– 1950-1954 : le « complot communiste » en Amérique

– 22 novembre 1963 : l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy

– 1982-1985 : les tueurs du Brabant

– Le 11 septembre 2001

des machinations réelles ou supposées qui ont durablement marqué les esprits avec leur lot d’inventions débridées et de manipulations plus ou moins subtiles teintées, selon les cas, de xénophobie, de racisme, d’antisémitisme, d’antimaçonnisme ou d’anticommunisme.

En confrontant les témoignages, les documents officiels et les recherches les plus actuelles, cet essai robustement bâti et préfacé par Michel Hermans [1] apporte des réponses claires, ouvre sur des réflexions critiques et remet en perspective la notion même de complot [2].

Ajoutons que si l’auteur a choisi de traiter treize affaires, c’est en raison des connotations de ce nombre (les « treize à table » de la Dernière Cène le Jeudi saint pour les chrétiens et le choix par le roi de France Philippe IV de procéder à l’élimination des templiers le vendredi 13 octobre 1307).

Il aurait aussi pu écrire que pour les kabbalistes, le nombre 13 est la signification du serpent, du dragon, de Satan et du meurtrier…

Bernard DELCORD

13 complots qui ont fait l'histoire par Arnaud de la Croix, préface de Michel Hermans, Bruxelles, Éditions Racine, mars 2018, 183 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,95 €

[1] Michel Hermans est politologue, licencié en science politique et administration publique de l'Université de Liège et docteur en science politique de l'Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

[2] Complot : projet concerté secrètement afin de fomenter un coup d'État, un putsch, une guerre d'agression, un attentat, une révolution.

20:08 Écrit par Bernard dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

« Le passé, du futur est le meilleur prophète. » (Lord George Gordon Byron)

Tout sur l'archéologie.jpg

Développant en 7 chapitres rédigés par des sommités scientifiques un corpus particulièrement varié, l’ouvrage collectif intitulé Tout sur l'archéologie – Panorama des sites, des découvertes et des objets remonte à la nuit des temps pour parcourir les époques et les continents et faire découvrir d’un œil nouveau, en se fondant sur les technologies les plus actuelles (télédétection par laser, méthodes de datation relative et absolue, analyses isotopiques, recours à l’ADN et au scanner…), des trésors que l’on croyait bien connaître, depuis les grottes de Lascaux jusqu'à Angkor Vat, en passant par le tombeau de Toutankhamon, Persépolis, Pompéi et Herculanum, Cuzco, l’île de Pâques ou l'armée de terre cuite chinoise.

Une grande diversité de sites sont parcourus en détails, depuis les ensembles religieux spectaculaires enfouis dans les déserts et les jungles jusqu'à la révolution industrielle.

Au passage, les auteurs répondent à des questions d’une grande diversité : comment l'homme est-il devenu ce qu'il est aujourd'hui ? Comment les États se sont-ils formés ? Qu'est-ce que l'archéologie peut nous révéler des conflits passés ? Que sont le Grand Zimbabwe, Rapa Nui, Stonehenge et Jéricho ? Qui étaient les seigneurs de Sipan ? Que révèle la culture de Nok ? Que nous apprennent les bateaux vikings de Roskilde ? Comment l’archéologie a-t-elle réfuté le mythe de la fin de la bataille de Little Big Horn (1876) et de la mort du général Custer ?

Et ils fournissent bien entendu tous les outils indispensables : repères chronologiques, illustrations détaillées, glossaire, index...

Bernard DELCORD

Tout sur l'archéologie – Panorama des sites, des découvertes et des objets, ouvrage collectif sous la direction de Paul Bahn, avant-propos de Brian Fagan, traduction de l’anglais par Julie Debiton avec Elina Gakou Gomba, Paris, Éditions Flammarion, collection « Tout sur… », mars 2018, 576 pp. en quadrichromie au format 17,2 x 24,5 cm sous couverture Intégra en couleurs, 35 € (prix France)

17:03 Écrit par Bernard dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |