19.05.2012

Un collier de mots d'auteurs...

Festival de sottises résultant de lapsus calami, bévues, pataquès, anachronismes, catachrèses et autres tournures fautives, le petit livre de Pierre Ferran et Dominique Jacob intitulé Perles de la littérature qui vient de paraître chez Horay à Paris rassurera tous ceux qui rechignent à s'exprimer par écrit parce qu'ils craignent que leurs textes ne seront pas à la hauteur de leurs ambitions.

Car il est tout-à-fait impossible de conserver ses complexes après avoir lu cet ouvrage réconfortant, dont voici quelques extraits puisés chez les classiques :

« Jamais les larmes de mon amie n'arroseront le nœud qui doit nous unir. » (Jean-Jacques Rousseau, La Nouvelle Héloïse, 1761)

« Je m'amusais à voir voler les pingouins. » (François-René de Chateaubriand, Le Génie du christianisme, 1802)

« Ma voix retentit comme la hache des bûcherons dans une forêt. » (Honoré de Balzac, Le Lys dans la vallée, 1835)

« Bientôt arriva la fameuse lettre anonyme signée Gardon. » (Stendhal, Vie de Henry Brulard, 1836)

« L'odeur de vos soupirs nous parfume les vents ! » (Alphonse de Lamartine, Recueillements poétiques, 1839)

« Ah ! Ah ! fit Don Manoel en portugais. » (Alexandre Dumas, Le Collier de la reine, 1849-1850)

« De couleur vert pomme, sa chasuble, que des fleurs de lys agrémentaient, était bleu ciel. » (Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, 1881)

« Ils s'entendaient si tellement bien entre eux. » (Paul Claudel, Le pain dur, 1914)

« Je mettais dans une balance du plateau... » (Marcel Proust, À l'ombre des jeunes filles en fleurs, 1919)

Sans oublier les boulettes classiques des feuilletonistes comme Ponson du Terrail : « Il avait un pantalon de velours et un gilet de la même couleur ».

Funny, isn't it?, comme on dit à l'Académie française...

Bernard DELCORD

Perles de la littérature par Pierre Ferran et Dominique Jacob, Paris, Éditions Horay, mars 2012, 132 pp. en noir et blanc au format 12 x 12 cm sous couverture brochée en couleurs, 5,99 € (prix France)

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23.11.2011

Pour (sou)rire avec intelligence et distinction…

Le texte ci-dessous a été mis en ligne le 23/11/2011 dans les colonnes du magazine satirique belge SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

En ayant rassemblé pour les Éditions Pointdeux (un nouveau département des Éditions Point à Paris proposant des ouvrages de poche compacts à lire verticalement, un concept venu des Éditions Jongbloed aux Pays-Bas) 2000 mots d’esprit de Confucius à Woody Allen, Claude Gagnière a fait œuvre plus qu’utile par les temps qui courent, de morosité généralisée, aussi ne saurions-nous trop recommander la lecture de cette petite compilation aussi intelligente que distinguée…

Dans laquelle, au-delà de certains propos plaisants, chacun en prend plus ou moins pour son grade…

Par exemple : « Le cheval est le seul animal que je connaisse dans lequel on peut planter des clous » (Jules Renard) ; « On appelle voiture d’occasion un véhicule dont toutes les pièces font du bruit, excepté le klaxon » (Sacha Guitry) ; « Le ridicule ne tue plus nulle part, mais aux USA il enrichit drôlement » (Boris Vian) ; « Pour se nourrir, les Japonais mangent du riz sans blanquette ! J’en ris encore » (Pierre Desproges) ; « J’ai passé une excellente soirée… mais ce n’était pas celle-ci » (Groucho Marx, en prenant congé) ; « Un gentleman est quelqu’un qui est capable de décrire Sophia Loren sans faire de gestes » (Michel Audiard) ; « Elle était belle comme la femme d'un autre » (Paul Morand) ; « Être une femme dispense au moins d’en avoir une » (Roland Dubillard) ; « Il vaut mieux encore être marié qu’être mort » (Molière) ; « Les hommes sont ainsi faits qu’ils croient plus volontiers ce qui leur semble obscur » (Tacite) ; « Rendre l'âme : d'accord, mais à qui ? » (Serge Gainsbourg) ; « La religion était un bon arbre qui a produit de mauvais fruits » (Voltaire) ; « Il n’y a que deux grands courants dans l’histoire de l’humanité : la bassesse qui fait les conservateurs et l’envie qui fait les révolutionnaires » (Jules et Edmond de Goncourt) ; « En politique, on succède à des imbéciles et on est remplacé par des incapables » (Georges Clemenceau) ; « La première victime d’une guerre, c’est la vérité » (Rudyard Kipling)…

Et il y en a plusieurs centaines d’autres !

PÉTRONE

2000 mots d’esprit de Confucius à Woody Allen par Claude Gagnière, Paris, Pointdeux Éditions, novembre 2011, 551 pp. en noir et blanc au format 12 x 8,5 cm sous couverture cartonnée en quadrichromie, 9,90 € (prix France)

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19.11.2011

Pour enrichir son vocabulaire…

Le texte ci-dessous a été mis en ligne le 19/11/2011 dans les colonnes du magazine satirique belge SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

Saluons comme il se doit la parution aux Éditions First à Paris du calendrier perpétuel de Gilles Guilleron (illustré par Catherine Meurisse) qui s’intitule 365 gros mots, injures et autres noms d’oiseaux et recense « un gros mot par jour pour se défouler toute l’année ».

D’« abruti » à « zozo » en passant par « arsouille », « azimuté », « blaireau », « bouffon », « bougre », « boutonneux », « branleur », « branquignol », « canaille », « catin », « chameau », « chiard », « couillon », « cruche », « dégonflé », « demi-portion », « dinde », « empoté », « enfoiré », « fada », « fion », « foutriquet », « glandeur », « gouape », « godiche », « goujat », « gredin », « impuissant », « lèche-cul », « loufoque », « macaque », « morue », « morveux », « nigaud », « ordure », « pécore », « pédale », « peigne-cul », « pétasse », « petzouille », « pignouf », « pisseuse », « plouc », « poufiasse », « raclure », « requin », « ribaude », « scélérat », « tante », « thon », « truie », « turlupin » et autres « vendu » ou « vermine », l’auteur vous permet de jurer et d’injurier toute l'année dans la joie et avec érudition !

Car, de chaque gros, il fournit l’étymologie, les origines ; les variantes et les traductions dans les registres courants et soutenus.

C’est chié, non ?

PÉTRONE

365 gros mots, injures et autres noms d’oiseaux par Gilles Guilleron, illustrations de Catherine Meurisse, Paris, Éditions First, octobre 2011, calendrier perpétuel de 183 pp. en bichromie au format 13 x 10,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 9,90 € (prix France)

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26.10.2011

Drague, mode d’emploi

Le texte ci-dessous a été mis en ligne le 26/10/2011 dans les colonnes du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be):

Présenté par son auteur – si brillant et ô combien regretté – comme un « manuel de séduction à l’usage des hommes », Le Petit Don Juan de Jean Dutourd (1920-2011) qui vient de reparaître aux Éditions Soliflor à Bruxelles (publié en 1950, l’ouvrage était épuisé depuis des lustres mais il n’a pas pris une ride) constitue un véritable festival d’humour subtil et d’intelligence exacerbée, qualités dont ce grand académicien français fit montre de longues années durant, notamment dans ses chroniques vachardes du règne de François Mitterrand mais aussi en participant régulièrement aux « Grosses Têtes » de Philippe Bouvard, la plus populaire et la plus pérenne de toutes les émissions radiophoniques de l’Hexagone depuis l’invention de la TSF.

Se donnant comme un cours de stratégie de la séduction (« Quand on ne naît pas séduisant, on n'a pas d'autre choix que de le devenir »), son petit opus envisage tous les aspects de la drague avec une lucidité cynique qui n’a d’égale que l’efficacité roublarde… et l’ironie corrosive.

La preuve ?

Ces quelques lignes traitant de l’usage de la flatterie à l’égard des dames :

« Seules les flatteries énormes, impudiques, incroyables sont efficaces. Les autres, les subtiles, les sincères ne servent à rien : elles passent inaperçues.

Voici quelques modèles de flatteries vraiment productives :

a) “Comme vous êtes belle.” (Se dit d'emblée, avant toute autre considération. Comparable au pilonnage de l'artillerie avant l'attaque. Frappe de stupeur. N'est jamais mis en doute. Se complète par : “Vous, les femmes ne doivent pas vous aimer beaucoup.”)

b) “Vous êtes la femme la plus intelligente d'Europe.” (Ne peut guère se dire avant une petite demi-heure de conversation. L'amener par deux ou trois remarques de cet ordre : “Moi, je serais incapable d'aimer une femme bête.” “Je vous écoute depuis un quart d'heure : vous n'avez pas dit une seule bêtise.”)

c) “Vous avez un instinct infaillible.” (Se dit dans tous les cas, absolument. D'un effet certain.)

d) “Au fond, vous avez un caractère d'acier.” (S'accompagne ordinairement de : “Tout plie devant vous, rien ne vous résiste, etc.”)

e) “Je vous crois capable de férocité terrible comme de bonté surhumaine.” (Pourquoi pas, hein ?)

Ceci doit être prononcé avec le plus grand sérieux et appuyé de regards honnêtes. Vous êtes saisi. On ne pense pas à plaisanter quand on est saisi. »

Tant il est vrai, comme l’assurait le Dom Juan de Molière en 1665, que « l'hypocrisie est un vice à la mode et tous les vices à la mode passent pour vertus. »

Et que rien n’a vraiment changé sous le soleil !

Sauf la perspicacité féminine, bien entendu…

PÉTRONE

Le Petit Don Juan par Jean Dutourd, préface de François Taillandier, illustrations de Maurice Henry, Bruxelles, Éditions Soliflor, octobre 2011, 168 pp. en quadrichromie au format 15 x 15 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 15 €

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27.09.2011

Ridiculus politicae

Rassemblant le fruit du travail d'une vie de collectionneur, les Perles parlementaires de Paul Quimper, dont la 3édition vient de paraître aux Éditions Horay à Paris (elles intègrent des bourdes proférées sous la Ve République), brillent de mille feux, ceux de l'éloquence débridée des élus de la Nation quand ils se laissent emporter par le verbe… ou par le fond de leur pensée.

 

Le résultat en est souvent cocasse, voire surprenant :

 

« En République, tous les citoyens sont égals. UNE VOIX A DROITE : Et fraternaux ! »

 

« Les socialistes ont toujours respecté Victor Schoelcher. J'ai d'ailleurs lu avec beaucoup d'intérêt un livre : Il est minuit, docteur Schoelcher ! VOIX AU CENTRE ET A DROITE : Schweitzer !

– Nous n'avons pas la même prononciation. Vous avez celle du Nord, j'ai celle du Midi, mais laissez-moi continuer ! »

 

« En vous écoutant, Monsieur le Secrétaire d'État, j'ai compris que c'était un dialogue de sourds. »

 

« Je demande le maintien de la suppression du rétablissement de ce paragraphe. »

 

« Il faut arriver à recréer davantage d'homogénéité dans cette pyramide, qui n'est pas une pyramide mais un sablier, et la transformer en cylindre. »

 

« Les pays étrangers n'ont pas changé de place, ou alors très peu. »

 

« Les vapeurs d'où sort la foudre sont formées par les larmes de l'innocence. »

 

Des propos que n'eussent bien évidemment pas désavoués le maire de Champignac si cher au cœur d'André Franquin, le génial dessinateur des aventures de Spirou et Fantasio ni notre ami Jean-Pierre Verheggen, orfèvre en textes surréalistes !

 

Bernard DELCORD

 

Perles parlementaires par Paul Quimper, Paris, Éditions Horay, 3édition, septembre 2011, 120 pp. en noir et blanc au format 12 x 12 cm sous couverture brochée en couleurs, 5,90 € (prix France)

 

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21.09.2011

Funny, isn’t it?

Rassemblant plus de 1 600 histoires drôles inédites classées par rubrique, d'« Animaux » à « Vie conjugale », Le grand livre des histoires drôles 2012 par Mina & André Guillois paru chez Marabout à Paris constitue la nouvelle édition du recueil annuel (il existe depuis 15 ans) devenu le rendez-vous de la rentrée pour les amateurs d'humour varié et bon enfant.

Florilège :

–Je vous conseille, dit le serveur du restaurant, la dernière création du chef.

– Vous êtes sûr que c'est la dernière ?

– Absolument sûr. Dès qu'il en aura fini avec votre plat, le patron le flanque à la porte !

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Un homme d'affaires, qui ne sort pas du calcul dans lequel il s'est imprudemment lancé, demande à son assistante :

–Mademoiselle Karine, qu'enlèveriez-vous pour obtenir 6,25% de 300 000 euros ?

S hésitation, la jeune femme répond :

–Tout, sauf mes chaussures à talons.

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Au cours d'un talk-show à la télévision, un célèbre écrivain est interrogé :

– Aimez-vous la poésie ?

– Beaucoup.

– Avez-vous une œuvre préférée ?

– Oui, un poème de Rimbaud.

– Lequel ?

– Arthur, bien sûr…

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Ayant récemment aménagé, une femme téléphone à la supérette locale pour demander :

– À quelle heure fermez-vous ?

– À 20 heures, lui répond la patronne, mais mon mari et moi commençons à regarder les clients de travers à partir de 19 h 45.

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– La télévision a diffusé, hier soir, un excellent film d’Alfred Hitchcock, dit une femme à une voisine. Je n’avais pas vécu un pareil suspense depuis le jour où j’avais oublié mon sac chez ma meilleure amie, avec, à l’intérieur, ma carte d’identité mentionnant ma véritable date de naissance.

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Un mari bridé par sa femme se fâche pour une fois :

– Prends garde, lui dit-il. Si tu continues à m’exaspérer ainsi, tu risques de faire sortir la bête qui est en moi !

– Surtout pas, proteste-t-elle. J’ai toujours eu peur des souris…

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Une femme dit à son mari en lui désignant l’aspirateur qu’elle utilise chaque matin :

– Depuis dix ans que vous vivez dans la même maison, j’ai pensé que ce serait sympathique que vous fassiez connaissance…

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Il y en a, on en conviendra, pour tous les goûts !

Bernard DELCORD

Le grand livre des histoires drôles 2012 par Mina & André Guillois, dessins de Bridenne, Paris, Éditions Marabout, août 2011, 492 pp. en noir et blanc au format 21 x 15,8 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 15,99 € (prix France)

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11.09.2011

Tryphon Tournesol & Co

Le texte ci-dessous a été mis en ligne le 10/09/2011 sur le site des guides gastronomiques belges DELTA (www.deltaweb.be) :

Laurent Lemire, dans Les savants fous publié par les Éditions Robert Laffont à Paris, se penche avec délectation sur quelques-uns des innombrables dingos que l’on peut croiser au cœur du monde scientifique pris dans son acception la plus pointue…

Comme, par exemple, ce mathématicien de la Renaissance qui, ayant calculé la date de sa mort et ne voyant rien venir ce jour-là, se suicida pour ne pas perdre la face – et donc confirma sa prédiction… –, ou son confrère d’aujourd’hui qui réserve toujours deux chambres à l'hôtel – une pour lui, une pour son fantôme ; ou comme ce schizophrène qui a reçu en 1994 le prix Nobel d'économie, alors que quelques années plus tôt, il se prenait pour l’empereur de l’Antarctique ; ce médecin qui préconisait la marche à reculons pour régler les problèmes sociaux ; cet autre qui s'acharna à démontrer que le Christ était un paranoïaque issu d'une famille alcoolique ; ce moine qui inventa des machines volantes dans une geôle du Moyen Âge ou encore ce physicien qui a disparu dans une autre dimension...

Quant à l’homme le plus intelligent du monde actuel, Grigory Perelman, un Russe né en 1966, il a démontré l’exactitude de la fameuse conjecture de Poincaré (« une forme quelconque peut constituer une sphère à trois dimensions »). En conséquence, en 2006, il a obtenu la médaille Fields – considérée comme le prix Nobel de mathématiques –, ainsi que, en 2010, le prix du millénaire décerné par l'Institut de mathématiques Clay à Boston, alors que c’est un « geek » aux allures de Raspoutine vivant dans la misère et dans la crasse avec sa vieille maman, qui a refusé la médaille et le million de dollars lié à sa découverte et qui ne publie ses travaux que sur Internet…

D'Archimède à nos jours, en passant par le physicien anglais Newton, les mathématiciens français Chasles (qui, grand collectionneur d’autographes, acheta à prix d’or une lettre de Cléopâtre à César rédigée en vieux français…) et américain Post (qui écrivit dans son journal, en date du 3 novembre 1950 : « Je crois que New York risque d’essuyer un bombardement atomique cette nuit, je ne pense pas que cela affectera ma santé »), voici donc une histoire délirante des sciences ressuscitant des personnages fantasques, bizarres et surprenants, qui ont tout bousculé, fait rire ou scandalisé, mais dont chacun a participé, à sa manière, à la grande aventure collective du progrès...

Bernard DELCORD

Les savants fous par Laurent Lemire, Paris, Éditions Robert Laffont, février 2011, 240 pp. en noir et blanc au format 13,5 x 21,5 cm sous couverture brochée en bichromie, 19 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié dans cet ouvrage déridant le portrait suivant :

En arrière, toute !

Dans cette galerie des grands illuminés, P. dit F. Lutterbach est le plus cintré. On ne sait pas s’il était médecin, ni même s’il se cachait sous un pseudonyme. En 1850, cet « homme encore vert, aux dehors un peu grêles, à l’œil un peu enfoncé, mais au sourire des plus aimables » publie un ouvrage dont le titre à rallonge donne le contenu et l’étendue de sa pathologie. Révolution dans la marche ou Cinq Cents Moyens naturels et infaillibles pour trouver le confortable, dans les différentes manières de marcher ; user sa chaussure selon sa volonté, ne pas la déformer, éviter les cors aux pieds ; ne pas se fatiguer en marchant, ainsi qu’en travaillant ; marcher avec assurance sur les chemins glissants ; ne pas se crotter, ou si l’on se crotte par une marche forcée, se décrotter à sec par un exercice agréable sans faire de poussière et sans détériorer l’étoffe ; redresser par la marche la démarche des boiteux, y compris jeux et exercices hygiéniques pour les personnes délicates de tout âge, conserver la vue et lui donner la force de soutenir l’éclat du soleil sans la fatiguer, enfin contribuer puissamment à sa santé, modérément à sa gaîté et quelque peu à sa beauté, rien que par son propre mouvement. Ouf !

La grande idée de Lutterbach, la seule, c’est la marche. Il s’est même fait une spécialité de la marche… en arrière. Pour le bien nommé Lutter(back), cette méthode est susceptible de régler bien des problèmes de santé, sans compter les problèmes sociaux. « L’idée de marcher en arrière peut paraître étrange au caractère français, et ne devoir présenter aucune importance. Cependant, si l’on se reporte aux temps de notre plus grande gloire militaire, on verra que quelques-uns de nos généraux de l’Empire se sont immortalisés en faisant des retraites savantes. On concevra toute l’importance que l’on doit apporter dans l’exercice de la marche en arrière, en considérant qu’en cas de retraite, plus en marchant l’on pourra faire face à l’ennemi, plus tôt on sera prêt pour saisir le moment de l’attaque. » On dirait du Pierre Dac. Sauf que l’humour et le non-sens sont ici involontaires, ce qui est encore plus drôle.

Cette amélioration du monde par la marche en arrière, Lutterbach ne la conçoit pas qu’en temps de guerre. « Indépendamment de l’utilité qu’il y aurait à améliorer la marche en arrière pour les temps de guerre, qui pour le bien de l’humanité ne devraient plus se représenter, ne serait-elle pas aussi fort utile en temps de paix ? En effet, n’avons-nous pas vu des officiers de la garde nationale, peu exercés aux évolutions militaires, qui au détour des rues, marchant en arrière pour commander cette manœuvre à leur troupe, ont donné du talon contre le trottoir, et après avoir fait de vains efforts pour se retenir, se sont vus forcés de perdre l’équilibre. »

Pour ce doux dingue, l’équilibre du monde pourrait venir de notre capacité à aller de l’avant, mais à reculons…

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12:25 Écrit par Bernard dans Histoire, Humour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |