10/04/2018

« Quand on n'aime pas trop, on n'aime pas assez. » (Roger de Bussy-Rabutin, 1618-1693)

Le Grand Siècle déshabillé.jpg

Auteur d'une Anthologie de la poésie érotique française (Fayard, 2004), Jean-Paul Goujon a assuré l'édition de l'Œuvre érotique de Pierre Louÿs. Il est l'auteur de diverses biographies dont celles de Léon-Paul Fargue (Gallimard, 1997, Grand Prix de la biographie de l'Académie française) et de Pierre Louÿs (Fayard, 2002, prix Goncourt de la biographie).

Il a fait paraître aux Éditions Robert Laffont, dans la célèbre collection « Bouquins », une compilation de textes intitulée Le Grand Siècle déshabillé – Anthologie érotique du XVIIe siècle,

Voici ce qu’il en écrit :

« Loin d'être une époque solennelle et froide, le Grand Siècle se révèle, d'un bout à l'autre, comme ardemment érotique. Sans doute moins connu que le libertinage du siècle suivant, cet érotisme prend des formes multiples, parfois surprenantes, en s'affirmant comme une sorte d'antidote à tous les pouvoirs, moraux, politiques et religieux. La veine populaire s'exprime de façon explosive et hilarante dans les facéties, les "chansons folâtres", les "contes à rire", puis, sous la Fronde, les violentes mazarinades, tandis que les "chansons de cour" brocardent sans pitié les amours des courtisans.

On voit à cette même époque surgir les premiers grands textes érotiques de notre littérature : les Confessions de Bouchard, L'École des filles, Le Bordel des Muses de Le Petit. Les écrits d'ecclésiastiques montrent que l'Église elle-même n'échappe pas à ces hantises. Objets de scandale, le saphisme et l'homosexualité masculine sont présents aussi bien dans l'œuvre des poètes que dans les anecdotes relatées par les chroniqueurs ou les rapports de police.

Certaines obsessions, en particulier la scatologie, sont perçues et exaltées comme autant d'hérésies. Les multiples amours de Louis XIV témoignent que ce souverain, loin d'être une exception, exprimait parfaitement les goûts de son siècle tout enivré d'amour et de sensualité.

Nombre de textes ici rassemblés sont peu connus, sinon ignorés, et certains n'avaient même jamais été réédités. Ils sortent ainsi du purgatoire sans rien perdre de leur verve trouble et sulfureuse. »

Et franchement paillarde !

Bernard DELCORD

Le Grand Siècle déshabillé – Anthologie érotique du XVIIe siècle, édition établie, annotée et présentée par Jean-Paul Goujon, Paris, Éditions Robert Laffont, collection « Bouquins », mai 2017, 1024 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 30 € (prix France)

Extraits (softs) :

 

Salomon de Priezac, Sur un amant qui fit un pet en présence de sa maîtresse (1650)

 

Un jour chez Alidor, un galant malheureux

Faisant l'expression de son zèle amoureux,

Frappa d'un petit vent l'oreille de sa Dame :

Mais holà ! lui dit-il, qui s'en moque est un fou,

Car dans le désespoir et l'ardeur qui m'enflamme,

Pourvu que je soupire, il n'importe par où.

 

Le Cabinet satyrique (1618)

 

POUR ÉCRIRE SUR LE LUTH D'UNE DEMOISELLE. SONNET

 

Si votre main blanche et légère

Anime et donne au luth la voix,

Jugez ce qu'elle pourrait faire

D'un autre instrument que de bois.

 

Croyez, belle ménestrière,

Pendant que vous avez le choix,

Remuez un peu le derrière,

Et non pas si souvent les doigts.

 

Le luth pour un temps vous peut plaire,

Mais ce plaisir ne dure guère :

Il ennuie et lasse parfois ;

 

Mais un vit fait tout le contraire,

Car son entretien ordinaire

Fait que les ans semblent des mois.

 

                                   ANONYME

04/04/2018

La fin d'un monde...

Qu'est-il arrivé à l'Empire romain.jpg

Né en 1938, Jean-Christian Lambelet est professeur honoraire à l’Université de Lausanne où il a enseigné la macroéconomie, l’histoire économique et les méthodes quantitatives jusqu’en 2004. Il est l’auteur d’une quinzaine de livres et d’environ deux cents études et articles en économie, en histoire et en science politique.

Il a fait paraître chez Slatkine à Genève un essai solidement argumenté intitulé Qu'est-il arrivé à l'Empire romain ? – Essai d'explication par un économiste dans lequel il se penche avec sagacité sur le faisceau de causes qui a provoqué la chute du plus grand État antique d’Occident.

Écoutons-le :

« De récentes données quantitatives conduisent à une nouvelle interprétation de la trajectoire de l’Empire romain, une interprétation qui fait aussi appel à des concepts analytiques modernes tels que la globalisation, le progrès technologique ou la notion de coût fixe.

Au point de départ, la supériorité militaire de Rome lui a permis d’unifier le monde antique. Une première phase d’expansion a été essentiellement prédatrice, mais elle allait céder la place à une période d’intégration économique et politique. Il en est résulté une vaste zone d’échanges économiques, une explosion du commerce à moyenne et longue distance et une forte poussée des activités économiques. La diffusion de divers procédés de production a aussi contribué à cet essor.

Ces diverses sources de croissance se sont taries dès le Ier siècle. On se serait donc attendu à ce que l’essor économique initial soit suivi par une phase de “stagnation séculaire”. Mais c’est alors que l’économie et le monde romains ont été frappés par un choc négatif soudain et brutal : la peste des années 165-185, dont l’impact a été dévastateur.

Cette pandémie allait déclencher un cercle vicieux lié en premier lieu à la sécurité extérieure. Pour faire face aux menaces pesant sur un empire hypertrophié, des forces armées de taille commensurable étaient indispensables. Les légions constituaient donc un très important “coût fixe”, lequel est devenu toujours plus lourd au fur et à mesure que la base économique de l’Empire s’affaiblissait ; avec pour résultat des finances publiques toujours plus déséquilibrées, une inflation toujours plus forte due à la monétisation des déficits, une pression fiscale toujours plus lourde et des taux d’intérêt toujours plus élevés. D’où la phase de déclin dans laquelle une contraction économique continue alliée à un système politique instable a débouché sur la disparition de l’Empire d’Occident.

D’autres explications du déclin de l’Empire, comme un empoisonnement collectif par le plomb, une poussée irrésistible des peuples “barbares” ou l’influence débilitante du christianisme, sont examinées.

La question est enfin discutée de savoir si la trajectoire de l’Empire peut comporter des enseignements pour notre propre époque. »

Et la réponse est : « Oui ! »

Bernard DELCORD

Qu'est-il arrivé à l'Empire romain ? – Essai d'explication par un économiste par Jean-Christian Lambelet, Genève, Éditions Slatkine, collection « Histoire, politique et économie internationale », février 2018, 254 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 23,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 29 € (prix France)

15:44 Écrit par Bernard dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/04/2018

Nouveau keynésianisme…

Économie du secteur public.jpg

Fier d’avoir pu apporter une modeste pierre éditoriale à l’édification de ce monument, j’ai le plaisir de vous annoncer la parution aux Éditions De Boeck supérieur à Louvain-la-Neuve de la traduction française de la quatrième édition américaine de l’essai de Joseph Eugene Stiglitz, Prix Nobel d’économie 2001 [1], assisté dans sa rédaction par Jean-Dominique Lafay [2] et Jay Rosengard [3], intitulé Économie du secteur public, la bible la plus actuelle en matière de gestion de l’État en Occident.

En voici le prière d’insérer :

« Le secteur public occupe une place croissante dans les économies nationales, notamment dans les pays européens, où il dépasse parfois 50% du PIB. Pour cette raison, la science économique s'intéresse de plus en plus à la logique des décisions publiques. Comment l'État sélectionne-t-il les programmes à mettre en œuvre ? Quel rôle joue-t-il dans la société ? Est-il capable de concevoir un système de taxes à la fois efficace et équitable ? Dans le secteur public, l'idéologie et la politique peuvent facilement prendre le pas sur le rationnel, sinon sur le raisonnable.

Pour comprendre et prévoir les options retenues dans ce cadre, il a été nécessaire de construire une analyse fondée sur des bases scientifiques rigoureuses. C'est ainsi qu'a vu le jour, au cours du dernier demi-siècle, une économie publique nouvelle, au sein de laquelle l'étude des comportements politiques est devenue essentielle. Joseph Stiglitz, Jean-Dominique Lafay et Jay Rosengard mettent à profit leur expertise pour faire partager au lecteur cette problématique clé de l'économie du secteur public.

Claire et accessible, cette version française de la quatrième édition américaine s'adresse particulièrement aux étudiants en économie, de niveau licence 2 à master 2, mais aussi à l'ensemble des économistes, ainsi qu'à tous ceux qui s'intéressent à cette discipline. »

Pointons au passage les chapitres consacrés aux soins de santé aux États-Unis permettant de mieux saisir la politique yankee en la matière (systèmes de Medicare, Medicaid et Obamacare) et les débats qu’elle soulève…

Bernard DELCORD

Économie du secteur public par Joseph Eugene Stiglitz, Jean-Dominique Lafay & Jay Rosengard, révision scientifique de J.-F. Caulier, traduction française de la 4édition américaine par Françoise Nouguès, Louvain-la-Neuve, Éditions De Boeck supérieur, collection « Ouvertures économiques », mars 2018, 1 088 pp. en noir et blanc au format 17 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 55 €

TABLE DES MATIÈRES

PARTIE I – RÔLE ET TAILLE DU SECTEUR PUBLIC

Chapitre 1 Les fonctions du secteur public

Chapitre 2 La taille du secteur public

PARTIE II – LES FONDEMENTS DE L’ÉCONOMIE DU BIEN-ÊTRE

Chapitre 3 L’efficacité du marché

Chapitre 4 Les défaillances du marché

Chapitre 5 Biens publics et biens privés fournis publiquement

Chapitre 6 Externalités et environnement

Chapitre 7 Efficacité et équité

PARTIE III – LA THÉORIE DES DÉPENSES PUBLIQUES

Chapitre 8 La production publique de biens et services

Chapitre 9 L'analyse des choix publics

PARTIE IV – LA DÉPENSE PUBLIQUE EN PRATIQUE

Chapitre 10 Les dépenses publiques : un cadre d’analyse

Chapitre 11 L’évaluation des dépenses publiques

Chapitre 12 Défense, recherche et technologie

Chapitre 13 Économie de la santé

Chapitre 14 Économie de l'éducation

Chapitre 15 Programmes de bien-être social et redistribution du revenu

Chapitre 16 L'assurance sociale

PARTIE V – THÉORIE DE LA FISCALITÉ

Chapitre 17 Introduction à la fiscalité

Chapitre 18 L'incidence fiscale

Chapitre 19 Impôt et efficacité économique

Chapitre 20 Fiscalité et optimum

Chapitre 21 La fiscalité du capital

PARTIE VI – LA FISCALITÉ EN PRATIQUE

Chapitre 22 L'impôt sur le revenu des personnes

Chapitre 23 L'impôt sur le revenu des sociétés anonymes

Chapitre 24 Manuel de l'évitement fiscal

Chapitre 25 Les réformes du système fiscal

PARTIE VII – AUTRES SUJETS IMPORTANTS

Chapitre 26 Les relations budgétaires entre les niveaux de gouvernement

Chapitre 27 Dépenses et impôts subnationaux

Chapitre 28 Déficits budgétaires et dette publique

 

[1] Joseph Eugene Stiglitz (°1943) est professeur à l'Université Columbia, après avoir enseigné aux universités de Princeton, Yale, Oxford et Stanford. Lauréat du prix Nobel d'économie 2001, il est l'auteur de centaines d'articles et de livres scientifiques, notamment de Principes d'économie moderne (De Boeck Supérieur), manuel "bestseller" destiné aux étudiants de premier cycle. Joseph Stiglitz a occupé d'importantes fonctions comme président du Council of Economic Advisers, sous la présidence de Bill Clinton, puis comme "économiste en chef" de la Banque mondiale.

[2] Jean-Dominique Lafay (°1944) est professeur émérite à l'Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne et ancien directeur du Laboratoire d'économie publique, auteur de nombreux livres et articles scientifiques consacrés aux décisions publiques et aux interactions entre économie et politique. Il a exercé des fonctions administratives nationales, notamment celles de directeur scientifique pour le droit et l'économie et de vice-chancelier des universités de Paris.

[3] Jay Rosengard est lecturer (chargé de cours) à la Kennedy School de l'Université Harvard, où il enseigne les politiques publiques. Il est également directeur académique de plusieurs programmes, notamment au Mossavar-Rahmani Center (concernant le secteur financier de cette institution). Il possède une longue expérience internationale des politiques de développement (en matières monétaire, financière, budgétaire et d'administration publique).

13:24 Écrit par Bernard dans Essais | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28/03/2018

« La peinture me harcèle et me tourmente de mille manières, comme la maîtresse la plus exigeante. » (Eugène Delacroix)

Delacroix– Peindre contre l'oubli.jpg

Historien et critique d'art, Stéphane Guégan est conseiller scientifique auprès de la Présidence du musée d'Orsay. Commissaire de nombreuses expositions (Delacroix, Ingres, Chassériau, Manet), il est l'auteur de plusieurs livres sur la peinture et la littérature des XIXe et XXsiècles, du romantisme de 1830 à Gauguin, Derain et Picasso.

À l’occasion de l’exposition Delacroix (1798-1863) présentée du 29 mars au 23 juillet 2018 au musée du Louvre à Paris en association avec le Metropolitan Museum of Art de New York, il a fait paraître aux Éditions Flammarion un essai magistral intitulé Delacroix– Peindre contre l'oubli.

Réunissant 180 œuvres, la rétrospective du Louvre relève un défi resté inédit depuis l’exposition parisienne qui commémorait en 1963 le centenaire de la mort de l’artiste.

Malgré sa célébrité, il reste encore beaucoup à comprendre sur la carrière de Delacroix. L’exposition propose une vision synthétique renouvelée, s’interrogeant sur ce qui a pu inspirer et diriger l’action prolifique de l’artiste, et déclinée en trois grandes périodes.

La première partie traite de la décennie 1822-1832 placée sous le signe de la conquête et de l’exploration des pouvoirs expressifs du médium pictural ; la deuxième partie cherche à évaluer l’impact de la peinture de grand décor mural (activité centrale après 1832) sur sa peinture de chevalet où s’observe une attraction simultanée pour le monumental, le pathétique et le décoratif ; enfin, la dernière partie s’attache aux ultimes années, les plus difficiles à appréhender, caractérisées par une ouverture au paysage et par un nouveau rôle créateur accordé à la mémoire.

Les écrits de l’artiste viennent enrichir et compléter la redécouverte de ce génie en constant renouvellement [1].

Écoutons Stéphane Guégan :

« Le romantisme n'enjolive pas le monde, il le dévoile ou le réincarne à travers ses fictions, ses voyages et ses passions. Il dit le réel en saisissant l'imagination. Delacroix (1798-1863) fut la flamme de ce romantisme-là, embrassant et embrasant les grands thèmes qui le définissent.

La politique, l'Orient, l'Éros, le sacré, Dante ou Shakespeare agissent, chez lui, d'une façon neuve, poétique, duelle, contagieuse.

Eugène Delacroix, L’Assassinat de l’évêque de Liège, (1830, musée du Louvre)..jpg

Eugène Delacroix, L’Assassinat de l’évêque de Liège, (1830, musée du Louvre).

Ce peintre qu'on dit coupé du présent et des femmes, en retrait de l'actualité et de ses désirs, fixe son époque comme nul autre. La chute de l'Empire et les révolutions du siècle ont laissé des traces profondes sur ses caricatures, souvent tues, et sur sa peinture, arrimée au combat démocratique. Le règne du "beau idéal" s'effondre...

Mais Delacroix est aussi l'homme d'un héritage assumé : David et son énergie virile, Guérin et ses noirceurs ont nourri sa jeunesse ; Géricault l'a durablement électrisé, et Gros l'a précipité dans la guerre moderne, de la Grèce au Maroc.

Jamais très loin, Raphaël, Titien, Michel-Ange, Rubens et Rembrandt entraînent aussi l'œuvre au-delà d'elle-même. »

Accompagné de 150 illustrations, son bel ouvrage rend compte d'une vie et d'une carrière. Il explore surtout le fonctionnement d'une triple mémoire, affective, culturelle et républicaine, au cœur d'une aventure picturale qui glisse vers Manet, Cézanne, Gauguin et Picasso.

Bernard DELCORD

Delacroix– Peindre contre l'oubli par Stéphane Guégan, Paris, Éditions Flammarion, mars 2018, 264 pp. en quadrichromie au format 22,3 x 27,8 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 35 € (prix France)

INFORMATIONS PRATIQUES

Musée du Louvre

Place du Carrousel

F-75058 Paris

Dates :

du 29 mars au 23 juillet 2018

Lieu :

Hall Napoléon

Tarifs :

Billet unique (collections permanentes et expositions) : 15 € sur place.

Horaires :

Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 9 h à 18 h.

Nocturnes les mercredi et vendredi jusqu’à 21 h 45.

Renseignements :

Tél. 00 331 40 20 53 17

Pour s’y rendre :

– En métro : lignes 1 et 7, station "Palais-Royal/Musée du Louvre" ; ligne 14, station "Pyramides".

– En bus : bus n° 21, 24, 27, 39, 48, 68, 69, 72, 81, 95.

– En voiture : un parc de stationnement souterrain est accessible par l'avenue du Général-Lemonnier, tous les jours de 7 h 00 à 23 h 00.

– En Batobus : Escale "Louvre", quai François-Mitterrand.

 

[1] Source : https://www.louvre.fr/expositions/delacroix-1798-1863

22:38 Écrit par Bernard dans Arts, Beaux Livres, Expositions | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/03/2018

« Trempa-t-elle au complot de ses frères perfides ? » (Jean Racine, Phèdre [1677], I, 1)

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Auteur de divers essais passionnants parmi lesquels on pointera, aux Éditions Racine à Bruxelles, Treize livres maudits, Les Illuminati, La religion d’Hitler ou encore Hitler et la franc-maçonnerie, le philosophe et historien belge Arnaud de la Croix (°1959) s’est penché, chez le même éditeur, sur 13 complots qui ont fait l’histoire, à savoir :

– 63 avant Jésus-Christ : la conjuration de Catilina

– 44 avant Jésus-Christ : l’assassinat de César

– 64 après Jésus-Christ : le grand incendie de Rome

– 1348 : la peste noire

– XVIe et XVIIe siècles : le pacte diabolique

– 1605 : la Conspiration des poudres

– 1776, 1789 et au-delà : Illuminati, francs-maçons et Skull & Bones

– 1901 : le « complot juif mondial »

– 1939-1945 : la Seconde Guerre mondiale fut-elle un complot nazi ?

– 1950-1954 : le « complot communiste » en Amérique

– 22 novembre 1963 : l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy

– 1982-1985 : les tueurs du Brabant

– Le 11 septembre 2001

des machinations réelles ou supposées qui ont durablement marqué les esprits avec leur lot d’inventions débridées et de manipulations plus ou moins subtiles teintées, selon les cas, de xénophobie, de racisme, d’antisémitisme, d’antimaçonnisme ou d’anticommunisme.

En confrontant les témoignages, les documents officiels et les recherches les plus actuelles, cet essai robustement bâti et préfacé par Michel Hermans [1] apporte des réponses claires, ouvre sur des réflexions critiques et remet en perspective la notion même de complot [2].

Ajoutons que si l’auteur a choisi de traiter treize affaires, c’est en raison des connotations de ce nombre (les « treize à table » de la Dernière Cène le Jeudi saint pour les chrétiens et le choix par le roi de France Philippe IV de procéder à l’élimination des templiers le vendredi 13 octobre 1307).

Il aurait aussi pu écrire que pour les kabbalistes, le nombre 13 est la signification du serpent, du dragon, de Satan et du meurtrier…

Bernard DELCORD

13 complots qui ont fait l'histoire par Arnaud de la Croix, préface de Michel Hermans, Bruxelles, Éditions Racine, mars 2018, 183 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,95 €

[1] Michel Hermans est politologue, licencié en science politique et administration publique de l'Université de Liège et docteur en science politique de l'Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

[2] Complot : projet concerté secrètement afin de fomenter un coup d'État, un putsch, une guerre d'agression, un attentat, une révolution.

20:08 Écrit par Bernard dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

« Le passé, du futur est le meilleur prophète. » (Lord George Gordon Byron)

Tout sur l'archéologie.jpg

Développant en 7 chapitres rédigés par des sommités scientifiques un corpus particulièrement varié, l’ouvrage collectif intitulé Tout sur l'archéologie – Panorama des sites, des découvertes et des objets remonte à la nuit des temps pour parcourir les époques et les continents et faire découvrir d’un œil nouveau, en se fondant sur les technologies les plus actuelles (télédétection par laser, méthodes de datation relative et absolue, analyses isotopiques, recours à l’ADN et au scanner…), des trésors que l’on croyait bien connaître, depuis les grottes de Lascaux jusqu'à Angkor Vat, en passant par le tombeau de Toutankhamon, Persépolis, Pompéi et Herculanum, Cuzco, l’île de Pâques ou l'armée de terre cuite chinoise.

Une grande diversité de sites sont parcourus en détails, depuis les ensembles religieux spectaculaires enfouis dans les déserts et les jungles jusqu'à la révolution industrielle.

Au passage, les auteurs répondent à des questions d’une grande diversité : comment l'homme est-il devenu ce qu'il est aujourd'hui ? Comment les États se sont-ils formés ? Qu'est-ce que l'archéologie peut nous révéler des conflits passés ? Que sont le Grand Zimbabwe, Rapa Nui, Stonehenge et Jéricho ? Qui étaient les seigneurs de Sipan ? Que révèle la culture de Nok ? Que nous apprennent les bateaux vikings de Roskilde ? Comment l’archéologie a-t-elle réfuté le mythe de la fin de la bataille de Little Big Horn (1876) et de la mort du général Custer ?

Et ils fournissent bien entendu tous les outils indispensables : repères chronologiques, illustrations détaillées, glossaire, index...

Bernard DELCORD

Tout sur l'archéologie – Panorama des sites, des découvertes et des objets, ouvrage collectif sous la direction de Paul Bahn, avant-propos de Brian Fagan, traduction de l’anglais par Julie Debiton avec Elina Gakou Gomba, Paris, Éditions Flammarion, collection « Tout sur… », mars 2018, 576 pp. en quadrichromie au format 17,2 x 24,5 cm sous couverture Intégra en couleurs, 35 € (prix France)

17:03 Écrit par Bernard dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/03/2018

L’étude magistrale d’un sujet touchy…

Léopold II, potentat congolais – L'action royale face à la violence coloniale.jpg

Adapté de sa thèse de doctorat en histoire défendue en 2015 à l’Université catholique de Louvain-la-Neuve, l’ouvrage de Pierre-Luc Plasman intitulé Léopold II, potentat congolais – L'action royale face à la violence coloniale (Bruxelles, Éditions Racine) est l’étude magistrale d’un sujet particulièrement délicat, comme l’indique son maître, le professeur Michel Dumoulin, dans sa préface :

« Une abondante littérature existe désormais aussi bien à propos du deuxième roi des Belges qu'à celui de l'État indépendant du Congo (EIC), dont il fut le souverain entre 1885 et 1908. Mais qui dit quantité ne dit pas nécessairement qualité, et ce, quelle que soit l'orientation des auteurs. Les uns, confondant enquête historique et réquisitoire implacable prononcé au nom de la morale de notre temps, accumulent les clichés et les contre-vérités. Les autres, nostalgiques du temps colonial, confèrent à leur mémoire le statut de source de la vérité historique. Dès lors, faut-il même souligner combien tout discours soucieux d'échapper au simplisme est rendu quasiment inaudible du fait du tumulte provoqué par l'instrumentalisation du passé au nom de la repentance par les uns, des bienfaits de la colonisation et du gâchis de la décolonisation par les autres ?

Sans prétendre détenir LA vérité, Pierre-Luc Plasman, s'appuyant sur les travaux souvent pionniers d'illustres prédécesseurs et exploitant une masse impressionnante de sources inédites, publiques et privées, ainsi que de non moins nombreuses sources imprimées, vise deux objectifs. Le premier, pour faire bref, consiste à étudier la naissance et le développement des rouages de l'EIC. Le second relève du souci de comprendre pourquoi le régime léopoldien a été synonyme d'une très grande violence épousant diverses formes.

Léopold II, jadis présenté comme un géant au génie incompris de ses contemporains aussi mesquins que dépourvus d'ambition pour leur patrie, l'est, aujourd'hui, comme un sinistre génocidaire. Cette opposition radicale entre deux représentations, la seconde l'emportant désormais largement sur la première, a limité l'étude de la substance et des formes du régime léopoldien à la portion congrue. Comme si la volonté du roi des Belges avait été la seule et unique source d'inspiration du système progressivement mis en place. Or, s'il est évident que le Roi a sans cesse été à la recherche d'une colonie ou d'un domaine rémunérateur, il tombe sous le sens qu'il ne pouvait pas y parvenir “seul contre tous”. »

L’ouvrage aborde pour la première fois dans les détails et en chiffres le fonctionnement de l'État indépendant du Congo ainsi que le rôle précis de Léopold II en vue de mieux comprendre les atrocités liées à la récolte du caoutchouc commises par les acteurs sur place – « hauts fonctionnaires territoriaux et directeurs de sociétés abusant largement de leurs prérogatives, agents subalternes et sentinelles africaines intégrant la bestialisation de leur comportement dans leur cadre de travail » [1] – ainsi que les actions du souverain dans une voie réformatrice, mais aveuglée par le déni et prenant la campagne anti-congolaise pour l’expression d’une frustration de l’impérialisme anglais, alors que la source des abus résidait dans le système même d’exploitation de l’EIC.

Enfin, « aussi horribles soient-elles, (l)es violences de masse ne peuvent pas être qualifiées de génocidaires. De même, la moitié de la population congolaise n’a pas été exterminée. Il existe cependant bel et bien un déclin démographique dans lequel la terreur et la violence jouent un rôle primordial à côté d’autres facteurs, comme la dénatalité vénérienne. » [2]

Une vaste remise en place des idées reçues…

Bernard DELCORD

Léopold II, potentat congolais – L'action royale face à la violence coloniale par Pierre-Luc Plasman, préface de Michel Dumoulin, Bruxelles, Éditions Racine, novembre 2017, 246 pp. + un cahier photos de 8 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 24,95 €

 

[1] Page 226.

[2] Pages 226-227.

19:48 Écrit par Bernard dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |