11/04/2014

Kinshasa, à nous deux maintenant !

Congo Inc..jpg

Le texte ci-dessous a paru dans la livraison du 11/04/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

Auteur des étonnantes et remarquables Mathématiques congolaises parues en 2008 chez le même éditeur, In Koli Jean Bofane remet le couvert avec Congo Inc. publié en Arles chez Actes Sud, un roman sous-titré Le testament de Bismarck dans lequel l'auteur narre avec une verve et un humour tout africains les tribulations d'un Rastignac pygmée quittant son village natal pour se faire une place au soleil de Kinshasa à l'ère d'Internet et de la mondialisation.

Sur son chemin, il croise la faune humaine qui fait le sel, mais aussi le malheur de l'actuelle RDC : des enfants des rues, un commerçant chinois madré et sans scrupules, un ancien chef de guerre voulant renouer avec le meurtre et la rapine, une universitaire belge ayant des vapeurs pour les jeunes Africains bien bâtis, un pasteur grigou qui organise des loteries pro magna dei gloria, une péripatéticienne œuvrant pour le repos des guerriers onusiens, des multinationales qui mettent le pays en coupe réglée...

Le zoo humain d'un pays « où les hommes ne cessent d'offrir des preuves de leur concupiscence, de leur violence, de leur bêtise et de leur cynisme ».

Mais, plus fort encore, l'auteur ouvre des pistes pour remédier à la situation, avec une lucidité, un talent, une détermination et une causticité dignes de tous les éloges !

Bernard DELCORD

Congo Inc. par In Koli Jean Bofane, Arles, Éditions Actes Sud, avril 2014, 299 pp. en noir et blanc au format 11,5 x 21,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 22 € (prix France)

 

14:39 Écrit par Bernard dans Littérature africaine | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/01/2013

Un humaniste souriant...

 Mémoires (Amadou Hampâté Bâ).gif

Anticipant involontairement la guerre qui déchirerait son pays, les Éditions Actes Sud en Arles ont fait paraître en mars 2012, dans leur belle collection « Thesaurus », les Mémoires du grand écrivain malien Amadou Hampâté Bâ né vers 1900 à Bandiagara (Mali) et mort le 15 mai 1991 à Abidjan (Côte-d'Ivoire). Au conseil exécutif de l'Unesco, où il siégeait, et à travers ses différents ouvrages, toujours consacrés à la tradition et aux civilisations africaines, il s'est rendu célèbre pour son inlassable activité au service des cultures orales.

Le prière d'insérer de l'ouvrage est d'une précision limpide :

« Voici, pour la première fois réunis en un unique volume, les Mémoires d'Amadou Hampâté Bâ, le grand défenseur des cultures orales africaines et du dialogue entre les civilisations. Ce témoignage (qui couvre les années 1900 à 1933), d'une ampleur et d'une richesse exceptionnelles, constitue certainement l'œuvre la plus importante de l'auteur.

Loin de s'attacher à la forme habituelle de l'autobiographie, Amadou Hampâté Bâ, servi par la prodigieuse mémoire des peuples de tradition orale, revisite les souvenirs d'une enfance et d'une adolescence bousculées par des événements familiaux et bientôt politiques.

Dans Amkoullel l'enfant peul, il présente ainsi la vie des Maliens (nourris de l'enseignement du français en même temps que des principes de l'Islam), alors aux prises avec les contraintes de la colonisation. On y voit défiler une étonnante galerie de portraits, d'Africains comme d'administrateurs français dépeints avec verve.

Au début du second volume, Oui mon Commandant !, l'auteur, alors âgé de vingt-deux ans, entame sa carrière au sein de l'administration coloniale. De Ouagadougou à la Haute-Volta, il apprend à côtoyer ses supérieurs hiérarchiques. C'est durant cette période qu'il se marie, fonde une famille et voyage en commençant à noter tous les récits oraux dont il deviendra peu à peu le dépositaire. L'ouvrage s'achève en 1933 lorsqu'à son retour au Mali, en homme mûri, il retrouve son maître Tierno Bokar.

À la fois roman d'aventures, document sociologique et vaste fresque historique, ces Mémoires portent la marque d'un humanisme et d'un esprit de tolérance qui leur confèrent une véritable dimension universelle et en font sans doute l'une des œuvres maîtresses d'Amadou Hampâté Bâ.

À travers ce témoignage unique, où l'humour surgit à chaque page, et où la curiosité et la soif de savoir sont omniprésentes, on peut comprendre la trajectoire qui mènera un jour l'enfant de Bandiagara jusqu'à l'Unesco où il lancera, pour appeler au sauvetage des traditions orales, la phrase que l'on sait : "En Afrique, quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle" ».

On ne peut mieux dire !

Bernard DELCORD

Mémoires par Amadou Hampâté Bâ, préface de Théodore Monod, photographies de Philippe Dupuich, Arles, Éditions Actes Sud, collection « Thesaurus », mars 2012, 854 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 28 € (prix France)

Pour vous, nous avons repris dans cet ouvrage plein de sagesse les quelques lignes suivantes :

PENSÉES

« Même s'il n'est qu'une petite mare de brousse, chacun d'entre nous peut essayer de maintenir pure et paisible l'eau de son âme, afin que le soleil puisse s'y mirer tout entier. »

« Sache ô néophyte !, que le savoir est plus précieux que l'ambre pur et le corail blanc. Il vaut mieux que l'or sans mélange et le diamant sans altération. Pourquoi ? Parce que le savoir est l'unique fortune que l'on peut entièrement donner sans en rien la diminuer. »

« Si tu sais que tu ne sais pas, tu sauras. Si tu ne sais pas que tu ne sais pas, tu ne sauras pas. »

« Même si l'or est enveloppé dans un chiffon souillé et jeté sur un "village d'ordures", cela ne diminue en rien la valeur de l'or. »

« Les caprins, ovins et bovins et leurs maîtres peuls sont presque frères. Mais à bien regarder les choses, ce sont les Peuls qui semblent avoir été créés pour servir le troupeau et non les bêtes pour profiter aux Peuls. »

« Qu'est-ce que Dieu sinon un potier, et en même temps un casseur de pots ? »

17:33 Écrit par Bernard dans Littérature africaine | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28/03/2012

Congo ya biso...

Le texte ci-dessous a été envoyé dans la newsletter de mars 2012 des guides gastronomiques DELTA avant d'être mis en ligne sur leur site (www.deltaweb.be) :

Né le 12 septembre 1937 à Léopoldville, Henri Lopès est un écrivain, homme politique et diplomate congolais (du Congo Brazzaville). Il a été Premier ministre de la République du Congo de 1973 à 1975. Depuis 1998, il est ambassadeur de son pays en France. En tant qu'écrivain, il est considéré comme l'un des représentants les plus connus de la littérature africaine moderne. En 1972, il fut lauréat du Grand prix littéraire d'Afrique noire de l'Association des écrivains de langue française pour son livre Tribaliques. En 1993, l'Académie française lui a décerné le Grand Prix de la Francophonie ; la même année, il est devenu docteur honoris causa de l'Université Paris XII et en 2002 de l'université de Québec.

Il vient de faire paraître aux Éditions Gallimard à Paris Une enfant de Poto-Poto, un roman très enlevé dont voici l'argument :

« "À la une, la photo d’une foule en liesse… En bas, dans le coin gauche, quelqu’un lève deux doigts. C’est Pélagie. À sa gauche, c’est moi, Kimia… C’était le 15 août 1960. La nuit de notre Indépendance… Pour Pélagie et moi, il s’agissait plus d’une occasion de réjouissance que d’une date historique." Suit le récit d’une amitié ente deux jeunes femmes que l’évolution de leur pays va séparer un temps. Amitié profonde, complexe, sillonnée de rivalités, de jalousie et, surtout, mue par une indéfectible solidarité au cœur d’un monde divisé.
Entre Pélagie et Kimia, un Moundélé, comme on appelle les Blancs, là-bas ! Mais ne serait-il pas, lui aussi, un enfant de Poto-Poto ?… Doublant l’intrigue amoureuse, une plongée dans les consciences de trois êtres dont les identités se forgent à la fusion des boues et des glaises des sols d’Afrique et d’ailleurs. À contre-courant des clichés, l’auteur, à l’écriture dépouillée, rapide, cinématographique, nous offre trois palpitants destins en perpétuels dialogues.
De l’Europe aux États-Unis, ce trio fiévreux de passion et d’intelligence reste uni par une aspiration commune, le désir de s’assumer et de se dépasser, que traversent les parfums et les saveurs du Congo dans les rythmes des rumbas du pays bantou. »

Un ouvrage qui, croyez-moi, balance drôlement et mérite incontestablement le détour !

Bernard DELCORD

Une enfant de Poto-Poto par Henri Lopès, Paris, Éditions Gallimard, collection « Continents noirs », janvier 2012, 264 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 17,50 €

Une enfant de Poto-Poto.gif

19:47 Écrit par Bernard dans Littérature africaine | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/02/2012

Vu d'Afrique

Grand Prix Littéraire de l'Afrique noire en 1998 pour son roman Bleu-Blanc-Rouge, Prix Renaudot 2006 pour Mémoires de porc-épic, Prix Georges Brassens 2010 pour Demain j'aurai vingt ans et professeur titulaire de littérature francophone depuis 2007 à l'Université de Californie à Los Angeles (la fameuse UCLA), l'écrivain congolais –du Congo-Brazzaville – Alain Mabanckou déborde de talent et jette sur la culture de langue française un regard empreint d'une profonde sagesse nourrie aux meilleures œuvres de l'africanité au sens large : celles de Frantz Fanon, Boubacar Boris Diop, Camara Laye, Ahmadou Kourouma, Sony Labou Tansi, Sami Tchak, Tchicaya U Tam'si, Victor Gary, James Baldwin...

Il apporte un sang neuf à la production française, et c'est tant mieux pour elle. Nous en voulons pour preuve son opus intitulé Écrivain et oiseau migrateur paru chez André Versaille à Bruxelles, dans lequel il a rassemblé des souvenirs et des réflexions sur ses rencontres, ses voyages, ses lectures, ses amitiés, qu'il narre avec une verve et un sens de la concision impressionnants.

Écoutons-le présenter son ouvrage :

« Mon pays d'origine, le Congo, possède une petite fenêtre qui donne sur la mer.

De là, gamin, je voyais passer toutes sortes d'oiseaux, certains pressés, d'autres à l'envol lourd. Parmi eux, les oiseaux migrateurs, qui planaient loin au-dessus de ma tête, me fascinaient. Lorsqu'ils se posaient sur les branches d'un arbre, le bec ouvert, je les observais contempler l'horizon, les ailes marquées par leur longue traversée. J'étais enfant et je voulais, moi aussi, devenir un oiseau migrateur.

Mais je suis devenu un écrivain, sans doute par compensation... Et la plupart de mes grands voyages sont nés des rencontres et des lectures que j'ai faites et qui m'ont construit. Dans ce livre, j'ai voulu dévoiler certaines pages de mon univers. La clé est dans la serrure : il suffit de la tourner, de pousser doucement la porte pour entrer dans ce jardin que j'arrose encore avec la foi du charbonnier.

On y trouvera l'ombre de ma mère, les éclats de rire de mes amis, une promenade silencieuse avec J-M G Le Clézio, et bien d'autres souvenirs. »

De grands bonheurs d'écriture !

Et de lecture...

Bernard DELCORD

Écrivain et oiseau migrateur par Alain Mabanckou, Bruxelles, Éditions André Versaille, collection « Chemin faisant », septembre 2011, 192 pp. en noir et blanc au format 12,3 x 21,4 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 17,90 €

Écrivain et oiseau migrateur.gif


 

19:28 Écrit par Bernard dans Littérature africaine | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27/06/2010

Un Nostradamus belge

Magistrat au Congo Belge (il fut conseiller à la cour d’appel d’Élisabethville, au Katanga) et illustre inconnu de l’histoire des lettres de langue française, l’Ixellois Paul Salkin (1869-1932) est l’auteur d’un roman époustouflant publié en 1926 chez Payot à Paris dans une collection scientifique, sorte d’apax visionnaire intitulé L’Afrique Centrale dans cent ans dans lequel il imagine, sur le mode du fantastique et de la science-fiction à la manière de chez nous, la situation de notre colonie au début du XXIe siècle. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’auteur a le regard perçant quand, avec 35 à 75 ans d’avance, en plus des troubles de la décolonisation, d’une guerre en Algérie, de la création de l’ONU et de l’instauration de l’Union européenne avec Bruxelles pour capitale, il pressent pour le Congo l’indépendance et son lot de révoltes, l’émergence des nationalismes régionaux, les tentations de « recours à l’authenticité » en butte à celles d’occidentalisation à tout va, le potopoto actuel des religions (dans un salmigondis de catholicisme, de protestantisme, de kimbanguisme, d’islam et d’animisme) et la mise au pas des uns et des autres par un pouvoir autoritaire…En 2002, à l’initiative de Marc Quaghebeur, cet ouvrage passionnant était reparu aux Archives et Musée de la Littérature à Bruxelles, avec une belle préface de l’historien congolais Isidore N’Daywel è Nziem (qui tient Paul Salkin pour un homme « doté d’une perception exacte des enjeux de l’histoire (…) tels que les perçoivent les Congolais contemporains »), mais ce retirage s’était épuisé rapidement. Or voilà qu’il ressort ces jours-ci chez le même éditeur, dans le cadre des manifestations diverses qui accompagnent le cinquantenaire de l’indépendance de la République Démocratique du Congo. Une belle initiative et une magnifique occasion de (re)découverte d’un texte abracadabrantesque !

Bernard DELCORD

L’Afrique Centrale dans cent ans
par Paul Salkin, avant-propos de Marc Quaghebeur, préface d’Isidore N’Daywel è Nziem, Bruxelles, Archives et Musée de la Littérature, mai 2010, 160 pp. en noir et blanc au format
14,8 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleur, 14 € (prix Belgique)

L’Afrique Centrale dans cent ans

16:21 Écrit par Bernard dans Littérature africaine | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

02/06/2010

Chut ! On shoote…

Saisissant l’opportunité de la mise en jeu de la Coupe du monde de football 2010 en Afrique du Sud, les Éditions JCLattès à Paris ont sorti un recueil collectif de nouvelles consacrées au ballon rond et rédigées par onze auteurs du continent sud-européen réunis autour d’Abdourahman A. Waberi dont nous avons déjà dit ici tout le bien que nous pensions de son amusant roman intitulé Aux États-Unis d’Afrique paru chez le même éditeur. Ce recueil s’intitule Enfants de la balle et on y trouve des textes passionnants, tantôt hilarants et tantôt tristes, d’écrivains venus d’Algérie (Yahia Belaskri & Anouar Benmalek), du Maroc (Laila Lalami), du Soudan (Jamal Mahjoub), du Togo (Kangni Alem) , du Nigeria (Uzor Maxim Uzoatu), de l’île Maurice (Ananda Devi) et d’Afrique du Sud (Mark Behr), sans oublier le Congo Brazzaville, bien entendu (Alain Mabanckou & Wilfried N’Sondé). Pour ce dernier pays, la contribution de Wilfried N’Sondé, Ballon de poussière, poignante à souhait, raconte les déboires d’un jeune Africain recruté par un chasseur de têtes (ou plutôt de pieds) nommé Pitt Van den Berg qui l’amènera en Belgique après lui avoir fait miroiter, pour mieux l’exploiter financièrement, un brillant avenir dans un grand club de la capitale européenne. L’histoire se termine en Allemagne, au chômage… Comme (presque) toujours !

Bernard DELCORD

Enfants de la balle
, Nouvelles d’Afrique, nouvelles de foot, ouvrage collectif, Paris, Éditions JCLattès, mai 2010, 218 pp. en noir et blanc au format 13 x 20,5 cm sous couverture brochée en bichromie, 17 € (prix France)

Enfants de la balle

15:57 Écrit par Bernard dans Littérature africaine | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |