04/03/2018

Au temps de la Belgique Joyeuse…

Expo 58, l'espion perd la boule.jpg

Prix Rossel 2013 pour son émouvant récit Monsieur Optimiste, l’avocat belge spécialiste du droit d’auteur Alain Berenboom (°1947) a publié chez Genèse Éditions à Bruxelles un polar historique intitulé Expo 58, l'espion perd la boule dans lequel on retrouve Michel Van Loo, son détective privé de prédilection, pour une plongée en immersion dans le monde barbouzard de la Guerre froide sur fond de chantier de l’exposition universelle de Bruxelles qui fut le point d’orgue des Golden Fifties.

Au menu de cet ouvrage teinté d’humour au second degré : l’Atomium, le meurtre d’un chef de chantier, un attentat à la bombe devant le pavillon américain, un savant hydrauliste, des espions venus du froid, des embrouilles au Moyen-Orient, la rue du Labrador chère à Hergé, le palis du Midi, la zwanze brusseleir, la Belgique de papa, des rebondissements inattendus, un style décalé…

Et la gueuze Mort Subite, indeed

Bernard DELCORD

Expo 58, l'espion perd la boule par Alain Berenboom, Bruxelles, Genèse Éditions, mars 2018, 272 pp. en noir et blanc au format 13,5 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 22,50 €

13:28 Écrit par Bernard dans Littérature générale | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/02/2018

Quand la plume rivalisait avec le pinceau…

Les dangers de la cour suivi de Alfred et de Victoria.jpg

Établie par Servane Dargnies [1] sous la direction de Dominique de Font-Réaulx [2] et parue chez Flammarion à Paris à l’occasion de deux grandes expositions [3], l’édition scientifique d’une pièce de théâtre – Les dangers de la cour – et de deux nouvelles – Alfred et Victoria – rédigées par le peintre Eugène Delacroix (1798-1863), considéré comme le principal représentant du romantisme pictural en France [4], constitue une surprise considérable.

Écoutons les éditrices :

« Artiste peintre majeur du XIXsiècle, Delacroix, nous le savons moins, fut également un écrivain remarquable, dont les qualités d'expression étaient  servies par une culture classique profonde et un sens aigu de la composition et de la narration. C'est à dix-sept ans à peine qu'il écrit ses premières lignes au moment où il entrait chez Pierre-Narcisse Guérin pour se former comme peintre. Le jeune homme hésite brièvement entre la carrière d'artiste et celle d'écrivain qu'il abandonne néanmoins pour se consacrer à la peinture qui lui était plus spontanée.

Chacun de ces trois écrits de jeunesse met en scène de très jeunes gens, Victoria, Alfred et un jeune narrateur sans nom, tous trois orphelins. Les embûches et les injustices auxquelles les héros sont confrontés, la jalousie de leur entourage, sont autant de reflets des propres sentiments de Delacroix orphelin à dix-sept ans. (…)

Ces deux nouvelles et cette pièce de théâtre permettent de découvrir un Delacroix à l'aube de sa vie d'adulte. On y rencontre un jeune homme encore en formation, sensible à la poésie et au théâtre. L'ouvrage affirme une très grande aisance dans la composition du récit. Ses écrits gardent la trace d'une naïveté et d'une liberté de l'ébauche, en correspondance avec son style pictural. Les Dangers de la cour sont marqués par l'évolution du roman du XVIIIsiècle, les nouvelles valeurs de la société et l'esprit des Lumières luttant contre l'intolérance et les abus de pouvoir. »

Une belle découverte littéraire !

Bernard DELCORD

Les dangers de la cour suivi de Alfred et de Victoria par Eugène Delacroix, textes établis par Servane Dargnies sous la direction de Dominique de Font-Réaulx, Paris, Éditions Flammarion, janvier 2018, 240 pp. en noir et blanc et un cahier de 16 pp. d’illustrations en quadrichromie au format 13,5 x 22 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 17 € (prix France)

 

[1] Servane Dargnies est conservateur du patrimoine, pensionnaire de l'Institut national français d'histoire de l'art.

[2] Dominique de Font-Réaulx est directrice du musée national Eugène-Delacroix. Elle enseigne également à l'École du Louvre et à l'Institut de Sciences politiques de Paris.

[3] Expositions « DELACROIX (1798-1863) » du 29 mars au 23 juillet 2018 au musée du Louvre et « UNE LUTTE MODERNE, DE DELACROIX À NOS JOURS » du 11 avril au 23 juillet 2018 au musée national Eugène-Delacroix à Paris.

[4] On lui doit notamment des œuvres fameuses comme La Mort de Sardanapale (1827-1828), L’Assassinat de l’évêque de Liège (1830), La Liberté guidant le peuple (1830), Fantasia marocaine (1832), Le Christ sur la croix (1835), Portrait de Frédéric Chopin et George Sand (1838), Cavalier arabe attaqué par un lion (1849-1850), La Mer à Dieppe (1852), La Chasse aux lions (1854), Les deux Foscari (1855), L'Enlèvement de Rébecca (1858)…

21:19 Écrit par Bernard dans Arts, Littérature générale | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/08/2017

« Un gros crachat de 664 pages produit d’un cacographe maniaque, nabot impulsif et malsain. » (Charles Maurras à propos des Décombres)

Le dossier Rebatet.jpg

Fils d’un notaire de province républicain et d’une mère très catholique, le Français Lucien Rebatet (1903-1972), un critique musical et cinématographique, écrivain et journaliste fasciste, athée, anticommuniste, collaborationniste et antisémite extrêmement virulent (1), est l’auteur d’un livre maudit qui fut le best-seller de l’Occupation : Les Décombres, ouvrage qui lui a valu, entre autres raisons, d’être condamné à mort en 1946.
 
En 2015, ce texte est ressorti dans son intégralité pour la première fois depuis 1942 dans Le dossier Rebatet – Les Décombres – L’Inédit de Clairvaux, une publication critique établie et annotée par l’historienne Bénédicte Vergez-Chaignon (2) accompagnée d’une préface de Pascal Ory (3) et du journal de prison de Rebatet (L’Inédit de Clairvaux, un plaidoyer pro domo, bien entendu, mais qui constitue aussi un intéressant témoignage sur le système répressif et carcéral français de l’époque…), à Paris, aux Éditions Robert Laffont, dans la collection « Bouquins », après avoir reparu en 1976 chez Jean-Jacques Pauvert, amputé de ses chapitres les plus délirants, notamment celui intitulé « Le ghetto ».
 
Pour la première fois aussi, alors que l’ouvrage est en libre accès sur le Net, il est accompagné d’un appareil critique important, qui permet de le lire en connaissance de cause, de le resituer dans le climat de l’époque, avec ses outrances, ses haines et ses préjugés dont Rebatet fut l’un des plus véhéments porte-parole.
 
Ce livre, empreint d’un antisémitisme viscéral et obsessionnel, apparaît aujourd’hui comme un document historique édifiant sur l’état d’esprit, les phobies et les dérives de toute une génération d’intellectuels se réclamant du fascisme.
 
L’auteur n’étant pas dénué de talent d’écriture, comme l’a prouvé son roman Les Deux Étendards, publié par la NRF en 1951 à l’instigation de Jean Paulhan, et son Histoire de la musique (1969), Les Décombres constituent également une œuvre littéraire à part entière, reconnue comme telle, y compris par nombre de ses détracteurs les plus résolus.
 
Pascal Ory, qui a soutenu dès l’origine l’idée d’une réédition intégrale, mais encadrée et commentée, fournit dans une préface très éclairante les explications qui la justifient.
 
Bernard DELCORD
 
Le dossier Rebatet – Les Décombres – L’Inédit de Clairvaux, édition établie et annotée par Bénédicte Vergez-Chaignon, préface de Pascal Ory, Paris, Éditions Robert Laffont, collection « Bouquins », octobre 2015, 1152 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 30 € (prix France)
 
(1) En avril 1929, Lucien Rebatet est engagé comme critique musical au journal nationaliste et monarchiste L'Action française dirigé par Charles Maurras, dans lequel il écrit sous le pseudonyme de François Vinneuil. Le 30 avril 1932, il devient journaliste à Je suis partout. Mobilisé en janvier 1940, est libéré le 15 juillet 1940, il rejoint Vichy où il travaille à la radio. De retour à Paris, après un passage au journal Le Cri du peuple de Jacques Doriot, il revient à Je suis partout qui devient, à partir de 1941, le principal journal collaborationniste et antisémite français sous l'occupation nazie. En juillet 1944, avec Louis-Ferdinand Céline, Rebatet se réfugie à Sigmaringen en Allemagne avant d’être arrêté Feldkirch le 8 mai 1945 et d’être jugé à Paris le 18 novembre 1946. Grâce à une pétition d'écrivains comprenant notamment les noms de Camus, Mauriac, Paulhan, Martin du Gard, Bernanos, Aymé et Anouilh, le président de la République Vincent Auriol le gracie le 12 avril 1947, et sa condamnation à mort est commuée en peine de travaux forcés à perpétuité, à la prison de Clairvaux. Libéré le 16 juillet 1952 et d'abord assigné à résidence, Lucien Rebatet revient à Paris en 1954, où il reprend son activité de journaliste, travaillant pour l’hebdomadaire d’extrême droite Rivarol à partir de 1958. Lors de l'élection présidentielle de 1965, Rebatet soutient François Mitterrand et, en 1967, il glorifie la guerre israélienne contre les États arabes : « La cause d’Israël est là-bas celle de tous les Occidentaux. On m’eût bien étonné si l’on m’eût prophétisé en 1939 que je ferais un jour des vœux pour la victoire d’une armée sioniste. Mais c’est la solution que je trouve raisonnable aujourd’hui. » (in Michaël Bloch, L'extrême-droite française face à la question israélienne, mémoire IEP Aix en Provence, p. 33). 
(Sources : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucien_Rebatet et https://fr.wikipedia.org/wiki/Je_suis_partout)
 
(2) Bénédicte Vergez-Chaignon est docteure en histoire. Elle est l'auteur de plusieurs livres sur la Résistance, Vichy et l'épuration et elle a publié une biographie du maréchal Pétain (chez Perrin en 2014).
 
(3) Pascal Ory est professeur d'histoire contemporaine à la Sorbonne et l'auteur d'ouvrages sur la collaboration qui font autorité. Il a dirigé le Dictionnaire des étrangers qui ont fait la France, paru dans  la collection « Bouquins ».

18/01/2017

« Tout à fait dignes du panier de Madame de Sévigné... » (Georges Brassens)

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Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, plus connue sous le nom de Madame de Sévigné, est une épistolière française, née le 5 février 1626 à Paris et morte le 17 avril 1696 au château de Grignan (Drôme).

Orpheline de père à l'âge d’un an, celui-ci ayant été tué au siège de La Rochelle, elle perd aussi sa mère, Marie de Coulanges (1603-1633), six ans plus tard.

Elle vit néanmoins une jeunesse choyée et heureuse, d’abord chez son grand-père, Philippe de Coulanges, puis, après sa mort en 1636, chez le fils aîné de celui-ci, Philippe de Coulanges.

Le 4 août 1644, elle épouse Henri de Sévigné (1623-1651), mais devient veuve à vingt-cinq ans, le 5 février 1651, quand son époux est tué lors d’un duel.

Le couple a deux enfants :

– Françoise-Marguerite (1646-1705) qui épousera en 1669 François Adhémar de Monteil de Grignan, nommé lieutenant-général de Provence l’année suivante ; la nouvelle comtesse de Grignan le rejoint une année plus tard. Le couple résidera au château de Grignan pendant presque quarante ans.

– Charles (1648-1713), qui restera sans postérité.

La correspondance de Madame de Sévigné avec sa fille s’effectua à peu près pendant vingt-cinq ans au rythme de deux ou trois lettres par semaine. S’y ajoutèrent de nombreuses missives à sa famille et à ses amis [1].

Madame de Sévigné est devenue un grand écrivain presque sans le vouloir et sans le savoir. Ses lettres sont nées de sa conversation, vive, enjouée, dont elle a su conserver, à l'intention de ses correspondants, le badinage, l’intelligence et la spontanéité.

Nouvellement sélectionnées et commentées par Nathalie Freidel, des Lettres choisies de Madame de Sévigné ont été publiées récemment chez Gallimard à Paris dans la collection « Folio classique »

Écoutons ce qu’en dit l’éditrice :

« De même que deux vers de Racine suffisent à reconnaître la main du maître, deux lignes de Sévigné signalent immédiatement le style, le savoir-faire, la langue inimitables de l'épistolière.

Encline au libertinage intellectuel, réfractaire à l'endoctrinement, Madame de Sévigné est le pur produit de la société du loisir lettré. (…)

Par le détour du pastiche, de l'ironie et de l'humour, elle dresse un portrait de soi parmi les plus vivants, les plus audacieux et les plus émouvants de son siècle. Mais les lettres consacrées aux opérations militaires, à la révolte de la Bretagne, à l'exil des rois d'Angleterre ainsi que l'intérêt porté à la politique familiale des Grignan en Provence dévoilent aussi un engagement sur un terrain où les femmes étaient loin d'être les bienvenues.

Par son rayonnement – de la vie mondaine à la sphère politique en passant par l'intime – et son ton unique, Madame de Sévigné fait souffler un vent de liberté dans le classicisme français. »

Avec quel style et quel panache !

Bernard DELCORD

Lettres choisies de Madame de Sévigné, édition et annotations par Nathalie Freidel, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio classique », novembre 2016, 744 pp. en noir et blanc au format 10,8 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 9,80 € (prix France)

 

[1] Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Madame_de_S%C3%A9vign%C3%A9

25/06/2014

Une bande d'en foire...

Les Larrons.jpg

Publié en 1962, Les Larrons, qui vient de ressortir chez Gallimard à Paris dans un reprint de l'édition française de 1964, est le dernier roman de l'écrivain américain William Faulkner (septembre 1897-juillet 1962, prix Nobel 1949), un des poids lourds de la littérature mondiale d'avant et d'après la Seconde Guerre mondiale.

Contrairement à l'essentiel de ses œuvres précédentes douloureusement dramatiques (Le bruit et la fureur, Sartoris, Tandis que j'agonise, Lumière d'août, Sanctuaire, Parabole...), ce roman joyeux ne recourt pas à des techniques littéraires complexes. C'est pourquoi il est souvent ignoré par les exégètes de Faulkner ou considéré comme un ouvrage mineur dans lequel le grand romancier dit un adieu souriant aux personnages qui, pendant tant d'années, ont été ses compagnons de chaque jour.

Faulkner avait déclaré vouloir finir sa carrière littéraire en écrivant le livre d'or du comté de Yoknapatawpha (nom qu'il donnait dans ses livres au comté de Lafayette, dans l'État du Mississipi, où il passa la plus grande partie de son existence). Il est probable que Les Larrons constitue ce « livre de l'âge d'or ».

Ce roman fut adapté au cinéma en 1969 dans un film réalisé par Mark Rydell avec Steve McQueen et Rupert Crosse.

En voici l'intrigue :

En 1905, le grand-père de Lucius Priest achète une automobile qui sera parmi les premières à apparaître dans la ville de Jefferson (en réalité Oxford, dans le Mississipi). Pendant une absence de son grand-père, le petit garçon et le chauffeur s'emparent de la voiture et partent pour Memphis. Un passager clandestin apparaît en cours de route : Ned, un domestique noir de la famille. Arrivés à Memphis, Lucien et Boon, le chauffeur, s'installent dans une étrange « pension de famille », dont la tenancière est la Miss Reba de Sanctuaire.

S'ensuivront mille péripéties dans un imbroglio de situations hilarantes et paradoxales amenées avec autant de malice que de talent narratif.

Une véritable pinte de bon sang !

Bernard DELCORD

Les Larrons par William Faulkner, traduction de l'anglais par Maurice-Edgar Coindreau et Raymond Girard, Paris, Éditions Gallimard, collection « L'imaginaire », mars 2014, 409 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 9,90 € (prix France)

17:13 Écrit par Bernard dans Littérature générale | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/06/2014

Une grande dame des lettres mondiales...

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Rassemblant La Légende de Gösta Berling, Les Liens invisibles, Le Violon du fou, Le Cocher, Des trolls et des hommes, Le Banni, L'Anneau maudit et Le Livre de Noël, les Œuvres romanesques de l'écrivaine suédoise issue de la région du Varmland, Selma Lagerlöf (1858-1940, Prix Nobel de littérature 1909, mondialement connue pour sa nouvelle intitulée Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède), ont été compilées chez Actes Sud, dans la remarquable collection « Thesaurus », après avoir été excellemment traduites par Marc de Gouvenain, Lena Grumbach, André Bellesort et Michel Praneuf.

En voici les résumés, aimablement communiqués par l'éditeur :

La légende de Gosta Berling (1891) est une saga mettant en scène, dans la première moitié du XIXe siècle, la vie brutale et fantastique d'une petite communauté du Varmland, où Gosta Berling, pasteur défroqué, joueur et débauché, répand joie et douce folie. Un roman étincelant qui a rendu Selma Lagerlöf célèbre.

Recueil de nouvelles mêle récits fantastiques, contes populaires, drames familiaux et nouvelles féministes Les liens invisibles (1894) réunit des textes à la fois tendres, inquiétants et féeriques, inspirés des légendes et de l'histoire du Varmland.

Dans Le violon du fou (1899), Gunnar, loin de chez lui, passe ses journées à jouer du violon au détriment de ses études. Lorsqu'il apprend que le domaine familial est en décrépitude, que sa mère est ruinée, il décide de rentrer, d'oublier sa musique et d'être enfin raisonnable. Confiant, le jeune héritier investit leurs derniers sous dans l'élevage, mais son troupeau est décimé par l'hiver. Impuissant, désespéré et honteux, il perd la raison.

Dans Le cocher (1912), Sœur Edith, une religieuse atteinte de tuberculose, a causé le malheur et la déchéance d'une famille dont elle prétendait arracher le père à l'alcoolisme. À l'agonie et prise de remords, elle fait chercher l'ivrogne. Ce dernier vient juste de mourir. Il a été condamné à conduire le chariot de la mort pendant douze mois, et sa première tâche consistera... à aller chercher sœur Edith.

Dans Des trolls et des hommes (1915-1921), Selma Lagerlöf met ses personnages aux prises avec des trolls ou des génies, des esprits ou des forces mystérieuses de la nature, avec un magnifique talent de conteuse et un profond humanisme.

Le banni (1918) raconte l'histoire d'un jeune homme, jadis confié par des parents trop pauvres à de riches Anglais de passage, qui revient au pays, poursuivi par la malédiction des hommes : lors d'une expédition polaire, il a survécu en mangeant de la chair humaine....

Selon sa volonté, le général Lowenskold fut enterré avec l'anneau d'or orné d'une agate offert par le roi Charles XII. Mais en voulant protéger le corps des détrousseurs, le paysan Bard s'approprie l'anneau. En rentrant chez lui, il découvre sa ferme brûlée et son troupeau décimé. Une terrible malédiction s'abat dès lors sur les possesseurs successifs de L'anneau maudit (1925).

Recueil de récits profondément empreint de foi religieuse, mais aussi de chaleur et de philosophie, Le livre de Noël (1945, posthume) fait émaner ce que l'on appelle volontiers la magie de la Nativité : un mélange de générosité et de mélancolie, de compassion et de joie.

Un auteur d'exception !

Bernard DELCORD

Œuvres romanesques par Selma Lagerlöf, Arles, Éditions Actes Sud, collection « Thesaurus », mai 2014, 1118 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 29 € (prix France)

19:04 Écrit par Bernard dans Littérature générale | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

25/04/2014

Les planches du salut ?

Jean Racine, l'enfant terrible de Port-Royal.jpg

Le texte ci-dessous a paru dans la livraison du 25/04/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

Se penchant longuement, dans Jean Racine, l'enfant terrible de Port-Royal paru chez Publibook à Paris, sur les rapports ambigus entretenus par l'auteur d'Andromaque avec la Mecque du jansénisme où il avait été recueilli et éduqué, le philosophe belge Jean van der Hoeden, agrégé de l'université de Louvain, donne les clés d'une interprétation psychologique de l'œuvre théâtrale du grand dramaturge français (1639-1699) et projette une lumière nouvelle sur son combat intérieur, livré à travers ses personnages, entre les notions de liberté et de destin.

On se souviendra que la théorie extrêmement rigoriste de l'évêque d'Ypres, Cornelius Jansen (1585-1638), se fondait sur la volonté de s’en tenir strictement à la doctrine de saint Augustin sur la Grâce, conçue comme la négation de la liberté humaine pour faire le bien et obtenir le salut, celui-ci relevant exclusivement de l'intervention divine.

Particulièrement convaincant – et très accessible d'accès –, l'essai fort fouillé de Jean van der Hoeden montre comment, alors qu'il était « débiteur moral insolvable de l'abbaye de Port-Royal à qui il devait d'être resté en vie, l'orphelin Racine a trouvé dans un théâtre longtemps résolument frondeur chez lui, l'issue corporelle pour son âme qu'il cherchait avidement. En osant défier l'intransigeance castratrice d'une mère adoptive pervertie par la névrose janséniste, il a en tout cas réussi, au moins dans l'écriture, à sortir de l'infernal pas de place pour deux devant lequel, d'avoir dû haïr avec fureur pour ne pas avoir pu aimer avec passion, bien des fils qu'il a imaginés ont fini par s'incliner. Sans aucun doute possible, le Je meurs si je vous perds, mais je meurs si j'attends du vers 972 d'Andromaque, c'est d'abord à la vie elle-même que cet orphelin n'a cessé de l'adresser ».

Voici donc, après Le dieu caché du structuraliste marxiste Lucien Goldmann (1913-1970) qui enseigna à l'École pratique des hautes études à Paris et à l'Université libre de Bruxelles, une pressante invitation à réviser complètement ses classiques...

Bernard DELCORD

Jean Racine, l'enfant terrible de Port-Royal par Jean van der Hoeden, Paris, Éditions Publibook, décembre 2013, 222 pp. en noir et blanc au format 14,2 x 22,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 20,95 € (prix France)