05/08/2017

« J'ai dit bizarre… Comme c'est bizarre ! » (Jacques Prévert, dialogue dans Drôle de drame)

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Gérald Bertot alias Thomas Owen est né le 22 juillet 1910 à Louvain et il est mort le 2 mars 2002 à Bruxelles.
 
Ses études de droit terminées en 1933, il est engagé dans une meunerie, le Moulin des Trois Fontaines à Vilvorde, dont il sera le directeur pendant quarante-trois ans. Il sera également président général des Meuneries belges, puis du Groupement des Associations meunières de la CEE.
 
Parallèlement, attiré par le surréalisme, il devient critique d'art pour La Libre Belgique et L'Écho sous le pseudonyme de Stéphane Rey.
 
Mobilisé en 1939, il échappe à la déportation qui suit la capitulation de l’armée belge
.
Sa rencontre avec Stanislas-André Steeman servira alors de déclencheur à sa carrière d'écrivain. L’auteur de L’assassin habite au 21 (1939) l'encourage à écrire des romans policiers, genre peu disponible à l'époque.
 
De 1941 à 1943, Thomas Owen publiera plusieurs nouvelles et romans policiers, caractérisés par « un humour assez féroce », qui attirèrent sur lui l'attention de la critique.
 
Il se tourna ensuite vers la littérature fantastique, en faisant paraître Les Chemins étranges en 1943. C'est de ce genre particulier, romans, contes et récits d'épouvante, que lui viendra la reconnaissance du grand public. Ses nouvelles fantastiques plongent le lecteur dans un univers en perpétuelle collision avec l'horreur et l'irrationnel (1). 
 
Il est élu membre de l’Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique en 1975, au fauteuil 28 dans lequel il succéda à Constant Burniaux (2) et qui est aujourd’hui celui de Jean-Baptiste Baronian.
 
C’est aussi en 1943 que Thomas Owen rédigea Hôtel meublé, un curieux polar qu’ont ressorti les Impressions nouvelles à Bruxelles, dans la fameuse collection « Espace Nord ».
 
En voici le pitch, fourni par l’éditeur :
 
« Un crime a été commis : Oswald Stricker, vieil expert et usurier, détenteur d’une fortune secrète, est retrouvé mort dans son appartement. L’inspecteur Maudru est chargé de cette curieuse affaire. Il sera très vite secondé par Madame Aurélia, détective amateur, qui va s’installer dans le logement du défunt pour mener l’enquête au plus près des locataires – aussi morbides que saugrenus, vivant dans la misère et prêts à tout pour s’enrichir. Un huis clos fantastico-macabre aux allures de Cluedo. »
 
Ajoutons que le titre lui-même relève de l’étrange, dans la mesure où l’intrigue de ce roman ironique se passe dans une maison qui n’est pas un hôtel meublé, mais qui pourrait l’être, non pas pour des raisons immobilières, mais parce que les personnages pour le moins pittoresques et inquiétants qui l’habitent semblent plus passagers que stables…
 
Un texte tout ce qu’il y a de décapant !
 
Bernard DELCORD
 
Hôtel meublé par Thomas Owen, postface de Rossano Rosi, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, collection « Espace Nord », novembre 2016, 237 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 9,00 €
 

(1) Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Owen
 
(2) 1892-1975, à qui l’on doit un intéressant Crânes tondus (1930).

29/03/2016

Enquête au cœur de la Cité ardente…

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Après Crime à Louvain-la-Neuve et Meurtre à Rixensart, Anouchka Sikorsky, qui a travaillé à la RTBF et à RTL-TVI en qualité d’animatrice et de productrice, vient de faire paraître aux Éditions Dricot à Liège un nouveau roman policier très réussi qui a pour titre Disparition à Liège – Au début, ils étaient quatre…

Voici ce qu’en écrit l’auteure :

« Tout le monde vous le dira. Il est improbable que l’on puisse se souvenir sans faute d’événements qui se sont déroulés il y a trente ans. Il en va de même pour le romancier à succès François Valais qui s’entête à vouloir évoquer sa vie et celle de ses copains à l’internat alors qu’il occulte tous les mauvais souvenirs pour ne garder que les bons. Forcément, le récit évoque une fausse réalité. Le lecteur n’est pas sot. C’est pourquoi le dernier ouvrage de l’auteur fait un flop !

Pour éviter que le roman suivant connaisse le même sort, deux copains, Pierre Orsini et Guillaume Gentil, épaulés par une poignée d’amis, déploient toute leur énergie afin de réveiller la mémoire de l’auteur.

Et voilà que l’affaire de la disparition de Jérôme, vingt-huit ans plus tôt, le quatrième copain de la bande, est extirpée des affaires classées…

Et voilà que le crime rôde… Et voilà que la police s’en mêle : l’ex-commissaire Constantin Charlier prête main-forte au nouveau commissaire Aimé de Sécillon, un sentimental lunatique tombé dans la police comme un cheveu sur la soupe.

Ces enquêteurs sillonneront les quartiers, de Liège à Visé, pour faire la lumière sur le crime et sur les souvenirs de l’écrivain. »

Comme à son habitude, l’auteure crée un petit monde de personnages pittoresques qu’elle fait évoluer dans un récit alerte aux rebondissements inattendus tout en reconstituant le cadre de l’action avec autant de précision que d’allant.

Les lecteurs de la Principauté de Liège apprécieront !

Et les autres aussi…

Bernard DELCORD

Disparition à Liège – Au début, ils étaient quatre… par Anouchka Sikorsky, Liège, Éditions Dricot, 426 pp. en noir et blanc au format 13,7 x 0,81 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 20 €

13:09 Écrit par Bernard dans Littérature policière | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

01/02/2016

« Et qui pardonne au crime en devient complice. » (Voltaire)

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Dashiell Hammett (1894-1961) est un écrivain américain, unanimement considéré comme le fondateur du roman noir avec des histoires dans lesquelles les notions de bien et de mal n'ont plus cours et comme le créateur de la figure du détective privé que popularisera Humphrey Bogart à l'écran dans le rôle de Sam Spade.

La contribution de Dashiell Hammett à la littérature américaine et mondiale est d'une importance capitale et des auteurs tels qu'Ernest Hemingway, Raymond Chandler ou Georges Simenon ont reconnu son influence sur leur propre travail.

Détective chez Pinkerton pendant six ans, Dashiell Hammett s’est lancé dans l'écriture dès 1922 avant de publier des nouvelles dans le fameux magazine Black Mask en 1924. En tout, il publiera soixante-cinq nouvelles et cinq romans : L’Introuvable, La Moisson rouge, Sang maudit, La Clé de verre et Le Faucon de Malte qui sera adapté quatre fois au cinéma [1].

Il laisse aussi un roman semi-autobiographique et inachevé, Tulip (1966, publication posthume).

Rassemblant sept nouvelles noires [2] de cet auteur magistral au style sec, visuel et sans fioritures – elles ont paru dans des pulps [3]entre 1922 et 1926 –, le recueil intitulé Flic maison publié chez Omnibus à Paris dans la collection de poche « Bibliomnibus » fait découvrir la réalité brutale qui régnait aux États-Unis à l’époque de la Prohibition et de l’expansion du crime organisé, dans des récits au cadre violent, où les activités de la mafia et la corruption des politiciens et des officiers de police sont omniprésentes. [4]

Frissons garantis !

Bernard DELCORD

Flic maison par Dashiell Hammett, traductions nouvelles ou révisées de Marie-Christine Halpern et Jean F. Amsel, Paris, Éditions Omnibus, collection « Bibiomnibus Polar », avril 2015, 205 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 10 € (prix France)

 

[1] Le Faucon maltais de Roy Del Ruth (1931), Satan Met a Lady de William Dieterle (1936), Le Faucon maltais de John Huston (1941) et Target: Harry de Roger Corman (1969).

[2] L'éléphant vert (1923) ; Flic maison (1923) ; Qui a tué Bob Teal ? (1924) ; Au fer à cheval d'or (1924) ; Le Velu (1925) ; Pièges à filles (1925) et Le complice (1926).

[3] Pour « pulpe » : nom donné au mauvais papier imprégné de morceaux de bois sur lesquels ces ouvrages étaient imprimés.

[4] Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Dashiell_Hammett

21:05 Écrit par Bernard dans Littérature policière | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

29/08/2015

Un classique plus moderne que jamais…

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Journaliste engagé, militant socialiste, romancier hors norme, Theodore Dreiser (1871-1945) est considéré comme le père de la littérature américaine du XXe siècle. Le grand critique et théoricien des lettres américaines H. L. Mencken dit que « Dreiser a joué dans la littérature américaine le rôle qu’a joué Darwin dans la biologie, il l’a transformée radicalement ». Les plus grands écrivains américains du XXe siècle se sont, en effet, réclamés de son héritage.

Il est l’auteur d’Une tragédie américaine (“An American Tragedy”), publié en 1925, dont les Éditions Motifs à Paris ont eu l’excellente idée de le ressortir dans une nouvelle traduction française, un texte fort à la frontière du roman policier et du roman social, inspiré de l'affaire du meurtre d’une ouvrière américaine, Grace Minerva Brown (1886-1906).

En voici le résumé :

Fils d'évangélistes errants, Clyde Griffiths vit mal la mendicité dévote de ses parents. Devenu jeune homme, il trouve un modeste emploi de chasseur à Kansas City dans un hôtel de luxe, où la richesse des autres l'éblouit. Là, ses collègues lui font connaître l'alcool et les prostituées. Mais la vie de Clyde bascule quand il tue un jeune enfant dans un accident de voiture. Il fuit la ville et se réfugie auprès d'un oncle fortuné, Samuel Griffiths, propriétaire d'une usine de cols de chemise à Lycurgue, dans l'État de New York.

Faible, vaniteux, ignorant, sensuel, attiré par le fruit défendu, Clyde entretient une relation clandestine avec une petite ouvrière, Roberta Alden, qui le croit sincèrement amoureux  d'elle. Mais, lors d'une soirée chez son oncle, il est remarqué par la belle Sondra Finchley, une hautaine héritière qui s'éprend de lui. Clyde se voit déjà riche. Mais Roberta est enceinte. Blessée par son infidélité, elle le menace de scandale. Après avoir tenté en vain de la faire avorter, Clyde décide de s'en débarrasser en la noyant…

Considéré aux États-Unis comme l'un des 100 plus grands romans jamais écrits en anglais, Une tragédie américaine a fait l'objet d'adaptations théâtrales, télévisées et cinématographiques – Une tragédie américaine (1931) de Josef von Sternberg avec Phillips Holmes, Sylvia Sidney et Frances Dee, ainsi que le très célèbre Une place au soleil (1951) de George Stevens avec Elisabeth Taylor et Montgomery Clift. Il est également à l'origine d'un opéra du même nom, composé en 2005 par Tobias Picker.

Un chef-d’œuvre impérissable !

Bernard DELCORD

Une tragédie américaine par Theodore Dreiser, traduction de Victor Llona revue et corrigée par Victor Lupan, Paris, Éditions Motifs, collection « Grand Format », septembre 2015, 991 pp. en noir et blanc au format 14,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 21,50 € (prix France)

13/06/2015

C'est arrivé près de chez vous...

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Paru en 2011 aux Éditions Luc Pire à Liège et toujours disponible en librairie, Meurtre à Waterloo de l’écrivain et académicien belge Jean-Baptiste Baronian fourmille de rebondissements, de traits ironiques et d’allusions diverses propres à réjouir ceux qui connaissent la Butte du Lion et son Panorama, et à inciter les autres à se fendre d’une petite visite bien d’actualité…

La trame de ce polar ?

Un détective privé (qui partage bien des passions avec l’auteur, les beaux livres et le bon vin, notamment) enquête sur un, puis deux meurtres commis parmi les membres du Cercle belge des amis de Napoléon, un cénacle dont le moins que l’on puisse dire est que l’attrait du passé y débouche sur des passions toujours bien contemporaines : le sexe, l’argent, la jalousie et le pouvoir.

L’intrigue est rondement menée, le cadre parfaitement restitué (les lieux touristiques, bien sûr, mais aussi la ville elle-même, avec ses restaurants, ses commerces et son urbanisme chic) et la solution constitue un clin d’œil envers l’un des plus célèbres romans d’Agatha Christie – le lecteur nous aura compris en refermant l’ouvrage…

Bernard DELCORD

Meurtre à Waterloo par Jean-Baptiste Baronian, Liège, coédition SNCB & Éditions Luc Pire, collection « Romans de gare – Kill and read », octobre 2011, 143 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 10 €

18/02/2015

Meurtre au pays des Francs…

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Mouscronnois formé chez les jésuites à Tournai, Jacques Mercier – que l’on ne présentera pas, tant est grande sa célébrité en Belgique francophone – a fait paraître récemment aux Éditions Luc Pire à Liège son cinquantième ouvrage, un roman policier cette fois, La francique de Tournai, dans une collection où le patrimoine historique et architectural de notre pays est particulièrement mis en évidence.

Voici le résumé qu’il en donne :

« Daniel, Tournaisien d’origine, sillonne l’Europe à la recherche de haches et de francisques pour enrichir sa collection. Il profite de ses nombreux voyages pour développer des activités mystérieuses. Mais, de retour à Tournai, à l’ombre des géants Jean Noté et Christine de Lalaing, machination et vengeance s’entremêleront. De la gare au beffroi, du quai Donat Casterman à la cathédrale, c’est lors d’un week-end de fête que se dénouera l’intrigue… »

On sait l’attention que notre Maître Jacques porte à la qualité de la langue française et le souci de perfection dans les détails qui l’a animé tout au long de sa carrière à la radio, à la télévision et dans la presse.

On ne s’étonnera donc pas de les retrouver dans son texte, qui est avant tout une belle ode à la première capitale franque de Childéric et de Clovis ainsi qu’un chant d’amour de la cité dont la cathédrale fameuse marie cinq splendides tours romanes à un superbe chœur gothique et renferme un trésor somptueux.

Une histoire passionnante dans une riche histoire…

Bernard DELCORD

La francisque de Tournai par Jacques Mercier, Liège, Éditions Luc Pire, collection « Romans de gare – Kill and read », octobre 2014, 130 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 10 €

13:53 Écrit par Bernard dans Littérature policière | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/01/2015

Un livre d'actualité...

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Paru en septembre 2012 aux Éditions Luc Pire à Liège Le martyr de l'Étoile signé Évelyne Guzy est toujours disponible chez l’éditeur et c’est tant mieux, eu égard aux événements récents.

En voici le pitch :

« Bruxelles, Grand-Place. Sous les colonnes de la maison de l’Étoile, une silhouette noire s’effondre au pied de la statue d’Éverard t’Serclaes, héros emblématique à l’esprit frondeur. Laureen G. n’est pas vraiment là par hasard. Chercheuse infatigable, elle passe sa vie à fouiller les sites islamistes radicaux. Elle alerte aussitôt son amie, Marie B., une journaliste que le 11-Septembre a rendue célèbre. Laureen pense avoir tout compris, tout prévu. Mais la victime n’est pas celle qu’elle croit...

Commence alors une enquête sauvage, dans un Bruxelles dont la symbolique, réelle ou fantasmée, livrera graduellement les secrets d’un crime bien orchestré, une sorte d’assassinat ciblé.

Qui est capable d’un tel raffinement ? »

Diplômée en journalisme et communication de l’Université libre de Bruxelles, chercheuse en rhétorique et argumentation et spécialiste de l'islamisme radical, Évelyne Guzy a notamment dirigé l’essai Attentats-suicides. Le cas israélo-palestinien (Éditions Luc Pire, 2004). Elle a également publié un roman, Dans le sang (Bernard Gilson Éditeur, 2009), et une histoire urbaine, Bruxelles-les-Eaux (Maelström, 2010). Elle a aussi contribué à des ouvrages collectifs, littéraires ou scientifiques.

Le Martyr de l’Étoile est un « polar » à rebondissements propre aussi à susciter le débat et la réflexion autour du fondamentalisme musulman et de ses lectures hermétiques voire cabalistiques du Coran.

Bernard DELCORD

Le martyr de l'Étoile par Évelyne Guzy, Liège, Éditions Luc Pire, collection « Romans de gare – Kill and read », septembre 2012, 143 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 10 €

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