25/03/2016

« Ce n’est pas les oiseaux qui sont les plus beaux plumes qui chantent le meilleur ! »

Le mariage de Mlle Beulemans .jpg

Frantz Fonson (1870-1924) est acteur et directeur du Théâtre des Galeries à Bruxelles quand il rédige avec le journaliste Fernand Wicheler (1874-1935) Le Mariage de Mlle Beulemans, une comédie en 3 actes créée au théâtre de l'Olympia de Bruxelles le 18 mars 1910 et reprise à Paris, au théâtre de la Renaissance, le 7 juin 1910, une œuvre impayable mêlant le français au dialecte brusseleer et à la zwanze, dont le texte vient de reparaître aux Impressions nouvelles dans la célèbre collection « Espace Nord ».

On connaît l’argument :

Le jeune parisien Albert Delpierre est épris de Suzanne, la fille d'un brasseur bruxellois, M. Beulemans, chez qui il est en stage. Mais les obstacles se multiplient : Suzanne est déjà fiancée à Séraphin Meulemeester dont on apprendra qu’il a un enfant d'une jeune ouvrière ; Mlle Beulemans entreprendra alors de rompre ses fiançailles avec Séraphin et de le convaincre de retourner auprès de celle qu'il aime et de son fils. Parallèlement, elle se rapprochera d’Albert, mais Beulemans, exaspéré par les manières délicates et le « beau » français du nouveau prétendant, proclame qu'il « n'aime pas ce garçon » et voit grandir sa mauvaise humeur en apprenant qu'il est évincé de la présidence d'honneur de la Société des Brasseries.

Le succès fut immense et demeura pérenne, notamment dans la mise en scène pour la télévision de 1967 dans laquelle jouèrent Christiane Lenain, Jacques Lippe ainsi que Leonil Mc Cormick, et la pièce fut montée ensuite en 1978, 1998, 2004 et 2014, avec d’autres troupes, mais toujours le même triomphe.

Plus fort encore, dans un message dédié en 1960 au public bruxellois pour le cinquantenaire de la pièce, Marcel Pagnol raconta lui-même la genèse sa Trilogie marseillaise :

« Vers 1925, parce que je me sentais exilé à Paris, je m’aperçus que j’aimais Marseille et je voulus exprimer cette amitié en écrivant une pièce marseillaise.

Des amis et des aînés m’en dissuadèrent : ils me dirent qu’un ouvrage aussi local, qui mettait en scène des personnages affublés d’un accent aussi particulier, ne serait certainement pas compris hors des Bouches-du-Rhône, et qu’à Marseille même, il serait considéré comme un travail d’amateur. Ces raisons me parurent fortes et je renonçai à mon projet : mais en 1926, je vis jouer Le Mariage de Mlle Beulemans ; ce chef-d’œuvre avait déjà 16 ans et son succès avait fait le tour du monde.

Ce soir-là, j’ai compris qu’une œuvre locale, mais profondément sincère et authentique pouvait parfois prendre place dans le patrimoine littéraire d’un pays et plaire dans le monde entier.

J’ai donc essayé de faire pour Marseille ce que Fonson et Wicheler avaient fait pour Bruxelles, et c’est ainsi qu’un brasseur belge est devenu le père de César et que la charmante mademoiselle Beulemans, à l’âge de 17 ans, mit au monde Marius.

Il y a aussi un autre personnage qui doit la vie à la comédie bruxelloise : c’est M. Brun qui est assez paradoxalement le fils naturel du parisien Albert Delpierre. J’avais en effet remarqué que son accent faisait un plaisant contraste avec celui de la famille Beulemans et qu’il mettait en valeur la couleur bruxelloise de la pièce. C’est pourquoi, dans le bar marseillais de César, j’ai mis en scène un Lyonnais. »

Sans le moindre ostracisme

Bernard DELCORD

Le mariage de Mlle Beulemans – Comédie en 3 actes par Frantz Fonson et Fernand Wicheler, préface et postface de Paul Emond, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, collection « Espace Nord », septembre 2015, 235 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 8,50 €

18:35 Écrit par Bernard dans Littérature belge, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28/11/2015

Vu de Belgique…

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Bijou scintillant de la littérature francophone de notre pays dans ce qu’elle a de plus créatif, l’Anthologie du surréalisme belge établie par Paul Aron et Jean-Pierre Bertrand et parue aux Éditions Espace Nord à Bruxelles rassemble des textes d’auteurs et d’artistes qui ont marqué la production française du XXe siècle – comme Paul Nougé, E.L.T. Mesens, Marcel Mariën, Louis Scutenaire et Achille Chavée –, voire mondiale, avec Christian Dotremont, le groupe du Daily-Bul ou René Magritte.

On y découvre une vision du monde qui, au-delà des clivages idéologiques, des débats houleux et des pratiques de la pensée divergente, en raison de son caractère essentiellement décalé et parce qu’elle se fonde sur les détournements de l’ordre préconisé ou établi si chers à nos compatriotes, rétablit les vérités cachées et ouvre sur les visions a priori insaisissables de l’avenir, parfois avec un humour des plus décapants.

On y apprend aussi que les seconds couteaux du mouvement (André Souris, Camille Goemans, Irine, Marcel Lecomte, Fernand Dumont, Marcel Havrenne, Tom Gutt et bien d’autres…) furent des bretteurs hors pair, se jouant de la langue et des images avec une aisance admirable.

Les spadassins de la modernité !

Bernard DELCORD

Anthologie du surréalisme belge établie par Paul Aron et Jean-Pierre Bertrand, Bruxelles, Éditions Espace Nord, novembre 2015, 348 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 €.

15:41 Écrit par Bernard dans Littérature belge | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

25/10/2015

« Toute littérature est assaut contre la frontière.» (Franz Kafka)

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Né à Tournai le 11 décembre 1947, l’écrivain, poète, critique et essayiste belge de langue française Marc Quaghebeur dirige les Archives et Musée de la Littérature au sein de la Bibliothèque royale Albertine à Bruxelles et il préside l’Association européenne des Études francophones.

Centrées sur l’articulation entre histoire et esthétique, ses recherches, après s’être attachées notamment à Arthur Rimbaud (sa thèse de doctorat défendue à l’UCL s’intitule L'œuvre nommée Arthur Rimbaud), se sont concentrées sur les littératures francophones, de Belgique et d’Afrique principalement.

Il vient de faire paraître à Bruxelles, aux Éditions P.I.E. Peter Lang et dans la collection « Documents pour l’Histoire des Francophonies/Théorie » qu’il dirige, une passionnante compilation de courts essais (parus dans des revues universitaires publiées à Bruxelles, à Anvers ou à Gand, mais aussi à Poznań, à Paris, à Tübingen, à Vienne, à Bologne ou à Viseu au Portugal, et parfaitement accessibles à un public non spécialiste) intitulée Histoire, forme et sens en littérature – La Belgique francophone Tome 1 L’engendrement (1815-1914)dans laquelle il se penche, avec la sagacité, l’érudition et la science qu’on lui connaît dans ces matières complexes, sur la nature profonde de la littérature – en ce compris ses formes originales – et de la langue des écrivains belges francophones.

Voici ce qu’il en dit, en guise de présentation de son ouvrage :

« La Belgique ? Une entité pas comme les autres en Europe. La révolution de 1830 accouche d’un pays moderne. Il ne correspond pas à l’équation Langue/État/Nation.

De cette particularité surgit, en un demi-siècle seulement, la première littérature francophone consciente d’elle-même et porteuse de chefs-d’œuvre dans lesquels s’inventent des formes issues de cette histoire singulière.

Cette jeune littérature, qui émerge dès les années suivant la bataille de Waterloo et le Congrès de Vienne, se révèle très vite d’une grande richesse.

Dans ce premier tome d’une série de cinq, on comprendra combien les textes littéraires belges du XIXe siècle se démarquent subtilement ou ouvertement des modèles français : transgénérique et carnavalesque chez De Coster, mais aussi première fiction coloniale chez Nirep ; hantise du pictural chez Verhaeren ; questionnement de la langue chez Maeterlinck ; persistance du mythe nordique dans le dernier Eekhoud, dix ans après l’armistice de 1918 ; recours à la science-fiction chez Rosny.

Les mythes, les hantises, les singularités de cette littérature trament une cohérence que ce livre entend restituer ; une plongée nouvelle dans l’histoire et l’historiographie littéraire, au-delà de l’approche canonique traditionnelle. »

Table des matières :

S'inscrire au cœur du légendaire

Aux confins du réel ; au bord du fantastique

Se figurer à l'heure des littératures nationales

Le XVIe siècle, un mythe fondateur

Avatars et permanence du mythe du XVIe siècle

Se vivre à travers l'Europe

Bruxelles, ville d'accueil, creuset d'une littérature

De Paris à Bruxelles. Et de Bruxelles à Paris

S'inventer entre historisation et carnavalisation

Dire et transcender une Histoire qui échappe aux normes des États-nations.

La Légende d'Ulenspiegel de Charles De Coster

Science  et Zwanze à la conquête de l'empire  colonial.

Nirep et Les Mystères du Congo

S'écrire dans une langue à soi

Théorisation  de la littérature à la fin du XIXe siècle.

Nautet, Picard, Verhaeren, Maeterlinck, Mockel, Destrée

Un premier laboratoire

Le Cahier bleu de Maurice Maeterlinck

Le pictural comme métaphore du combat pour la littérature, James Ensor d'Émile Verhaeren

Se lire au tournant du siècle

De la scène à la flore, un même fil imaginaire

L'Intelligence des fleurs de Maurice Maeterlinck

Au seuil de 1914

La Force mystérieuse de Rosny aîné

Se dire après le désastre

Un regard étranger assoit le mythe de la Belgique

Magrice en Flandre de Georges Eekhoud

L’inoubliable figure d'Émile Verhaeren.

Il y a 40 ans de Maria Van Rysselberghe

Bernard DELCORD

Histoire, forme et sens en littérature La Belgique francophone Tome 1 L’engendrement (1815-1914)par Marc Quaghebeur, Bruxelles, Éditions P.I.E. Peter Lang, collection « Documents pour l’Histoire des Francophonies/Théorie » n°40, septembre 2015, 433 pp. en noir et blanc au format 15 x 22 cm sous couverture brochée en couleurs, 47,10 €

14:42 Écrit par Bernard dans Littérature belge | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

19/10/2015

Dur, dur, le métier de vivre…

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Après Le manège des amertumes paru en 2013 chez le même éditeur, à savoir les Éditions Quadrature à Louvain-la-Neuve, la jeune auteure belge (elle est originaire du Borinage) Isabelle Baldacchino a remis le couvert cette année avec un nouveau recueil de nouvelles intitulé Les blondes à forte poitrine, des textes incisifs, crus et rugueux se colletant avec la vie ordinaire des gens sans histoire pour en faire ressortir l’absurdité étriquée.

Car, c’est bien connu et en dépit de ce qu’en disent les philosophes et les théologiens, « le monde est divisé en deux catégories : les hommes à lunettes et les blondes à forte poitrine »… Un monde dont on aimerait qu’il s’arrête pour pouvoir en descendre…

Échantillon :

« On s’est trouvé très vite, elle et moi. Une perruque triste derrière sa vitrine, c’était moi, accrochée à une tête de velours sans regard ni sourire. Elle est arrivée, elle m’a prise, y a pas à discuter cent sept ans.

Après… Je me souviens plus très bien tellement on a de souvenirs. J’ai oublié les rues, j’ai oublié les noms. Mais les visages, bon dieu, les yeux terribles de la misère, je les ai tous là quelque part. On se laisse attraper par les solitudes.

Elle aurait dû être plus prudente parfois, mais c’est plus fort qu’elle, les autres, c’est sa vie. Elle crève sans les autres. “Vous l’avez vu celui-là avec sa gueule tranchée ? Il est pour moi, il est pour moi”. Les pas finis, les mal aimés, c’est toujours pour elle. Elle les fait grimper au premier. Elle ne dit pas “Qu’est-ce que tu veux ?”. Elle sait. Un peu chamane, un peu curé, ma blonde.

Je voudrais te dire un truc sur elle, pour te montrer qu’elle a la tête haute. Tu sais, cette maladie qui frappe nos femmes, toujours la même ? Elle se l’est tapée aussi. On dit pas ça : se taper une maladie. Pourtant je peux te garantir que ça fait mal, au cœur et au corps. Le cancer…

Y a tout qui bascule. Ta blonde, elle peut plus soulever une tasse, attacher son soutien-gorge, changer les draps. Et toi, tu peux rien faire, qu’à attendre que ça passe, à prier qu’elle y passe pas, qu’elle en crève pas, parce que, si elle crève, tu crèves aussi. Tu ne seras plus qu’une vieille perruque oubliée au fond d’une caisse. »

Le chant de la vie comme elle ne va pas, en somme…

Bernard DELCORD

Les blondes à forte poitrine par Isabelle Baldacchino, Louvain-la-Neuve, Éditions Quadrature, avril 2015, 116 pp. en noir et blanc au format 13,4 x 21,3 cm sous couverture brochée en couleurs, 15 €

19:52 Écrit par Bernard dans Littérature belge, Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

08/08/2015

Un « temple de l’écriture »…

Le songe d’Empédocle.jpg

Publié pour la première fois en 2003 aux Éditions L’Âge d’Homme à Lausanne, Le songe d’Empédocle de Christopher Gérard vient de reparaître chez le même éditeur, et c’est un pur bonheur de lecture !

D’abord parce que le style de l’auteur est magnifique, et que la qualité de la langue dont il use s’avère d’une immense perfection.

Ensuite, parce que le thème et la trame de l’ouvrage sont époustouflants de culture et de profondeur.

En voici un résumé, que nous avons élaboré en piochant dans un texte rédigé par l’un des meilleurs connaisseurs de l’ouvrage, texte mis en ligne sur un site dont nous ne partageons toutefois pas l’orientation politique [1], ce qui n’a en l’occurrence aucune importance :

« Le Songe d’Empédocle désigne un tableau, quadriptyque “éparpillé” dans différents centres sacrés des civilisations indo-européennes où vivent les membres d’une confrérie polythéiste, la phratrie des Hellènes.

Padraig, le héros du roman, suit tout au long du livre une initiation en quatre étapes dont chaque volet du tableau est en quelque sorte le vecteur. Chaque étape de l’initiation lui permet de découvrir les facettes du sage grec Empédocle, figure emblématique de la confrérie, mais aussi et surtout de dépasser ses contradictions internes et d’assumer la mission que lui a assignée le Destin : œuvrer au retour des Dieux. […]

Seul polythéisme encore apparent depuis l’Antiquité, l’Hindouisme est expérimenté par le héros à la fin de son initiation. […]

Le pèlerinage indien révèle aussi à Padraig (devenu Oribase) l’extraordinaire harmonie de la civilisation traditionnelle hindoue, fruit d’un polythéisme intégrateur. […]

En Bretagne, Italie et Grèce, Oribase aura “expérimenté” plus intellectuellement que physiquement ce même polythéisme qui n’est plus vécu qu’au sein de la Phratrie. Mais la conception de l’homme et du vivant est la même : “L’Hellène n’a rien du serf écrasé par le péché, prosterné devant un dieu infiniment bon qui cause son malheur. Nous sommes autonomes, même si nous respectons le destin imparti par les Puissances. Là est notre grandeur, dans la quête perpétuelle d’un équilibre instable, comme l’exprima jadis l’immense Sophocle” (p. 123).

Dans sa retraite bretonne, Oribase avance dans sa compréhension d’Empédocle en suivant les leçons quotidiennes du maître Ollathir. Le sage voit à l’origine du mouvement cosmique quatre racines – feu rouge, air blanc, terre noire, eau ocre – dont le mélange et la dissociation, la transformation inlassable sous l’action de deux puissances motrices – Philotès (l’Amour) et Neikos (la Discorde) produit toutes choses. Cet antagonisme nourrit le mouvement cosmique. L’éternel devenir est constitué schématiquement de quatre phases allant de l’harmonie parfaite au chaos tout aussi parfait, qui provoque le retour de l’Amour, du Tout, du Sphairos. Les triomphes de l’Amour et de la Haine sont temporaires. Le processus est cyclique.

À travers la figure de Ganesha, le dieu indien au corps d’homme et à la tête d’éléphant, Oribase retrouve cette notion d’union des contraires, l’infiniment petit et l’infiniment grand, l’humain et le divin. Cette créature en apparence absurde démontre que la vérité est au-delà des apparences. Autre enseignement : l’homme est l’image du cosmos. Il y a identité entre microcosme (l’homme) et macrocosme (l’éléphant). […]

Empédocle, chez qui pensée mythique et pensée scientifique avancent côte à côte, mais aussi l’Empereur Julien, dernière digue du Destin contre le monothéisme, imprègnent le roman comme autant de “vigiles de pierre” animés par une force et une volonté sereines et que rien ne semble pouvoir dévier de leur grande œuvre. […]

Le roman de Christopher Gérard fait immanquablement penser au réalisme magique, ce courant notamment cinématographique et littéraire typiquement belge, illustré parfaitement par André Delvaux. »

Le fameux roman Ulysse de James Joyce fut qualifié jadis de « cathédrale de prose » par ses admirateurs aussi ébahis qu’enthousiastes.

Nul doute que Le songe d’Empédocle sera, quant à lui, érigé en « temple de l’écriture » !

Bernard DELCORD

Le songe d’Empédocle par Christopher Gérard, Lausanne, Éditions L’Âge d’Homme, collection « Contemporains », mars 2015, 240 pp. en noir et blanc au format 13 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 25 € (prix France)

20:30 Écrit par Bernard dans Littérature belge, Romans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/08/2015

Belgitude pur jus !

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Époux à la ville de la célèbre écrivaine belge Jacqueline Harpman (1929-2012), l’architecte et poète post-surréaliste Pierre Puttemans (1933-2013) a participé au mouvement d’avant-garde bruxellois Phantomas (lui-même issu de Cobra) et on lui doit notamment les recueils Le Monomotapa (2010), Basse-cour (2011) et Facéties (2013). En architecture, il a construit ou restauré des bibliothèques (notamment celles de Nivelles et des Riches-Claires), des théâtres (le Poche et le Théâtre- Poème), un opéra (La Monnaie), ou encore le Centre de Traumatologie et de Réadaptation de l’hôpital Brugmann.

Les Éditions Espace Nord ont sorti récemment un recueil à l’humour subversif intitulé La Constellation du chien qui rassemble des textes, des poèmes et des fragments de son œuvre débridée, dont certains font penser à Chavée, à Scutenaire ou à Verheggen :

– Une larme à double tranchant.

– Il n’est pire sourd que celui qui n’entend rien.

– On coupa le cou du soleil avant de lui dire adieu.

– Le calembour est la viande de l’esprit.

– Il n’y a pas de fumeux sans fée.

– Peste, dit l’étranger.

– L’ennui naquit un jour d’un uniforme mité.

Un carnaval drolatique !

Bernard DELCORD

La Constellation du chien et autres textes par Pierre Puttemans, postface de Laurent Demoulin, notice biographique par Marianne Puttemans, Bruxelles, Éditions Espace Nord, juin 2015, 176 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 7,50 €. Existe en format électronique ePub (6,99 €)

19:08 Écrit par Bernard dans Littérature belge | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/06/2015

Mort, où en est ta victoire ?

La Mort de Napoléon par Simon Leys.jpg

Paru en 1986, le seul texte de fiction du grand sinologue – et remarquable historien d’art – qu’était notre compatriote Simon Leys (1935-2014), La Mort de Napoléon, a été réédité ces jours-ci aux Impressions Nouvelles dans la collection « Espace Nord » et c’est fort bien, car il s’agit d’un conte philosophique qui eût séduit Voltaire tant sur la forme – parfaite, comme toujours chez cet auteur – que sur le fond, qui s’avère aussi grinçant  qu’hilarant.

En voici l’argument :

« Messieurs-dames, hélas ! l’Empereur vient de mourir ! »

La nouvelle se répand rapidement à travers toute l’Europe. Pourtant, Napoléon n’est pas mort. Après une ingénieuse évasion, il a réussi à regagner la France, laissant un sosie occuper sa place à Sainte-Hélène – et ce n’est que ce dernier qui vient de trépasser. Mal ajusté à son incognito, Napoléon va traverser une série d’étranges épreuves. Confronté à son propre mythe, saura-t-il recouvrer son identité ? Et qui est-il donc, maintenant que l’Empereur est mort ?

Époustouflant d’intelligence et de drôlerie !

Bernard DELCORD

La Mort de Napoléon par Simon Leys, postface de Françoise Chatelain, Bruxelles, Les Impressions Nouvelles, collection « Espace Nord », avril 2015, 144 pp. en noir et blanc au format 12, x 18,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 8 €

13:23 Écrit par Bernard dans Littérature belge | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |