22/02/2016

Inhumains, trop inhumains...

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Ainsi que nous l’avons attesté dans M… Belgique, notre compatriote Véronique Janzyk excelle dans les histoires courtes, comme le montrait son recueil de nouvelles intitulé Les fées penchées, paru chez Onlit Books à Bruxelles en 2014.

Elle est récemment revenue sur le devant de la scène littéraire avec un nouvel opus très réussi, Le vampire de Clichy, publié chez le même éditeur, une succession de short stories qui versent cette fois dans le fantastique, avec une approche très personnalisée :

« La dernière nuit de l'an dernier, j'ai été mordue à la gorge par un vampire. Les mois qui ont suivi ont été émaillés de rencontres particulières. Les objets eux-mêmes semblaient dotés de vie. J'ai tenté d'en rendre compte ici. Je me dois d'ajouter que le vampire appartenait à une lignée dont je compris plus tard qu'elle n'attendait pas le coup fatal porté avec un pieu. Les vampires de sa trempe devançaient la mort. Ce ne sont pas, malheureusement, les moins cruels. »

Depuis cette morsure, la narratrice multiplie les rencontres de personnages étranges, dont certains sont morts ou croient l'être : un bouquiniste, un directeur de festival littéraire, un acteur, une personne déprimée par l’affaire Dutroux, une femme qui change de voix, une strip-teaseuse, un homme qui se filme, un type qui regarde un film porno, un autre qui réalise qu’il a 44 ans, l’utilisatrice d’un GSM « tombé du camion », un couple d’esthètes, un gars qui va à la foire, une cycliste dans un tunnel et bien d’autres encore…

Une galerie des glaçants…

Bernard DELCORD

Le vampire de Clichy par Véronique Janzyk, Bruxelles, Éditions Onlit Books, octobre 2015, 141 pp. en noir et blanc au format 12 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 €

19:42 Écrit par Bernard dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/11/2015

« On rêve d’un rêve. » (Frédéric Beigbeder)

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D’une rare élégance, les 33 courtes nouvelles érotiques de Corinne Hoex rassemblées dans le recueil Valets de nuit paru aux Impressions nouvelles à Bruxelles confirment, une fois de plus, le talent époustouflant de l’une de nos plus brillantes auteures qui y manie l’allusion subtile dans une langue finement ciselée, tout en délicatesse de syntaxe et de vocabulaire.

Par le rêve, elle se fait nuage flirtant avec un aviateur, fontaine abreuvant un terrassier, statue sous les ciseaux d’un sculpteur, plat mitonné par un cuisinier, sable sous le râteau d’un plagiste, chatte persane et son toiletteur, mouche dans une pâtisserie, sainte entre les mains d’un aumônier, lettre dans le sac d’un facteur, forêt amoureuse d’un chasseur, belle endormie surprise par un voleur de clef des songes…

Une joyeuse débauche de corps de métier !

Bernard DELCORD

Valets de nuit par Corinne Hoex, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, collection « Traverses », novembre 2015, 156 pp. en noir et blanc au format 14,5 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 14 €.

12:06 Écrit par Bernard dans Érotisme, Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/11/2015

Mini vacheries…

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Après des études de bibliothécaire-documentaliste, Marc Menu, qui est né à Bruxelles en 1961, a travaillé pendant vingt ans dans une école de cinéma.

Il a fait paraître chez Quadrature à Louvain-la-Neuve un recueil de nouvelles fort justement intitulé Petites méchancetés sans grandes conséquences, de courts textes grinçants dans lesquels, par touches minuscules, il jette un regard angoissant et désenchanté sur les réalités du quotidien contemporain.

Exemple :

Maman

« Le petit Grégory attend sa maman à l’accueil du magasin…

Elle arrive en courant, toute essoufflée, se penche, prend l’enfant dans ses bras, le serre très fort. Il redouble de pleurs. Elle échange un sourire attendri avec l’hôtesse et les caissières.

       – Il a eu une grosse peur, le pauvre chéri, murmure-t-elle. C’est fini maintenant, maman est là !

Et elle s’éloigne, en essayant vainement de le réconforter.

Dans une ou deux minutes, quand la vraie maman viendra récupérer son enfant à l’accueil, elle sera déjà loin. »

Terrific, isn’t it?

Bernard DELCORD

Petites méchancetés sans grandes conséquences par Marc Menu, Louvain-la-Neuve, Éditions Quadrature, octobre 2015, 82 pp. en noir et blanc au format 18 x 10 cm sous couverture brochée en couleurs, 10 €

14:19 Écrit par Bernard dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

19/10/2015

Dur, dur, le métier de vivre…

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Après Le manège des amertumes paru en 2013 chez le même éditeur, à savoir les Éditions Quadrature à Louvain-la-Neuve, la jeune auteure belge (elle est originaire du Borinage) Isabelle Baldacchino a remis le couvert cette année avec un nouveau recueil de nouvelles intitulé Les blondes à forte poitrine, des textes incisifs, crus et rugueux se colletant avec la vie ordinaire des gens sans histoire pour en faire ressortir l’absurdité étriquée.

Car, c’est bien connu et en dépit de ce qu’en disent les philosophes et les théologiens, « le monde est divisé en deux catégories : les hommes à lunettes et les blondes à forte poitrine »… Un monde dont on aimerait qu’il s’arrête pour pouvoir en descendre…

Échantillon :

« On s’est trouvé très vite, elle et moi. Une perruque triste derrière sa vitrine, c’était moi, accrochée à une tête de velours sans regard ni sourire. Elle est arrivée, elle m’a prise, y a pas à discuter cent sept ans.

Après… Je me souviens plus très bien tellement on a de souvenirs. J’ai oublié les rues, j’ai oublié les noms. Mais les visages, bon dieu, les yeux terribles de la misère, je les ai tous là quelque part. On se laisse attraper par les solitudes.

Elle aurait dû être plus prudente parfois, mais c’est plus fort qu’elle, les autres, c’est sa vie. Elle crève sans les autres. “Vous l’avez vu celui-là avec sa gueule tranchée ? Il est pour moi, il est pour moi”. Les pas finis, les mal aimés, c’est toujours pour elle. Elle les fait grimper au premier. Elle ne dit pas “Qu’est-ce que tu veux ?”. Elle sait. Un peu chamane, un peu curé, ma blonde.

Je voudrais te dire un truc sur elle, pour te montrer qu’elle a la tête haute. Tu sais, cette maladie qui frappe nos femmes, toujours la même ? Elle se l’est tapée aussi. On dit pas ça : se taper une maladie. Pourtant je peux te garantir que ça fait mal, au cœur et au corps. Le cancer…

Y a tout qui bascule. Ta blonde, elle peut plus soulever une tasse, attacher son soutien-gorge, changer les draps. Et toi, tu peux rien faire, qu’à attendre que ça passe, à prier qu’elle y passe pas, qu’elle en crève pas, parce que, si elle crève, tu crèves aussi. Tu ne seras plus qu’une vieille perruque oubliée au fond d’une caisse. »

Le chant de la vie comme elle ne va pas, en somme…

Bernard DELCORD

Les blondes à forte poitrine par Isabelle Baldacchino, Louvain-la-Neuve, Éditions Quadrature, avril 2015, 116 pp. en noir et blanc au format 13,4 x 21,3 cm sous couverture brochée en couleurs, 15 €

19:52 Écrit par Bernard dans Littérature belge, Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/12/2014

L'art de flanquer la frousse

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L’écrivain Jean Muno, de son vrai nom Robert Burniaux – il était le fils d’un autre homme de lettres de grand talent, injustement oublié : Constant Burniaux [1] –, est né en 1924 et mort en 1988 à Bruxelles. Romancier, nouvelliste et essayiste, il fut également enseignant à l'Athénée royal de Gand puis à l'École normale Charles Buls à Bruxelles où il fit toute sa carrière.

Son remarquable recueil de dix nouvelles, intitulé Histoires singulières et que les Éditions Espace Nord à Bruxelles ont eu l’excellente idée de faire reparaître ces jours-ci, a obtenu le prix Rossel en 1979.

Jouant sur les différentes facettes du fantastique, Jean Muno y aborde successivement des thèmes classiques (les revenants, la peur, la dépossession de soi, la folie, l’altérité, le vampirisme, la mort…) avec une maestria formidable dans des récits faisant éclore l'insolite au sein du quotidien le plus convenu et où l’on trouve une goule qui se noie, un gant vivant érotisé, une digue qui s'efface, un historien buveur de sang, un ancien condisciple rondouillard revenu de la mort pour dénoncer son propre assassinat, un majordome qui singe à outrance le défunt maître de maison, une gélatine inconnue où se baigne nu le voisinage...

Car, pour l’auteur, « le monde est peuplé de crimes inaccomplis, infiniment recommencés, fantômes sans repos qui errent dans les replis de la solitude, dans la mémoire aigrie des vieilles gens, parmi les ruines, les criaillements livides des corneilles, au fond des gouffres que survolent silencieusement les rapaces. Histoires crochues, histoires vampires. »

Ajoutons que la technique du récit est parfaitement maîtrisée, que l’humour et l’ironie sont omniprésents, que la langue française est bellement exploitée et que l’on frissonne délicieusement à chacune des pages de cette anthologie du genre si cher aux grands écrivains belges.

Un maître ouvrage !

Bernard DELCORD

Histoires singulières par Jean Muno, postface de Thomas Vandormael, Bruxelles, Éditions Espace Nord, novembre 2014, 233 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 8,50 €


[1] 1892-1975. Il rédigea notamment plus de trente romans qui témoignent de sa maîtrise dans le court récit comme dans la narration de longue haleine. Certains d'entre eux ont pour thème son expérience d'instituteur dans une école du quartier populaire de la rue Haute à Bruxelles, où lui fut confiée, entre 1912 et 1924 avec interruption durant la Grande Guerre où il fut au cœur des combats, la charge d'une classe d'enfants handicapés mentaux, aux tendances caractérielles : La Bêtise, édité en 1925 chez Rieder à Paris, Crânes tondus (1930), et les récits de L'Aquarium (1933). Ils relatent sa vie quotidienne auprès d'enfants en difficulté, dont il brosse des portraits à la fois sensibles et tragiques. (Source : Académie royale de Belgique dont Constant Burniaux fut membre belge littéraire du 22 décembre 1945 au 9 février 1975.)

19:50 Écrit par Bernard dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28/07/2014

« À la fin de l'envoi, je touche ! » (Cyrano de Bergerac)

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Le texte ci-dessous a paru dans la livraison du 04/07/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

« Les idées sont à gauche et le style est à droite », nous confia jadis Robert Poulet, le plus grand de nos aristarques, avec un peu de regret. Nul doute qu'il eût jubilé à la lecture d'Osbert et autres historiettes paru à Lausanne, aux Éditions L'Âge d'Homme, sous la plume de notre compatriote Christopher Gérard.

Car ce recueil de short stories faisant parler des animaux à propos des humains d'aujourd'hui fourmille de notations piquantes, d'observations désabusées et de formules assassines rédigées à fleuret moucheté par un styliste hors pair dont les observations ne sont pas sans rappeler celles de La Bruyère, de La Fontaine, de Montesquieu et de Léautaud, rien que ça !

Saluons donc comme il se doit – chapeau bas – ces petits textes qui, loin des fadaises fadasses du politiquement correct et du consensus mou, mettent le doigt dans la plaie la plus béante de notre époque : le sinistre individu contemporain dont la vanité n'a d'égale que la vacuité...

Bernard DELCORD

Osbert et autres historiettes par Christopher Gérard, Lausanne, Éditions L'Âge d'Homme, avril 2014, 109 pp. en noir et blanc au format 12,6 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 10 €

 

15:08 Écrit par Bernard dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

21/06/2014

Roseaux penchants...

Les fées penchées.jpg

Le texte ci-dessous a paru dans la livraison du 20/06/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

Notre compatriote Véronique Janzyk excelle dans les histoires courtes, comme en atteste son dernier recueil de nouvelles, Les fées penchées, paru chez Onlit Books à Bruxelles. Elle y mène le lecteur à la poursuite de quinze fées – des femmes a priori ordinaires – qui, ayant perdu leur baguette sur les chemins de la vie, sont sorties de l'ordinaire : une fan de Mylène Farmer, une adolescente dans un cimetière, une Brigitte Bardot en herbe devant des bébés phoques, une visiteuse d'hôpital, une dragueuse sur Facebook, une adepte du body-building, une Diane chasseresse, une maîtresse sado-maso, une retraitée en vacances, d'autres encore...

Brillant dans l'ellipse et précis dans l'allusion, le style narratif adopté par l'auteure oscille, lui aussi, entre poésie subtile, prose ramassée et récit clinique, faisant tenir ces héroïnes debout, comme par miracle.

À la manière de la tour de Pise, en quelque sorte...

Bernard DELCORD

Les fées penchées par Véronique Janzyk, Bruxelles, Éditions Onlit Books, février 2014, 98 pp. en noir et blanc au format 12 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 €

14:58 Écrit par Bernard dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |