19/02/2016

« L’autorité d’un seul, c’est un crime. » (Louise Michel, anarchiste féministe, 1830-1905)

La bible des anars.jpg

Christophe Verselle, professeur de philosophie et d’éducation civique, déjà auteur d’un Dico de la philo chez Flammarion dans la collection « Librio », y a fait aussi paraître – sous un titre joyeusement provocateur – La bible des anars – Anthologie des grands textes de l'anarchisme rassemblant vingt-deux textes fondamentaux de la pensée anarchiste, irrévérents et parfois incendiaires, né sous la plume d’auteurs aussi divers que Diogène Laërce, La Boétie, Diderot, Rousseau, d’Holbach, Goethe, Lacenaire, Tocqueville, Stirner, Proudhon, Bakounine, Lafargue, Pottier, Rousseau, Zola, Nietzsche, Ravachol ou Mirbeau, qui furent des tenants de l’anarchisme, des penseurs de l’égalitarisme ou des contradicteurs des totalitaristes.

Court florilège :

– Voter, c’est se choisir un maître.

– C’est permettre à certains hommes de se sentir au-dessus des lois puisque ce sont les élus qui les font.

– C’est succomber à l’illusion d’une omniscience des politiciens.

– Enfin, c’est oublier que les promesses électorales n’engagent que ceux qui les écoutent.

(Élisée RECLUS, 1830-1905)

Nous repoussons toute législation, toute autorité et toute influence, privilégiée, patentée, officielle et légale, même sortie du suffrage universel, convaincus qu’elle ne pourrait jamais tourner qu’au profit d’une minorité dominante et exploitante, contre les intérêts de l’immense majorité asservie.

(Mikhaïl Aleksandrovitch BAKOUNINE, 1814-1876)

Des analyses encore bien actuelles, non ?

Bernard DELCORD

La bible des anars – Anthologie des grands textes de l'anarchisme, textes rassemblés par Christophe Verselle, Paris, Éditions Flammarion, collection « Librio idées », octobre 2015, 94 pp. en noir et blanc au format 13 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 3 €

14:04 Écrit par Bernard dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/12/2015

« Y en a pas un sur cent, et pourtant, ils existent… » (Léo Ferré)

Ni Dieu ni Maître – Anthologie de l'anarchisme.gif

Daniel Guérin (1904-1988) fut un écrivain révolutionnaire français, anticolonialiste, militant de l'émancipation homosexuelle, théoricien du communisme libertaire, historien et critique d'art. Il est notamment l'auteur de Jeunesse du socialisme libertaire (1959), Essai sur la révolution sexuelle après Reich et Kinsey (1963), Sur le fascisme (1965), Rosa Luxemburg et la spontanéité révolutionnaire (1971), De l'Oncle Tom aux Panthères Noires (1973), La Révolution française et nous (1976) ou encore Homosexualité et révolution (1983).

En 2012, les Éditions La Découverte à Paris ont réédité son œuvre majeure [1], Ni Dieu ni Maître – Anthologie de l'anarchisme, un volumineux pavé – devenu un classique depuis sa première édition dans la « Petite collection Maspero » en 1970 – qui propose un choix raisonné de textes politiques et théoriques des grands noms de l'anarchisme.

En les replaçant en perspective, Daniel Guérin a retracé l'aventure d'un mouvement politique et intellectuel dont la force de contestation n'a jamais faibli depuis sa naissance au XIXe siècle. Il offre un panorama complet, sur deux siècles, de la pensée anarchiste, en restitue la richesse, et fait revivre les controverses qui l'animent.

L’auteur entend ainsi combattre le discrédit dont fut victime l'anarchisme, souvent réduit par ses détracteurs à une idéologie individualiste « réfractaire à toute forme d'organisation ».

La première partie de cette anthologie présente le travail théorique des anarchistes du XIXe siècle à travers des textes de Stirner, Proudhon, Bakounine, Guillaume et Kropotkine.

La seconde, plus historique, dresse le portrait des grandes figures du mouvement à la fin du XIXe siècle et au XXe siècle : Malatesta, Henry, Pelloutier, Voline, Makhno, Durruti. Elle met aussi en lumière le rôle intellectuel et politique des anarchistes pendant la révolution russe et la guerre d'Espagne.

Une somme philosophique qui surprendra plus d’un lecteur par sa vivacité d’esprit et son approche a-dogmatique du monde et des hommes.

Par les temps qui courent, où règne en maître la pensée polluée du politiquement correct, voici un ouvrage parfaitement rafraîchissant !

 

Table des matières :

Un précurseur : Max Stirner

Pierre-Joseph Proudhon

Michel Bakounine

Les premiers disciples de Bakounine

James Guillaume

Pierre Kropotkine

Errico Malatesta

Émile Henry

Les anarchistes français dans les syndicats

Les collectivités espagnoles

Voline

Nestor Makhno

Cronstadt (1921)

L'anarchisme dans la guerre d'Espagne

Durruti et la guerre libertaire

L'anarcho-syndicalisme au gouvernement

 

Bernard DELCORD

Ni Dieu ni Maître – Anthologie de l'anarchisme par Daniel Guérin, Paris, Éditions La Découverte/Poche, janvier 2012, 768 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée monochrome à rabats, 18 € (prix France)

 

[1] Elle est toujours disponible en librairie à l’heure où nous écrivons ces lignes, en décembre 2015.

20:52 Écrit par Bernard dans Essais, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/08/2015

« Le fait de pouvoir élire librement des maîtres ne supprime ni les maîtres ni les esclaves. » (Herbert Marcuse)

Herbert Marcuse ou les vertus de l'obstination.jpg

Ingénieur de formation, Claude Dupuydenus a étudié la philosophie auprès d'Herbert Marcuse, dont il a été l'assistant à l'université de Californie de 1966 à 1969. Il a fait paraître, chez Autrement à Paris, la première biographie en langue française de ce maître à penser, sous le titre Herbert Marcuse ou les vertus de l'obstination.

Fils aîné d'une famille juive aisée de Berlin, Herbert Marcuse (1898-1979) a passé plus de la moitié de sa vie aux États-Unis, où il s'est exilé dès 1933.

Après la Première Guerre mondiale qu’il accomplit dans des unités de l'arrière, il adhère en 1917 au parti social-démocrate (SPD) qu’il quitte après l'assassinat de Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg en 1919 pour rallier le mouvement spartakiste.

Il étudie ensuite à Berlin puis à Fribourg-en-Brisgau la Germanistik ainsi que la philosophie et l’économie politique.

Élève de Martin Heidegger dont il fut l’assistant à Fribourg-en-Brisgau et sous la direction de qui il rédigea une thèse sur Hegel avant d’entrer en désaccord profond avec son maître, il devint membre de l'École de Francfort en 1932, puis, quand Hitler accéda au pouvoir, il émigra à New York, où il fut embauché par l'Institut de Recherche sociale, mais aussi par l’Office of Strategic Services (OSS), où il travailla sur un programme de dénazification.

Les sources de la pensée de Marcuse se trouvent dans la lecture combinée de Marx et de Freud, mais aussi de Hegel, Husserl et Lukacs.

Il est notamment l'auteur d'Éros et Civilisation (1955) et de L'Homme unidimensionnel (1964), paru en France en 1968, qui veut démontrer le caractère inégalitaire et totalitaire du capitalisme des « Trente Glorieuses ».

En 1968, Marcuse voyage en Europe où il prononce de multiples conférences et entretient de nombreuses discussions avec les étudiants. Il devient alors une sorte d'interprète théorique de la formation des mouvements estudiantins en Europe et aux États-Unis [1].

Durant sa carrière, il a côtoyé Max Horkheimer [2], Theodor Adorno [3], Angela Davis [4], il a débattu durement avec Erich Fromm [5] et il a mené ses combats philosophiques avec une conviction sans égale : contre le nazisme, la barbarie, le libéralisme et les mécanismes de domination.

La biographie que lui consacre Claude Dupuydenus retrace le parcours personnel et intellectuel d'un penseur acharné qui fut présenté comme l'une des grandes figures de Mai-68.

On redécouvre l'homme, mais aussi une époque et surtout une pensée philosophique clairement expliquée et parfaitement accessible au lecteur non averti.

Une gageure !

Sommaire :

– Une famille aisée, allemande et juive

– Un adolescent insouciant devenu guerrier

– Conjurer les échecs de 1919

– Penser en Allemagne avant le nazisme

– Le libéralisme engendre la barbarie

– Aux Affaires étrangères américaines

– L'après-guerre jusqu'en 1954

Bernard DELCORD

Herbert Marcuse ou les vertus de l'obstination par Claude Dupuydenus, préface de Michel Onfray, Paris, Éditions Autrement, collection « Universités populaires et Cie », février 2015, 302 pp. en noir et blanc au format 13 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 20 € (prix France)


[2] Max Horkheimer (1895-1973) est un philosophe et un sociologue allemand qui fut de 1930 à 1969 le directeur de l'Institut de recherche sociale (Institut für Sozialforschung) à l’origine de la célèbre École de Francfort, et un des fondateurs de la théorie critique (Kritische Theorie). Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Max_Horkheimer

[3] Theodor W. Adorno, 1903-1969, est un philosophe, sociologue, compositeur et musicologue allemand. En tant que philosophe, il est avec Herbert Marcuse et Max Horkheimer l'un des principaux représentants de l'École de Francfort. Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Theodor_W._Adorno

[4] Angela Yvonne Davis, née le 26 janvier 1944 à Birmingham en Alabama, est une militante des droits de l'homme, professeure de philosophie et militante communiste de nationalité américaine. Active au sein du mouvement des droits civiques aux États-Unis, membre des Black Panthers, elle fut poursuivie par la justice à la suite de la tentative d’évasion de trois prisonniers, qui se solda par la mort d’un juge californien en août 1970. Emprisonnée vingt-deux mois à New York puis en Californie, elle fut finalement acquittée et poursuivit une carrière universitaire qui la mena au poste de directrice du département d’études féministes de l’université de Californie. En 1965, Herbert Marcuse, alors en poste à l’Université de San Diego, avait accepté de reprendre la direction de sa thèse, initialement tenue par Adorno, sur « le concept philosophique de la liberté chez Kant, et ses rapports sur la lutte de la libération des Noirs ». Elle la soutiendra en 1969. En 2012, elle a été proclamée docteure honoris causa de l'Université libre de Bruxelles. Sources : https://fr.wikipedia.org/wiki/Angela_Davis et http://bougnoulosophe.blogspot.be/2011/04/angela-davis-pa...

[5] Erich Fromm (1900-1980) était un psychanalyste humaniste états-unien d'origine juive allemande. Il fit ses études à l'université de Heidelberg puis à celle de Munich et enfin à l'Institut de Psychanalyse de Berlin. Il fut avec Adorno, Marcuse et d'autres, un des premiers représentants de l'École de Francfort. Il a greffé d'une façon critique et originale la thèse freudienne sur la réalité sociale de l'après-guerre aux États-Unis où il a vécu à partir de 1934. Il a enseigné au Bennington College, à la Columbia University, à celle du Michigan, à Yale, à l’École de Palo Alto et à l'Université Nationale du Mexique. Source : http://1libertaire.free.fr/EFromm05.html

17:41 Écrit par Bernard dans Philosophie, Récits de vie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

21/01/2015

Le summum de la pensée grecque...

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Traducteur d’Aristote (384 av. J.-C. – 322 av. J.-C.), Pierre Pellegrin, directeur de recherche émérite au CNRS, a conduit aux destinées du Centre d'histoire des sciences et des philosophies arabes et médiévales à Paris. Expert du corpus zoologique du philosophe, il est aussi l'un des principaux spécialistes de sa pensée politique.

Il a dirigé la publication, chez Flammarion à Paris, des Œuvres complètes du Stagirite, un ouvrage monumental qui comprend la totalité des œuvres authentiques d'Aristote, ainsi que la traduction inédite en français des Fragments.

Écoutons-le :

« Il n'est pas une branche du savoir de son temps qu'Aristote n'ait étudiée : de la logique à la rhétorique en passant par la dialectique, de la physique et la chimie à la cosmologie, de la métaphysique et la théologie aux mathématiques, de la politique et l'éthique à la psychologie, sans oublier le très important corpus biologique et le recueil des différentes constitutions qu'il avait compilées avec ses élèves.

On redécouvre aujourd'hui l'importance du "maître de ceux qui savent" tant pour l'Occident chrétien que pour l'Orient islamique, et l'on trouve un fondement aristotélicien à presque toutes nos sciences dites "humaines". »

Si elle exerça une grande influence de son vivant, la pensée d’Aristote connut le purgatoire en Grèce après sa mort, et elle ne revint au premier rang que vers la fin de l’Antiquité. Elle demeura cependant vivace dans les mondes byzantin et musulman, ce dernier ayant largement contribué au sauvetage du contenu des textes.

« Plus de 2 300 ans après sa mort, Aristote demeure l'un des hommes les plus influents que le monde ait connus, celui dont les connaissances ont été les plus vastes et qui a abordé l'éventail le plus large des champs du savoir », a écrit Bryan Magee, grand vulgarisateur anglais de la pensée philosophique, dans son Histoire de la philosophie [1].

Ajoutons pour conclure que l’ouvrage comporte aussi une introduction générale, des notices de présentation pour chaque groupe de traités, un index des notions et un index des philosophes, le tout facilitant grandement la lecture et la compréhension.

Un travail de bénédictin !

Bernard DELCORD

Œuvres complètes d'Aristote sous la direction de Pierre Pellegrin, Paris, Éditions Flammarion, octobre 2014, 2 925 pp. en noir et blanc au format 17,3 x 24,5 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 69 € (prix de lancement en France jusqu’au 28/02/2015, puis 79 €)


[1] Bryan Magee, The Story of Philosophy, 2010, p. 34.

20:17 Écrit par Bernard dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/08/2013

Idées yankees...

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Paru chez Couleurs livres à Charleroi, l'essai du diplomate belge à Wallonie-Bruxelles International Pierre Ansay intitulé Nouveaux penseurs de la gauche américaine lance le lecteur à la découverte d'une terra incognita, celle des idées qui, à l'instigation de deux professeurs de Harvard, un Américain, John Rawls (1921-2002), et un Belge, Philippe Van Parijs (né en 1951, il enseigne aussi à Louvain-la-Neuve), agitent les deux grandes écoles de philosophie politique des États-Unis et du Canada, la communautarienne (avec Charles Taylor, Michaël Sandel, Michaël Walzer et Alasdair MacIntyre) et la libérale (avec John Rawls, Philippe Van Parijs, Ronald Dworkin, Wim Kymlicka et Thomas Nagel).

Des débats qui, si leurs conclusions ne sont pas toujours convaincantes à nos yeux, traitent de la liberté, des traditions, de la diversité culturelle, de l'intégration et de la cohésion sociale, des conflits institutionnels, de l'évolution des familles avec la montée des revendications féministes, de la formation professionnelle et de l'enseignement en rapport avec les questions de justice sociale, autant de questions cruciales aux antipodes des âneries mises en avant par les télévangélistes et les partisans bornés du Tea-party.

Un livre qui prouve en tout cas, et c'est réjouissant, qu'il y a encore une vraie pensée spéculative en Amérique, et donc pas uniquement des techniciens, des technocrates et des juristes mus par le seul appât du gain...

Bernard DELCORD

Nouveaux penseurs de la gauche américaine par Pierre Ansay, Charleroi, Éditions Couleurs livres, avril 2011, 189 pp. en noir et blanc au format 13,5 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 19 €

15:42 Écrit par Bernard dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/03/2013

Leçons de vie...

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Philosophe romain, homme d'État et écrivain, Sénèque (en latin Lucius Annaeus Seneca) est né dans l'actuelle Cordoue, en Espagne, vers 4 avant Jésus-Christ et est mort le 12 avril 65.

Conseiller à la cour impériale sous Caligula et précepteur de Néron, Sénèque fut pour un temps précepteur et mentor de ce dernier avant d'être discrédité et acculé au suicide. Ses traités philosophiques comme De la colère, Sur la vie heureuse (en latin, De Vita beata) ou De la brièveté de la vie (De Brevitate vitæ), et surtout ses Lettres à Lucilius exposent ses conceptions philosophiques stoïciennes : « Le souverain bien, c'est une âme qui méprise les événements extérieurs et se réjouit par la vertu ».

Dans De la providence dont l'excellente traduction française du professeur en Sorbonne Émile Bréhier (1876-1952) vient d'être rééditée chez Gallimard dans la collection « Folio 2 € sagesse », il s'adresse à son ami Lucilius en adoptant le point de vue divin pour expliquer « pourquoi, si le monde est régi par une providence, les gens de bien éprouvent tant de maux ».

En voici la conclusion :

« Bravez la mort : elle est pour vous le néant ou une nouvelle vie. Avant tout j’ai voulu qu’on ne pût vous retenir malgré vous : la retraite est ouverte. Renoncez-vous à combattre ?

Fuyez, vous êtes libres ; de toutes les nécessités que je vous ai imposées, il n’en est point que j’aie rendue plus facile que la mort. Votre âme est sur une pente rapide, entraînante. Ouvrez les yeux, et voyez combien est court et dégagé le chemin qui mène à la liberté. Je n’ai pas mis d’aussi longs obstacles à la sortie qu’à l’entrée de cette vie. Le sort aurait eu sur vous trop d’empire, si l’homme avait autant de peine à mourir qu’à naître. Pas d’instant, pas de lieu qui ne vous enseigne combien il est aisé le rompre avec la nature et de lui renvoyer son présent. (...) Ce qu’on appelle mourir, cet instant où l’âme se sépare du corps passe trop vite pour être saisi dans sa rapidité. Que les étreintes d’un lacet vous suffoquent, que l’eau vous intercepte la respiration ; que la dureté du sol où se fait votre chute vous fracasse la tête ; que des charbons ardents avalés ferment passage à l’air que vos poumons exhalent, quel que soit le moyen, l’effet est prompt. Ne rougissez-vous pas de craindre si longtemps ce qui dure si peu ? »

Vu comme ça, évidemment…

Bernard DELCORD

De la providence suivi de Lettres à Lucilius (lettres 71 à 74) par Sénèque,  traduction d'Émile Bréhier, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio 2 € sagesses », janvier 2013, 96 pp. en noir et blanc au format 10,8x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 2 €

16:50 Écrit par Bernard dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/07/2012

Idées limpides...

Mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste britannique, Bertrand Russel (1872-1970) fut, avec l'Austro-anglais Ludwig Wittgenstein (1889-1951), l'un des plus grands penseurs du siècle dernier.

Auteur avec Alfred Whitehead des fameux Principia Mathematica (1910-1913) qui révolutionnèrent l'approche des mathématiques, Russel appliqua à la philosophie les principes de la logique formelle et de l'analyse du langage, une autre révolution.

Cela déboucha notamment sur une monumentale Histoire de la philosophie occidentale dont Jorge Luis Borges assurait qu'elle serait le seul ouvrage qu'il emporterait sur une île déserte et que l'éditeur Jean-Claude Zylberstein a récemment incluse dans sa magnifique collection « Le goût des idées » – sans conteste la bibliothèque idéale de tout lecteur d'aujourd'hui – qui paraît aux Éditions Les Belles Lettres à Paris.

Écoutons-le :

« Il existe peu d'histoires de la philosophie en français, et celles que l'on peut lire s'adressent à des spécialistes ou à des étudiants. L'œuvre de Bertrand Russell, en revanche, est accessible à tous, sans que pour cela l'exposé des différents systèmes perde en quoi que ce soit de son exactitude et de sa rigueur. C'est donc un tableau cohérent et complet de la philosophie occidentale, de l'Antiquité à nos jours que "l'honnête homme" trouvera ici.

Complet, cela va de soi, car l'érudition de l'auteur ne saurait être mise en défaut. Cohérent, car une pensée sous-entend et anime cet ouvrage, cette pensée que les philosophes sont à la fois des effets et des causes : ils sont les effets des circonstances sociales, de la politique et des institutions de leur temps ; ils sont la cause (s'ils sont heureux) des nouvelles croyances qui façonneront la politique et les institutions des âges futurs.

Cet ouvrage capital de Bertrand Russell, grand penseur anglais, Prix Nobel 1950, a un double caractère : non seulement il est nourri de pensée comme un livre de philosophie, mais il se lit avec tout l'intérêt qu'on apporte à un livre d'histoire. ».

Bertrand Russel fut aussi un homme d'engagement proche des libertaires qui ne cessa de déranger l'establishment (on se souvient du fameux et retentissant « tribunal d'opinion » qu'il instaura en novembre 1966 avec Jean-Paul Sartre pour dénoncer les crimes commis durant la guerre du Viêt Nam) des idées, des sciences et de la politique.

Un grand personnage, donc !

Bernard DELCORD

Histoire de la philosophie occidentale par Bertrand Russell, traduction par Hélène Kern, Paris, Éditions Les Belles Lettres, collection « Le goût des idées » dirigée par Jean-Claude Zylberstein, décembre 2011, deux volumes de 565 pp. et 1006 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, réunis en coffret cartonné, 29,50 € chacun (prix France)Histoire de la philosophie occidentale.gif

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