12/05/2017

À la recherche du temps révolu…

Le temps de l'errance.jpg

Après Obscurité, un premier roman paru chez Chloé des Lys à Barry, en Wallonie picarde, et dont nous avons écrit dans ces colonnes tout le bien que nous en pensons, Jean-François Foulon revient – à nouveau chez cet éditeur – sur la scène littéraire avec un recueil de poèmes en vers et en prose intitulé Le temps de l'errance par lequel il entraîne le lecteur à la découverte de lieux divers, lointains ou non, réels ou pas, qui sont autant de prétextes de retours aux sources, de questionnements sur le monde comme il (ne) va (pas) et de miroirs des sentiments que fait naître la nostalgie du temps perdu.

Extrait :

 

Été pluvieux

 

Trois gouttes d'eau descendent lentement

Le long d'une feuille,

Vestiges d'une averse

Au cœur de l'été.

 

Trois gouttes d'eau qui coulent

Le long de ta joue,

Et ton cœur en pleurs

En plein juillet.

 

Trois gouttes d'eau qui tombent sur le sol

Puis s'évaporent

Dans la chaleur estivale.

 

Trois gouttes d'eau au goût de sel

Qui tombent sur ton cœur.

C'est tout l'été qui pleure.

 

Joli, n’est-il pas ?

Bernard DELCORD

Le temps de l'errance par Jean-François Foulon, Barry, Éditions Chloé des Lys, février 2016, 223 pp. en noir et blanc au format 14,7 x 20,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 16,50 €

20:12 Écrit par Bernard dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

10/05/2017

Paroles d’or…

Ma petite poésie ne connaît pas la crise.jpg

Comme toujours, le nouvel opus, au titre cette fois très « bashungien », de l’ami Jean-Pierre Verheggen (°Gembloux, 1942), ne décevra pas les amateurs d’humour décapant dans des textes décalés !

On se souviendra d’abord qu’en 2009, son L'Oral et Hardi, joué et mis en scène par Jacques Bonnaffé, a été récompensé en France d'un « Molière » dans la catégorie « meilleure compagnie », sans que personne se soit avisé qu’il s’agissait d’un patchwork des discours du maire de Champignac dans les aventures de Spirou et Fantasio dessinées par André Franquin.

Il est vrai que la poésie de Verheggen « est avant tout une parodie de la poésie, une critique radicale de l'idéologie que véhicule ce genre et un pastiche burlesque de ses conventions. À partir de là, il développe dès 1968 le concept de réécriture et en applique les effets à des champs d'investigation plus larges, allant de la bande dessinée à la langue politique la plus stéréotypée, en passant par la perversion d'un langage par un autre, en l'occurrence du français classique et scolaire par son wallon maternel, sauvage et sexuel ».[1].

Cette fois, au cri de « Tout va très bien madame la Marcrise ! », il s’en prend avec une belle truculence libertaire aux petits et aux grands travers de notre époque.

Par exemple, à la passion dont s’est pris le bon peuple télévisuel de par chez nous pour les émissions culinaires en tout genre :

« Abonnez-vous à “la cuisine crapuleuse” et découvrez chaque semaine une recette inédite parmi :

l'académicien en rosette,

le faisan à l'andouille,

la bécasse marquée bécasse au front,

le clafoutis à la Jean-Baptiste Clément (en saison),

le loup façon mère-grand,

le chouchou de Bruxelles,

la souris d'agneau à la Mickey et ses mousses maison,

le soigneur sportif aux petits oignons,

la contractuelle à l'aubergine,

le vieux croûton dans son jus,

le pigeonné par une cocotte,

le chapon Banania,

l'enfant de chœur au vin de messe,

l'époisse marquée pas de chance,

le lapin à la prestidigitation aux deux chapeaux,

l'avocat aux marrons,

le ramenard à la fraise de grand veau,

le homard au « m'a tué »,

le boucher maturé,

le boss à moelle,

le poulet ripoux,

le petit vicaire à l'étouffe-chrétien,

l’idiot au beaujolais village

le dentiste à la fraise des bois (en saison),

le pêcheur durable,

le boulanger dans le pétrin,

le bûcheron de Noël,

etc. À suivre ! »

 

Un vrai cortège à la Prévert, non ? On aime aussi ses traductions latines, comme :

Ab imo pectore

Je lui ai charcuté la poitrine.

Lapsus calami

Elle s’est fait sucer par un calamar.

A parte

Elle a accouché toute seule.

In medias res

Au milieu de ta raie.

Deo gratias

Dieu est un peu gras !

La vraie science littéraire, en somme…

Bernard DELCORD

Ma petite poésie ne connaît pas la crise par Jean-Pierre Verheggen, Paris, Éditions Gallimard, mai 2017, 113 pp. en noir et blanc au format 21 x 20 cm sous couverture brochée en couleurs, 14,50 € (prix France)

 

[1] Alphabet des lettres belges de langue française, Promotion des lettres belges de langue française, Bruxelles, 1982, p. 302.

20:54 Écrit par Bernard dans Humour, Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/02/2017

« L’éphémère de nuit danse le tango... »

Tango.jpg

On connaît le talent immense de la romancière et nouvelliste Corinne Hoex [1] qui est aussi une poétesse d’envergure [2] dont les textes témoignent d’une belle capacité à faire ressentir les émotions les plus sensuelles et les plus subtiles.

C’est le cas de Tango, paru chez Esperluète à Noville-sur-Mehaigne, un poème orné d’eaux-fortes de Martine Souren qui soutiennent la prouesse suggestive du texte dans lequel une femme danse le tango, dans une tension soulignée par des répétitions fidèles au rythme de la musique née à Buenos Aires :

 

« l'éphémère de nuit

voudrait un vêtement

qui lui tienne au corps

 

qui me tienne au corps

songe-t-elle encore

et pas cette robe

 

qui me tienne au corps

comme un tanguero

comme un torero

un conquistador

et pas cette robe

aux rubans fugaces

aux franges incertaines »

 

Car, comme l’a écrit l’écrivain argentin Ernesto Sábato (1911-2011), « le tango est une pensée triste qui se danse… »

Bernard DELCORD

Tango, poème de Corinne Hoex, gravures de Martine Souren, Noville-sur-Mehaigne, Éditions Esperluète, collection « Cahiers », novembre 2017, 20 pp. en noir et blanc au format 10,5 x 20 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 8 €

 

[1] Le Grand Menu, 2001, Ma robe n’est pas froissée, 2008, Décidément je t’assassine, 2010, Le Ravissement des femmes, 2012, Décollations, fantaisie en prose, 2014, Valets de nuit, 2015, Pas grave, 2015.

[2] Cendres, 2002, Contre Jour, 2009, La Nuit, la mer, 2009, Juin, 2011, N.Y., 2011, Rouge au bord du fleuve, 2012, Le Murmure de la terre, 2012, L’Autre Côté de l’ombre, 2012, Celles d'avant, 2013, Matin, 2013, Jadis vivait ici, 2015, Oripeaux, 2015, Les Mots arrachés, 2015, L'Été de la rainette, 2016.

20:35 Écrit par Bernard dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

02/11/2016

« La poésie est le miroir brouillé de notre société. Et chaque poète souffle sur ce miroir : son haleine différemment l'embue. » (Louis Aragon)

Donc, revue sonore de poésie n°1.gif

« Donc, c’est une nouvelle revue. De poésie. Un vrai défi.

Donc, une revue qu’on écoute. Une qui mêle des voix. Parce que les voix, ça porte loin. Jusqu’au cœur de chacun. Des voix nouvelles, des assurées, des qui font leurs premiers pas, des d’humbles géants, des qui poussent jusqu’au chant. En vers, en prose, entre les deux. Des voix de poètes, de chanteurs, un petit peu d’hier et beaucoup d’aujourd’hui.

Un numéro inaugural imaginé au coin d’une table, réalisé dans l’euphorie, entre amis et avec beaucoup d’inédits.

De la poésie concrète ou lyrique, énigmatique, douce ou violente, tranchante ou apaisante. Des mots. Des mots dits. Parce que la poésie, ça s’adresse à tout le monde. Ça peut changer le monde. À commencer ici. Alors, vous offrir une revue. Un grand spectacle. Juste entre nous. Qui commence, Donc, »

C’est en ces mots que son comité éditorial [1] présente le premier numéro – à nos yeux et à nos oreilles particulièrement réussi – de la revue sonore Donc, publiée aux Éditions Thélème à Paris, qui constitue une fameuse gageure autant qu’une belle aventure littéraire : un florilège lu, parfois par leur auteur, à l’instar de celui que nous reproduisons ci-dessous, de textes poétiques de qualité inscrits tout à la fois dans l’actualité du moment et dans l’intemporalité des vagues de l’âme humaine.

« Bravo, les gars, pour ces instants pas du tout pouet-pouet ! », aurait pu en dire l’ami VERHEGGEN…

Bernard DELCORD

Donc, revue sonore de poésie, n°1, collectif, Paris, Éditions Thélème, septembre 2016, 1 CD MP3, 13,8 cm x 18,7 cm durée 1h36, 9,90 € (téléchargement : 7,90 €)

Au sommaire du premier numéro :

Jean-Pierre VERHEGGEN & Jacques BONNAFFÉ • Le Poési

Stéphane BATAILLON • Édito

Julien ALLOUF lit RABELAIS • Gargantua – L’Abbaye de Thélème

Brigitte FONTAINE • Éloge de l’hiver − Inédit

Michaël LONSDALE lit Victor HUGO • Jeanne fait son entrée

Aurélia LASSAQUE • Je porte un bracelet

Arthur H • Le son et la lumière − Inédit

Mâya DE FAY, musique de Vincent BONNEFOIS • Élise à la grise mine

Christian OLIVIER lit APOLLINAIRE • Le pont Mirabeau

Yves BONNEFOY • Poèmes

Stéphane BATAILLON • 1961 − Inédit

James NOËL • Les cigales − Inédit

Perrine GRISELIN • Le désespoir non plus

Juanito SANCHEZ • La Paloma de Pilar

Linda Maria BAROS • Je sors dans la rue avec l’ange − Inédit

Christian OLIVIER lit APOLLINAIRE • Les cloches version chantée

Stéphane BATAILLON • Prépare toi à la pluie − Inédit

Aurélia LASSAQUE • Chant traditionnel occitan – Donne-moi un nom

Alain BASHUNG lit Bernard De VENTADOUR • Chanter ne peut guère valoir

Victor BLANC • Catabase

Les frères SUAREZ-PAZOS & Sylvain CLÉMENT • Tomas Tranströmer

Arthur H • À cheval en rêve

Philippe JACCOTTET • Poèmes

Mâya DE FAY, musique de Quentin POURCHOT • Branlade de morue

Brigitte FONTAINE • Portrait de l’artiste en déshabillé de soie

Jean-Pierre VERHEGGEN • Inédits

 

Extrait : Les dix commandements du parfait petit curé djihadiste

Allah ! Allah faveur de l'obscurité naissante, tu te rendras sur les lieux où commettre ce que les infidèles appellent un attentat !

Allah ! Allah ronde tu relèveras la présence éventuelle de patrouilles de militaires ou de policiers armés jusqu'aux dents !

Allah ! Allah dérobée, quand toutes les chances seront de ton côté, tu placeras en catimini les charges explosives sous le châssis d'un véhicule à l'arrêt !

Allah ! Allah sauvette, tu t'éclipseras en quatrième vitesse, ou selon les circonstances !

Allah ! Allah douce, tu te fondras discrètement dans la foule pour te faire oublier !

Allah ! Allah minute près, tu régleras le dispositif de commande à distance pour tout faire péter !

Allah ! Allah bonne heure, tu déclencheras le mécanisme pour accomplir la mission héroïque dont le prophète t'a chargé !

Allah ! Allah claire fontaine, tu iras te mirer, fier de l'exploit que tu viens de réaliser !

Allah ! Allah salope, tu iras y laver ton cul et ton cerveau malpropres !

(Jean-Pierre VERHEGGEN, texte inédit, avec l’amicale autorisation de l’auteur)

 

[1] Adeline Defay, Emmanuelle Leroyer et Stéphane Bataillon.

16:07 Écrit par Bernard dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/08/2016

Un poète hallucinant...

Les Villages illusoires.jpg

Émile Adolphe Gustave Verhaeren, né à Saint-Amand dans la province d'Anvers (Belgique), le 21 mai 1855 et mort à Rouen le 27 novembre 1916, est un poète belge, flamand d'expression française. Dans ses poèmes influencés par le symbolisme, où il pratique le vers libre, sa conscience sociale proche de l'anarchisme lui fait évoquer les grandes villes et les villages dont il parle avec lyrisme sur un ton d'une grande musicalité. Il a su traduire dans son œuvre la beauté de l'effort humain. [1]

On ne saurait mieux dire, et c’est ce que confirme totalement le recueil intitulé Les Villages illusoires (1895), précédé d’extraits de Poèmes en prose (1887-1892) et de La Trilogie noire [2], paru à Bruxelles aux Impressions nouvelles dans la collection « Espace Nord » pour la commémoration prochaine du centenaire de la mort de l’écrivain.

« Verhaeren, broyeur de syntaxe, forgeur de formules qui marquent, cracheur de mots sonores qui disent l'écartèlement du monde, les massacres intérieurs, les paysages déchirés, les cervelles à la torture. Verhaeren aussi des vents marins, des plaines mornes et des villages où les hommes dans leur métier – meunier, cordier, fossoyeur, forgeron – grandissent aux dimensions du mythe... », écrit fort justement l’éditeur de l’ouvrage pour le présenter.

Qu’on en juge par l’extrait ci-dessous !

Bernard DELCORD

Les Villages illusoires - précédé de Poèmes en prose et de La Trilogie noire (extraits) par Émile Verhaeren, préface de Werner Lambersy, choix de textes et postface de Christian Berg, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, collection « Espace Nord », mai 2016, 223 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 9 €

 

Le passeur d'eau

 

Le passeur d'eau, les mains aux rames,

À contre flot, depuis longtemps,

Luttait, un roseau vert entre les dents.

 

Mais celle hélas ! qui le hélait

Au-delà des vagues, là-bas,

Toujours plus loin, par au-delà des vagues,

Parmi les brumes reculait.

 

Les fenêtres, avec leurs yeux,

Et le cadran des tours, sur le rivage

Le regardaient peiner et s'acharner

De tout son corps ployé en deux

Sur les vagues sauvages.

 

Une rame soudain cassa

Que le courant chassa,

À flots rapides, vers la mer.

 

Celle là-bas qui le hélait

Dans les brumes et dans le vent, semblait

Tordre plus follement les bras,

Vers celui qui n'approchait pas.

 

Le passeur d'eau, avec la rame survivante,

Se prit à travailler si fort

Que tout son corps craqua d'efforts

Et que son cœur trembla de fièvre et d'épouvante.

 

D'un coup brusque, le gouvernail cassa

Et le courant chassa

Ce haillon morne, vers la mer.

 

Les fenêtres, sur le rivage,

Comme des yeux grands et fiévreux

Et les cadrans des tours, ces veuves

Droites, de mille en mille, au bord des fleuves,

Suivaient, obstinément,

Cet homme fou, en son entêtement

À prolonger son fol voyage.

 

Celle là-bas qui le hélait,

Dans les brumes, hurlait, hurlait,

La tête effrayamment tendue

Vers l'inconnu de l'étendue.

 

Le passeur d'eau, comme quelqu'un d'airain,

Planté dans la tempête blême

Avec l'unique rame, entre ses mains,

Battait les flots, mordait les flots quand même.

Ses vieux regards d'illuminé

Fouillaient l'espace halluciné

D'où lui venait toujours la voix

Lamentable, sous les cieux froids.

 

La rame dernière cassa,

Que le courant chassa

Comme une paille, vers la mer.

 

Le passeur d'eau, les bras tombants,

S'affaissa morne sur son banc,

Les reins rompus de vains efforts.

Un choc heurta sa barque à la dérive,

Il regarda, derrière lui, la rive :

Il n'avait pas quitté le bord.

 

Les fenêtres et les cadrans,

Avec des yeux fixes et grands

Constatèrent la fin de son ardeur ;

Mais le tenace et vieux passeur

Garda quand même encore, pour Dieu sait quand,

Le roseau vert entre ses dents.

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89mile_Verhaeren...

[2] Les Soirs (1888), Les Débâcles (1888) et Les Flambeaux noirs (1891).

20:51 Écrit par Bernard dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/07/2015

« Il faut cultiver notre jardin » (Voltaire)

La fleur et son parfum.jpg

Auteur de romans sulfureux (Marthe et l'enragé, 1927, Satan l’Obscur, 1933) et de textes d’une grande sensibilité (Les Paons et autres merveilles, 1933, Dressé, actif, j'attends, 1936, Palombes et colombes, 1940, Héritiers de l'abîme, 1950), mais aussi paria des lettres françaises [1] et, de ce fait, aujourd’hui bien oublié, Jean de Bosschère (Uccle, 1878-Châteauroux, 1953) est un romancier, poète et peintre belge, qu’honorèrent de leur amitié en raison de son talent des créateurs aussi divers qu’Antonin Artaud, Max Elskamp, André Suarès, James Joyce, T.S. Elliot, Aldous Huxley, Ezra Pound, Henri Michaux, Max Jacob, Jean Paulhan et Balthus, excusez du peu !

Saluons donc le fait que les Éditions Klincksieck à Paris ont publié récemment, dans leur belle collection « De Natura Rerum » et sous le titre La fleur et son parfum, un recueil de 15 textes fort touchants sur la thématique florale et du jardin, rédigés et illustrés par l’auteur entre 1938 et 1941.

« Jean de Bosschère unit à l'exaltation de l'amoureux la précision scientifique d'un fils de botaniste. Aussi loin qu'il descendit jadis dans l'obscurité tourmentée de son âme, il a pénétré dans les mystérieux replis des parfums, des formes et des cris », a écrit Philippe Jacottet.

On ne saurait mieux dire !

Bernard DELCORD

La fleur et son parfum par Jean de Bosschère, édition ornée de douze aquarelles de l’auteur, Paris, Éditions Klincksieck, collection « De Natura Rerum », mai 2015, 257 pp. en quadrichromie au format 12 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 21 € (prix France)



[1] Selon la formule du critique Robert Guiette en 1956.

16:53 Écrit par Bernard dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

19/04/2015

« Frères humains qui après nous vivez... » (François Villon)

Jadis vivait ici.jpg

Avec Jadis vivait ici (paru aux Éditions L’Âge d’Homme à Lausanne), un élégant texte pointilliste tissé sur une trame médiévale, notre compatriote Corinne Hoex apporte une nouvelle preuve de sa grande virtuosité littéraire et de son talent étrange et remarquable à raconter des histoires terribles à coups de petites touches sensibles, d’images captivantes et de mots qui font rêver.

Dans ce qui constitue une sorte de chanson des gestes de la vaine ambition humaine de faire de sa vie quelque chose d’impérissable, Corinne Hoex fait résonner la voix des trouvères pour convoquer les forces obscures de la nature, de la destinée, de la religion, du mal, de la foi, de l’esprit chevaleresque, de la désespérance, de la souffrance et de la mort pour nous tendre le miroir de notre époque, perpétuation de l’âge de fer des fanatismes en tout genre et des croyances naïves à propos de supposées qualités miraculeuses de la terre-mère, de ses animaux et de ses plantes.

Extraits :

 

Ancolie.

Digitale mauve.

Doigt rouge de la Vierge.

Par-dessus les fougères, mélampyre des champs. Violette des blés. Cornette. Gant de bergère.

 

Loin des jardins et des enclos, l’herbe mauvaise, le chardon laineux, ne meurt pas. (p. 14)

 

 

Poux.

Tiques.

Punaises.

Parasites ailés.

Vermines domestiques.

 

Tu as vu à l’œuvre les écornifleurs.

Courtisans.

Flatteurs.

Dévots.

Pique-assiette.

 

Tu as pris exemple. (p. 54)

 

 

Tu vivras d’elle. Ta terre. Ses sources. Ses arbres.

Ta glèbe nourricière, diras-tu.

Ta terre à blé.

À pâturages.

Ta terre à vignes.

Ta campagne.

 

Et tu tueras pour elle.

Et tu assassineras.

 

Puis, un matin, elle se jettera sur ton cercueil. (p. 91)

 

Comme de juste…

Bernard DELCORD

Jadis vivait ici par Corinne Hoex, Lausanne, Éditions L’Âge d’Homme, collection « La petite Belgique » dirigée par Jean-Baptiste Baronian et Jacques Booth, mars 2015, 91 pp. en noir et blanc au format 14 x 21 cm sous couverture brochée en bichromie, 14 € (prix France)

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