07/10/2017

« Soyez réalistes : demandez l'impossible ! » (Che Guevara)

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Ernesto Rafael Guevara, né le 14 juin 1928 à Rosario, en Argentine, est tombé le 9 octobre 1967 à La Higuera, en Bolivie, sous les balles d’un commando de l’armée bolivienne lancé à ses trousses à la demande de la CIA et, peut-être, de l’URSS, si l’on en croit son frère, Juan Martin Guevara. (1)
 
Plus connu sous le nom de « Che Guevara », c’était un révolutionnaire marxiste et internationaliste argentin ainsi qu'un homme politique d'Amérique latine.
 
Il avait notamment été un des dirigeants de la révolution cubaine qui renversa le dictateur Fulgencio Batista le 1er janvier 1959 et qui installa Fidel Castro au pouvoir, révolution qu'il a théorisée et tenté d'exporter vers d'autres pays, comme la République démocratique du Congo (où il se joignit aux maquis de Laurent-Désiré Kabila) ou la Bolivie.
 
À l’occasion du cinquantième anniversaire de sa disparition, les Éditions Gallimard à Paris ont ressorti (l’édition princeps date de 1997), dans leur belle collection « Découvertes », la courte biographie riche de 150 illustrations intitulée Che Guevara – Compagnon de la révolution parue sous la plume du grand reporter Jean Cormier (°1943) avec la collaboration de l’historien et biographe Jacques Lapeyre.
 
L’ouvrage est bien fait, les événements sont bien précisés, qui ont fait du Che, parce qu’il était beau, parce qu’il était audacieux, parce qu’il était brillant, parce qu’il savait ce qu’il voulait et parce qu’il est mort jeune et au combat, une légende qui se poursuit de nos jours...
 
Pointons néanmoins une petite lacune qui change certaines choses : il n’est pas rappelé que le 2 février 1959, Ernesto Guevara s'est installé dans la prison de La Cabaña, à l'entrée du port de La Havane. Il y fut le procureur d'un tribunal révolutionnaire qui a exécuté plus d'une centaine de policiers et militaires du régime précédent jugés coupables de crimes de guerre. Des volontaires y étaient invités à participer au peloton d’exécution, par exemple des membres des familles des victimes. Certains condamnés à mort devaient, devant leurs parents proches, justifier leur exécution.
 
Puis le Che créa des camps de « travail et de rééducation »…
 
Nobody’s perfect, pas vrai ?
 
Bernard DELCORD
 
Che Guevara – Compagnon de la révolution par Jean Cormier avec la collaboration de Jacques Lapeyre, Paris, Éditions Gallimard, collection « Découvertes », septembre 2017, 144 pp. en quadrichromie au format 12,5 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 15,60 € (prix France)

(1) http://www.levif.be/actualite/international/le-parti-communiste-a-sans-doute-trahi-che-guevara/article-normal-732449.html

18:33 Écrit par Bernard dans Histoire, Récits de vie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/04/2017

Récits de vies...

Spécialisées dans les biographies de personnalités (souvent d’extrême droite, mais pas toujours) plus ou moins connues du grand public qu’elles publient dans leur collection « Qui suis-je ? », les Éditions Pardès à Grez-sur-Loing ont fait paraître, au dernier trimestre de 2016, quatre ouvrages consacrés respectivement à trois écrivains, deux Français (Louis Pergaud et Henry de Montherlant) et un Espagnol (Ramón del Valle-Inclán), ainsi qu’à un théoricien fasciste belge, Jean Thiriart.

Pergaud – Qui suis-je.jpg

Dans Pergaud – Qui suis-je ?, Bernard Piccoli, instituteur retraité et qui est depuis 2009 le président de l’Association des Amis de Louis Pergaud, retrace la courte vie (1882-1915) de l’auteur de La Guerre des boutons (1912), instituteur lui aussi, qui avait obtenu le prix Goncourt en 1910 pour De Goupil à Margot, histoires de bêtes et dont l’existence fut écourtée par la Première Guerre mondiale. Parti pour Verdun le 3 août 1914, l’écrivain y fut incorporé au 166e régiment d’infanterie et il disparut le 8 avril 1915 au cours de l’attaque de la côte 233 de Marchéville-en-Woëvre, dans la Meuse.

On doit à cet observateur sensible de la vie des bêtes, par ailleurs indigné par l’injustice, la méchanceté et la misère, des poèmes (L’Aube, 1904, L’Herbe d’avril, 1908), des histoires animalières (La Revanche du corbeau, 1911, Le Roman de Miraut, chien de chasse, 1913) et un recueil posthume de nouvelles villageoises (Les Rustiques, 1921).

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De son côté, agrégée d'espagnol, docteure en littérature générale et comparée, Annick Le Scoëzec Masson est l’auteure de Valle-Inclán – Qui suis-je ? qui traite d’un écrivain galicien méconnu en France et dont elle a traduit les Sonates.

Cet ouvrage retrace le parcours intellectuel d'un artiste hors norme et présente les multiples facettes d'une œuvre abondante, complexe et en constante évolution.

Voici ce qu’en dit la biographe :

« Ramón del Valle-Inclán (1866-1936) fait, en Espagne, l'objet d'une reconnaissance toujours plus approfondie le plaçant au panthéon des lettres hispaniques.

Rénovateur des formes dramaturgiques et du langage théâtral dans les années 1920, à l'instar d'un Brecht ou d'un Pirandello, il fut aussi un grand prosateur et un poète en quête de spiritualité. Passionné de politique, il se livra également à une critique impitoyable de la vie de son temps.

Ancrée dans une terre ancestrale, riche en légendes, la Galice, mais aussi dans le Madrid des années 1900 et celui des années vingt et trente, à la veille de la guerre civile, sans oublier l'Amérique de l'ancien empire colonial et ses tyrans d'opérette (Tirano Banderas, 1926), son œuvre se signale par une écriture exigeante, traversée de préoccupations avant-gardistes.

Des Sonates (1903-1905), quatre courts récits poétiques, à La Guerre carliste (1908-1909), trilogie romanesque, des Comédies barbares (1907, 1908 et 1923), trilogie dramatique galicienne, à Lumières de bohème (1920), pièce madrilène qui fonde l'esthétique propre de Valle-Inclán, sans oublier Carnaval de Mars (1930), satire d'une année caricaturale, l'éventail de la création cet auteur ne cesse de déployer les aspects foisonnants d'une vision magistrale à (re)découvrir.

Elle culmine avec l'entreprise de L'Arène ibérique, (1927, 1928, 1932) trilogie romanesque inachevée (un fragment en a encore été rédigé en 1938), synthèse de la réflexion esthétique, historique et idéologique de l'écrivain. »

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Né en 1983 à Châteauroux, Sébastien Robert qui est professeur de lettres modernes au lycée Duhamel du Monceau (Pithiviers) s’est fendu d’un Montherlant – Qui suis-je ? dont voici le pitch :

« Henry de Montherlant (1895-1972) est le fils unique d'une famille de petite noblesse. Dès l'enfance, quatre grandes passions orienteront l'œuvre du futur écrivain : l'antiquité romaine, le sport, la corrida et l'écriture. La dernière parachève les précédentes. Bachelier en 1911, il découvre la camaraderie et la sensualité. Sur le front en 1918, il est blessé puis démobilisé l'année suivante. Publiant son premier roman, Le Songe (1922), il se montre attaché aux valeurs héroïques et au culte du corps, comme dans Les Olympiques (1924).

Indépendant, assoiffé de liberté, souhaitant se dépayser, il devient le « voyageur traqué » de l'Espagne à la Tunisie. Romancier à succès de l'entre-deux-guerres (Les Célibataires, 1934 et la série Les Jeunes Filles, 1936-1939), essayiste audacieux (Service inutile, 1935), il deviendra un dramaturge reconnu. De La Reine morte (1942) à La Guerre civile (1964), en passant par Le Maître de Santiago (1947), le théâtre de Montherlant prendra pension à la Comédie-Française jusque dans les années 1960.

Sans avoir fait acte de candidature, il est élu à l'Académie française en 1960. Couvert de gloire, considéré par François Mauriac comme un écrivain appartenant à la lignée de Chateaubriand ou de Barrès, il publie son dernier roman, Un assassin est mon maître, en 1971. Affaibli par plusieurs chutes, devenant aveugle, il se suicide dans son salon du quai Voltaire, à Paris, le 21 septembre 1972. »

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Enfin, dans Thiriart – Qui suis-je ?, Yannick Sauveur, docteur en sciences de l’information et de la communication, ami pendant vingt ans  de celui dont il raconte la vie, fait découvrir le parcours singulier d’un théoricien néo-fasciste belge largement oublié dans son propre pays.

Né à Bruxelles dans une famille de la petite bourgeoisie et influencé par les idées du sociologue et économiste italien Vilfredo Pareto (1848-1923), l’optométriste Jean Thiriart (1922-1992), qui fut successivement socialiste (il milita à la Jeune garde socialiste unifiée et à l’Union socialiste antifasciste), communiste et pacifiste (à la Ligue scolaire internationale pour la paix), puis national-socialiste (au Fichte Bund), collaborateur des nazis (chez les Amis du Grand Reich allemand) et plus tard soutien de l’OAS avant de finir national-communautariste, prêcha de façon récurrente pour l’avènement d’une Europe unie de Dublin à Vladivostok.

En 1960, après l’indépendance du Congo belge, il fonda le Comité d’action et de défense des Belges d’Afrique, puis le Mouvement d’Action civique (MAC), visant à exercer un contrôle moral sur la vie politique avant de donner naissance à Jeune Europe, dès le printemps 1961, qui soutint l’OAS et l’Algérie française. Ce mouvement, qui se déclinait aussi sous la forme d’un hebdomadaire, rejetait le communisme et la ploutocratie, tout en prônant la neutralité de l’Europe et la réunification de l’Allemagne.

En 1964, Thiriart publie un essai, Un Empire de 400 millions d’hommes, et, en 1967, Jeune Europe cède la place au mensuel La Nation européenne.

En 1992, Thiriart, qui a vu dans la chute du Mur de Berlin l’occasion de voir aboutir ses idées,  se rend à Moscou, où il s’entretient avec l’écrivain Anatoli Ivanov, l’intellectuel nationaliste Alexandre Douguine, le haut fonctionnaire communiste Egor Ligatchev, les hommes politiques nationalistes Sergueï Babourine et Alexandre Doughine, le militariste Voktor Alksnis, entre autres.

Il meurt en 1992, victime d’une crise cardiaque.

Bernard DELCORD

Louis Pergaud – Qui suis-je ? par Bernard Piccoli, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », septembre 2016, 128 pp. en noir et blanc au format 12,4 x 17,6 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 12 € (prix France)

Ramón del Valle-Inclán – Qui suis-je ? par Annick Le Scoëzec Masson, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », octobre 2016, 128 pp. en noir et blanc au format 12,4 x 17,6 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 12 € (prix France)

Henry de Montherlant – Qui suis-je ? par Sébastien Robert, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », octobre 2016, 128 pp. en noir et blanc au format 12,4 x 17,6 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 12 € (prix France)

Jean Thiriart – Qui suis-je ? par Yannick Sauveur, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », décembre 2016, 128 pp. en noir et blanc au format 12,4 x 17,6 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 12 € (prix France)

18:59 Écrit par Bernard dans Récits de vie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/04/2017

L'homme aux doigts d'or...

Django Reinhardt - Le génie vagabond .jpg

Sorti en juin 2015 et réédité en avril 2017 à l’occasion de la sortie du film d'Étienne Comar intitulé Django avec Reda Kaleb et Cécile de France, Django Reinhardt – Le génie vagabond, la biographie, rédigée par Noël Balen [1], ramène sur le devant de la scène l'un des guitaristes de jazz les plus fulgurants du XXe siècle.

De sa naissance à Liberchies [2] (Belgique) le 23 janvier 1910 dans une famille de Sinti nomades habitués à traverser l’Europe de part en part jusqu'à sa mort à l’hôpital de Fontainebleau le 16 mai 1953 des suites d’une congestion cérébrale (il repose au cimetière de Samois-sur-Seine en Seine-et-Marne), cette biographie retrace les étapes de la carrière exceptionnelle et de l'existence riche de contrastes de ce Manouche : les premiers bals musettes, l'incendie de sa roulotte le 26 octobre 1928, à Saint-Ouen, et sa main gauche mutilée (il en perdit définitivement l’usage de l’annulaire et de l’auriculaire), la révélation du jazz et la rencontre avec Stéphane Grappelli, la création du Quintette du Hot Club de France, les années de gloire et les dépenses fastueuses, les déceptions américaines auprès de Duke Ellington et les difficiles retrouvailles de l'après-guerre...

Considéré avec Charlie Christian, Joe Pass et Wes Montgomery comme l’un des meilleurs guitaristes de jazz, Django Reinhardt est une référence majeure pour des guitaristes comme Andrès Segovia, Mark Knopfler ou Jimi Hendrix, qui a intitulé son dernier album Band of Gypsys (1970) pour lui rendre hommage [3].

L’ouvrage se complète d'une discographie chronologique exhaustive.

Bernard DELCORD

Django Reinhardt – Le génie vagabond par Noël Balen, Monaco, Éditions du Rocher, juin 2015, réédition avril 2017, 292 pp. + un cahier photo de 12 pp. en noir et blanc au format 15,2 x 23,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 19,90 € (prix France)

 

[1] Écrivain et musicien, Noël Balen partage son activité entre littérature, productions discographiques et conférences sur les musiques noires américaines. Parmi ses nombreux ouvrages musicologiques, figure L'Odyssée du jazz, considéré comme un classique. Par ailleurs, il écrit la série romanesque Le sang de la vigne, vingt-quatre enquêtes au cœur des grands vignobles, en collaboration avec Jean-Pierre Alaux. Il cosigne également avec Vanessa Barrot les romans de la série Crimes gourmands.

[2] Chaque année, depuis 2010, le Musée Django Reinhardt y ouvre ses portes durant tout un week-end à l'occasion du festival annuel de jazz manouche « Django à Liberchies ». La donation du journaliste belge Marc Danval y présente de nombreux documents d'époque (disques 78 tours et 33 tours, photos, revues…) et une iconographie détaillée y retrace chaque étape de la vie du musicien.

[3] Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Django_Reinhardt

18:06 Écrit par Bernard dans Musique, Récits de vie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

07/04/2017

« La haine est fille de la crainte. » (Tertullien)

Le Grand Menu.jpg

Auteure de textes majeurs comme Ma robe n'est pas froissée, Décidément je t'assassine, Décollations, Le Ravissement des femmes et, en poésie, Celles d'avant, Juin, Les Mots arrachés, Rouge au bord du fleuve, la poétesse et romancière belge Corinne Hoex (°1946) a commencé sa carrière des lettres avec Le Grand Menu, son premier roman, paru en 2001 aux Éditions de l’Olivier à Paris puis réédité à Bruxelles en 2010 aux Impressions nouvelles et en 2017 dans la collection « Espace Nord », un formidable livre coup de poing qui ouvrait la voie à une œuvre orientée vers l'exploration aiguë, pénétrante, des liens de famille et de l'abus de pouvoir.

En voici le synopsis :

Un univers fermé. Une grande maison bourgeoise aux portes closes. À l’intérieur, tout est impeccable, les cuivres sont polis, les meubles sont cirés. L’air est irrespirable. Une petite fille est là, docile et sage. Elle observe la maison et les deux adultes qui l’habitent. Papa est le meilleur. Maman est la plus forte. Ils occupent toute la place et décident de tout : l’hygiène, les repas, l’habillement, l’éducation, et l’amour.

La petite fille est sous leur emprise absolue. Elle souffre de ne jamais leur convenir. Alors, elle raconte ce qu’elle voit. L’huître qui a mal comme un œil quand sa mère l’extrait de la coquille. La tendresse de son père pour une araignée qu’il pourrait écraser du doigt. Et la complicité érotique de ses parents au moment du dessert.

Les repas sont pour elle des moments douloureux, interminables, où elle se trouve forcée d’avaler ce qu’on lui impose, au sens propre comme au sens figuré (d’où le nom du roman : le Grand Menu). Son malaise, contenu toute la journée, s’amplifie le soir dans le noir de sa chambre : la nuit, c’est un frottement, une bête qui rampe : le bruit de sa pantoufle sur le parquet ciré.

Avec rigueur et retenue, sans analyse ni commentaire, mais en un constat incisif, d’une justesse absolue, Corinne Hoex nous décrit ce monde inquiétant, nous rendant témoins de la tragédie muette que vit sa narratrice. [1]

Qui est bien entendu elle-même…

Bernard DELCORD

Le Grand Menu par Corinne Hoex, postface de Nathalie Gillain, Bruxelles, Éditions Espace Nord, mars 2017, 155 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 8,50 €.

 

[1] Source : http://espace-livres-creation.be/livre/le-grand-menu/

16:08 Écrit par Bernard dans Récits de vie, Romans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

« Un compositeur de l’inouï… »

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Jacques Bonnaure, professeur agrégé de lettres, est critique musical. Il collabore notamment à La Lettre du musicien, Opéra Magazine et Classica. Il a publié un Saint-Saëns (2010) et un Massenet (2011) ainsi que, tout récemment, un Gabriel Fauré dans la collection « Classica » des Éditions Actes Sud.

Élève de Camille Saint-Saëns à l’école Niedermeyer et maître de Maurice Ravel au Conservatoire de Pais, Gabriel Fauré, né à Pamiers (Ariège) en 1845 et mort à Paris en 1924, est un pianiste, organiste et compositeur français célèbre pour son Requiem (1887), ses compositions orchestrales (Pavane, 1887, Pelléas et Mélisande, 1898, Masques et Bergamasques, 1919), sa musique pour piano (Valses-Caprices, Impromptus, Nocturnes, Barcarolles, Préludes…), sa musique de chambre (sonates pour violon et piano, sonates pour violoncelle et piano, Trio pour piano et cordes, quatuors pour piano et cordes, quintettes pour piano et cordes, Quatuor à cordes, Élégie, 1880, Romance sans parole), ses mélodies (Cinq mélodies de Venise, 1881, L'Horizon chimérique, 1921), La Bonne Chanson, 1892-1894, sur des poèmes de Paul Verlaine, et son opéra en trois actes Pénélope (1913).

Voici ce qu’en écrit Jacques Bonnaure :

« Compositeur très en vue, qui fut un charismatique directeur du Conservatoire de Paris, considéré avec Debussy et Ravel comme l'un des trois grands noms de la musique française de son temps, auteur de quelques pages célèbres, Gabriel Fauré n'en est pas moins un artiste mystérieux et méconnu.

Peu carriériste, grandi dans l'ombre de son aîné et ami Camille Saint-Saëns, il s'affirma peu à peu comme un maître d'une rare subtilité, refusant les brillantes séductions de la musique symphonique, alors en pleine expansion en France, pour explorer les sortilèges de la mélodie, de la musique pour piano et de la musique de chambre. 

Ce fut, pour la meilleure part de son œuvre, un compositeur de l'inouï. »

À l'instar de tous les volumes de la collection « Classica », cette biographie passionnante est en outre enrichie d'un double index, de repères bibliographiques et d'une discographie.

Bernard DELCORD

Gabriel Fauré par Jacques Bonnaure, Arles, Actes Sud, collection « Classica », avril 2017, 190 pp. en noir et blanc au format 10 x 19 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 18 € (prix France)

15:24 Écrit par Bernard dans Musique, Récits de vie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

30/03/2017

Ici, l’ombre…

Gaspard de Cherville (cover).jpg

Dans Gaspard de Cherville, l’autre « nègre » d’Alexandre Dumas (Paris, Honoré Champion), le chercheur belge Guy Peeters [1] a tenté de restituer la personnalité d’un écrivain oublié ou occulté depuis plus d’un siècle et d’éclairer la relation et les rapports de travail qu’il a entretenus avec Alexandre Dumas de 1852 à sa mort.

Écoutons le biographe :

« Alexandre Dumas, né le 24 juillet 1802 à Villers-Cotterêts (Aisne) et mort le 5 décembre 1870 à Puys, près de Dieppe (Seine-Maritime), a publié de nombreuses œuvres qu’il a achetées à des écrivains sans notoriété qui se voyaient rebutés par les éditeurs. Avec le nom de Dumas sur le manuscrit, ils le savaient, les portes s’ouvraient toutes grandes.

Mais Dumas a eu aussi deux collaborateurs – des “nègres”, disait-on –, avec lesquels il élaborait, parfois au jour le jour, ses romans-feuilletons.

Le premier d’entre eux, Auguste Maquet, est le co-auteur des Trois Mousquetaires, du Comte de Monte-Cristo et de bien d’autres best-sellers qui n’auraient pas vu le jour sans lui.

Quelques années après que Maquet, faute d’être rétribué, a mis fin à la collaboration, Dumas a recruté, en 1856, un second “nègre”, Gaspard Pescow, marquis de Cherville, né à Chartres (Eure-et-Loir) le 11 décembre 1819 et mort à Noisy-le-Roi (Seine-et-Oise) le 10 mai 1898, qui va écrire avec lui dix romans et une pièce de théâtre.

Tâche ardue, car peu de travaux existent sur le sujet, et Cherville n’a pas laissé de mémoires. Il s’est refusé à les rédiger par pudeur, en ce qui concerne sa vie privée, et par amitié et refus de ternir l’image de Dumas qui l’avait sauvé de la misère alors qu’il végétait, ruiné, sans travail et exilé en Belgique.

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La correspondance Dumas-Cherville, assez rare, ne suffit pas à rendre compte des relations des deux écrivains. Subsistent, par contre, à la Bibliothèque Nationale de France et à celle de l’Arsenal, de nombreuses lettres adressées par le marquis à l’éditeur Jules Hetzel, qui a été son mentor, et au romancier et dramaturge Jules Claretie, pendant et après sa collaboration avec le romancier. Restent aussi, disséminés çà et là dans les œuvres de Cherville, écrites seul ou en collaboration, et dans ses innombrables articles, des éléments autobiographiques intéressants. Enfin, il est utile de découvrir de visu les lieux où a vécu cet écrivain : Chartres et Saint-Priest, Chapelle-Guillaume (Eure-et-Loir), Bruxelles, Spa, La Varenne-Saint-Hilaire...

Reconstruire la biographie de Gaspard de Cherville, ce n’est pas seulement éclairer la trajectoire chaotique d’un homme et des écrits qu’il a produits avec Dumas ou qu’il a publiés sous son nom. C’est aussi récolter des informations sur le Dumas des dernières années, plus rarement approché que celui des débuts triomphants, et sur ses pratiques d’écriture. C’est encore, entre autres, constater que Victor Hugo a recueilli dans Napoléon le Petit le témoignage direct de Cherville sur les massacres bonapartistes du 4 décembre 1851 ; remarquer les rapports tendus qu’ont entretenus Hetzel, Dumas et Cherville avec un éditeur belge ; revenir sur le rôle important qu’a tenu Noël Parfait, l’infatigable secrétaire d’Alexandre Dumas ; juger l’attitude de Dumas fils à l’égard du collaborateur de son père...

Enfin, et ce n’est pas la seule surprise, découvrir le jeune Émile Zola demandant conseil pour sa carrière à Gaspard de Cherville et s’inspirant plus tard de textes et de réflexions du marquis pour écrire certains épisodes de La Terre. »

“Vous savez ce que je vous ai dit le jour de notre première collaboration, et ce que je vous ai répété vingt fois depuis, écrivait Dumas à Gaspard de Cherville : en littérature, le doute de soi n’est pas de la modestie. Vous doutiez de vous, et vous aviez tort ; vous pouviez faire mieux, et vous faisiez aussi bien que ceux qui tiennent les feuilletons des plus grands journaux”.

Tout montre qu’Alexandre Dumas ne le méjugeait pas et que Cherville a eu le tort de ne pas assez l’entendre… »

Une biographie passionnante, claire, sans jargon, nourrie de nombreux inédits et parsemée d’anecdotes amusantes, susceptible d’accrocher tant les spécialistes avertis de l’œuvre de Dumas que les dix-neuviémistes en général ou les lecteurs curieux.

Bernard DELCORD

Gaspard de Cherville, l’autre « nègre » d’Alexandre Dumas par Guy Peeters, Paris, Éditions Honoré Champion, collection « Romantisme Modernité », février 2017, 550 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 23,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 95,00 € (prix France)

 

[1] Licencié et agrégé en philosophie et lettres de l’Université Libre de Bruxelles, Guy Peeters (°1947) consacre ses recherches à la vie et à l’œuvre de quelques écrivains du XIXe siècle : hommes de lettres engagés, comme Victor Hugo, Lamennais, Béranger ou Lamartine. Les Cahiers d’études sur les Correspondances du XIXe siècle, les Actes du Colloque international Lamartine de Mâcon, Nineteenth-Century French Studies (New York), entre autres, ont accueilli quelques-uns de ses travaux.

19:11 Écrit par Bernard dans Récits de vie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

21/03/2017

Quand son monde était tailleur…

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Nathalie Skowronek est une écrivaine belge née en 1973 qui vit à Bruxelles.

Son roman, Karen et moi (Arléa, 2011) raconte la fascination d'une femme pour l'écrivaine danoise Karen Blixen. Il a fait partie des sélections du Prix Rossel des Jeunes, Prix Première, Grand Prix des lectrices du magazine Elle et Prix des lecteurs du Télégramme.

Max, en apparence (Arléa, 2013) a été finaliste du Prix Rossel. Il dresse le portrait d'un rescapé d'Auschwitz parti refaire sa vie dans le Berlin d'après-guerre, à travers le regard de sa petite-fille.

Son essai La Shoah de Monsieur Durand est paru en 2015 aux éditions Gallimard. Il éclaire avec intelligence ce qu’est en train de vivre la quatrième génération de Juifs après Auschwitz. [1]

Dans Un monde sur mesure paru chez Grasset à Paris, elle retrace l’histoire de sa famille venue de Pologne en Belgique au cours des années 1920, des petits tailleurs juifs, pauvres et industrieux œuvrant à Charleroi dans un atelier des plus modestes, leur petit appartement, et dont les enfants essaimeront le commerce à Gand et à Bruxelles, ouvrant avec un certain succès des boutiques de vêtements bâtis sur mesure, en bons et infatigables « confectionneurs de shmattes, ces chiffons, ces loques, ou bouts de tissus sans valeur, qu’un extraordinaire fourmillement va transformer en vêtement que les client(es) vont s’arracher de saison en saison, mode après mode ».

L’auteure témoigne de la mutation radicale du métier avec l’émergence du « prêt-à-porter » et son cortège de nouveaux fournisseurs en Extrême-Orient, avec l’apparition de nouvelles pratiques commerciales et avec la création de nouveaux points de vente, toutes choses qui ont supplanté le « sur mesure » et précipité la fin du Yiddishland.

Extrait :

« Des marchés où s’était épuisée notre arrière-grand-mère aux magasins de prêt-à-porter montés par nos parents, tout nous ramenait aux tailleurs juifs des shtetls de Pologne.

Quatre générations plus tard, on ne se fournissait plus dans le Sentier, à Paris, mais chez d’invisibles intermédiaires qui ramenaient la marchandise du Bangladesh, du Pakistan ou de Chine. Qu’importait la provenance des pièces, qui les avait confectionnées et comment, nous devions reconnaître parmi les vêtements entassés les articles susceptibles de plaire. Il fallait être rapide, choisir juste. Nous prenaient de court ces nouvelles enseignes qui ouvraient dans toute l’Europe. Le shmattès yiddish allait bientôt disparaître. »

Insistons sur la qualité de la narration et sur la construction du récit, véritable miroir d’époques successives décrites avec une finesse de tous les instants et une grande sensibilité aux drames de l’Histoire – le souvenir de la Shoah n’est jamais loin –, dans un texte mémorable, aux divers sens du terme.

Comme un mix du Proust de la Recherche du temps perdu et du Zola d’Au bonheur des dames

De la belle ouvrage !

Bernard DELCORD

Un monde sur mesure par Nathalie Skowronek, Paris, Éditions Grasset, mars 2016, 189 pp. en noir et blanc au format 13 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 18,00 € (prix France)

 

[1] Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Nathalie_Skowronek

22:41 Écrit par Bernard dans Récits de vie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |