15/11/2017

Les deux têtes de l'aigle...

François-Joseph et Sissi – Le devoir et la rébellion.jpg

Historien de grand talent et spécialiste des têtes couronnées, Jean des Cars [1] signe aux Éditions Perrin à Paris François-Joseph et Sissi – Le devoir et la rébellion, un essai brillant et bellement illustré dans lequel il se penche sur le couple paradoxal et romanesque constitué à leur mariage le 24  avril 1854 par le très autocrate François-Joseph  Ier, empereur d’Autriche et roi apostolique de Hongrie, né le 18  août 1830 à Vienne et mort dans cette ville le 21  novembre 1916, et par son épouse anarchisante Élisabeth Amélie Eugénie de Wittelsbach, dite « Sissi », duchesse en Bavière, née le 24  décembre 1837 à Munich et morte assassinée le 10  septembre 1898 à Genève, en Suisse [2].

Voici ce qu’il nous en dit :

« François-Joseph et Sissi. Pour l'éternité, ils constituent un couple légendaire parmi les plus célèbres de l'histoire. Pour le meilleur et pour le pire, entre quelques joies et d'innombrables tragédies, toutes ancrées dans la mémoire européenne, préludes à la fin d'un monde, celui d'avant 1914, "le monde d'hier" de Stefan Zweig.

Quelle fut leur vie, publique et privée ? Comment fonctionna cette monarchie conjugale, double, elle aussi ? Dans quels domaines furent-ils d'accord ? Apprirent-ils la vérité sur la mort, à Mayerling, de leur seul fils et héritier ? Et cette question simple, mais essentielle : se sont-ils réellement aimés à défaut d'être heureux ?

De l'union à la cohabitation, des crises à l'entente cordiale, de l'amusement à l'agacement, de l'exaspération à la colère, cette biographie croisée présente le destin exceptionnel de deux têtes couronnées devenues des mythes de leur vivant.

Celui du "dernier monarque de la vieille école", amoureux définitif de son épouse fuyante, assassinée par un anarchiste ignorant que sa victime était bien plus révolutionnaire que lui et qu'elle espérait cette délivrance. Une mort qui bouleversa les peuples et laissa son mari inconsolable. »

Dans cet ouvrage magistral, Jean des Cars, avec la maestria qui lui est coutumière, marche sur les pas d'un homme de devoir et d'une femme en rébellion.

Pour rappel à nos lecteurs belges, ces souverains eurent quatre enfants, dont l’un eut des liens directs avec le roi Léopold II :

– Sophie Frédérique Dorothée Marie Josèphe (1855-1857), archiduchesse d'Autriche.

– Gisèle Louise Marie (1856-1932), archiduchesse d'Autriche. Elle épousa (1873) le prince Léopold de Bavière (1846-1930).

– Rodolphe François Charles Joseph (1858-1889), archiduc d'Autriche et prince héritier de l’empire austro-hongrois. Il épousa (1881) la princesse Stéphanie de Belgique (1864-1945). Il mourut avec sa maîtresse Marie Vetsera, née en 1871, dans le pavillon de chasse de Mayerling le 30 janvier 1889.

– Marie Valérie Mathilde Amélie (1868-1924), archiduchesse d'Autriche. Elle épousa (1890) l'archiduc François-Salvator de Habsbourg-Toscane, prince de Toscane (1866-1939).

Bernard DELCORD

François-Joseph et Sissi – Le devoir et la rébellion par Jean des Cars, Paris, Éditions Perrin, novembre 2017, 543 pp. en quadrichromie au format 16 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 25 € (prix France)

[1] Jean Marie de Pérusse des Cars, dit Jean des Cars, né le 24 avril 1943 à Paris, est l’auteur d’une œuvre abondante, avec notamment des titres comme Louis II de Bavière ou le roi foudroyé (Perrin, 1975), Malesherbes, gentilhomme des Lumières (Éditions de Fallois, 1994), La princesse Mathilde (Perrin, 1996), Eugénie, la dernière impératrice (Perrin, 1997), Sissi, impératrice d'Autriche (Perrin, 1999), Rodolphe et les secrets de Mayerling (Perrin, 2004), La saga des Romanov (Plon, 2008), La saga des Habsbourg. Du Saint Empire à l'union européenne (Perrin, 2010), La saga des Windsor (Perrin, 2011), La saga des reines (Perrin, 2012), La saga des favorites (Perrin, 2013), Le sceptre et le sang (Perrin, 2014), Nicolas II et Alexandra de Russie. Une tragédie impériale (Perrin, 2015), Le siècle des sacres (Perrin, 2016).

[2] C’est de cet événement que s’inspira Jean Cocteau pour rédiger en 1944 sa pièce de théâtre L’Aigle à deux têtes, créée le 21 décembre 1946 au théâtre Hébertot à Paris.

16:11 Écrit par Bernard dans Histoire, Récits de vie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

08/11/2017

L’exécuteur des basses œuvres de Staline…

Le fonctionnaire de la Grande Terreur – Nikolaï Iejov.jpg

Le nom de Nikolaï Iejov (1895-1940), ministre du NKVD, la police politique soviétique, est associé pour toujours au moment le plus sinistre de l'histoire russe, celui de la Grande Terreur (1937-1938) et de ses millions de victimes.

Pour rédiger sa biographie intitulée Le fonctionnaire de la Grande Terreur : Nikolaï Iejov dont la traduction française est publiée chez Gallimard à Paris, Alexeï Pavlioukov, chercheur à l’Institut de sociologie de l’Académie des Sciences de Russie, a eu accès aux archives centrales du FSB (les services de police politique actuels qui ont pris à Moscou la succession du KGB, lui-même héritier du NKVD), habituellement fermées aux chercheurs, et en particulier aux dossiers d'instruction de Iejov lui-même et de ses plus proches collaborateurs, quand ils furent à leur tour arrêtés.

Présentation de l’ouvrage, véritable plongée dans les entrailles de la Bête immonde stalinienne :

« Cherchant à se disculper, tous racontèrent dans le détail comment la machine avait été mise en marche sur ordre de Staline, et comment elle avait fonctionné pendant un peu moins de deux ans avec ses quotas de victimes planifiés.

Iejov, personnalité banale, sinon falote, apprenti tailleur, soldat adhérant pendant la révolution au parti bolchevik dont il devient un fonctionnaire, s'élève peu à peu à l'intérieur de l'appareil grâce à une vertu que très vite relèvent ses chefs : l'aptitude à exécuter coûte que coûte les ordres reçus, sans états d'âme autres que la promesse d'une promotion.

Petit, timide, piètre orateur, inculte, il serait probablement depuis longtemps oublié s'il était resté un homme de l'appareil du parti responsable des cadres et n'avait pas été, par la volonté de Staline, appelé à s'occuper de la police politique.

Le lecteur suit pas à pas cette ascension, puis la chute quand Staline décide de mettre fin à la Grande Terreur et de se débarrasser de ses exécutants.

Iejov fut un rouage essentiel de la Grande Terreur et sa biographie est en réalité celle d'un système avec la part de hasards, de rencontres, d'opportunités de carrière, de logique bureaucratique et d'effets sanguinaires, dictés tant par l'aveuglement idéologique que par les circonstances d'une réalité qui échappe aux plans et se montre rétive aux programmes.

C'est, somme toute, la biographie scrupuleuse d'une criminalité de bureau. »

Commise par un « nain sanglant » qui n’est pas sans rappeler celle tout aussi sanguinaire de Joseph Goebbels, le nabot d’Hitler…

Bernard DELCORD

Le fonctionnaire de la Grande Terreur : Nikolaï Iejov par Alexeî Pavlioukov, traduction du russe par Alexis Berelowitch, Paris, Éditions Gallimard, collection « Nrf », avril 2017, 653 pp. en noir et blanc au format 14 x 22,4 cm sous couverture brochée en couleurs, 32 € (prix France)

16:00 Écrit par Bernard dans Histoire, Récits de vie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

« La pluie est traversière / elle bat de grain en grain / quelques vieux chevaux blancs / qui fredonnent Gauguin… » (Jacques Brel – Les Marquises)

Gauguin (cover).jpg

Paul Gauguin (1848-1903) est l’un des peintres français majeurs du XIXe siècle et l’un des plus importants précurseurs de l’art moderne.

Une exposition intitulée Gauguin l’alchimiste lui est consacrée à Paris au Grand Palais jusqu’au 22 janvier 2018 par l’Art Institute of Chicago, l’Établissement public des musées d’Orsay et de l’Orangerie et la Réunion des musées nationaux-Grand Palais.

Elle retrace son étonnante carrière, dans laquelle il a exploré les arts les plus divers : peinture, dessin, gravure, sculpture, céramique... et les chefs-d’œuvre réunis pour l’occasion mettent en avant le travail de l’artiste sur la matière ainsi que son processus de création : Gauguin va bâtir son art sur la répétition de thématiques et de motifs récurrents.

Cet événement majeur est l’occasion pour les Éditions Flammarion de ressortir l’incontournable Gauguin de l’historienne de l'art et conservatrice de musées Françoise Cachin (1936-2011) paru en 1988, un essai biographique magistral richement illustré et habilement développé.

En voici la présentation de l’éditeur :

« Unique à bien des égards, la vie romanesque Gauguin est tout compte fait bien moins extraordinaire que son itinéraire de peintre qu'elle occulte souvent. Ce livre, ici réédité, retrace l'aventure artistique de Gauguin et de sa génération et les étapes majeures de l'évolution de son œuvre, à travers une abondante illustration et l'analyse d'une centaine de ses œuvres – tableaux, dessins, sculptures.

Des commentaires des tableaux au texte, on suit les interrogations et les doutes de l'artiste, ses enthousiasmes et ses brouilles, l'aventure tragique d'Arles avec Van Gogh, jusqu'au départ pour les îles. À Tahiti puis aux Marquises, on le sait, Gauguin veut retrouver la naïveté des premiers âges et ressourcer son être loin des entraves de la civilisation. Ici, l'auteur éclaire la part respective du mythe et de la mystification dans la vision de la Polynésie que nous a léguée Gauguin.

Mais, jusqu'au bout, les motifs d'inspiration polynésiens seront loin de recouvrir les composantes d'un art prodigieusement savant qui mêle les sources les plus diverses – par exemple Degas, Cézanne, Puvis de Chavanne, l'art égyptien, l'art précolombien – à une subtilité de coloris toute occidentale. »

Précisons en outre qu’un film d’Édouard Deluc intitulé Gauguin – Voyage de Tahiti avec Vincent Cassel dans le rôle-titre est sorti en salles le 20 septembre 2017.

Bernard DELCORD

Gauguin par Françoise Cachin, Paris, Éditions Flammarion, septembre 2017, 312 pp. en quadrichromie au format 22 x 27,9 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 35 € (prix France)

Informations pratiques :

Exposition Gauguin l’alchimiste

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GRAND PALAIS, GALERIES NATIONALES

3, avenue du Général Eisenhower

75008 Paris

Serveur vocal : 00 33 (0)1 44 13 17 17

Galeries nationales

Entrée Clemenceau, place Clemenceau, Paris 8e

Entrée Square Jean Perrin, Champs-Élysées, avenue du Général Eisenhower, Paris 8e

Entrée Winston Churchill, avenue Winston Churchill, Paris 8e

Accès pour les personnes à mobilité réduite : Avenue du Général Eisenhower – Porte B

Des places de stationnement pour personnes handicapées, sous réserve de disponibilité, sont situées dans l'avenue du Général Eisenhower, devant le square Jean Perrin.

Une salle de l’exposition Gauguin l’alchimiste n’est pas accessible aux personnes en fauteuil roulant (salle accessible uniquement par 11 marches)

Horaires :

Jusqu’au 22 janvier 2018

Tous les jours de 10 h à 20 h

Nocturnes les mercredis, vendredis et samedis jusque 22 h

Fermé le mardi

Fermetures anticipées à 18 h les dimanches 24 et 31 décembre.

Fermé le lundi 25 décembre 2017

Pendant les vacances de Noël (du 23 décembre 2017 au 7 janvier 2018), ouvert tous les jours y compris le mardi de 9 h à 22 h (fermeture à 20 h le 7 janvier)

Tarifs :

Plein tarif : 14 €

Tarif réduit : 10 €

Tarif tribu (4 personnes dont 2 jeunes de 16-25 ans) : 38 €

13:56 Écrit par Bernard dans Arts, Beaux Livres, Récits de vie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/11/2017

« Le pouvoir ne doit pas être conquis, il doit être détruit. » (Mikhail Bakounine)

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Hanns-Erich Kaminski, né à Labiau en Prusse orientale le 29 novembre 1899, probablement mort en Argentine en 1963, est un journaliste et écrivain libertaire allemand d'expressions allemande et française.

On lui doit Zur Theorie des Dumping, sa thèse de doctorat défendue à l’université de Heidelberg en 1921, Fascismus in Italien (Berlin, 1925), Ceux de Barcelone (Denoël, Paris, 1937), Céline en chemise brune ou le Mal du présent (Les Nouvelles Éditions Excelsior, 1938), Troisième Reich, Problème sexuel (écrit en français, mais paru seulement dans une version en espagnol à Buenos-Aires en 1940), Journal de Lisbonne (manuscrit coécrit avec Anita Karfunkel et probablement perdu) et, surtout, Bakounine, la vie d'un révolutionnaire (Aubier-Montaigne, Paris, 1938), une biographie magistrale récemment republiée à Paris aux Éditions de la Table ronde dans la collection de poche « La petite vermillon ».

Mikhaïl Aleksandrovitch Bakounine, né le 18 mai 1814 (30 mai 1814 dans le calendrier grégorien) à Priamoukhino (gouvernement de Tver, Empire russe) et décédé le 1er juillet 1876 à Berne (Suisse), est un révolutionnaire, philosophe et théoricien de l'anarchisme qui a abondamment écrit sur le rôle de l'État et posé les fondements du socialisme libertaire.

Très influencé par la dialectique hégélienne, il fut l’adversaire déterminé de Karl Marx au sein de la Première Internationale [1] dont il sera exclu au congrès de La Haye (en septembre 1872).

Son engagement militant l’amena à participer activement à des mouvements révolutionnaires (à Paris en 1848 – puis durant la Commune de 1870 – et à Dresde en 1849, ce qui lui valut en 1850 une condamnation à mort rapidement commuée par peur de l’opinion publique et son extradition vers les geôles de la Russie tsariste qui le déporta ensuite en Sibérie jusqu’en 1859) et à propager ses idées en Angleterre, en Belgique, en France, en Italie, en Espagne et en Suisse où il mourra d'une urémie.

Voici la présentation de l’ouvrage par l’éditeur :

« La silhouette d'un colosse traverse les révolutions politiques de l'Europe. Bakounine accourt là où règne l'émeute, et la crée quand elle n'existe pas. Arrêté lors de l'insurrection de Dresde, sa tête mise à prix, il est condamné à mort puis livré au tsar Nicolas. Ses forteresses le retiendront six ans, mais pas la Sibérie, d'où il s'enfuira pour reprendre son combat contre toutes les autorités de la terre.

Inlassablement, il insistera sur la nécessité de saper les fondements juridiques de l'ordre existant pour rendre vaine toute tentative de restauration, s'attaquant aux institutions plutôt qu'à ses représentants.

Des conspirations de sa jeunesse à la “dictature invisible” qui lui paraîtra plus tard mieux adaptée à son projet d'incendier châteaux, cadastres et hypothèques, Bakounine cherchera à réunir les conditions d'une liberté qui ne doit pas être octroyée, mais conquise...

Hanns-Erich Kaminski a su décrire avec justesse et chaleur la vie étonnante de cet aristocrate russe devenu un vagabond magnifique et dépenaillé, à qui on ne pouvait refuser que de partager son rêve. »

Véritable thriller politique, cette biographie du Camarade Vitamine comme l’appelait Léo Ferré est aussi un exposé lumineux des thèses libertaires qui demeurent, au cœur des temps rétrogrades que nous connaissons, ceux du politiquement correct, du moralisme étroit, de la bien-pensance et des lobbies religieux ou sectaires de toutes obédiences, plus que jamais nécessaires !

Bernard DELCORD

Bakounine – La vie d'un révolutionnaire par Hanns-Erich Kaminski, Paris, Éditions de la Table ronde, collection « La petite vermillon », septembre 2017, 403 pp. en noir et blanc au format 10 ;8 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 8,70 € (prix France)

 

[1] L'Association internationale des travailleurs (AIT) est le nom officiel de la Première Internationale, fondée le 28 septembre 1864 à Londres au Saint-Martin's Hall.

14:56 Écrit par Bernard dans Histoire, Récits de vie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

« On crée pour l’éternité, même si elle se charge de démentir. » (François Mitterrand)

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Cent ans après la naissance et vingt ans après la mort de François Mitterrand (1916-1996), les Éditions de la République, émanation de Éditions Ophrys, et le magazine « L'Histoire » ont fait paraître Le dossier Mitterrand, un brillant essai rédigé par 14 spécialistes éminents placés sous la houlette de l’historien Michel Winock, professeur émérite à Sciences Po Paris, qui se penchent sur la personnalité indéchiffrable de l’ancien Président de la République française (du 21 mai 1981 au 17 mai 1995), sur sa carrière politique et sur son bilan à la tête de l'État.

De Vichy à la Résistance, l’ouvrage tente de faire la lumière sur une trajectoire controversée, celle d’un jeune homme de droite devenu le leader de la gauche. Était-il vraiment socialiste ? Quels étaient ses rapports avec l'argent ? Comment ce brillant stratège a-t-il amené la gauche au pouvoir en 1981 ? Qu'a-t-il fait de sa victoire ? De quelle manière gouvernait-il ? Que faut-il retenir de ses deux septennats ? Où sont ses archives et comment peut-on les consulter ?

Autant de questions abordées, autant de mystères plus ou moins élucidés par les brillants exégètes que sont Franz-Olivier Gisbert (journaliste et écrivain), Jean-Pierre Azéma (professeur émérite à Sciences Po), Benjamin Stora (professeur à l'université Paris-XIII ainsi qu’à l’INALCO – Langues orientales à Paris et inspecteur général de l'Éducation nationale française), Jean Garrigues (professeur à l’université d’Orléans), Alain Bergounioux (professeur associé à Sciences Po), Ludivine Bantigny (maître de conférences à l’université de Rouen), Jean-Michel Gaillard (auteur de nombreux ouvrages historiques, décédé en 2005), Mathias Bernard (professeur à l’université de Clermont-Ferrand), Robert Badinter (ex-Garde des Sceaux du 23 juin 1981 au 18 février 1986), Jean-Luc Bœuf (haut fonctionnaire), Yves Léonard (professeur d’histoire contemporaine à Sciences Po), Édouard Vernon (historien), Jacques Marseille (décédé en 2000, il fut professeur à l’université Paris I Sorbonne) et François Bazin (ancien rédacteur en chef du Nouvel Observateur).

Écrit à 15 mains, cet ouvrage historique est aussi palpitant qu’un polar !

Bernard DELCORD

Le dossier Mitterrand, ouvrage collectif sous la direction de Michel Winock, Paris, Éditions de la République & L’Histoire, décembre 2016, 190 pp. en noir et blanc au format 12 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)

13:14 Écrit par Bernard dans Histoire, Récits de vie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

07/10/2017

« Soyez réalistes : demandez l'impossible ! » (Che Guevara)

Che Guevara – Compagnon de la révolution.jpg

Ernesto Rafael Guevara, né le 14 juin 1928 à Rosario, en Argentine, est tombé le 9 octobre 1967 à La Higuera, en Bolivie, sous les balles d’un commando de l’armée bolivienne lancé à ses trousses à la demande de la CIA et, peut-être, de l’URSS, si l’on en croit son frère, Juan Martin Guevara. (1)
 
Plus connu sous le nom de « Che Guevara », c’était un révolutionnaire marxiste et internationaliste argentin ainsi qu'un homme politique d'Amérique latine.
 
Il avait notamment été un des dirigeants de la révolution cubaine qui renversa le dictateur Fulgencio Batista le 1er janvier 1959 et qui installa Fidel Castro au pouvoir, révolution qu'il a théorisée et tenté d'exporter vers d'autres pays, comme la République démocratique du Congo (où il se joignit aux maquis de Laurent-Désiré Kabila) ou la Bolivie.
 
À l’occasion du cinquantième anniversaire de sa disparition, les Éditions Gallimard à Paris ont ressorti (l’édition princeps date de 1997), dans leur belle collection « Découvertes », la courte biographie riche de 150 illustrations intitulée Che Guevara – Compagnon de la révolution parue sous la plume du grand reporter Jean Cormier (°1943) avec la collaboration de l’historien et biographe Jacques Lapeyre.
 
L’ouvrage est bien fait, les événements sont bien précisés, qui ont fait du Che, parce qu’il était beau, parce qu’il était audacieux, parce qu’il était brillant, parce qu’il savait ce qu’il voulait et parce qu’il est mort jeune et au combat, une légende qui se poursuit de nos jours...
 
Pointons néanmoins une petite lacune qui change certaines choses : il n’est pas rappelé que le 2 février 1959, Ernesto Guevara s'est installé dans la prison de La Cabaña, à l'entrée du port de La Havane. Il y fut le procureur d'un tribunal révolutionnaire qui a exécuté plus d'une centaine de policiers et militaires du régime précédent jugés coupables de crimes de guerre. Des volontaires y étaient invités à participer au peloton d’exécution, par exemple des membres des familles des victimes. Certains condamnés à mort devaient, devant leurs parents proches, justifier leur exécution.
 
Puis le Che créa des camps de « travail et de rééducation »…
 
Nobody’s perfect, pas vrai ?
 
Bernard DELCORD
 
Che Guevara – Compagnon de la révolution par Jean Cormier avec la collaboration de Jacques Lapeyre, Paris, Éditions Gallimard, collection « Découvertes », septembre 2017, 144 pp. en quadrichromie au format 12,5 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 15,60 € (prix France)

(1) http://www.levif.be/actualite/international/le-parti-communiste-a-sans-doute-trahi-che-guevara/article-normal-732449.html

18:33 Écrit par Bernard dans Histoire, Récits de vie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/04/2017

Récits de vies...

Spécialisées dans les biographies de personnalités (souvent d’extrême droite, mais pas toujours) plus ou moins connues du grand public qu’elles publient dans leur collection « Qui suis-je ? », les Éditions Pardès à Grez-sur-Loing ont fait paraître, au dernier trimestre de 2016, quatre ouvrages consacrés respectivement à trois écrivains, deux Français (Louis Pergaud et Henry de Montherlant) et un Espagnol (Ramón del Valle-Inclán), ainsi qu’à un théoricien fasciste belge, Jean Thiriart.

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Dans Pergaud – Qui suis-je ?, Bernard Piccoli, instituteur retraité et qui est depuis 2009 le président de l’Association des Amis de Louis Pergaud, retrace la courte vie (1882-1915) de l’auteur de La Guerre des boutons (1912), instituteur lui aussi, qui avait obtenu le prix Goncourt en 1910 pour De Goupil à Margot, histoires de bêtes et dont l’existence fut écourtée par la Première Guerre mondiale. Parti pour Verdun le 3 août 1914, l’écrivain y fut incorporé au 166e régiment d’infanterie et il disparut le 8 avril 1915 au cours de l’attaque de la côte 233 de Marchéville-en-Woëvre, dans la Meuse.

On doit à cet observateur sensible de la vie des bêtes, par ailleurs indigné par l’injustice, la méchanceté et la misère, des poèmes (L’Aube, 1904, L’Herbe d’avril, 1908), des histoires animalières (La Revanche du corbeau, 1911, Le Roman de Miraut, chien de chasse, 1913) et un recueil posthume de nouvelles villageoises (Les Rustiques, 1921).

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De son côté, agrégée d'espagnol, docteure en littérature générale et comparée, Annick Le Scoëzec Masson est l’auteure de Valle-Inclán – Qui suis-je ? qui traite d’un écrivain galicien méconnu en France et dont elle a traduit les Sonates.

Cet ouvrage retrace le parcours intellectuel d'un artiste hors norme et présente les multiples facettes d'une œuvre abondante, complexe et en constante évolution.

Voici ce qu’en dit la biographe :

« Ramón del Valle-Inclán (1866-1936) fait, en Espagne, l'objet d'une reconnaissance toujours plus approfondie le plaçant au panthéon des lettres hispaniques.

Rénovateur des formes dramaturgiques et du langage théâtral dans les années 1920, à l'instar d'un Brecht ou d'un Pirandello, il fut aussi un grand prosateur et un poète en quête de spiritualité. Passionné de politique, il se livra également à une critique impitoyable de la vie de son temps.

Ancrée dans une terre ancestrale, riche en légendes, la Galice, mais aussi dans le Madrid des années 1900 et celui des années vingt et trente, à la veille de la guerre civile, sans oublier l'Amérique de l'ancien empire colonial et ses tyrans d'opérette (Tirano Banderas, 1926), son œuvre se signale par une écriture exigeante, traversée de préoccupations avant-gardistes.

Des Sonates (1903-1905), quatre courts récits poétiques, à La Guerre carliste (1908-1909), trilogie romanesque, des Comédies barbares (1907, 1908 et 1923), trilogie dramatique galicienne, à Lumières de bohème (1920), pièce madrilène qui fonde l'esthétique propre de Valle-Inclán, sans oublier Carnaval de Mars (1930), satire d'une année caricaturale, l'éventail de la création cet auteur ne cesse de déployer les aspects foisonnants d'une vision magistrale à (re)découvrir.

Elle culmine avec l'entreprise de L'Arène ibérique, (1927, 1928, 1932) trilogie romanesque inachevée (un fragment en a encore été rédigé en 1938), synthèse de la réflexion esthétique, historique et idéologique de l'écrivain. »

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Né en 1983 à Châteauroux, Sébastien Robert qui est professeur de lettres modernes au lycée Duhamel du Monceau (Pithiviers) s’est fendu d’un Montherlant – Qui suis-je ? dont voici le pitch :

« Henry de Montherlant (1895-1972) est le fils unique d'une famille de petite noblesse. Dès l'enfance, quatre grandes passions orienteront l'œuvre du futur écrivain : l'antiquité romaine, le sport, la corrida et l'écriture. La dernière parachève les précédentes. Bachelier en 1911, il découvre la camaraderie et la sensualité. Sur le front en 1918, il est blessé puis démobilisé l'année suivante. Publiant son premier roman, Le Songe (1922), il se montre attaché aux valeurs héroïques et au culte du corps, comme dans Les Olympiques (1924).

Indépendant, assoiffé de liberté, souhaitant se dépayser, il devient le « voyageur traqué » de l'Espagne à la Tunisie. Romancier à succès de l'entre-deux-guerres (Les Célibataires, 1934 et la série Les Jeunes Filles, 1936-1939), essayiste audacieux (Service inutile, 1935), il deviendra un dramaturge reconnu. De La Reine morte (1942) à La Guerre civile (1964), en passant par Le Maître de Santiago (1947), le théâtre de Montherlant prendra pension à la Comédie-Française jusque dans les années 1960.

Sans avoir fait acte de candidature, il est élu à l'Académie française en 1960. Couvert de gloire, considéré par François Mauriac comme un écrivain appartenant à la lignée de Chateaubriand ou de Barrès, il publie son dernier roman, Un assassin est mon maître, en 1971. Affaibli par plusieurs chutes, devenant aveugle, il se suicide dans son salon du quai Voltaire, à Paris, le 21 septembre 1972. »

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Enfin, dans Thiriart – Qui suis-je ?, Yannick Sauveur, docteur en sciences de l’information et de la communication, ami pendant vingt ans  de celui dont il raconte la vie, fait découvrir le parcours singulier d’un théoricien néo-fasciste belge largement oublié dans son propre pays.

Né à Bruxelles dans une famille de la petite bourgeoisie et influencé par les idées du sociologue et économiste italien Vilfredo Pareto (1848-1923), l’optométriste Jean Thiriart (1922-1992), qui fut successivement socialiste (il milita à la Jeune garde socialiste unifiée et à l’Union socialiste antifasciste), communiste et pacifiste (à la Ligue scolaire internationale pour la paix), puis national-socialiste (au Fichte Bund), collaborateur des nazis (chez les Amis du Grand Reich allemand) et plus tard soutien de l’OAS avant de finir national-communautariste, prêcha de façon récurrente pour l’avènement d’une Europe unie de Dublin à Vladivostok.

En 1960, après l’indépendance du Congo belge, il fonda le Comité d’action et de défense des Belges d’Afrique, puis le Mouvement d’Action civique (MAC), visant à exercer un contrôle moral sur la vie politique avant de donner naissance à Jeune Europe, dès le printemps 1961, qui soutint l’OAS et l’Algérie française. Ce mouvement, qui se déclinait aussi sous la forme d’un hebdomadaire, rejetait le communisme et la ploutocratie, tout en prônant la neutralité de l’Europe et la réunification de l’Allemagne.

En 1964, Thiriart publie un essai, Un Empire de 400 millions d’hommes, et, en 1967, Jeune Europe cède la place au mensuel La Nation européenne.

En 1992, Thiriart, qui a vu dans la chute du Mur de Berlin l’occasion de voir aboutir ses idées,  se rend à Moscou, où il s’entretient avec l’écrivain Anatoli Ivanov, l’intellectuel nationaliste Alexandre Douguine, le haut fonctionnaire communiste Egor Ligatchev, les hommes politiques nationalistes Sergueï Babourine et Alexandre Doughine, le militariste Voktor Alksnis, entre autres.

Il meurt en 1992, victime d’une crise cardiaque.

Bernard DELCORD

Louis Pergaud – Qui suis-je ? par Bernard Piccoli, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », septembre 2016, 128 pp. en noir et blanc au format 12,4 x 17,6 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 12 € (prix France)

Ramón del Valle-Inclán – Qui suis-je ? par Annick Le Scoëzec Masson, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », octobre 2016, 128 pp. en noir et blanc au format 12,4 x 17,6 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 12 € (prix France)

Henry de Montherlant – Qui suis-je ? par Sébastien Robert, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », octobre 2016, 128 pp. en noir et blanc au format 12,4 x 17,6 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 12 € (prix France)

Jean Thiriart – Qui suis-je ? par Yannick Sauveur, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, collection « Qui suis-je ? », décembre 2016, 128 pp. en noir et blanc au format 12,4 x 17,6 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 12 € (prix France)

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