18/01/2014

Une saga héroïque

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Germain Chambost est un ancien pilote de chasse, grand reporter à Sud-Ouest. Membre de l'Académie nationale de l'air et de l'espace, il a entrepris, en compilant divers témoignages dans Les Hommes de l’Aéropostale paru aux Éditions Omnibus à Paris, de raconter l’histoire de la légendaire compagnie aérienne dont les fleurons humains avaient entre autres pour nom Pierre-Georges Latécoère (1883-1943), Didier Daurat (1891-1969), Jean Mermoz (1901-1936), Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944), Joseph Kessel (1898-1979) ou Henri Guillaumet (1902-1940).

Écoutons-le :

« En 1927, en un temps où chaque vol était une aventure à haut risque, quelques hommes qui n'avaient pas froid aux yeux lancèrent une ligne aérienne dont le but était de transporter le courrier depuis la France vers le Sud - jusqu'en Afrique d'abord, puis jusqu'en Amérique du Sud. Trente-deux millions de lettres furent ainsi transportées grâce à eux pour la seule année 1930. Victime de son succès, mais aussi d'un "lâchage" diront certains, l'Aéropostale est mise en liquidation en 1933, puis fondue au sein d'Air France, qui la possédera jusqu'en 2000.

Est-ce parce qu'un de ses pilotes s'appelait Antoine de Saint-Exupéry ? Est-ce parce que le grand Mermoz en fut un pionnier ? Ou parce que Guillaumet l'a hissée au rang d'expérience surhumaine ? C'est pour toutes ces raisons à la fois que l'Aéropostale est passée de l'histoire au mythe. Mais la gloire des héros a fini par effacer la réalité de l'aventure. Ce recueil de souvenirs rend la parole aux témoins, à ceux qui ont vécu l'Aéropostale depuis sa naissance jusqu'à sa disparition au sein d'Air France.

Pilotes, radionavigateurs, mécaniciens, chefs de station… Ils racontent les exploits, les accidents, les folies, les heures sombres, les haines, mais aussi les rencontres inoubliables et les images grandioses. (…)

Ils volaient au ras de l'eau et frôlaient les sommets. Leurs appareils tombaient souvent en panne – dans le Sahara, sur les plages du Brésil, dans les neiges de la Cordillère...

Il arrivait aussi que leurs ailes se brisent en plein vol ou que le pilote soit arraché de son siège par une bourrasque. Pourtant, ils ne renonçaient pas ; ils repartaient. "Le courrier doit passer" était leur devise.

Beaucoup sont tombés avec leur avion, mais heureusement, d'autres ont vécu assez longtemps pour raconter leurs incroyables souvenirs. Des "autres" parmi lesquels Joseph Kessel et Antoine de Saint-Exupéry, mais aussi de plus humbles témoins dont les récits ne sont pas moins exaltants, jusque dans l'ingénuité avec laquelle ils flirtaient avec la mort. »

Une aventure hors du commun !

Bernard DELCORD

Les Hommes de l'Aéropostale, ouvrage collectif présenté par Germain Chambost, Paris, Éditions Omnibus, juin 2013, 800 pp. en noir et blanc au format 13,5 x 20 cm sous couverture brochée en couleurs, 27 € (prix France)

Contenu de l’ouvrage :

Les témoins :

Les pilotes Mermoz, Vannier, Vedel, Delaunay, Guillaumet, Saint-Exupéry, le radionavigateur Dissac, les mécaniciens, Marcel Moré, Claude Mossé, le journaliste Kessel.

Les époques (1919-1933) :

– De la première ligne jusqu'à la traversée de l'Atlantique par Mermoz (racontée par lui-même).

– Vers Dakar. Saint-Exupéry et Courrier sud. Kessel se souvient, en hommage au plus vieux pilote de la ligne.

– L'Amérique du Sud. « C'est là qu'allait naître véritablement la légende. » De nouveaux pilotes et de nouveaux avions ; incidents et accidents spectaculaires. L'exploit de Guillaumet, raconté par lui-même (« Ce que j'ai fait, aucune bête ne l'aurait fait. »).

– La fin de l'Aéropostale : les difficultés, la liquidation, les déchirements. Les survivants donnent leur version des faits.

19:08 Écrit par Bernard dans Récits | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

16/11/2013

Un récit formidable !

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Se faisant, dans Monsieur Optimiste, le greffier de l'histoire de ses parents juifs demeurés à Bruxelles durant l'occupation allemande de 1940-44 et qui connurent quelques déboires par la suite en raison de leurs affinités communistes, Alain Berenboom a réussi un joli tour de force : parler d'un drame inouï avec humour et profondeur sans réveiller les violons des lamentos et des discours convenus.

Le style est épatant, et même décapant à l'occasion, pour ressusciter, à partir de documents familiaux épars, le quotidien de personnes ordinaires indécrottablement tournées vers l'avenir qui ne pourra être que radieux, une attitude aussi naïve qu'héroïque – admirable.

Entre les lignes, l'auteur se livre à une analyse d'une grande finesse, celle de son identité, belge, juive et laïque, à l'instar de son illustre prédécesseur Marcel Liebman (1929-1986) dans l'inoubliable Né Juif paru en 1977.

On s'en voudra de déflorer ici les ressorts d'une intrigue – qui intrigue l'auteur depuis des lustres – tenant le lecteur en haleine dès les premières lignes (il est vrai qu'on a ici affaire à un écrivain de polars chevronné...) pour en souligner l'originalité et l'humanité profondes dont les racines plongent dans une histoire et une culture séculaires, sans pour autant perdre de leur acuité contemporaine.

Shalom, Monsieur Berenboom !

Et chapeau bas...

Bernard DELCORD

Monsieur Optimiste par Alain Berenboom, Bruxelles-Paris, Genèse Édition, octobre 2013, 241 pp. en noir et blanc  au format 13,5 x 21 cm sous couverture brochée en couleurs, 22,50 €

12:18 Écrit par Bernard dans Récits | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

29/09/2010

Un ouvrage « révélateur »

L’article ci-dessous a été mis en ligne le 29 septembre 2010 sur le site du magazine satirique belge on-line Satiricon.be (www.satiricon.be) :

Intitulé Le printemps des sayanim, le récit que le professeur (de droit) Jacob Cohen publie ces-jours-ci à Paris aux Éditions de L’Harmattan stupéfie autant par son objectif que par son étayement : quoique mêlant réalité et fiction, il se propose de mettre à nu un système qu’il affirme bien réel, celui des sayanim –informateurs en hébreu– constitué de Juifs de la diaspora qui, par « patriotisme » assure l’auteur qui les désapprouve, acceptent de collaborer ponctuellement avec le Mossad (les services secrets israéliens) ou avec d’autres institutions sionistes, leur apportant l’aide nécessaire dans le domaine de leurs compétences afin de mener une guerre psychologique pour défendre la « sacralité » d’Israël. En France, leur nombre se situerait autour des trois mille, principalement au sein du Bnaï Brit (une association internationale) ainsi que de quelques autres organisations nationales.

Juif lui-même, l’auteur ne cache pas son jeu, puisqu’il dédie son ouvrage « à tous ceux qui se battent pour la Justice en Palestine », et il est donc hors de doute que son texte a fait grincer bien des dents au sein de la communauté.

Car une chose est certaine, le soutien à l’État d’Israël n’est plus ce qu’il était, même dans la diaspora. Certes, le discours –et les actes– des terroristes du Hamas qui veulent rayer l’État Juif de la carte continuent à souder tout le monde ou presque contre eux, comme du temps de l’OLP avant son aggiornamento, mais on est cependant loin de l’enthousiasme qui, en 1968 par exemple, souleva même les goyim à l’occasion des vingt ans de la fondation d’Israël… C’est que bien des événements se sont produits –et continuent, hélas, de se produire– qui ont entraîné la désaffection, quand ce n’est pas la condamnation ou le mépris, d’un grand nombre de ceux-là mêmes qui étaient convaincus de la justesse de la cause sioniste initiale.

Faut-il pour autant voir le mal partout ? Et soutenir un peuple, son peuple en danger, est-il constitutif d’un crime ? S’agit-il d’un comportement illégitime ? Certes non !

Rappelons toutefois que c’est bien entendu valable aussi pour les tenants, en Europe ou ailleurs, d’une Palestine libre, démocratique et indépendante…

 

PÉTRONE


Le printemps des sayanim par Jacob Cohen, Paris, L’Harmattan, juillet 2010, 172 pp. en noir et banc au format 13,5 x 21,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 16,50 €

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09:00 Écrit par Bernard dans Récits | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |