07/01/2018

La vie et les écrits d’un titan…

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Immense personnalité du XXe siècle, Winston Churchill, (1874-1965) fut non seulement le Premier ministre du Royaume-Uni de 1940 à 1945 [1] et, à ce titre, artisan de la victoire contre le nazisme et le fascisme à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi un orateur hors pair dont les bons mots sont passés à la postérité, un peintre estimé dont les œuvres s’arrachent et, surtout, un surdoué de l'écriture dont le talent inouï a été couronné en 1953 par le prix Nobel de littérature [2].

À ceux qui souhaiteraient (re)découvrir l’homme, nous ne saurions trop conseiller la lecture de la biographie superbement illustrée (avec plus de 200 photographies) que Béatrix de l’Aulnoit a fait paraître à Paris aux Éditions Tallandier sous le titre Moi, Winston Churchill, un récit enlevé abordant les nombreuses et paradoxales facettes de l’acteur politique – dans tous les sens du terme – et son impact sur son temps aux quatre coins de la planète.

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Et à ceux qui seraient désireux d’aborder l’œuvre, nous recommandons la lecture de La Guerre du Fleuve – Un récit de la reconquête du Soudan, un flamboyant reportage [3] de la guerre menée par lord Kitchener contre les rebelles mahdistes, rédigé en 1899 et publié dans sa traduction française aux Belles Lettres à Paris en 2015.

On y trouve de la gloire, du sang, de la sueur, des larmes… et du génie !

Bernard DELCORD

Moi, Winston Churchill par Béatrix de l’Aulnoit, Paris, Éditions Tallandier, octobre 2017, 190 pp. en quadrichromie au format 22,5 x 27,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 34 € (prix France)

La Guerre du Fleuve – Un récit de la reconquête du Soudan par Winston Churchill, traduction de l’anglais par John Le Terrier, Paris, Éditions Tallandier, collection « Mémoires de guerre » dirigée par François Malye, mars 2015, 328 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 23 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié la belle et très éclairante introduction

de Béatrix de l’Aulnoit à son récit de vie :

« Winston Churchill, c’est d’abord un style avant d’être un destin. L’homme qui a vaincu Hitler serait-il devenu une icône mondiale sans son humour ravageur, ses extravagances, sa panoplie d’acteur ? Lorsqu’il allume un cigare, peint une toile derrière son chevalet, construit le mur de son potager, Churchill montre autant d’énergie et de soin pour se mettre en scène que lorsqu’il galvanise l’Angleterre à la BBC pendant la Seconde Guerre mondiale.

De sa naissance à Blenheim, il a acquis une assurance aristocratique qui constitue le socle de son inébranlable confiance en sa bonne étoile. Pourtant, dès le début, les difficultés rencontrées sont immenses. Ses carnets scolaires sont désastreux. L’adolescent est affublé d’un “zézaiement” inconciliable avec une brillante carrière politique. Il rate à deux reprises l’examen d’entrée de l’académie militaire de Sandhurst, avant d’être admis piteusement 92e sur 102. Quant à son père, second fils du duc de Marlborough, il n’a hérité d’aucune fortune et a brutalement sabordé sa carrière en donnant sa démission de chancelier de l’Échiquier.

Très vite, Winston comprend qu’il ne peut compter que sur lui-même. Il se constitue une bibliothèque de grands auteurs, écrit sur tout et n’importe quoi, négocie âprement ses contrats. Cette force de caractère, où ténacité et pragmatisme se côtoient à parts égales, est la deuxième composante du style churchillien. Le génie de la politique à la Chambre des communes, le vainqueur des nazis, le prix Nobel de littérature, est un bourreau de travail. La nuit, Churchill dicte articles et livres debout derrière son pupitre. Le matin, il réécrit ses discours dans son lit en compagnie de son chat Tango. Le soir, en sortant du ministère, il lit ses dossiers dans un bain chaud. Et l’exacte température de ce bain est contrôlée par son valet qui y plonge un thermomètre.

De son grand-père maternel américain, aventurier qui a frôlé plusieurs fois la faillite, le jeune homme a hérité son indépendance d’esprit. De sa mère, personnage flamboyant et fantasque, son goût du luxe, autre constante du style churchillien : “Je me contente de peu, mais toujours du meilleur”, a-t-il l’habitude de dire, incarnant de façon étourdissante ce mélange de traditions et de folies que nous envions tant aux Britanniques. (…)

Winston porte des caleçons et des vestes de pyjamas en soie rose hors de prix et affirme que sa peau blanche de roux n’en supporterait pas d’autres. Il ne peut se passer d’un maître d’hôtel. Il aime le cognac au petit déjeuner, le champagne au déjeuner, les dîners arrosés de grands bordeaux, les soirées autour des tables de jeu dans la fumée d’un Roméo et Juliette. Les jolies femmes qui ont de l’esprit. Winston n’est pas snob, mais tous ses amis sont richissimes, à commencer par le duc de Westminster, première fortune d’Angleterre.

C’est un romantique qui s’est marié sur un coup de foudre et restera fidèle toute sa vie à Clementine Hozier. Sa seule maîtresse s’appelle Chartwell, sa propriété dans le Kent, pour laquelle il se ruinera. Mais c’est là, au milieu de ses enfants, chevaux, chiens, cochons, moutons, canards, oies, cygnes, papillons et poissons rouges, qu’il est heureux et se ressource.

Toute sa vie, Winston Churchill a vécu au-dessus de ses moyens, mais, durant quatre-vingt-dix ans, il s’est donné les moyens de vivre selon ses déraisonnables caprices qui font de lui le plus humain des monstres sacrés de l’Histoire. »

 

[1] Il le fut aussi du 26 octobre 1951 au 6 avril 1955.

[2] Parmi ses ouvrages les plus célèbres, citons ses souvenirs d’enfance, My Early Life, 1930, les quatre tomes de la biographie de son glorieux ancêtre, Marlborough: His Life and Times, 1933-1938, les six volumes de ses souvenirs de guerre, The Second World War, 1948-1954 et les quatre volumes d'un vaste essai historique, A History of the English-Speaking Peoples, 1956-1958, qui couvrent la période allant de l'invasion de la Grande-Bretagne par César (55 av. J.-C.) au début de la Première Guerre mondiale (1914).

[3] En dépit de quelques préjugés sans fondement, époque oblige, sur les populations locales.

02/09/2010

« Vive la France, et les joueurs d’accordéon… »

Pierre Bonte aime la France et, à mon sens, elle le lui rend bien. La France rurale, celle du terroir et des rencontres avec des personnalités pittoresques, authentiques, en un mot, attachantes.

« Tous les lieux que je vais évoquer sont beaux. Mais il y a tant de jolis coins en France que c'en est presque banal. Ils sont beaux mais pas seulement... Les miens ont quelque chose en plus qui les rend uniques. » 

Sur le mode du Petit Prince voire de Jean Ferrat, Pierre Bonte, dans La France que j’aime qui paraît aujourd’hui à Paris aux Éditions Albin Michel, nous mène du Nord au Sud, de la côte d'Albâtre à Castigniccia (Haute-Corse), nous offrant pour escales Camembert, Chavignol, le village d'Astérix... et une étape en Drôme provençale (Grignan, Valaurie...) qui ne pouvait me laisser insensible. Et l'auteur de faire un juste écho au festival de la correspondance et aux initiatives du maire de Grignan, Bruno Durieux, en matière de modernité. Une virée à Richerenches – Enclave des Papes – nous livre quelques secrets de derrière les truffes et une description intéressante du célèbre marché qui s’y tient chaque année, de novembre à mars.

Les chapitres se concluent de quelques adresses soigneusement sélectionnées où je gagerais que l'on peut se rendre les yeux fermés...

 

Apolline ELTER

 

La France que j'aime par Pierre Bonte, Paris, Éditions Albin Michel, 2 septembre 2010, 266 pp en noir et blanc sous couverture brochée en quadrichromie, 18 €

 

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08:41 Écrit par Bernard dans Reportages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/04/2010

L’aventure, c’est l’aventure…

Grand reporter s’il en fut, l’académicien français Joseph Kessel (1898-1979) était entré à 17 ans au vénérable Journal des Débats à Paris, pour y débuter une carrière formidable qui le mènerait dans diverses rédactions (La Liberté, Le Figaro, Le Mercure de France, Gringoire, Paris-Soir…) et aux quatre coins de la planète, en plein cœur de l’action.
Aventurier dans l’âme, ce fils d’un médecin juif d’origine lituanienne est né en Argentine où il a passé les premières années de son enfance avant de suivre, en 1905, ses parents à Orenbourg dans l’Oural puis, en 1908, à Nice où il fait ses études secondaires et ensuite à Paris où il s’inscrit au lycée Louis-le-Grand avant de décrocher une licence ès lettres en 1915. Infirmier brancardier durant quelques semaines en 1914, il s’enrôle volontairement sous les drapeaux à la fin de 1916, dans l’artillerie puis dans l’aviation qui l’envoie notamment en mission en Sibérie. À 21 ans, revenu à la vie civile, décoré de la croix de guerre et de la médaille militaire, il obtient la nationalité française. On le retrouve désormais partout où les choses bougent, où le monde change, témoin engagé des transformations du temps. Correspondant de guerre en 1939-40, il rallie la Résistance puis s’engage dans les Forces françaises libres du général de Gaulle à Londres. Avec son neveu Maurice Druon, il a composé en 1943 le fameux « Chant des partisans », hymne emblématique de la lutte antinazie. Il poursuit ensuite ses pérégrinations journalistiques, tout en publiant de nombreux romans, ainsi qu’il l’avait toujours fait (La Steppe rouge, 1922 ; L'Équipage, 1923 ; Belle de jour, 1928, qui inspira le film de Luis Buñuel en 1967 ; Fortune carrée, 1932 ; Marchés d'esclaves, 1933 ; La Passante du Sans-Souci, 1936, porté à l'écran par Jacques Rouffio en 1982 ; L'Armée des ombres, 1943, adapté au cinéma par Jean-Pierre Melville en 1969 ; Le Bataillon du ciel, 1947, adapté la même année au cinéma par Alexandre Esway ; Les Amants du Tage, 1954 ; Témoin parmi les hommes, 1956 ; Le Lion, 1958 ; Les Cavaliers, 1967… sans oublier une belle biographie du pilote Jean Mermoz en 1939).
Ses reportages sont, comme ceux d’Albert Londres, des modèles du genre, mêlant goût du risque et sens extraordinaire de la narration dans une langue d’une grande pureté mais sans afféterie. Les Éditions Tallandier à Paris ont pris l’initiative remarquable de les rassembler tous dans six volumes de la collection de poche « Texto », et le premier d’entre eux s’intitule Le Temps de l'espérance Reportages 1919-1929. On y suit Joseph Kessel sur les Champs-Élysées le 14 juillet 1919 pour le défilé de la victoire, en Irlande insurgée contre la Couronne, chez les Russes Blancs de Paris, dans un avion de l’Aéropostale en route pour Villa Cisneros, avec des méharistes dans le désert syrien ou sur les rivages de Palestine quand l’État juif s’élaborait en secret… Un parcours palpitant !

Bernard DELCORD

Le temps de l’espérance Reportages 1919-1929
par Joseph Kessel, Paris, Éditions Tallandier, collection « Texto » dirigée par Jean-Claude Zylberstein, février 2010, 285 pp. en noir et blanc au format 12 x 18 cm sous couverture brochée en couleur, 10 €

Le temps de l'espérance

20:29 Écrit par Bernard dans Reportages | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |