10/10/2017

Pérégrination amoureuse…

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Après Les fées penchées (2014) et Le Vampire de Clichy (2015), deux romans publiés à Bruxelles par les Éditions Onlit, Véronique Janzyk revient sur le devant de la scène littéraire chez le même éditeur avec J'ai senti battre notre cœur, le court récit d’une relation sentimentale basée sur la marche, les livres et l’amour physique, une pure merveille de finesse, d’observation, de sensibilité et, surtout, de style pointilliste parfaitement maîtrisé dans de courts chapitres très subtils.
 
Qu’on en juge :
 
« Tu as le teint brun des paysans et des marins, des grands et petits voyageurs. Tu dors sur le dos, hiératique. Tu dors debout, comme un gisant prêt à te relever. Tes pommettes, ton nez, ton menton, ton cou se dessinent à contre-jour. Je ne te vois jamais de face quand tu dors.
 
Tu dors comme s'il allait falloir s'éveiller. La menace est toujours possible. Tu es toujours prêt à marcher.
 
Ou alors tu dors en me tournant le dos. Je vois ton dos. Je te vois devant moi. Là encore.
 
Tu crois défier le temps. Mais en marchant devant, tu permets à la distance de s'installer entre nous. Tu incarnes l'avance que tu as sur moi. »
 
Du Théo van Rysselberghe sur papier…
 
Bernard DELCORD
 
J'ai senti battre notre cœur par Véronique Janzyk, Bruxelles, Onlit-Éditions, octobre 2017, 103 pp. en noir et blanc au format 12 x 19,2 cm sous couverture brochée et jaquette en couleurs, 12 €

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05/08/2017

« J'ai dit bizarre… Comme c'est bizarre ! » (Jacques Prévert, dialogue dans Drôle de drame)

Hôtel meublé.jpg

Gérald Bertot alias Thomas Owen est né le 22 juillet 1910 à Louvain et il est mort le 2 mars 2002 à Bruxelles.
 
Ses études de droit terminées en 1933, il est engagé dans une meunerie, le Moulin des Trois Fontaines à Vilvorde, dont il sera le directeur pendant quarante-trois ans. Il sera également président général des Meuneries belges, puis du Groupement des Associations meunières de la CEE.
 
Parallèlement, attiré par le surréalisme, il devient critique d'art pour La Libre Belgique et L'Écho sous le pseudonyme de Stéphane Rey.
 
Mobilisé en 1939, il échappe à la déportation qui suit la capitulation de l’armée belge
.
Sa rencontre avec Stanislas-André Steeman servira alors de déclencheur à sa carrière d'écrivain. L’auteur de L’assassin habite au 21 (1939) l'encourage à écrire des romans policiers, genre peu disponible à l'époque.
 
De 1941 à 1943, Thomas Owen publiera plusieurs nouvelles et romans policiers, caractérisés par « un humour assez féroce », qui attirèrent sur lui l'attention de la critique.
 
Il se tourna ensuite vers la littérature fantastique, en faisant paraître Les Chemins étranges en 1943. C'est de ce genre particulier, romans, contes et récits d'épouvante, que lui viendra la reconnaissance du grand public. Ses nouvelles fantastiques plongent le lecteur dans un univers en perpétuelle collision avec l'horreur et l'irrationnel (1). 
 
Il est élu membre de l’Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique en 1975, au fauteuil 28 dans lequel il succéda à Constant Burniaux (2) et qui est aujourd’hui celui de Jean-Baptiste Baronian.
 
C’est aussi en 1943 que Thomas Owen rédigea Hôtel meublé, un curieux polar qu’ont ressorti les Impressions nouvelles à Bruxelles, dans la fameuse collection « Espace Nord ».
 
En voici le pitch, fourni par l’éditeur :
 
« Un crime a été commis : Oswald Stricker, vieil expert et usurier, détenteur d’une fortune secrète, est retrouvé mort dans son appartement. L’inspecteur Maudru est chargé de cette curieuse affaire. Il sera très vite secondé par Madame Aurélia, détective amateur, qui va s’installer dans le logement du défunt pour mener l’enquête au plus près des locataires – aussi morbides que saugrenus, vivant dans la misère et prêts à tout pour s’enrichir. Un huis clos fantastico-macabre aux allures de Cluedo. »
 
Ajoutons que le titre lui-même relève de l’étrange, dans la mesure où l’intrigue de ce roman ironique se passe dans une maison qui n’est pas un hôtel meublé, mais qui pourrait l’être, non pas pour des raisons immobilières, mais parce que les personnages pour le moins pittoresques et inquiétants qui l’habitent semblent plus passagers que stables…
 
Un texte tout ce qu’il y a de décapant !
 
Bernard DELCORD
 
Hôtel meublé par Thomas Owen, postface de Rossano Rosi, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, collection « Espace Nord », novembre 2016, 237 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 9,00 €
 

(1) Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Owen
 
(2) 1892-1975, à qui l’on doit un intéressant Crânes tondus (1930).

30/07/2017

Sur le lieu d’amitié…

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Entre 1816 et 1919, le territoire hautement stratégique de la petite commune wallonne de Moresnet (aujourd’hui dans l’entité de Plombières, en province de Liège), par la volonté des vainqueurs de Napoléon Ier à Waterloo en 1815, fut un territoire neutre et indépendant de 3,44 km2 et de 250 habitants environ, dont la langue officielle était l’espéranto.
 
On y exploitait alors la mine de zinc de la Vieille Montagne (épuisée en 1885), la plus riche d’Europe, dont on a extrait plus de deux millions de tonnes en cinq siècles, et les Pays-Bas en disputaient la souveraineté à l’Allemagne. Celle-ci annexa le territoire en 1915 et le traité de Versailles établit en 1919 la souveraineté belge sur le Moresnet Neutre ainsi que sur le village allemand voisin de Neu-Moresnet. À nouveau confisquée par l’Allemagne en 1940, la commune fut définitivement restituée à la Belgique en 1944.
 
Sans toutefois battre monnaie, le Moresnet Neutre, qui avait pris le nom espérantiste d’Amikejo (« lieu d’amitié »), arborait son propre drapeau, avait son propre gouvernement, ses services postaux et même son hymne national, l’Amikejo Marsch. Il y a donc 98 ans que l’espéranto n’est plus la langue officielle du seul pays pour qui il le fut jamais (1).
 
C’est dans cet étrange pays au confluent des frontières actuelles de l'Allemagne, des Pays-Bas et de la Belgique que l’écrivain et diplomate français Marc Bressant (2) situe l’action de son roman-fleuve Un si petit territoire (publié à Paris par Bernard de Fallois), une saga passionnante qui s'étend sur tout un siècle pour s'achever avec l'entrée des troupes allemandes dans le Moresnet Neutre le 8 août 1914.
 
Car, écrit l'auteur, « les deux jeunes aides de camp, l'un néerlandais, l'autre prussien, à qui leurs souverains avaient confié mission de "régler au plus vite le problème de Moresnet", ne se doutaient évidemment pas qu'en créant au cœur de l'Europe un pays sans armée ni police ni justice, ils ouvraient la porte à de bien singulières aventures… »
 
Bernard DELCORD
 
Un si petit territoire par Marc Bressant, Paris, Éditions de Fallois, avril 2017, 414 pp. en noir et blanc au format 15,6 x 22,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 22 € (prix France)
 
(1) Cf. Neutral-Moresnet-neutre – Échos d’une curiosité européenne par Leo Wintgens, Aachen, Helios Verlag & Montzen, Centre de recherches linguistiques Obelit, collection « Documents d’Histoire », novembre 2010, 304 pp. en quadrichromie au format 21,5 x 30,5 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 39,90 €.
 
(2) Dont l’ouvrage La Dernière Conférence a été récompensé par le grand prix du roman de l'Académie française en 2008.

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28/07/2017

En voiture, Simone !

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Paru d’abord chez Joëlle Losfeld en 2015, La clef sous la porte de Pascale Gautier (1) – dont le roman précédent, Les Vieilles (Joëlle Losfeld, 2010, Prix Renaudot poche 2012) avait connu un immense succès – ressort en format de poche chez Gallimard à Paris dans la collection « Folio ».
 
En voici le pitch :
 
« Ils sont solitaires, dociles, désabusés. Ils sont enseignant, retraité, cadre, employée. Tous sont ligotés à leur petite vie, à leur faux confort. Auguste, comme chaque fois qu'il retrouve ses parents, est pris en tenaille entre une mère tyrannique et un père plutôt faible. José, retraité endurci, vit devant la télé, allumée 24 heures sur 24. Ferdinand subit une femme volage et une fille ado, véritable tête à claques. Agnès, toujours amoureuse d'hommes mariés, est harcelée par ses trois frères qui lui demandent de venir au chevet de leur mère qui est en train de mourir pour la cinquième fois...
 
Jusqu'au jour où, grains de folie aidant, ces quatre contre-héros vont rompre les amarres. Parents, métier, épouse, raison : tout finit par voler en éclats… »
 
Caustique à souhait, cette exploration des vies ordinaires en crise et des travers de notre société est aussi une ode à la liberté…
 
Bernard DELCORD
 
La clef sous la porte par Pascale Gautier, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio », avril 2017, 224 pp. en noir et blanc au format 10,7 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs, 6,60 € (prix France)

 

(1) Qui est par ailleurs directrice littéraire du domaine français aux Éditions Buchet-Chastel. La clef sous la porte est son onzième roman.

13:20 Écrit par Bernard dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/07/2017

Sic transit gloria mundi…

Le Roman d'Héliopolis.jpg

Descendante de Boghos Nubar Pacha [1], Amélie d'Arschot Schoonhoven [2] est historienne et conférencière, notamment à la Villa Empain.

Elle a fait paraître chez Avant-Propos à Waterloo Le Roman d'Héliopolis, un ouvrage dans lequel elle retrace l’histoire de la ville égyptienne qui fut érigée à partir de 1905 et jusqu’en 1912 sur une grande parcelle de désert au nord-ouest du Caire par le baron [3] et industriel belge Édouard Louis Joseph Empain (1852-1929) et son associé Boghos Nubar Pacha, une cité ultramoderne avec ses bâtiments inspirés de diverses architectures du monde entier, son système de distribution d’eau, sa ligne de chemin de fer, ses routes, ses plantations et son réseau de tramways électriques.

Héliopolis, qui fut au départ peuplée d'étrangers et de coptes (Égyptiens chrétiens) puis par les classes moyennes du Caire, est aujourd’hui un quartier de la capitale égyptienne dont la surpopulation a conduit à la disparition des nombreux jardins.

Fondé sur les archives familiales de l’auteure et brillamment rédigé, ce roman historique retraçant une formidable saga urbaine s’avère en tout point passionnant !

Bernard DELCORD

Le Roman d'Héliopolis par Amélie d’Arschot Schoonhoven, Waterloo, Éditions Avant-Propos, juin 2017, 204 pp. en noir et blanc au format 15,2 x 23,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 20,00 €

 

[1] Fils de Nubar Pacha (1825-1899), régent d'Égypte, Boghos Nubar Pacha (1851-1930) a épousé Marie Dadian en 1879. Leur fille Eva Zarouhi se maria en 1907 avec le comte Guillaume d'Arschot-Schoonhoven (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Boghos_Nubar_Pacha).

[2] Elle est administrateur de l'Association Royale des Demeures Historiques de Belgique.

[3] Général et aide de camp du roi des Belges, il a été anobli par Léopold II en 1907.

12:06 Écrit par Bernard dans Histoire, Romans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

19/06/2017

« Comment c'est la Chine ? C'est plein de Chinois. » (Pierre Perret)

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Avocat spécialiste du droit d’auteur et chroniqueur au journal Le Soir, l’écrivain belge Alain Berenboom à qui l’on doit, entre autres ouvrages, Monsieur Optimiste (Genèse Édition, 2013) dont nous avons chanté les louanges dans ces colonnes, nous est revenu cette année chez le même éditeur avec un roman foisonnant et caustique intitulé Hong Kong blues qui, nous n’en doutons pas, connaîtra un grand succès cet été auprès des vacanciers – et des autres lecteurs – en quête de littérature bien écrite, de dépaysement original et de scénarios à rebondissements bien ficelés.

En voici le pitch :

« Marcus Deschanel est un type séduisant. Journaliste dans une gazette du nord de la France, il se croit irrésistible. Pourtant, tout prend l’eau dans sa vie. Sa compagne l’a quitté, son dernier roman est un flop magistral et son bébé, la petite Gabrielle, l’horripile. Sur un coup de tête, Marcus décide de quitter la France. Il se voit déjà écrivain-voyageur. Mais, à Hong Kong, sa vie bascule.

À peine débarqué dans l’ancienne colonie britannique, il se retrouve mêlé à l’assassinat d’une manucure dans une discothèque. Son passeport a été retrouvé dans le sac de la jeune femme à côté de son cadavre.

Fauché, sans papier, Marcus est pris au piège dans le chaudron moite et grouillant de Hong Kong. Il n’a pas de repères, ne connaît personne et n’a plus d’argent. Auprès de qui trouver du secours ? Son avocat “Appelez-moi-Mike” n’a pas l’air de prendre son dossier au sérieux. Le consul général ne veut surtout être mêlé à son affaire. Et le commissaire Teng est prêt à le jeter en prison.

Deux personnages vont l’aider, mais à quel prix ? Pedro, un improbable plombier-bistrotier. Et une séduisante policière chinoise. »

En filigrane de ce roman un peu baltringue se dessine une ville-État qui a le blues, un paradis fiscal et financier, vitrine de la mondialisation, qui se lézarde sous les coups de boutoir des mafias, de la Chine communiste et de la « révolution des parapluies » menée par une jeunesse en quête de démocratie à l’occidentale.

Un texte palpitant !

Bernard DELCORD

Hong Kong blues par Alain Berenboom, Bruxelles-Paris, Genèse Édition, avril 2017, 317 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 21,2 cm sous couverture brochée en couleurs, 23,50 €. Existe en format e-book (14,99 €)

16:07 Écrit par Bernard dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

01/05/2017

Destin de femme...

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Véritable coup de poing asséné à l'estomac par une jolie main artistement gantée de velours noir comme son scénario, L'Effacement de Pascale Dewambrechies paru à Dax en 2014 aux Éditions Passiflore et qui vient de sortir en version de poche chez Gallimard à Paris dans la collection « Folio » est l'un de ces romans qui ne laisse ni indifférent ni indemne.

En voici l'intrigue :

« Durant les années 1950, dans un petit village pyrénéen, Gilda Maurel subit sa destinée d'institutrice. Les jours s'écoulent et se ressemblent. Pourtant, l'arrivée de Luis, âgé de 20 ans, lui offrira la passion, l'ardeur, un souffle de vie encore inconnus. Mais elle a 36 ans. Elle vit cette passion hors-la-loi et sans issue comme une intolérable torture psychologique. Quand elle laisse partir Luis sans lui révéler qu'elle est enceinte, Gilda laisse s'envoler tout espoir de bonheur et donne naissance à Louise, leur enfant. Celle-ci ramène inlassablement sa mère dans le passé et la plonge dans une profonde mélancolie. Dans son journal, Gilda livre sa solitude, ses angoisses, son incapacité à se ressaisir et ce combat qu'elle mène contre elle-même sans jamais le gagner. Cette vie devenue vide dont elle veut s'éloigner. S'effacer. »

Composé de nombreux chapitres très brefs qui sont autant de petites touches pointillistes, cet ouvrage frise la perfection formelle, celle des dentelles de Bruxelles ou de Bruges, pour tisser un récit poignant et lucide, de la condition si souvent faite aux femmes par leur famille, leur éducation, leur surmoi ainsi que leur environnement social, historique et professionnel.

De la belle ouvrage !

Bernard DELCORD

L'Effacement par Pascale Dewambrechies, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio », avril 2017, 219 pp. en noir et blanc au format 11 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs, 6,60 € (prix France)

14:33 Écrit par Bernard dans Romans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |