19/11/2017

Foires d'empoigne...

Théâtre (Yasmina Reza) .jpg

Fille d'un ingénieur iranien et d’une violoniste juive de Hongrie arrivée en France pour fuir la dictature soviétique, la femme de lettres française Yasmina Reza (°1959) a étudié le théâtre et la sociologie à l'université de Nanterre.

Sa production est très variée (théâtre, romans, scénarios) et sa pièce Art (1994) est une réussite internationale qui l’a fait connaître du grand public. Ses œuvres, adaptées dans plus de trente-cinq langues, ont reçu de nombreux prix, dont des prix anglo-saxons prestigieux : deux Tony Awards et deux Laurence Olivier Awards. En novembre 2016, elle a obtenu le prix Renaudot pour son roman Babylone.

Sous le titre Théâtre, les Éditions Gallimard ont rassemblé dans la collection « Folio » quatre de ses pièces les plus emblématiques, à savoir Trois versions de la vie (2001), Une pièce espagnole (2004), Le dieu du carnage (2006) et Comment vous racontez la partie (2011).

Trois versions de la vie est divisée en trois parties qui racontent la même soirée : Henri est astrophysicien, sa femme Sonia était avocate et elle travaille pour un groupe financier. Henri veut publier un article sur la matière noire des galaxies, et a besoin du soutien de Hubert Finidori, son supérieur. Celui-ci arrive dans la soirée en compagnie de sa femme Inès, et un apéritif dînatoire est organisé, ponctué par les caprices du fils de Henri qui veut manger au lit. La conversation variera entre les relations professionnelles et les aspects personnels. Chaque version raconte la même histoire et présente avec les deux autres de nombreux points communs qui relèvent de l'anecdotique, mais font office de ciment. Cependant, de grandes variations se font jour, notamment sur le fil des événements, le comportement des personnages et leurs relations.

Dans Une pièce espagnole, cinq acteurs répètent une comédie : une réunion de famille au cours de laquelle une mère présente à ses deux filles et à son gendre le nouvel homme de sa vie, un veuf, gérant d'immeuble...

Dans Le dieu du carnage, deux couples, les Houillié et les Reille, se rencontrent suite à une bagarre entre leurs fils Bruno et Ferdinand. Parce que son fils Bruno a été blessé par Ferdinand, Véronique Houillé veut parler aux Reille et demande que Ferdinand s’excuse. Mais les avis divergent, qu’il s’agisse de déterminer qui est le coupable de cette bagarre ou de savoir si cette rencontre a un sens [1]. Émergent alors d’autres sources de conflits qui n’ont pas toujours de raison d’être ni de sens. La pièce a été adaptée au cinéma par Roman Polanski en 2011 sous le titre Carnage.

Dans Comment vous racontez la partie, la romancière Nathalie Oppenheim est invitée à l'« espace polyvalent » de Vilan-en-Volène pour parler de son dernier livre. Elle doit faire face à la journaliste Rosanna Artel-Keval dans un débat supervisé par Roland Boulanger (un auteur de poèmes) qui essaie de calmer le jeu. En effet, Nathalie met de la mauvaise volonté à répondre aux questions de Rosanna qui s'en agace. Plus tard, on retrouve ces trois personnages lors d’une réception à la mairie de Vilan-en-Volène où ils sont rejoints par le maire de l'endroit [2].

Des huis clos et des imbroglios très sartriens…

Bernard DELCORD

Théâtre (Trois versions de la vie – Une pièce espagnole – Le dieu du carnage – Comment vous racontez la partie) par Yasmina Reza, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio », septembre 2017, 417 pp. en noir et blanc au format 10,8 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 7,20 € (prix France)

[1] http://www.weblettres.net/blogs/uploads/a/ABF/43889.pdf

[2] Source générale : Wikipédia.

14:32 Écrit par Bernard dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/09/2016

« L'heure de la fin des découvertes ne sonne jamais. » (Colette)

Claudine à Paris.jpg

Auteure d’un essai (paru en 2004) intitulé Colette et la Belgique coédité par les Éditions Racine à Bruxelles et l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, Jeanne Augier a fait paraître chez Avant-Propos à Waterloo le texte d’une pièce inédite, Claudine à Paris, adaptée par Willy (Henry Gauthier-Villars, 1859-1931) et Luvey (pseudonyme d'Aurélien Lugné-Poe, 1869-1940 et Charles Vayre, 1873-1941) du roman de Willy et Colette (Sidonie Gabrielle Colette, 1873-1954, alors épouse de Willy – jusqu’en 1910) paru en mars 1901.

Cette comédie en trois actes (avec un prologue, Claudine à l'école) fut créée au Théâtre des Bouffes-Parisiens en 1902, avec, dans le rôle-titre, une légendaire vedette·du café-concert, Polaire (Émélie Marie Bouchaud, 1874-1939). Colette interprétera elle-même Claudine sur des scènes à partir de 1908.

Voici l’argument de Claudine à Paris :

« Claudine et son père ont quitté leur village de Montigny pour s’installer à Paris, où la jeune fille se remet d’une maladie qui lui a coûté ses beaux cheveux longs. Lorsqu’elle reprend des forces, c’est pour relater dans son journal les exploits de sa chatte Fanchette, ses explorations dans la capitale et, surtout, ses nouvelles rencontres. Elle fait ainsi la connaissance de son neveu Marcel, dont elle se fait rapidement un ami, et du jeune père de ce dernier, Renaud, qui ne la laisse pas indifférente. » [1]

Ce texte « qui avait mystérieusement disparu », est complété d'un dossier rassemblé par Jeanne Augier qui retrace le parcours des romans et de la pièce jusqu'à ses adaptations pour l'écran, notamment les téléfilms réalisés en 1978 par Édouard Molinaro.

Rappelons au passage que les liens de Colette avec la Belgique furent nombreux, puisqu’elle fit éditer en 1923 un texte du jeune Georges Simenon (La petite idole) qui le lança en France, qu’elle a été une amie intime de la reine Elisabeth qu'elle avait rencontrée en 1931 et qu’elle fut membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique de 1935 jusqu’à son décès.

C’était une immense styliste littéraire.

Bernard DELCORD

Claudine à Paris par Willy et Luvey (d'après Willy et Colette), dossier réuni par Jeanne Augier, Waterloo, Éditions Avant-Propos, mai 2016, 176 pp. en quadrichromie au format 17 x 23,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 22 €

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Claudine_%C3%A0_Paris

19:03 Écrit par Bernard dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/09/2016

Prophète de malheur…

L'Accusateur ou La Comédie étranglée.jpg

Homme de radio et de télévision, professeur, artiste plasticien, Pascal Vrebos est tout cela, mais il est aussi dramaturge (il a rédigé une trentaine de pièces de théâtre [1] dont certaines ont été jouées en Belgique, en France, en Allemagne, au Congo et aux États-Unis et ont été traduites en néerlandais, en allemand, en anglais et même en roumain).

Il a fait paraître à Marcinelle, aux Éditions du CEP, le texte de L'Accusateur ou La Comédie étranglée, un « soliloque menaçant » (c’est le sous-titre de la pièce) qui a été joué au Théâtre de Poche à Bruxelles en mai dernier.

On y voit une sorte de prophète apocalyptique prénommé Jean et qui prétend parler au nom du Créateur éternellement silencieux lancer des imprécations contre l’espèce humaine, ses fourberies, ses bassesses, son égoïsme, sa bêtise, sa méchanceté, son hypocrisie, ses fausses croyances, sa morale étriquée, ses idéologies dévastatrices, son inertie, sa haine de l’autre, sa finitude, sa crasse physique et morale, mais aussi contre l’univers tout entier, en proclamant avec force que la fin est proche, à la manière du professeur Philippulus de Tintin et l’étoile mystérieuse.

Mais si ce frère de Bardamu, l’imprécateur du Voyage au bout de la nuit, casse joyeusement la baraque, c’est malgré tout avec l’espoir ténu que le jour puisse se lever, car sa dernière phrase lancée au public est : « À vous de jouer maintenant ».

À qui perd, perd, comme disait Coluche…

Bernard DELCORD

L'Accusateur ou La Comédie étranglée par Pascal Vrebos, Marcinelle, Les Éditions du CEP, collection « Signatures et Théâtre », mai 2016, 58 pp. en noir et blanc au format 11 x 17,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 8 €

 

[1] 23 d’entre elles ont notamment été réunies dans un ouvrage paru en 2009 aux Éditions Le Cri à Bruxelles sous le titre Œuvre théâtrale complète et nous en avions vanté les mérites à l’époque : (http://lireestunplaisir.skynetblogs.be/tag/vrebos...)

21:36 Écrit par Bernard dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

25/03/2016

« Ce n’est pas les oiseaux qui sont les plus beaux plumes qui chantent le meilleur ! »

Le mariage de Mlle Beulemans .jpg

Frantz Fonson (1870-1924) est acteur et directeur du Théâtre des Galeries à Bruxelles quand il rédige avec le journaliste Fernand Wicheler (1874-1935) Le Mariage de Mlle Beulemans, une comédie en 3 actes créée au théâtre de l'Olympia de Bruxelles le 18 mars 1910 et reprise à Paris, au théâtre de la Renaissance, le 7 juin 1910, une œuvre impayable mêlant le français au dialecte brusseleer et à la zwanze, dont le texte vient de reparaître aux Impressions nouvelles dans la célèbre collection « Espace Nord ».

On connaît l’argument :

Le jeune parisien Albert Delpierre est épris de Suzanne, la fille d'un brasseur bruxellois, M. Beulemans, chez qui il est en stage. Mais les obstacles se multiplient : Suzanne est déjà fiancée à Séraphin Meulemeester dont on apprendra qu’il a un enfant d'une jeune ouvrière ; Mlle Beulemans entreprendra alors de rompre ses fiançailles avec Séraphin et de le convaincre de retourner auprès de celle qu'il aime et de son fils. Parallèlement, elle se rapprochera d’Albert, mais Beulemans, exaspéré par les manières délicates et le « beau » français du nouveau prétendant, proclame qu'il « n'aime pas ce garçon » et voit grandir sa mauvaise humeur en apprenant qu'il est évincé de la présidence d'honneur de la Société des Brasseries.

Le succès fut immense et demeura pérenne, notamment dans la mise en scène pour la télévision de 1967 dans laquelle jouèrent Christiane Lenain, Jacques Lippe ainsi que Leonil Mc Cormick, et la pièce fut montée ensuite en 1978, 1998, 2004 et 2014, avec d’autres troupes, mais toujours le même triomphe.

Plus fort encore, dans un message dédié en 1960 au public bruxellois pour le cinquantenaire de la pièce, Marcel Pagnol raconta lui-même la genèse sa Trilogie marseillaise :

« Vers 1925, parce que je me sentais exilé à Paris, je m’aperçus que j’aimais Marseille et je voulus exprimer cette amitié en écrivant une pièce marseillaise.

Des amis et des aînés m’en dissuadèrent : ils me dirent qu’un ouvrage aussi local, qui mettait en scène des personnages affublés d’un accent aussi particulier, ne serait certainement pas compris hors des Bouches-du-Rhône, et qu’à Marseille même, il serait considéré comme un travail d’amateur. Ces raisons me parurent fortes et je renonçai à mon projet : mais en 1926, je vis jouer Le Mariage de Mlle Beulemans ; ce chef-d’œuvre avait déjà 16 ans et son succès avait fait le tour du monde.

Ce soir-là, j’ai compris qu’une œuvre locale, mais profondément sincère et authentique pouvait parfois prendre place dans le patrimoine littéraire d’un pays et plaire dans le monde entier.

J’ai donc essayé de faire pour Marseille ce que Fonson et Wicheler avaient fait pour Bruxelles, et c’est ainsi qu’un brasseur belge est devenu le père de César et que la charmante mademoiselle Beulemans, à l’âge de 17 ans, mit au monde Marius.

Il y a aussi un autre personnage qui doit la vie à la comédie bruxelloise : c’est M. Brun qui est assez paradoxalement le fils naturel du parisien Albert Delpierre. J’avais en effet remarqué que son accent faisait un plaisant contraste avec celui de la famille Beulemans et qu’il mettait en valeur la couleur bruxelloise de la pièce. C’est pourquoi, dans le bar marseillais de César, j’ai mis en scène un Lyonnais. »

Sans le moindre ostracisme

Bernard DELCORD

Le mariage de Mlle Beulemans – Comédie en 3 actes par Frantz Fonson et Fernand Wicheler, préface et postface de Paul Emond, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, collection « Espace Nord », septembre 2015, 235 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 8,50 €

18:35 Écrit par Bernard dans Littérature belge, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/12/2014

Nihil novi sub sole…

La Salle des profs.jpg

Parue chez Jacques Antoine en 1983 puis traduite et jouée en néerlandais, en italien et en espagnol, la pièce de théâtre de Liliane Wouters (née en 1930, elle est membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique et de l'Académie européenne de poésie) intitulée La Salle des profs reparaît fort opportunément dans la collection nationale belge « Espace Nord » en ces temps de déréliction scolaire, éducative et pédagogique.

On y suit les conversations à la salle des profs de cinq instituteurs et institutrices, jeunes et pleins d’idéal ou en bout de course et désillusionnés, dans lesquelles il est question de la pluie et du beau temps, du goût du café et des vacances, des bulletins et la discipline, du pouvoir organisateur et du directeur d’établissement, des parents et des élèves, de l’action syndicale et des voyages scolaires, des réformes pédagogiques et de l’amour ou du désamour du métier…

Mais que l’on ne s’y trompe pas : derrière le style vif et humoristique de l’auteure, la satire est forte, d’une situation générale dans les écoles qui mènera le plus enthousiaste des protagonistes (un jeune instit débutant) à remettre sa démission et, complètement dégoûté par les conditions de travail qui lui sont faites autant que par l’observation de ce que sont devenus ses collègues au fil des ans, à quitter sans retour la profession pour laquelle il avait pourtant une authentique vocation.

Rien de nouveau sous le soleil, donc. Sauf qu’en trente ans, la situation a encore empiré, la société tout entière ayant continué à se voiler la face et les politiciens ayant insidieusement transformé les parents et les élèves en consommateurs d’écoles…

Un ouvrage à faire lire impérativement dans les écoles normales et les facultés de pédagogie un peu partout en Occident !

Bernard DELCORD

La Salle des profs par Liliane Wouters, préface de Claude Javeau, postface d’Adolphe Nysenholc, Bruxelles, Éditions Espace Nord, novembre 2014, 157 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 7,50 €

17:53 Écrit par Bernard dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/11/2010

Noms d’oiseaux…

« Cette nuit-là, le crâne lourd d'un impitoyable mélange grand cru-piquette, le dos broyé par l’épouvantable canapé de Pierre, tentant de lire les premières pages du roman de Benjamin Constant, je ne doutais pas que notre famille ait atteint une sorte de point de non-retour. Il me suffisait de me souvenirs de certains mots prononcés et de certains coups portés pour savoir qu'il y aurait un avant et un après, et que chacun d'entre nous garderait un souvenir contrasté de ce buffet marocain... »

On ne plaisante pas sur le choix d'un prénom. C'est ce que Vincent Larchet (Patrick Bruel), la quarantaine fringante, va découvrir dans la pièce intitulée Le Prénom, aux dépens de la belle ambiance qui préside au sympathique dîner marocain organisé chez sa sœur Babou (Valérie Benguigui) et son beau-frère Pierre (Jean-Michel Dupuis) dans le cadre cosy de leur appartement et d'un été doucement finissant.

Tout avait si bien commencé : Vincent, tout à la joie d'être futur papa d'un garçon, attendait qu'Anne (Judith El Zein), sa jeune et charmante épouse, rejoigne ce petit dîner convivial, ravi de retrouver Claude (Guillaume de Tonquédec), joueur de trombone et ami de toujours de la famille. Mais voilà qu'à partir d'une question anodine et d'une réponse incongrue, l'ambiance dérape et vire, inexorablement, au pugilat verbal, jubilatoire pour les spectateurs.

Créé le 7 septembre 2010 au théâtre Édouard VII sur une mise en scène de Bernard Murat, le texte de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière enchaîne les dialogues et les situations avec un brio largement soutenu par le jeu juste et brillant des acteurs. Un rôle taillé sur mesure pour Patrick Bruel, aussi irrésistible que l'humour qui sous-tend cette fresque psychologique particulièrement percutante : un infime malentendu peut faire déraper les liens affectifs les plus ancrés. On ne peut s'empêcher d'évoquer, dans la lignée de la pièce, l'excellent Dieu du carnage de Yasmina Reza, qui creuse, lui aussi, le vernis des relations policées.

À découvrir  sans hésitation.

Apolline ELTER

Théâtre Edouard VII - 10 place Édouard VII, Paris 9ème - 0033(0)1 47 42 59 92

Texte disponible (12 €) auprès de l'Avant-scène théâtre (bimensuel) 75 rue des Saints-Pères - 75006 Paris Tél : 0033 1 53 63 80 45

www.avant-scene-theatre.com

@ : contact@avant-scene-theatre.com

Représentations (jusqu'au 23/01/2011) : du mardi au samedi à 21h, le samedi à 17h30 et le dimanche à 15h30

Le Prénom.jpg


15:23 Écrit par Bernard dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/10/2009

Un rendez-vous à ne pas manquer !

Invité 2009 de la Chaire de poétique de l’UCL à Louvain-la-Neuve, Jean-Pierre Verheggen est l’un des plus brillants bretteurs de nos lettres si bravement belges, qui en comptent pourtant beaucoup. Mais de tous ceux-là, le plus fort, le plus sauvage, le plus invinciblement drôle (avec Le degré Zorro de l’écriture, Ninietzsche, peau d’chien, Les folies belgères, Ridiculum vitae, On n’est pas sérieux quand on a 117 ans, L’Idiot du Vieil-Âge ou Le 12 septembre, ce dernier titre avec le bédéiste Johan de Moor…), le plus étonnamment théorique (Artaud Rimbur, essai comparatif sur l’œuvre d’Artaud et de Rimbaud, Divan le terrible, contre Freud, Vie et mort pornographique de Madame Mao, contre le maoïsme, Orthographe 1er, roi sans faute, sur l’écrit et l’oral) mais aussi le plus irrésistiblement poignant (avec Gisella, tombeau de son épouse défunte), c’est sans doute Jean-Pierre Verheggen, natif de Mazy-lez-Jodoigne, au pays du marbre noir, dont l’œuvre poético-dévastatrice (« C’est un subversif, ce type ! », antienne actuelle de la presse littéraire française découvrant ses textes à travers le one-man-show que leur consacre Jacques Bonnafé dans L’Oral et Hardi, nominé aux Molières en 2008 et primé en 2009) plonge des racines profondes dans les carrières de Carrare, le pays de sa femme et du marbre blanc. Alliant le côté obscur de la farce et la blancheur éthérée des nuits d’amour aux portes de l’angoisse, « sa poésie est avant tout une parodie de la poésie, une critique radicale de l'idéologie que véhicule ce genre et un pastiche burlesque de ses conventions. À partir de là, il développe dès 1968 le concept de réécriture et en applique les effets à des champs d'investigation plus larges, allant de la bande dessinée à la langue politique la plus stéréotypée, en passant par la perversion d'un langage par un autre, en l'occurrence du français classique et scolaire par son wallon maternel, sauvage et sexuel », comme l’a écrit Marc Quaghebeur en 1982 dans son Alphabet des lettres belges de langue française.

Récompensé à Paris, comme nous l’avons dit, L’Oral et Hardi, le spectacle de Jacques Bonnaffé à partir de textes de Jean-Pierre Verheggen, triomphe actuellement en France et fait escale à Bruxelles au Théâtre 140 (du 14 au 16 octobre 2009).

Le public est aussi convié à un brunch littéraire le dimanche 11 octobre de 11 à 13 heures.
Prix : 5 euros petit-déjeuner inclus.
Organisation : Entrez Lire.
Lieux : Passa Porta, 46 rue Antoine Dansaert 1000 Bruxelles.
Réservation : 02/513.46.74 ou info@entrezlire.be.
Une occasion unique d’inviter ces deux "moliérisés" de l’allocution poétique à boire un café, en toute simplicité...

Bernard DELCORD

L'oral et Hardi (2)